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LA FONDATION DE € GERMINAL

qui avait un masque chevelu de lion couturé de petite vérole, déclama une poésie de sa composition, puis un, deux, trois, quatre, cinq poèmes de Victor Hugo, des ïambes de Barbier, et finit par chanter la Marseillaise. Maujan répondit le verre à la main. Paschal Grousset y alla de son petit topo. En avant les violons! Tout à coup, patatras! puis imprécations, cris de fureur. Un danseur âgé et maladroit avait précipité sur le parquet trop ciré une dame de cent kilos et celle-ci le couvrait d’invectives, en agitant deux énormes jambons qu'on reconnut bientôt être ses bras décolletés. Elle conclut par une paire de gifles, qui claquèrent aussi fort, sur les joues de l'infortuné, que le drapeau des revendications républicaines et sociales de Maujan. Comme disait feu le brave Sarcey, nous n'avons jamais autant ri.

Germinal était situé au premier étage, en rotonde d’une haute maison qui fait le coin de la rue Montmartre et d'une rue menant à la Bourse. Il y venait, à partir de cinq heures du soir, un grand nombre d'hommes politiques radicaux, qui discutaillaient comme à Ja Chambre. L'un d'eux, taillé en colosse, lächait de formidables renvois au vin. Comme je

m'en plaignais à Maujan, il me répondit avec un bon sourire : « Vous en verrez bien d’autres quand nous aurons fait de vous un député. »

Voilà qui n'était guère engageant.

Puis, au bout de quelques mois, Germinal se mit à dépérir. Le caissier n'était jamais là quandil fallait payer lesappointementsdescollaborateurs. Mauvais signe. Paschal Grousset se fit irrégulier. Clisson disparut. Seuls Gonzague Privat, Gérault-Richard et moi, tinmes bon jusqu'au bout, sur ce radeau de papier que Privat, en riant, proposait de débaptiser et d'appeler la Méduse. Enfin, un jour, Maujan nous prévint paternellement qu'il mettait la clé sous la porte. Cy finit la geste de Germinal.

Pour faire plaisir sans doute à la famille Hugo, Gaston Bérardi m'avait demandé d'écrire deux filets par semaine à l'Indépendance Belge. Gaston Bérardi, qui a blanchi depuis, était blond, avec une barbe magnifique, des yeux chgnotants et un débit précipité. Il a dans la société parisienne un rôle effacé, mais très durable, d'utilité, que je comparerai à celui de Falconnier à la Comédie-Française. Il est de toutes les répétitions générales, de presque

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