‹ L'entomologieChapitre 20 sur 145 · SIXIÈME FAMILLE · texte numérisé non relu

SIXIÈME FAMILLE

LES CLAVICORNES, OU HELOCÈRES. PL 2.fg. i.

Caract. Elytres durs ; antennes terminées par une masse souvent alongce , à articles comme perforés ou perfoliés.

La forme du corps, des élytres , des pattes et des antennes , sert à la distinction des genres de cette famille , qui sont au nombre de onze.

Genres, sphéridie , scaphidie , nîlidule , silphe , bouclier, nécrophore , élophorc, parne, hydrophile , dermeste, byrrhe.

Les insectes de celte famille se nourrisent de matières animales ou végétales qui commencent à se décomposer; les hydrophiles vivent dans l'eau.

Les sphéridies habitent dans les fientes des animaux , leur forme spliérique leur a donné le nom de sphéridie.

Les scaphidies ont à peu près les mêmes habitudes que ces dernières, la forme de leur corps courbé en carène leur a donné leur nom, «;câçYi , bateau ^(Jea, forme.

Les nitidules sont nombreuses en espèces, elles habitent les bois pourris , les cliarognes , les {leurs ; leurs larves ont beaucoup de ressemblance avec celles des boucliers. Parvenus à leur accroissement , elles s'enfoncent en terre pour s'y transformer.

Les silphes et les boucliers, sont des insectes dégoûtans qui vivent dans les cadavres en putréfaction, ils semblent particulièreinentchargés d'en purger la terre; au moindre attouchement ils laissent échapper de leur bouche une liqueur acre , noirâtre et désagréable qui sert à dégoûter leurs ennemis et sans doute aussi à halcr la corruption des cadavres dont ils font leur pâture. Quelques espèces font la guerre

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aux chenilles et aux liabitans de quelques coquilles. La larve habite dans les mêmes lieux que 1 insecte parfait et se nourrit de même ; elles sont très agiles. La couleur de ces insectes est triste , noire ou brune.

Les nécrophores offrent des mœurs très inléressanlos et dont on doit la connaissance à Gleditsch.

» Le nécrophore fossoyeur est très bon coureur. Sa manière de voler a quelque chose de particulier ; il serre les deux élytres tellement l'une contre l'autre, qu'on n'en voit que le côté intérieur. La longueur de ses ailes membraneuses lui permet de voler assez lentement sans le secours de ses élytres, dont le frottement rend alors un son aigu. Au moyen de la forte odeur de musc qu'il exhale, la bonne mère nature préserve bien des renards et bien des martres de crever de faim, car en suivant celle piste, ils ne manquent pas de trouver des charognes sur lesquelles il y a toujours des boucliers. Cette odeur leur sert à eux-mêmes pour se trouver plus facilement entre eux lorsqu'ils ont besoin l'un de l'autre. Non seulement l'insecte mort, mais encore ja boite où il a été mis, conservent très long-temps celte odeur. Qu'on laisse un de nos boucliers exhaler son musc pendant vingt ans, en communiquer l'odeur à tout ce qui l'environne, et qu'on le pèse ensuite, il

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n'aura pas perdu la moindre chose de son poids. Oui pourra concevoir la petitesse des parties qui effluent continuellement de cet insecte , et qui cependant ne font pas , dans vingt ans , un total capable de faire apercevoir à la balance la plus sensible diminution dans le poids!

« Les boucliers fossoyeurs peuvent fournir un spectacle récréatif en été, où ils se trouvent partout. Si l'on pose sur terre, en plein air, le cadavre d'un animal, tel qu'une taupe, une grenouille, une souris, un crapaud, ou seulement un morceau de chair, de poumon de porc, etc., ils ne tarderont pas à s'y rendre, pour n'être pas devancés par les mouches bleues de la viande. La troupe formée , on commence avant tout par prendre , comme on dirait , les dimensions. Us contemplent le cadavre en tous les sens , pour estimer la capacité qu'ils auront à donner à la fosse ; puis ils examinent si le terrain est convenable , si par événement il ne se trouve pas trop pierreux ; ou que d'autres causes le rendent peu propre à remplir leur but : toute la société se glisse sous le cadavre; tout à coup on voit ce dernier sa mouvoir "en avant, sans qu'on aperçoive un seul des porteurs, dont l'insecte , fossoyeur par état , prend alors le rôle. Dès que la place convenable est trouvée , on se met à travailler avec ardeur à la sépulture. Tous se fourrent à l'envi

sous le corps mort, qu'ils soulèvent avec leurs tctes et avec leurs corselets, tantôt en devant , tantôt eh arrière, et se mettent à gratter la terre au-dessous d'eux, avec leurs pattes , de manière que le cadavre s'enfonce toujours davantage. wSi l'opération ne veut pas bien aller d'un côté , on voit paraître un des fossoyeurs qui vient observer de plus près ce qui peut causer l'empêchement, et le coup d'œil donné, il se hàlede redescendre. Alors le travail se reprend avec un redoublement d'activité , à l'endroit où se trouve l'accroc. Le corps mort contiime a s'enfoncer de plus en plus, et finit par disparaître tout-.à-fait aux yeux de l'observateur qui a assez de patience pour tenir bon pendant une couple d'heures. On a pour les dérouler, fixé une taupe à un bâton fiché en terre : en vain ils épuisaient toutes leurs forces et le cadavre ne baissait points finalement ils s'aperçurent du tour qui leur avait été joué , et se mirent à sous-miner le bâton et encaver la place où il était fiche ; dès lors tout alla à sou* h lit. Une couple de jours après l'enterrement, les boucliers reviennent au jour et s'accouplent, ce qui arrivée même quelquefois dans le cours du travail : ensuite les femelles retournent toujours à la hâte sous ferre , pour y déposer leurs œufs dans la charogne qu'ils ont pris tant de peine à enterrer. 11 eclot de ces œufs une iarre

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formée en fuseau, et qui, lorsqu'elle a pris lout son accroissement, a dix-huit lignes de Joug. Elle porte au-dessus de chaque anneau une tache transversale, proéminente, de couleur îouge, et garnie de quatre épines. Ces taches diminuent en longeur, à mesure qu'elles s'approchent de l'anus ;Tnais elles s'élargissent dans la même proportion, et les épines deviennent aussi plus aiguës : comme ces dernières sont assez fortes , et leurs pattes très faibles , il est très apparent que ces couronnes d'épines leur servent à s'appuyer et à porter le corps en avant. La charogne est ensuite complètement dévorée par ces larves, ni la peau, ni les os mêmes ne sont épargnés. Après s'être dépouillés de la peau de la larve elles s'arrangent une loge bien lisse ou elles se transforment en nymphes armées par derrière de deux pointes qui leur servent à se retourner. Leur couleur, d'abord blanche , devient toujours plus jaunâtre et parvient finalement à la couleur orange : ce qui doit par la suite être noir, prend chez la nymphe parvenue à maturité , une couleur rouge-brun ; enfin cette enveloppe est déchirée et déposée pièce à pièce , 1 insecte parfiit se montre joyeusement sur le grand théâtre, et va à l'enquête de sa nourriture : il est vorace au point de dévorer ses semblables, lorsqu'on l'enferme avec eux. »

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Si on expose à l'air liîire et sur un lerraln propre aux travaux, de cesinsecies, coin;ne une; plate-baude tenue en labour, ou comme une bateric de jardin, une taupe fraîchement luée, elle est bientôt couverte d'un grand nombre d'escarbots de l'espèce appelée bronzée, ces escarbots dépouillent le cadavre «le safourrure, et le rasent en quelque sorte. Au bout de quelque temps arrivent les nécrophores fossoyeurs qui coniraigneiitlesescarbolsdese retlrer.Datis l'espace d'environ dix heures, trois a cinq do ces nécrophores viennent à bout d'enterrer U taupe, mais superficiellement, le cadavre n'étant recouvert que de deax à trois lignes de terre. Lnviron au bout de dix autres heures , 1 1 taupe est enfoncée d'un demi -pied, et d un peu plus d'un, deux fois vingt-quatre heures après le commencement de 1 exfodialion. C'est le terme de la plus grande profondeur de la fosse. On ne rencontre jauials plus de cinq nécrophores sous chaque taupe , soit que son cadavre ne puisse point nourrir un plus grand noaibre de larves, soit pour tout autre cause inco'nnue. Les nécrophores fossoyeurs pondant leurs œufs et se rciireut. La grande espèce , nommée germanique ^ vient occuper leur place, mais elle arrive seule.

Les hydropîiilos oui les habitudes des dytiques avec lesquels on les avait d'abord cori-

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fondus ; ils en diffèrent cependanfpar leurs antennes très courtes et terminées en massue.

Ces insectes vivent dans leau, leurs pattes sont à cet effet natatoires, c'est à dire disposées en forme d'aviron. Quand ils veulent respirer ils se laissent aller au gré de l'eau , et comme ils sont plus légers ils s'élèvent bientôt audessus. Pour s'y maintenir , ils font le vide en élevant un peu leurs élytrcs et baissant le bout de l'abdomen; l'air, de celte manière, s'y introduit et pénètre les stigmates. Lorsqu'ils veulent regagner le fond de l'eau, ils font cesser ce vide et plongent en faisant agir leurs pattes.

La peau des hydrophiles eA extrêmement dure et co:iace, il n'y a que le dessus de l'abdomen qui soit rnou , mais il est préservé par les élytres qui sont très solides. Le dessous de leurs corps est ordinairement sillonné profontîément. On remarque aussi quelquefois sur la poitrine une saillie en forme de sternum, très dure, écailleuse, terminée postérieurement en une pointe aiguë ; lorsqu'on saisit les hydrophiles, on peut se blesser par celle pointe, qu'ils mettent en mouvement avec beaucoup de vitesse ; serait-ce un instrument de défense? On n'en connaît pas au juste l'usage.

Les larves sont carnassières, et très voraces, leur tête est armée de fortes mandibules, elle

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est dans quelques espèces un peu penchée en arrière, afin de pouvoir saisir avec plus d'aisance des escargois et de petits limaçons qui se trouvent parmi les plantes aquatiques , et pour pouvoir en casser la coquille. Le dos de cet insecte lui sert à cet effet de point d'appui et de table pour manger l'animal, lorsqu il est mis à nu. La larve le saisit avec ses dents , se plie en arrière , élève un peu le dos et y appuie le limaçon. La tête de la larve par cetle disposition , porte davantage sur sa proie, et casse plus facilement sa coquille.

La larves gagnent le rivage quand elles ve«^ lent se transformer ; elles s'enfoncent en terre ou se cachent sous une pierre et s'y recouvrent d'une coque ovale.

Les femelles des hydrophiles renferment leurs œufs dans une coque de soie qu'elles formont avec leur derrière, et qu'elles surmontent d'une petite pièce solide , une espèce de corne brune , un peu recourbée. Ces nids ont la forme d'un petit bonnet, terminé par une pointe, et flottent sur l'eau.

Les dermesfes. Ce sont des insectes, dit Olivier, connus depuis long-temps par les grands dégâts que leurs larves occasionent aux ol)jefs souvent les plus précieux. L'insecte parfait semble ne vivre que pour remplir sa dernière

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ùestlnalloii. On le Irouve souvent sur les fleurs; et s'il fréquente les substances animales , c'est pour y déposer ses œufs , plutôt que pour v causer de nouveaux ravages. La voracité des larves des dermestes est surtout redoutable aux cabinets d'histoire naturelle et aux magasins de pelleteries : c'est là qu'elles détruisent entièrement les oiseaux, les quadrupèdes, let insectes, et tous les animaux préparés que l'on conserve : c'est là qu'elles ravagent les pelleteries, dont elles font tomber les poils , en rongeant la peau même. Elles attaquent aussi les cadavres des animaux de toute espèce répandus dans les champs, en consument toute la substance charnue et les parties tendineuses, les dissèquent jusqu'aux os, et en font des squelettes parfaits. On lûs trouve dans les offices, les garde-mangers , et dans tous les endroits qui recèlent la ncurrilure animale qui leur convient. Le lanl , les plumes, la corne qu'on laisse long teni{)3 dans quelques tiroirs, ne sont pas phis épargnés. Il est bien difficile de se garantir des ravages de ces insectes : par leur petitesse, ils échappent à nos recherches , et par leur persévérance, à nos précautions. Cependant, comme le mal particulier, dans la nature, concourt toujours à un bien général, les dermestes peuvent être destinés à décomposer entièrement

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les cadavres, pour former, de leurs derniers débris, un terreau ou une substance ténue, propre à servir d'aliment à d'autres productions, surtout aux plantes : l'air et l'humidité ne parviennent à cette décomposilion nécessaire, que bien plus lentement. Ca;s insectes, aidés des boucliers, des nécrophores , achèvent de réduire à leurs premiers élémens les restes des cadavres que laisse la mouche Carnivore, qui n'attaque la chair que lorsqu'elle est molle , et ne touche point à la peau, ni aux parties , nerveuses ou tendineuses. La plupars des dermesles cherchent les lieux écartés, mal propres, et paraissent fuir les impressions de la lumière. Ils sont attachés au repos, et ne se livrent au mouvement que lorsqu'on les trouble, en faisant du bruit autour d'eux, ou en touchant les corps qui les recèlent. Rarement les voit-on sur la surface de ces corps; enfonces dans 1 intérieur, ils se dérobent à nos regards, et semblent ne qnitler leuj' retraite qu'en tremblant; leur démarche est timide et incertaine. Quand on est habitué à réfléchir sur les signes extérieurs des affections qui nous dominent, en voyant le dermeste, à l'aspect du danger, courir, s'éloigner, revenir; au moindre toucher suspendre sa marche, ou retirer ses antennes et ses pattes, rester obstinément dans un état de mort feint, et vouloir, pour ainsi dire, en

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imposer par la fermeté, ou surprendre par la ruse , on croit reconnaître tous les mouveinens que la crainte et la réflexion inspirent à l'amour de la vie. »

Celte larve change jusqu'à dix fois de peau suivant Goedart, ses dépouilles restent tendues et comme soufflées, de sorte qu'on les prendrait au premier coup d'œil , pour les larves mêmes. Quand elle veut se transformer on nymphe, elle se cache dans les débris des matières qu'elle a rongées.

Les byrrhes ont beaucoup de rapport avec les anihrènes, les trosques , etc.; ils n'offrent rien de bien particulier, si ce n'est l'habitude qu'il ont de contracter toutes leurs parîics de manière à imiter parfaitement l'étal de mort, lorsqu'ils craignent quelque danger. I.c plus commun est le byrrlie piilulaire; lorsque cet insecte se sent toucher, sa tête rentre dans une échancrure du corselet, ses pattes, ses antennes , se contractent et s'appliquent si fortement sous le dessous du corps, qu'il ressemble à une pillule et qu'il est assez difficile de reconnaître un insecte , d'autant plus que sa couleur terne le fait confondre avec la terre sur laquelle il gît.

On trouve lec byrrhes, sur le bord des chemins et dans les bois.

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