CHAPITRE III
Quelques types de l’Entre-deux-guerres: Félicien Rops, Armand Gouzien.— La mort de Gouzien. — Armand Dayot, Gabriel Hanotaux, Henri Lavedan. — Forain et Caran d’Ache. — Yturn. — Boldini, Helleu, La Gandara, James Tissot, Lobre. — Pierre de Nolhac à Versailles. — Une fête à Trianon, — Un lumineux génie : Santiago Rusiñol.
Voici une corbeille de personnages divers, quelques-uns importants, d'autres moins, qui sont autant de touches de couleurs dans le tableau artistique et littéraire de l'Entre deuxguerres. Morts ou vifs, ils contribuent à la perspecu\c. Ils témoignent du fort et du faible de la société parisienne. Je les présente ici au naturel, sans autres liens que celui du temps et de la fréquentation.
Félicien Rops, l’aquafortiste hanté que l'on sait, avait une belle mine, haute et fière, de
reitre du xvi° siècle. Il lui manquait seulement le pourpoint de velours et l'épée. Il ne lui manquait n1 la fine moustache, n1 la barbiche, ni le visage triangulaire, ni le feu du regard, toujours en mouvement. Il parlait vite, en faisant chevaucher les mots comme les tuiles d’un toit, inventait à mesure des histoires extraordinaires et merveilleuses, à la réalité desquelles il croyait aussitôt. Tantôt à cheval à travers les pampas, dont 1l dépeignait l’ardeur en plein midi, tantôt coupant la brousse avec de hardis compagnons, tantôt seul en un canot au milieu des banquises, chassant l'ours et le bouquetin, il avait accompli des exploits capables de remplir une cinquantaine d’existences humaines bien occupées. C'était un mirage, mais d’un détail, d’une minutie, d’une précision poétique qui atteignaient au grand art.
L'invention mordait sur lui comme l'acide sur le cuivre, dessinait des formes soudaines, imprévues et vraisemblables. On était là comme au spectacle. Inutile de chercher à l'interrompre. Il reprenait toujours son fil, à la façon d’un habile cordier de village, et tirait dessus tant qu'il pouvait. A table, il prenait à peine le temps de boire, avalait ses bouchées