L'Entente Inter-Syndicale Des Producteurs De Sucre
L'Association Syndicale pour la Défense des Intérêts Economiques, Agricoles et Sucriers, a été créée pour assainir le marché du sucre en France. Elle exerce une véritable fonction corporative qui, pour maintenir la rentabilité de l’industrie sucrière et de la culture betteravière, tend à remédier aux graves inconvénients d’une production anarchique ; inconvénients qui ne sont certes pas spéciaux à la culture de la betterave et à l’industrie sucrière, qui se constatent dans toutes les branches de la production. Si chacun s'accorde à reconnaître la nécessité d’une action destinée à combattre la disparition progressive du profit, le désaccord apparaît quand il faut procéder au choix de la thérapeutique à employer.
On peut penser que, dans son ensemble, le problème de l'équilibre économique est bien le problème crucial de l'heure.
Il est, certes, un problème constant, mais qui se pose à notre époque, comme à toutes les époques troublées, avec une acuité et une urgence singulières, alors que le monde recherche une discipline. Sans prétendre rechercher les causés profondes du trouble actuel, ni faire ressortir aucune préoccupation sociale,
nous avons voulu, ici, nous cantonner dans le problème strict de l'accord de la production et de la consommation.
Il est certes très important de savoir si « l’économique tient le social en état » ou s’il faut renverser cette proposition, et si l’on doit souhaiter que ceux à qui il incombe d’ordonner, d'organiser l’économie, aient un parti-pris social. Mais nous ne cherchons pas à faire œuvre, prétentieuse pour nous, de théoricien, ni de critique, mais seulement d’observateur.
I1 nous à semblé que le nombre et la diversité mêmes des constructions de Cités idéales proposées par les différentes écoles, témoignaient suffisamment qu'aucune n'avait résolu le problème. Qu’au surplus, il importait d’abord de savoir ce qui est possible ; ét qu’ainsi une série d’études monographiques sur les tentatives d'organisation de marchés particuliers pourraient proposer des exemples, peut-être des principes. Sans doute, les interprétations de mêmes faits peuvent être divergentes.
C'est ainsi qu’au début de 1935, le gouvernement de M. Flandin présentait un projet de loi sur les ententes industrielles (auquel on reconnaissait généralement alors un caractère d'urgence, et qui ne paraît pas aujourd’hui devoir aboutir de si tôt). Le chef de ce gouvernement proclamait son intention d'organiser et de défendre la « liberté économique ».
M. Montagnon, de son côté, par exemple, voyait dans ce même projet la naissance d’un « régime intermédiaire », prélude à l’ordre socialiste. |
Malgré ce, nous pensons que les faits importent plus que l’exégèse, que, le marché organisé, il sera alors loisible de voir dans cette organisation le reflet ou la conséquence de telle ou telle doctrine..
Une jurisprudence prétorienne, souvent bienfaisante, s’inspire d’abord des nécessités économiques pour trancher un litige et donne ensuite, à ses décisions, une coloration juridique.
Ce serait certes, un grave danger que de tomber dans un excès d’empirisme à courte vue ; mais, nous le répétons, préférant une adaptation progressive à une révolution brutale, il importe de connaître le possible. Et, pour connaître ce possible, dans une branche donnée de la production, connaître ce qui à été fait dans telle autre branche, donne des indications qui peuvent être précieuses. C’est pourquoi nous avons essayé de donner une idée générale de l’origine, du fonctionnement, du but et des résultats de l’organisation sucrière, organisation qui intéresse à la fois industrie et agriculture, métropole et colonies.
Par leur organisation professionnelle spontanée, les sucriers ont pu jusqu’à présent sauvegarder de la ruine leur industrie et cet important élément de notre agriculture nationale qu'est la culture betteravière.
C’est un exemple d'organisation professionnelle que l’on trouve exposé ici. Sans doute, on ne saurait prétendre que l’organisation sucrière puisse être servilement limitée par les autres branches de production. Chacune a ses particularités qui rendent un accord plus ou moins réalisable et nécessitent des modalités spéciales. | |
Une entente comme celle des sucriers nécessite l’uniformité du produit. L'industrie automobile ne pourrait, par exemple, adopter les mêmes règles que l’Association Syndicale pour la Défense des Intérêts Economiques, Agricoles et Sucriers, pour l'assainissement de son marché. Le consommateur achète un kilo de sucre, il n’achète pas un automobile quelconque. il choisit la marque. D'autre part, le sucre est un
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produit alimentaire et, à ce titre, il est difficile de s’en passer, et les variations dans la consommation sont graduelles. Produit alimentaire, le sucre est aussi un produit inaltérable, qu’il n’est pas urgent de jeter sur le marché dès sa production, si l’on ne veut pas le perdre. Des stocks énormes pourront être constitués, rester longtemps en réserve, pour parer, après l'excès, aux insuffisances de la production.
Il est ainsi évident qu’il est plus facile d'aboutir à un accord de contingentement, plus facile de prévoir la consommation, plus facile de stocker, s’il s’agit de sucre, produit quasi-standard, alimentaire et qui ne s’altère pas, que s’il s’agit d'automobile. k
Il est, d’autre part, possible de dire que les sucriers sont en nombre restreint et qu’il est d’autant plus facile d’aboutir à un accord, que le nombre des intéressés est plus réduit. Mais l’on doit cependant remarquer que les conventions sucrières intéressent directement les betteraviers et que ces derniers, très nombreux, ont toujours été en plein accord avec les industriels. On peut dire au contraire que les constructeurs d'automobiles sont en nombre restreint et il n’existe pas entre eux d’entente avouée.
Même/si l’action de l'Association Syndicale ne peut être retenue comme exemple (et nous pensons que, dans une certaine mesure, elle put l'être), elle est assez en elle-même pour retenir l’attention.
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