LE CHEVALIER, LES PRÉCÉDENS
Le chevalier.
I L faut convenir , madame Chariot , que ce père Gribourdonest yn hypocrite bieninsuppoi-
table ! personne ne l’aime/ A propos , monsieur Chariot est Français ; ah î- que j’en suis bien aise!
Madame C H X» R L o T , gaîmcnt. '
Vraiment oui ^ mon Chariot est Français ^ M. le chevalier ; et entre nous, soit dit', les Français valent bien les Allemands.
( Pendant cette scene , Charlotte recèle y et lit , la lettre du chevalier ; tout h as, )
Charlotte, Æ part .
Fuir avec lui ! je ne puis m’y résoudre.
Le Chevalier.
^ Un seul en vaut dix. Comme ils sont intrépides , depuis qu’ils combattent pour la liberté ! iMi ! vous avez bien raison , madame Chariot : quel pays ! quelle nation ! c[uel peuple aimable! Ils se battent' en chantant.
Madame C H ,A R L o T. '
Oui , M. le chevalier , les Français sont uniques; ils sont tous comme mon Ôiarlot. Quoi!
vous ne^ vous é:icz pas encore apperçu , à son activité, a son aimable urbanité , qu’il étoit français ? Il fait plus de besogne à lui scul^en deux jours que cent allemands en deux mois ; à la cave , à la cuisine , à la table des généraux , des offi- • ciers , des soldats , tout est également rempli d’un coup -d’œil. Ah, mon Chariot, si tout les Français te ressemblent , et qu’ils fassens une incursion sur notre territoire, j’ai bien peur
que toutes les allemandes ne s’incotpomnt dans l’armée française.
Le Chevalier.
C’est bien dommage , madame Chariot, que vous ne soyez pas française î
Madame C H A R L o T.
Grand merci du compliment ; et que^ me manque-t-il donc., je vous prie, pour l’etre? Mais j’admire ma bonne-foi ; vous êtes le fils du général Clairfait , vous venez sans doute pour m’éprouver >
Le Chevalier, P interrompant.
Ah! madame Chariot, c’est me faire injure !
je vous aime bien, je vous en assure^ vous êtes si bonne , si belle , si aimable , si spirituelle ; mais je crains que vous ne disiez trop ouvertement votre façon de penser.
Madame C H A R L O T , regardant sa fille.
Ouais ! que veulent dire ses regards > ( Au chevalier ,, en le contrefaisant. ) Mais vous etes si bonne , si belle , si aimable, si spirituelle. Et je tremble, M. le chevalier, que je ne sois qu’une •bête avec vous.
Charlotte , cherchant à détourner V attention . de sa mère.
Maman a raison , M. le chevalier ; c’est comme si elle étoit française , puisque mon père est français. Que je voudrois bien aller en France!
Madame ChaRLOT,^ part. ,
Je crois sérieusement que déjà cette petite
fille me trompe. S’ils ëtoient d’accord > Terminons ceci, et examinons cela de plus près.
Le chevalier.
Belle Charlotte, nous pouvons y aller tous aujourd’hui; les droits de Phomme se font sentir dans tous les cœurs. Ce sont les Français qui les ont ressuscités pour le bonheur du monde.
' Madame C H A R L o T.
Le croyez -vous? ( A part.) il en est persuadé.
Charlotte, avec empressement.
Et ceux de la femme , M. le chevalier, y sontils aussi ressuscités ? '
Madame CharLO^T, V interrompant.
En voici bien d’un autre! Pas encore, mademoiselle, pas encore. ( A part, ) Comme ce germe circule ! oh ! voilà qui est fini , il n’est ^plus possible de lui rien taire; c’est l’esprit de son père: elle devine ce qu’elle ne sait pas.
Le chevalier, V interrompant.
Pardonnez - moi , madame Chariot, les filles y sont majeures à seize ans ; èt peuvent , en dépit d’un pouvoir abusif, choisir un époux à leur gré.
Madame C H A R L O T.
Ce n’est pas ce que je vous demande, ce n’est pas ce que je vous demande , M. le che-
valier, vous êtes bien empressé d’instruire ma fille.
Clî'ARLOTTE, avec gaîté.
Oh , que c’est charmant ! mais je n’ai que seize ans.
Madame C H A R L o T.
C’est bien dommage , en vérité ! Mais voyez donc cette petite fille ; comme son esprit s’enflamme ,avec ses droits de l’homme /Elle croit déjà être en France.
Le chevalier,^ part.
Plût au ciel !•
Madame C H A R L O t: écoutant.
Hein ! plaît-il >
Le chevalier.
J’admire le pouvoir de la nature.
Madame C H A R L o T.
C’est fort bien ; mais entre nous soit dit , M. le philosophe, votre morale ne vaut rien pour les filles du pauvre monde.’ Depuis quelque temps , je m’apperçois que vous suivez ma fille de près , mais elle n’est pas pour vous ; l’entendez-vous bien ? Vous êtes le fils d’un général ; elle n’épousera jamais qu’un simple et brave soldat comme son père. Je me suis^ expliquée en deux mots ; je suis votre servante , M. le chevalier. Et vous , petite fille , rentrez.
( Charlétte se retire en regardant le cheva-^ lier , et lui faisant des signes. Madame Chariot r’r/2 appercevant , la suit, )
Madame C H A R l O T.
Dieu me pardonne , je crois qu’elle lui fait des signes ! Oh î oh ! je vais dire cela, à ton père , et nous verrons comme il prendra tout ceci; en vérité il n’y a plus d’enfans..