‹ L'envers d'une sainte, comédie en trois actesChapitre 32 sur 66 · M NVI RS I» UN!: SAINTE · texte numérisé non relu

M NVI RS I» UN!: SAINTE

NOÉMIE

Te voilà prise on flagrant délit d'injustice!... L'autre jour tu soutenais (|ue la jeunesse est ingrate.. . qu'on s'exténue à lui donner des leçons, qu'on s'attache à elle,, et qu'à peine rendue h sa famille, elle ne songe pas plus à vous que si vous n'existiez pas... Pourtant, tu es en train de dévorer la lettre d'une ancienne élève ! Au moins une qui soupçonne ton existence !

JULIE

Ah elle ne s'en souciait guère... Je lui ai demandé un renseignement, elle répond... gracieusement d'ailleurs... (Un silence.) Est-ce que vous croyez, tante Noémie, que ma mauvaise nature, celle qui m'a faite criminelle, soil à jamais domptée?

NOÉMIE

Quelle question, chère enfant!

JULIE

C'est être méchante, j'imagine, que d'entrevoir trop aisément le mal qu'on peut laire...

A qui voudrais-tu faire du mal?

JULIE

Oh, à personne... Mais enfin, si on se laissait aller... A Jeanne, par exemple!

NOÉMIE

A Jeanne !... Ce serai! là de l'ingratitude noire !

JULIE

Permelloz!... C'est co que je conlesic ahsolu-

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ment... Que reste-t-il de sa générosité à mon égard ?... Pourquoi lui en saurais-je le moindre gré?... Parce qu'elle a été lâche?... Parce qu'elle s'est posée en victime et m'a livrée au mépris d'Henri ?... d'Henri qui me plaignait... Ah la malheureuse ! Je ne comptais plus ici-bas, elle m'attaque !... C'est connu ! on peut impunément s'en ])rendre aux morts, et j'étais enterrée vive!... Elle n'a donc pas pensé qu'au bon vieux temps on a vu des trépassés revenir se vencer ?... Si j'étais un de ceux-là?...

NOÉMIE

C'est affreux, ce que tu dis!...

JL'LIE.

Affreux à dire, facile à faire...

NOÉMIE

Eh bien non... Depuis que son mari n'est plus, Jeanne a tant de chagrin que je doute qu'on puisse y ajouter...

Ne doutez pas si vite... Réfléchissez... Elle a sa fille... Si on frappait Christine, soutiendrez-vous que Jeanne ne sentirait pas le coup?

NOÉMIE

Tiens, c'est révoltant... Finissons !... Tu dis cela par taquinerie, je le sais bien... mais il reste toujours quelque cliose de ces vilaines idées, même si elles ne sont nas sérieuses.

JL'LIE.

Je vous garantis que j'en veux sérieusement à Jeanne... Je ne suis pas femme à lui pardonner

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jamais... Me venger ? Non, sans doute, ce n'est pas mon intention, mais il ne faudrait pas une nouvelle imprudence de sa part. La moindre confidence du trenrede celle que j'ai reçue l'autre jour., je ne répondrais de rien... Et je vous prie de croire qu'il lui en cuirait !... (I5randi.ssant sa lettre.) J'ai entre les mains une arme empoisonnée... Il ne tiendrait qu'à moi...

NOÉMIE

Cette lettre?

JULIE

Cela ou autre chose... Pour mal faire, je ne suis jamais à cours de moyens .. Dix-huit ans d'eflorts pour aboutir aux mêmes instincts, glisser sur la même pente... C'est cela qui encourage !

NOÉNHE.

Julie, lues elfrayantc. Après une pareille conversalion, je devrais te surveiller...

Allons, tranquillisez-vous. Je voulais seulement dire, qu'on aurait tort d'exagérer ses mérites pour avoir vécu quelques années à peu près comme Dieu le demande.

NOÉMIE

Ton humilité, ma pauvre Julie, a bien peu les allures d'une vertu... (Prôiant l'oreille.) Est-ce que ne voilà pas la voix de Christine ?

JULIE

Probablement, elle m'a {)roiuis de venir.

NOÉMIE

Comme tous les jours, du reste... Elle ne le

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