M NVI RS I» UN!: SAINTE
NOÉMIE
Te voilà prise on flagrant délit d'injustice!... L'autre jour tu soutenais (|ue la jeunesse est ingrate.. . qu'on s'exténue à lui donner des leçons, qu'on s'attache à elle,, et qu'à peine rendue h sa famille, elle ne songe pas plus à vous que si vous n'existiez pas... Pourtant, tu es en train de dévorer la lettre d'une ancienne élève ! Au moins une qui soupçonne ton existence !
JULIE
Ah elle ne s'en souciait guère... Je lui ai demandé un renseignement, elle répond... gracieusement d'ailleurs... (Un silence.) Est-ce que vous croyez, tante Noémie, que ma mauvaise nature, celle qui m'a faite criminelle, soil à jamais domptée?
NOÉMIE
Quelle question, chère enfant!
JULIE
C'est être méchante, j'imagine, que d'entrevoir trop aisément le mal qu'on peut laire...
A qui voudrais-tu faire du mal?
JULIE
Oh, à personne... Mais enfin, si on se laissait aller... A Jeanne, par exemple!
NOÉMIE
A Jeanne !... Ce serai! là de l'ingratitude noire !
JULIE
Permelloz!... C'est co que je conlesic ahsolu-
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ment... Que reste-t-il de sa générosité à mon égard ?... Pourquoi lui en saurais-je le moindre gré?... Parce qu'elle a été lâche?... Parce qu'elle s'est posée en victime et m'a livrée au mépris d'Henri ?... d'Henri qui me plaignait... Ah la malheureuse ! Je ne comptais plus ici-bas, elle m'attaque !... C'est connu ! on peut impunément s'en ])rendre aux morts, et j'étais enterrée vive!... Elle n'a donc pas pensé qu'au bon vieux temps on a vu des trépassés revenir se vencer ?... Si j'étais un de ceux-là?...
NOÉMIE
C'est affreux, ce que tu dis!...
JL'LIE.
Affreux à dire, facile à faire...
NOÉMIE
Eh bien non... Depuis que son mari n'est plus, Jeanne a tant de chagrin que je doute qu'on puisse y ajouter...
Ne doutez pas si vite... Réfléchissez... Elle a sa fille... Si on frappait Christine, soutiendrez-vous que Jeanne ne sentirait pas le coup?
NOÉMIE
Tiens, c'est révoltant... Finissons !... Tu dis cela par taquinerie, je le sais bien... mais il reste toujours quelque cliose de ces vilaines idées, même si elles ne sont nas sérieuses.
JL'LIE.
Je vous garantis que j'en veux sérieusement à Jeanne... Je ne suis pas femme à lui pardonner
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jamais... Me venger ? Non, sans doute, ce n'est pas mon intention, mais il ne faudrait pas une nouvelle imprudence de sa part. La moindre confidence du trenrede celle que j'ai reçue l'autre jour., je ne répondrais de rien... Et je vous prie de croire qu'il lui en cuirait !... (I5randi.ssant sa lettre.) J'ai entre les mains une arme empoisonnée... Il ne tiendrait qu'à moi...
NOÉMIE
Cette lettre?
JULIE
Cela ou autre chose... Pour mal faire, je ne suis jamais à cours de moyens .. Dix-huit ans d'eflorts pour aboutir aux mêmes instincts, glisser sur la même pente... C'est cela qui encourage !
NOÉNHE.
Julie, lues elfrayantc. Après une pareille conversalion, je devrais te surveiller...
Allons, tranquillisez-vous. Je voulais seulement dire, qu'on aurait tort d'exagérer ses mérites pour avoir vécu quelques années à peu près comme Dieu le demande.
NOÉMIE
Ton humilité, ma pauvre Julie, a bien peu les allures d'une vertu... (Prôiant l'oreille.) Est-ce que ne voilà pas la voix de Christine ?
JULIE
Probablement, elle m'a {)roiuis de venir.
NOÉMIE
Comme tous les jours, du reste... Elle ne le