SCENE VI
• L’EspiOî ^ , Mde. Charlotte , Charlot.
Ils entrent pendant que les français montent la colline,
I* espion entre par une coulisse opposée à Chariot.
Charlot reconnoissantV espion et volant
dans ses bras.
Quoi , monarrii, te voilà libre ? comment tu n’es pas mottfMais quel accident t’est-il donc arrivé 5 tu as le col tout de travers.
L’Espion le col de travers.
Oh ! ce n’est presque plus rien , c’est un torticolis' d’aventure.
C II A R L O T
Je coiiinience à comprendre. ^ •
. L’Espion.
Àu moment du comliat^ les autrkdilens furieux battoicnt en retraite j fort embarrassés de ma personne , iis se sont Livisés de nf accrocher ; lieureusemeiit ])our moi , (|ue Cjuehjues soldats (pie j’avois g ^^nés , et (pii 31’avoient pas eu le tems de déserter , ont eu en courant la ])olitesse de couper la corde qui me ten oit suspendu eu cérémonie de l’ancien régime ; un autre m’a donmi un verre de braii-de-viii, et me voilà ressuscité. Il m’en reste encore une petite entorse dans leçon ; mais ce ne sera rien. Ça commence à se remettre, allons , vive la liberté , il ne m’en a coulé (]u’ une secousse ; mais c''est la rocaiii- -bole du métier, et de deux mille esclaves j’ai l’ait deux mille hoiniiics.
Ce que c’est c[ue le bonlieiir î Quoi , mon ami , tu as échappé ^ ])Ciit-étre estropié ]>our la vie j c’est une leçon (jui rélioidit bien le feu du courage , n’est-ce pas.
L’Espion.
Avant la cérémonie; mais quami (Su en est revenu , on afifonteroit l’année des Janissaires.
C H A R L o T riant.
Oh ! oh ! oh ! jamais pendu ne fut plus aimable. Allons^ nioh aini^ vivo la repu-
1)lîqiie française ; les hommes qui la dcfoiitient ne peuvent plus périr.
L’E spio X.
.l’en suis, je pense ^ un grand exemple»
et je m’en vante.
C H A R L OT
Tu as raison, je t’admire; mais, ente regardant , je ne puis m’eiii])éclier de rire. . . . Oh î o!i ! ma femme al’aîr bien agité.
Mdc. Cnvr. LOT au fond du tliéaLvc et regardant dans Les coulisses,
Cj'iant Charlotte, Charlotte , je ne la trouve nulle part. S^appuyaiit sur le bras de son. mari. Oh î mon ami, nous l’avons ])erdue ; on nous l’a enlevée , c’eti est fait.
CuARLOT , avec désespoir.
On m’a enlevé ma fille ! o malheureux iiere ! C’èst de notre faute. Avons-nous pu la laisser un iuslaut seule , après ce que nous savions? J’irai ])ar-tôut la chercher ; j’aurai la vie de cet infâme ravisseur, où il aura la mienne. Que sait-on ? Peut-ctre l’at-il conduite dans le fond de rAllemamie ?
Mad. Char LOT » dans la plus vive douleur,
O mon dieu, mon dieu, que je suis mal- Ireureuse ! J’en mourrai de douleur.
Voici le pere de cet infâme ravisseur.
1/ E s P I o N , se sauvant.
Je me sauve.
Les précédens , le général Grisbourdon ^ Soldats au fond du théâtre,
Mad, Charlot allant au-devant du Général,
Monseigneur, je vous demande justice ; rous ne sommes que des pauvres vivandiers.
Mais, vous le savez, riionneur étoit toute notre fortune. M. le Chevalier nous a enleve notre fille,
Grisbourdon , bas au Général, >
C’est une ruse. Monseigneur.
Le Générai, , bas à Grisbourdon,
Je le sais ( haut) : on m’a assuré qiie vous étiez complice du rapt; que vous aviez meme fiivorisé l’amour de iiion fils ,• pour le
faire passer au sei vice de î rance.
Mad.X' H A R ï, O T.
Gomplice? je ne me connoisplus. Les \oiîà ces riol)les qui ne sentirent jaaiais la vertu, et qui ne connurent jamais le véritable lionneur ; ils pensent qu il est de me lire étranger au peuple. Je n ai que deux mots ;\ vous dire ; votre fils épousera ma iille, ou je lui brûle la cervelle. Je le trouvciai, il caebé dans les enfers, et il ne m é^happera pas.
Grisbouhdok. ^
Monseigneur , vous l’entenclës 5 faites un exemple cîe ce misérable.
Le Général , avec orgueil.
Epouser votre fille? quelle audace ! est-rce b\ le ton , le langîige d’un vivandier , d’un homme de votre espèce ?
• C II A R L O T
C’est celui d’un Français , d’uji homme libre , et cette espece vaut bien celle des es-» clave comme vous.
Mad. C H A R L O t;
Mon ami, que fais-tu ?
C II A R L O T
Mon devoir, mon sort est rempli.
‘ Le Général.
'Qnelle audace ?'à moi, soldats. Les soU > (laLs sUivanccnt.
Mad. Char LOT, se Je fiant aux pieds du
Général.
Monseigneur, je vous demande pardon pou^lui : c’est mon fils.... c’est ^ria fillç.,..
Le Général , avec Jierté,
Je n’écoute' rien que mon juste ressenti-»
ment.
Cii A n LOT , avec colère,
Leve-toî : on voit bien que tu n'es pas
Française 5 mais tu le seras bientôt.
Mad. Charlot, avec sensibilité.
■ Cniel, je suis inere, et épouse.