‹ L'enseignement secondaire et la démocratieChapitre 93 sur 94 · Cf. Marion, VÊducation dans V Université^ p. 346 et suiv · texte numérisé non relu

Cf. Marion, VÊducation dans V Université^ p. 346 et suiv

s'intéresse au sujet du devoir qu'il corrige. Toute Tingéniosité du monde ne vaut pas, pour rendre une classe vivante et variée, l'accent ferme et animé, la conviction et le feu d'une parole sincère. Plus un maître renouvellera son enseignement, y mettra de lui-même, de sa pensée, de ses goûts, de ses préoccupations, plus cet enseignement sera varié, plus il intéressera les élèves et captivera leur attention.

Avoir des élèves attentifs, cela est certes un grand point; mais ce n'est qu'un point de départ. Que les élèves écoutent attentivement le maître qui parle, c'est bien; mais qu'ils parlent eux-mêmes, voilà qui est mieux. Bien loin de substituer son effort à celui des élèves, bien loin de leur épargner tout tâtonnement, toute peine, le maître doit multiplier pour eux les occasions de chercher, de réfléchir, d'agir. Dire le moins possible, faire trouver le plus possible, tel devrait être le mot d'ordre parmi les professeurs d'un enseignement libéral. C'est assez dire qu'il faut repousser, comme absolument opposée à' l'esprit de cet enseignement, la méthode dogmatique et tout ce qu'elle suppose.

Les « cours » d'abord, ou, d'une façon plus générale, le monologue du maître prenant la parole aussitôt les leçons récitées et ne l'abandonnant qu'au roulement du tambour. Un dialogue, ou plutôt une causerie que le professeur conduit adroitement, où il questionne et suggère plus qu'il n'enseigne, interrogeant, non pas un seul, mais tous, ne permettant à personne de s'isoler, entraînant toute la classe dans un effort commun qu'il stimule et dirige, voilà le modèle d'un enseignement vraiment actif et excitateur de pensée.

Nous avons constaté qu'il y a une « crise de TEnseignement secondaire », qui se traduit par une sorte de malaise moral et par un arrêt dans la prospérité matérielle de nos lycées. Cette crise, qui d'ailleurs peut être observée actuellement dans presque toutes les nations européennes, en est en France à un période plus avancé que partout ailleurs; c'est chez nous que la question de l'Enseignement secondaire se pose avec le plus de netteté et d'urgence ^

Nous avons essayé de démêler, au cours de ce travail, la cause la plus importante, selon nous, de cet état de crise. La pédagogie n'est pas un domaine clos, au bord duquel expire le bruit de la lutte entre les idées philosophiques et sociales. Elle ressent, au contraire, le contre-coup des batailles qui se livrent autour d'elle; elle en reproduit à sa manière les péripéties.

Or, depuis cent ans, un violent assaut est livré contre l'idéal philosophique et scientifique du xvm" siècle. On a pu marquer les étapes de cette réaction dans l'ordre

1. Cf. Ch.-V. Langlois, La Question de V Enseignement secondaire {Revue de Paris du l""^ janvier 1900, p. 113 et suiv.)»

politique, oii elle s'est traduite par un retour offensif des idées traditionnelles et autoritaires contre les principes de la Révolution*. On les relèverait aussi dans Tordre philosophique, où Téclectisme d'abord, le positivisme ensuite tendirent à ruiner le rationalisme scientifique — assez vague et insuffisant, mais qu'il était possible de préciser et de féconder — qui ralliait les philosophes du XVIII* siècle.

Cette réaction, on en peut noter le contre-coup en pédagogie. De toutes parts ont surgi des attaques contre la culture générale et laïque, des critiques dirigées contre ' un enseignement qui prétend s'adresser à « Thomme abstrait », partout enfin l'idée utilitaire a gagné du terrain. Ainsi assailli, l'enseignement libéral ou classique s'est désorganisé, désagrégé, au point de n'être plus aujourd'hui que l'ombre de lui-môme. Mais, s'il a si mal résisté à l'assaut des forces hostiles, c'est parce qu'il n'était pas soutenu par une ferme et forte doctrine. Telle est, nous croyons l'avoir montré, la cause principale de la crise qu'il traverse.

Nous avons, en même temps, noté au passage les influences diverses qui ont pu faire dévier notre Enseignement secondaire de la conception libérale dont il est issu. A vrai dire, il ne semble pas que les principes de la pédagogie libérale, tels que les établirent les hommes de la Révolution, aient laissé une trace bien profonde dans notre système d'Enseignement secondaire. Tout entiers à la lutte politique et à l'organisation du régime nouveau, ils se bornèrent, faute de temps, à

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