‹ L'enseignement universel de M. Jacotot en présence de l'enseignement universitaireChapitre 9 sur 9 · TOUT · texte numérisé non relu

TOUT

Veut-on que nous poursuivions ce dictionnaire des analogies; ce développement de tout est dans tout.

Si tout est dans les deux premières lignes de Télémaque, dans chacun des mots qui

composent ces deux lignes, tout ne sera-til pas aussi dans chacun des mots qui composent non-seulement Tclémaque, mais tous les livres qui existent? Et, si tout est dans un mot, tout ne sera-t-il pas dans une pensée, dans un objet, dans un fait quelconque, le premier venu?

Quand l'élève de l'Enseignement Universel voudra résumer la pensée des deux premiers paragraphes du premier livre, et qu'il y verra douleur et naufrage, ne lui sera-t-il pas facile de tout rattacher à ces deux mots ? Chacun des paragraphes de Télémaque ne lui offrira-t-il pas des occasions semblables de tout rattacher à l'idée qui y est exprimée?

Mais s'imagine-t-on que nous appelions notre élève à faire ce travail sur chaque paragraphe , sur chaque ligne , sur chaque mot, comme je viens de le faire? Parce que nous pensons qu'avec de l'attention la chose peut se faire, s'ensuit-il que nous exigions que nos élèves la fassent ?

Voulons-nous faire de nos élèves des épilogueurs, des métaphysiciens ? Il nous suffit de savoir que tout est dans tout, et qu'à

mesure que l'élève accroîtra la masse de ses connaissances, il pourra rapporter tout cé qu'il verra à tout ce qu'il a déjà vu. Il nous suffit de savoir qu'en sachant un livre, on peut tout savoir, qu'il n'est pas besoin d'une immense bibliothèque , acquise à grands frais, pour former un homme, en n'oubliant pas qu'homme n'est pas synonime de savant.

Le plus pauvre paysan de France sait quelque chose. Il sait labourer la terre. Cette première base si simple suffit pour supporter tout l'édifice de son éducation , non comme savant, ce qui ne serait pas impossible; mais comme homme, ce qui est on ne peut plus facile. Il ne sait pas lire. Voyons : il sait du moins ses prières! Il sait F Oraison dominicale? Ecrivez-la et faites-la lui lire par la méthode de l'Enseignement Universel. Quelques leçons doivent suffire pour cela. Qu'il l'écrive ensuite. Le voilà qui sait lire l'écriture! Il saura, par le même moyen, lire dans les livres. 1res livivs ! Il ne lui en faut qu'un seul. Qu'il lise Télé-

maquc ! Qu'il compare à ce qu'il lit tout ce qu'il a entendu, vu et pensé dans sa vie • Qu'il médite! qu'il réfléchisse! Il n'a pas besoin de maîtres explicateurs pour diriger lui-môme l'éducation de sesenfans; ils apprendront à lire comme il a appris lui-même, lia liront Télémat/ue devant lui ; ils lui diront ce qu'ils pensent de ce qu'ils lisent, et ils vérifieront la vérité ou la fausseté de ce qu'ils ont pensé.

Que d'aussi simples, notions fassent baus^- 'ser les épaules à nos académiciens , je le conçois \ qu'elles excitent la colère de nos professeurs universitaires, je le conçois enr- Cpre : si l'Enseignement Universel devenait^ çn effet, universel, on n'aurait plus besoin dies. explications un peu coûteuses des académiciens et des professeurs explicateurs.

Mais la question est toute autre pour les pères et mères de famille ! Ceux-là n'ont aur çun intérêt à abrutir la génération naissante. C'est pour eux quel'EjiseignementUniveçse.1 est fait -, c'est à eux qu'il en appelle des mépris orgueilleux et des injures intéressées de

certains hommes ; c'est par eux seuls qu'il consent à être jugé. Tout autre tribunal, il le récuse.

Il récuse surtout le jugement de cette Université, Capitoie de la tyrannie enseignante et du monopole explicateur.

Quand le christianisme proclama ses célestes doctrines, c'est dans les rangs du sacerdoce polythéiste, c'est parmi les hommes qui vivaient de la crédulité des peuples , qu'il trouva ses adversaires les plus acharnés. Jamais il n'essaya de composer avec eux ; il savait qu'il y avait entre eux et lui incompatibilité absolue, et que le règne de la vérité ne pouvait s'établir que par la ruine de l'erreur.

Il en est de même dans la question qui nous occupe : l'Enseignement Universel compte parmi ses adversaires des hommes qu'il ne convertira jamais à ses doctrines , parce qu'ils ont intérêt à eh retarder la victoire. C'est une nécessité qu'il doit subir.

Cette nécessité lui est commune avec toutes les institutions utiles, avec toutes les découvertes bienfaisantes , qui n'ont dù leur

triomphe qu'au zèle inébranlable , qu'au courage persévérant de leurs défenseurs.

On vient de voir ce que c'est que l'émancipation de l'intelligence; voyons maintenant ce que c'est que l'Enseignement Universel. Beaucoup de personnes confondent ces deux choses, que le fondateur a toujours soigneusement séparées.

Savoir quelque chose *et y rapporter tout le reste, d'après ces trois principes :

L'âme humaine peut s'instruire par ellemême.

Tout est dans tout.

Les intelligences sont égales.

Yoilà l'émancipation intellectuelle.

Voir, comparer, juger;

Substituer l'analyse à la synthèse, et réciproquement.

Voilà l'Enseignement Universel .

Il est à l'usage de ceux qui veulent tout apprendre. Or, il n'est pas nécessaire de savoir le grec et le latin , par exemple , pour être homme.

L'émancipation intellectuelle est une doctrine immense dans ses résultats, qui doit,

tôt ou tard, changer la face de la société.

Elle affranchit l'homme du joug des savans et des explicateurs ; elle met la science à la portée de tous ; elle établit le niveau des intelligences; elle leur rend l'égalité, que l'aristocratie intellectuelle avait rompue.

Elle est, à elle seule, une révolution toute entière, mais une révolution calme, paisible, rationelle, qui ne menace aucun intérêt, excepté les intérêts universitaires, les intérêts des hommes qui vivent des explications bonnes ou mauvaises; elle ne porte ombrage à aucun pouvoir; elle rassure, au contraire, les institutions établies ; elle calme les fermentations politiques, les fièvres populaires, en montrant au citoyen que, quelque humble que soit sa condition, elle n'est pas sans dignité et sans gloire ; qu'il est en son pouvoir de l'embellir, de la dignifier, comme disent les Anglais, de lui conquérir le respect de tous; en un mot, selon l'expression de Rousseau, elle apprend à l'homme à rester homme, en dépit du sort.

Quant à l'Enseignement Universel , plus

humble est sa mission, moins vastes sont ses prétentions. Il se borne à substituer au mode absurde d'enseignement , consacré jusqu'à ce jour par les doctrines universitaires , un mode plus rationel et plus sage , plus en harmonie avec les fàcultésdellioinme . Il est une conséquence de l'émancipation intellectuelle; mais il n'est pas elle, et elle n'est pas lui. Il n'y a pas partout des collèges, des universités, des académies 5 il y a partout des hommes et des faits; et c'est là le domaine de l'émancipation intellectuelle.

Comment procède donc cet Enseignement Universel ? Je l'ai déjà dit : il voit, compare et juge. Il substitue l'analyse à la synthèse/ et réciproquement. Rendons ceci plus clair.

Voici ce qu'on lit dans un journal littéraire :

« La routine tue la science. La science « des mathématiques est redevenue à-peu- « près stationnaire ; et, pour la faire avan- « cer, il faut , de toute nécessité, se frayer u une route nouvelle. Qui osera l'entre- « prendre?

« Nous avons quelques géomètres aux-

« quels on ne peut contester une très-grande « supériorité. Mais où est leur méthode? Ils» « n'en ont point, ou plutôt ils ont en partie « abandonné celle de Descartes, de Newton^ « de Pascal, pour en adopter une qui me <« parait incompatible avec lè progrès des « sciences. Que prouvent leurs ouvrages, a. sinon qu'on peut avoir un talent réel et « de vastes connaissances, et faire, pouru tant, d'assez mauvais traités d'algèbre et « de géométrie ? Ils procèdent, le plus sou^ te vent par la synthèse Jt c'est-à-dire en al** « lant du simple au composé. Ils commence cent presque tous par définir le point, la « ligne , F angle , le triangle, etc., qui sont « des abstractions. Et encore quelles défini- « tions en donnent-ils ? Des trois dimen- « sions de l'étendue , disént-ib , les surfaces « en ont deux, les lignes une seule, et le « point n'en a aucune. Et là dessus unlec-* « teur ou un élève , qui aborde pour la pre* « mjère fois la géométrie élémentaire , s'i- « magine que les surfaces, par exemple, « sont , non pas de simples propriétés inhéu rentes à la matière, et dont on ne peut la

« dépouiller que par l'action de la pensée y « mais de véritables corps d'une très-petite « épaisseur; idée tout-à-fait fausse > résultat « nécessaire d'une fausse méthode. Cela « n'arriverait certainement pas, si l'on pro- « cédait par l'analyse , c'estr-à-dire en allant « du composé au simple. Les grands philo- « sophes ont démontré, et l'expérience dé- « montre mieux encore, que cette méthode « est la seule vraie, la seule bonne. En ef- « fet, la nature d'abord nous présente des « corps, des substances dont nous distante guons successivement les rapports et les « propriétés. Les abstractions viennent en- « suite ; elles sont le résultat de l'attention « qui se fixe sur chacun de ces rapports, « sur chacune de ces propriétés prises une « à une. Les géomètres ont abandonné cette « marche, ils ont mal fait. Il y a plus, c'est « que, se fiant sur l'exactitude de leur science ce, ils croient n'avoir rien à changer, et « Ton ne peut leur faire entendre raison.

« Il n'existe pas un seul traité de géomé- « trie élémentaire où les principes soient « clairement exposés, et où les propositions

« soient placées dans l'ordre le plus conve- « nable , et suivent la plus grande liaison « des idées.

« Or, les principaux inconvéniens des « mauvaises méthodes, c'est de rendre les « études plus longues et plus difficiles, de « fausser quelquefois l'esprit et le jugement, « et de mettre un obstacle invincible au prok grès des connaissances.

« La géométrie élémentaire n'étant qu'un « enchaînement d'idées simples et précises, « serait certainement à la portée de tous les « esprits, si on l'étudiait en suivant Tana- « lyse ; et l'on ne verrait plus alors des hom- « mes de talent soutenir sérieusement qu'elle a est plus difficile que la littérature. » ( Jh. Morand. Athénée, mémorial des sciences, des lettres et des arts. Novembre 1 829, page 4* • ) « Ce fut Bacon qui grava , sur le frontis- « pice du temple de nos connaissances, ces « mots: observation , expérience , induction, « qui renferment tout le secret des décou- « vertes ; précepte admirable qu'il faut suite vre rigoureusement, et sans en déplacer « les termes; car ils vous montrent en pre-

« mier lieu les faits qui servent de base à m toutes les sciences, puis le raisonnement « qui les constitue ; en premier lieu , les t< données de la nature, puis les théories « que l'esprit humain peut élever sur ces « données; observer et expérimenter d'a- « bord, rapprocher ensuite vos observa- « tions, en saisir les analogies, réunir en- « fin ce qui était épars, arriver aux généra- « lités , aux définitions ; avancer efc simpli- « fiant, perfectionner en résumant , parveu nir enfin aux formules les plus abrégées, « à l'unité, si c'est possible; au système :

« voilà les conséquences du précepte de Bâte con : conséquences qu'il ne démêla sans « doute pas tout entières, mais qui ont « depuis été mises au jour par Lôcke, Con- « dillac, Destutt-Tracy , Laromiguière , etc.

« Voilà les hommes qui ont tracé la route te : les progrès des sciences dépendront , « à l'avenir, comme ils ont dépendu dans le « passé, de la fidélité avec laquelle on saura « la suivre. » (Armand Marrât. Athénée.

Novembre 1 829 , page 3 1 . )

Nous pensons que l'homme qui a vraiment

frayé la route, c'est M. Jacotot, et que tous les grands penseurs que cite ici l'écrivain n'avaient encore donné à cet égard que des indications vagues, avec lesquelles il était encore très-possible de s'égarer.

Mais il ne résulte pas moins des citations que nous venons de faire, que le seul moyen de perfectionner les sciences , c'est de renverser complètement Tordre dans lequel on les a étudiées jusqu'à ce jour. Ce qui en résulte encore , c'est l'aveu du vice fondamental dont l'enseignement est universellement entaché. C'est le besoin évident d'un remède efficace à un mal depuis si long-temps enraciné dans les habitudes du monde scientifique et littéraire.

Eh bien ! ce que ces deux écrivains réclament, l'un pour les sciences mathématiques , l'autre pour les sciences philosophiques , l'Enseignement Universel le fait pour l'étude de toutes les branches des connaissances humaines. Il procède sans cesse du composé au simple , et il ne présente les règles que comme vérifications des faits. Donnons des exemples.

Lecture* . Le maître litles mots. L'élève les répète après lui. On passe ensuite aux syllabes, puis aux lettres. On fait au rebours de F ancien système, qui débute par l'alphabet.

Écriture. On donne un modèle. L'élève le copie. Il compare son ouvrage avec le modèle. Il considère chaque mot séparément , puis chaque lettre , puis chacun des tracés qui forment ces lettres. L'ancien système débute par des ronds et des barres, et finit par où nous commençons.

Langue maternelle. L'élève Ut un paragraphe de Télémaque et l'apprend par cœur. Il le décompose en phrases, ces phrases en propositions, ces propositions en mots. Il s'attache à bien comprendre le sens de chaque phrase, de chaque proposition, de chaque

* Nous nous bornons à donner ici un simple aperçu de l'application de la méthode à diflerentesbranchesderenseignement. On publie en ce moment , «eus le titre de Cours complet <T éducation d'après la méthode Jacotot , une série de petits volumes que nous recommandons à nos lecteurs. Ce Cours est ainsi divisé : lecture, langue maternelle, grammaire, histoire, improvisation parlée et musicale , géographie , mathématiques , dessin , peinture , musique , langues anglaise , latine , italienne , etc. Chaque partie se vend séparément j5 c.

*mot. Voilà l'analyse. Il procède ensuite par la synthèse , c'est-à-dire qu'avec ces mots, ces propositions et ces phrases, il reconstruit un tout analogue à celui que lui offre son livre. De-là :

Lessynonimesdemots,

Les synonimes de pensées,

Les traductions,

Les imitations , Et tous les autres exercices qu'on peut voir dans l'ouvrage du fondateur, intitulé Langue Maternelle.

Langues mortes, langues vivantes. L'élève procède comme dans sa langue maternelle.

Seulement, outre les faits de son livre, l'élève trouve en regard la traduction de ces faits. Son esprit a donc une double opération à faire ; l'une sur la langue qu'il apprend, l'autre sur sa langue maternelle qui lui sert d'interprète.

Ainsi l'élève apprend par cœur le texte de la langue qu'il étudie. A l'aide de la traduction, il se rend compte de ce texte. Il l'analyse , c'est-à-dire qrfll le décompose phrase par phrase , proposition par propo-

sition, mot par mot. Ce travail accompli, avec les mots et les tournures que la mémoire a retenus, il reconstruit un tout analogue.

Dessin. L'élève dessine d'après la bosse un tout complet, la tête d'Apollon, par exemple. De l'ensemble il passe aux détails.

Il compare ce qu'il a fait avec son modèle.

Mathématiques. L'élève commence par le plus grand commun diviseur, d'où il déduit toutes les formules et toutes les opérations arithmétiques. Il procède de même pour l'algèbre.

Géométrie. L'élève commence par une propositionassez compliquée pour retrouver facilement , dans les élémens qui la composent, les élémens qui doivent former toutes les autres. On a adopté les sections coniques comme début.

Histoire. On lit une histoire quelconque, l'Histoire de France, ou l'Histoire Romaine, ou l'Histoire de la Grèce. On y rattache toutes les autres.

Pour PHistoircrtJniverselle, on prend Bossuet. On le lit : on analyse les faits. Onrai-

sonne. On compare un fait à un autre fait, un grand homme à un autre. Enfin, on raconte.

Géographie. On étudie la carte d'un pays.

On l'analyse, on y rapporte la carte de tous les autres pays. Enfin, par la synthèse, on refait les diverses cartes de mémoire *.

C'est par les mêmes principes qu'on procède pour la musique, la peinture, les sciences chimiques et naturelles. Partout le grand principe de l'analyse pour commencer, et la synthèse pour finir ; partout les abstractions ne venant qu'après les faits pour les résumer, les coordonner, les lier en un tout complet.

L'Enseignement Universel n'est pas absolument nouveau. J.-J. Rousseau, Rollin, Nicolle y Bacon , Descartes , Loke et Condillac l'avaient entrevu : mais aucun d'eux ne l'avait systématisé. M. Jacotot a eu ce mérite. Ce mérite est immense.

C'est l'émancipation intellectuelle qui est nouvelle ; nul ne l'avait entrevue avant M.

Jacotot. Cette découverte est, dans le monde

* Voyei L'Enaignemtnt Universêl en présence do t'Enseigne-

moral et intellectuel, ce que fat, dans le monde physique, la découverte de la loi de l'attraction.

Gloire à Fauteur de cette grande découverte ! Que la conscience de l'immense service qu'il a rendu aux hommes le consolé de leur injustice ! Lorsque, dans sa studieuse retraite , le bruit de ces combats que nous livrons pour la défense de sa doctrine arrivera jusqu'à lui, que la paix de sa vieillesse n'en soit point troublée ! Que le bonheur de ses vieux jours n'en soit point altéré î La voix de tous les vrais amis de l'humanité couvrira bientôt celle de nos détracteurs* L'Enseignement Universel continuera de répandre ses bienfaits j u$ques §ui les insensés qui l'outragent. Ainsi, l'on dit que certains peuples d'Afrique attendent le lever de l'astre du jour pour l'insulter par leurs cri* sauvages. Bientôt l'horison enflammé annonce l'approche du Dieu. H paraît enfin.

Il s'élance, il poursuit dans les cieux sa course glorieuse , et les cris de ses blasphé 1 mateurs se perdent dans les flots de lumière dont il les inonde.

C'est ici que je terminerai cette défense, déjà trop longue peut-être au gré du lecteur. Il ne m'a pas été possible de traiter en moins de mots tant de questions graves et importantes, soulevées par la cause que je me proposais de défendre. On remarquera que j'ai écarté avec soin de cette discussion -toutes les questions de personnes. Nos adversaires ne peuvent point se rendre le même témoignage. C'est aux personnes surtout que leur critique s'est attachée; que n'ont-ils point dit du fondateur de l'Ensei- Universel et de ses disciples ? Ils ont mis tout en oeuvre pour lasser la patience d'un vieillard plein d'énergie et de verdeur. Ils ont jeté les hauts cris, lorsque le philosophe de Louvain a répondu à leurs sarcasmes par les traits inoffensifs d'une bienveillante ironie et d'une innocente gaîté- La logique, parfois rude et peu courtoise, du père de famille a pu leur déplaire*. La visite d'un député universitaire n'a pas été

* Voyez, dans le Journal de l'Emancipation intellectuelle , le» Entretiens du père du famille»

reçue avec une grande déférence*. Maïs à qui la faute ? Que l'ambassadeur n'exhibaitil ses lettres de créance ? Pourquoi faire mystère de sa mission ? Mais, de bonne foi, qu'ont de commun ces choses avec le mérite ou le démérite de la méthode ? Quand vous aurez donné , avec une hauteur tant soit peu impolie , des leçons de politesse au fondateur de l'Enseignement Universel, l'Enseignement Universel n'en sera-t-il pas moins une immense amélioration dans l'instruction nationale ? Le style de M. Jacotot vous déplaît ? Vous ne le trouvez pas assez académique ? Laissez-là son style et jugez sa méthode. Le style de Newton était-il un modèle de pureté classique ? Et parmi les grands noms que l'humanité cite avec orgneil, en est -il beaucoup au-dessus de Newton ?

Quand l'émancipation intellectuelle aura accompli les destinées qui lui sont promises , quand elle aura fait le tour du monde, on s'étonnera, sans doute, que d'aussi petits

* Visite de M. Guignaud à Louvain, de la part do ministre de l'Instruction publique , M. de Vatimcsnil.

moyens aient pu retarder le triomphe d'un aussi grand bienfait; et qu'on n'ait pas trouvé de meilleur expédient, pour combattre le géant, que de l'attaquer avec des armes de pygmée.

L'émancipation intellectuelle triomphera; ils se dissiperont ces nuages de poussière qu'on essaie de soulever autour d'elle. Les personnalités, les injures, les froids quolibets, tout cela disparaîtra. Le bienfait restera.

Page 1