CHARLES GARNIER
Gomme je me trouvais, cet hiver, dans les environs de Bordighera, j'eus le désir de revoir la villa de Charles Garnier, à laquelle sont attachés pour moi de si doux et si lointains souvenirs.
L'illustre architecte y recevait ses amis ; et le plus aimé de tous, peut-être, Francisque Sarcey, allait y déjeuner chaque année. Que de gaieté, que de joie, quand, la carriole qui l'amenait s'arrêtait devant la grille ! Toute la maisonnée était en l'air. Charles Garnier, bronzé, chevelu, surgissait, pareil à un cheikh arabe. La bonne et charmante Mme Garnier venait après lui; puis leur fils Christian, jeune savant trop tôt ravi à la gloire, et qui luttait déjà contre le mal affreux qui le devait emporter. Mais on ne songeait
i86 l'envers de la gloire
point à ces sujets de douleur. On se mettait à table. On buvait le vin d'Asti. El tandis que l'odorante liqueur moussait dans les verres, l'esprit pétillait sur les lèvres des convives. C'était un feu roulant. Garnier mêlait ensemble les théories, les calembours, la critique d'art la plus fine, les énigmes, les chansons, les fables-express, les apostrophes véhémentes et les charges de rapin. Après le café, il nous entraînait au jeu de crocket — sa passion — et s'il perdait, par hasard, il devenait furieux et injuriait le vainqueur, à la façon des héros d'Homère. Nous le quittions, éblouis, pleins d'admiration et de tendresse pour cet homme de génie doublé d'un très grand enfant...
Le temps a fait son œuvre. La mort a fauché ces deux fleurs, la fleur épanouie, la fleur naissante. Quand je me suis approché de la maison blanche, si fièrement campée sur son cap, une morne solitude l'enveloppait. J'ai poussé la porte, j'ai erré dans le jardin où croissent côte à côte les roses de France, les palmiers d'Afrique. Et voilà qu'au détour d'une allée, j'ai aperçu, soudain, une humble robe noire. C'était Mme Garnier, qui n'était pas seule, puisque ses chères ombres flottaient autour d'elle. Nous causâmes longuement, tristement, laissant le passé jaillir, à flots pressés, de nos cœurs. Elle me montra la place du crocket abandonné, le banc où l'on s'asseyait jadis pour respirer la fraîcheur du soir, la treille que Charles Garnier avait bâtie de ses propres mains et qui lui rappelait celles de la campagne romaine. Ce
jour-là le ciel était radieux, le soleil nous brûlait de ses rayons; et cette sérénité, cette allégresse de la nature ajoutait à notre mélancolie. Nous en vînmes à parler du pieux monument que les collaborateurs et disciples de l'artiste, MM. Pascal et Thomas, s'occupaient alors d'achever.
— Au moment de l'inauguration, dit-elle, je vous remettrai les papiers de Charles. N'oubliez pas de me les demander.
Hier, je me suis souvenu de sa promesse.
La petite robe noire m'attendait dans l'appartement du boulevard Saint-Germain. C'est un très vieux logis qui, durant près d'un demi- siècle, abrita le ménage. Garnier ne fut jamais riche. Il dédaignait l'argent et ne retira de ses immenses travaux qu'une modeste aisance. D'abord les jeunes époux nichèrent au cinquième, puis ils descendirent au second, lorsque la fortune leur fut propice. Ils n'en bougèrent plus, y vivant étroitement unis, n'ouvrant leur foyer qu'à quelques intimes, qui s'y assemblaient une fois la semaine, heureux d'y recevoir la plus simple hospitaUté. C'étaient les camarades d'enfance, les condisciples : PaulBaudry et son jeune frère, Carpeaux, Nuitter, Sarcey, Boulanger, Saintin, Lenepveu, et les cadets, les élèves : Larroumet, Clairin, Nénot, Charles Reynaud, Cassien- Bernard. Chacun d'eux, en quelque sorte, y a mis son empreinte. Aux murs sont accrochés les admirables portraits de Baudry ; le buste de Carpeaux se dresse
devant la glace de la cheminée ; le pinceau de Lenepveu et de Boulanger a semé sur les panneaux, sur les boiseries, des silhouettes de nymphes et de bacchantes. 11 n'est pas un meuble, en cette maison, pas un cadre, pas une aquarelle, pas un dessin, pas un volume qui ne soit, si Ton peut ainsi dire, une relique. Mme Garnier m'a permis de les regarder; elle m'en a conté l'histoire, de sa voix douce, indiflerente aux choses présentes et qui ne s'anime qu'à l'évocation des choses passées. J'ai senti que, pour elle, rien n'existait en dehors de cette chambre, de ce cabinet, de ce salon et que là, à ses yeux, finissait le monde.
J'éprouve, je vous assure, quelque embarras à la mettre en scène; il me semble que j'offense sa pudeur. Elle est si peu faite pour le bruit! Elle fuit avec tant de soin la curiosité banale! Elle ne recherche que le silence. Mais, en parlant d'elle je parlerai de lui. Et ce sera mon excuse.
Nous nous approchons du bureau où des dossiers sont rangés dans un ordre méticuleux. Assis l'un près de l'autre, nous commençons aies feuilleter...
Cet album, proprement relié, contient la relation d'un voyage accompli en 1868 au delà des Pyrénées. Oh ! la plaisante odyssée! Ils étaient quatre : Garnier, sa femme « Louisette », l'architecte Ambroise Baudry, le peintre Boulanger, familièrement surnommé Boulo, tous gentils compagnons, prompts à se divertir, prenant l'Espagne par le bon côté. Garnier, qui fut tou-
jours taquiné par Faiguillon poétique, traduit ses émotions en des vers, que je ne calomnierai point si je les qualifie de mirlitonesques. La plus aimable familiarité s'y allie à une imperturbable belle humeur. Le narrateur enregistre les plus légers incidents, le retard des trains, les persécutions des douaniers, le chaud, le froid, les courants d'air, le menu du déjeuner, du dîner, Thorreur de la cuisine ibérique ; il ajoute à ses strophes des croquis, où Tariiste se révèle, de surprenants paysages construits en trois coups de plume, et d'une précision, et d'une largeur, et d'une solidité remarquables; la silhouette d'un chef de gare, saisie sur le vif, ou le profil d'un gendarme. On n'entrevoit du bonhomme que le bicorne, l'habit, le chapeau, avec une énorme paire de moustaches. Et cela suffit. On le connaît. On peut jurer qu'il est ressemblant.
Les villes se succèdent, selon l'itinéraire classique : Burgos, Valladolid, et Madrid qui déplairait fort à Garnier si l'on n'y rencontrait Velasquez. Mais Velasquez Téblouit, l'étourdit, l'ahurit, le « rend tout bête ». Il recouvre son sang-froid, le lendemain, en présence de l'Escurial qu'il prise modérément :
C'est vaste, je ne dis pas non, Et pour jouer à la balle, Ce vaisseau-là serait très bon ; Mais, bon Dieu, que c'est barbare
Quel ignoble entablement!
Ce n'est même pas bizarre,
C'est bête, tout simplement...
Le grand escalier n'est pas mal, Mais il n'est guère original.
Garnier pense déjà, je présume, à Fescalier de son futur Opéra. Et cela le rend difficile. Tolède le satisfait davantage. A Gordoue, il s'assombrit. Séville lui agrée, mais à Gadix il redevient sombre. Cependant il ne s'en tient pas à un jugement superficiel et donne aux touristes, ses frères, qui seraient tentés d'être grincheux, d'excellents conseils.
Si l'impression première
Ne s'ait pas vous satisfaire,
Il faut revoir à nouveau
Jusqu'à c' que ça paraiss' beau.
Mais lorsque votre visite
Vous satisfait pleinement,
Il faut partir au plus vite, «
Comm' ça, l'on reste content.
Entre deux visites aux cathédrales, on monte en voiture, à moins qu'on ne se repose à l'hôtel. Et lorsqu'on s'ennuie, on larde d'épigrammes l'inoffensif Boulanger. Le pauvre Boulo apparaît à chaque page, chansonné, caricaturé, travesti en gorille, affligé de fluxions monstrueuses qui accentuent sa disgrâce physique.
Boulanger, six fois par jour, Change de toilette.
Puis, il s' croit beau comm' le jour.
Comme il fait sa tête !
Mais c' n'est pas dans le vêt'ment Qu'il faudrait faire le chang'ment.
C'est dans la binette 0 gué,
C'est dans la binette !
En un mois on achève d'explorer la péninsule^ Grenade, Malaga, Alicante, Valence, Alcala, Tarragone, Barcelone, où Garnier s'évertue à découvrir « TAndalouse au teint bruni », d'Alfred de Musset, « pâle comme un beau soir d'automne » et qui lui apparaît, « dans le théâtre où l'on donne la musique de Rossini. » Conclusion (car il en faut une), l'Espagne est le type accompli de la laideur :
Parfois nous rencontrons De beaux coins, de beaux fonds, Mais les trois quarts du ch'min Ressemblent à Pantin.
Lorsque Garnier regagna la France, il s'attacha à recopier proprement les notes qu'il avait prises ; il y consacra les soirées de tout un hiver. Étrange faiblesse d'un artiste de génie! Je crois, Dieu me pardonne, qu'il tenait plus à ses vers d'opérette qu'à son Opéra. C'est l'éternelle histoire du violon d'Ingres. Mme Garnier a un sens littéraire trop aiguisé pour s'illusionner sur la valeur de ces productions. Elle les considère
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dans le mirage des jours heureux, de la jeunesse étourdie et folle. Ces vers lui apparaissent, cabriolants, spirituels, comme il l'était lui-même, — ce charmeur...
Oui, ce fut son péché mignon. Il ne résistait pas à Tattrait de jeter sur le papier des lignes inégales et cocassement rimées. Et comme ce mal est contagieux, il gagnait peu à peu les habitants, les familiers du logis. Le délicat et studieux Christian — que son père et sa mère appelaient Nino — composait des vaudevilles, des revues de fin d'année abondantes en traits piquants et en pointes satiriques. Sarcey enfin, le calme etpacifique Sarcey, s'abandonnait quelquefois à ce délire. Il y eut un jour, entre l'architecte et le critique, certain tournoi auprès duquel ceux des chevaliers de la Table-Ronde n'étaient qu'un jeu. Garnier, en manière de défi, s'était amusé, négligemment, après boire, à improviser ce distique :
L'émir dit à Fathma : Lis-moi ce mirliton.
Non, fit Fathma — Pourquoi? — Devant l'émir, lit-on?
Sarcey ne bougea point; pas un muscle de sa face ne tressaillit.
— Et mon poème du « bal masqua », reprit Garnier, ô Sarcey, le connais-tu?
Sans attendre la réponse et de sa voix la plus suave, il modula :
Il faut donc de ces faits se rendre .à l'évidence,
Meilhac est un pantin et comme. Halévy danse,
En imitant le chant .de son chardonneret.
Oui, j'en sais plus d'un, qui de son char donnerait
Le signal pour aller tous. . . : unis vers Gythère.
Mais bast! Eros n'est plus qu'un universitaire.
— Penh! dit Sarcey, la belle affaire !... C'est une façon de bouts-rimés. Qui n'a fait des bouts-rimés dans sa vie? J'y excellais autrefois.
Garnier saisit une feuille blanche, y griffonna quelques mots, et les plaçant rageusement devant son hôte :
— Nous allons bien voir, s'écria-t-il... Travaille! I Le plus paisiblement du monde, Sarcey laissa couler
de sa plume le sonnet suivant :
Ainsi qu'un ragoût fin s'aiguise de ciboule.
D'esprit et de gaieté s'accroît notre vertu.
En vain des Allemands contre nous le flot roule,
Poussé par Mons Bismarck, l'homme au casque pointu ; Le Français blague et rit. Dieu le fit dans ce moule.
Il va chantant : « Dis-moi, mon vieux, t'en souviens-TU? » Sur les débris fumants de son passé qui croule,
Content comme un mari, comme un mari battu.
Il meurt voluptueux, comme Sardanapale,
Railleur, tel que Dumas nous a peint son Chicot,
Mais fier et de la main serrant son chasse- pot.
Tel ici je te chante, humble et faible cigale,
Dans ce livre qu'unjour tu mettras au paiNier,
Triple brute ! animal ! ! architecte ! ! !, Garnier ! ! ! !
L'air retentit de sourdes imprécations. Garnier exhalait sa rage. Et, voulant triompher en cette lutte
épique, il darda sur l'innocent Sarceyun regard féroce et lui envoya à bout portant un projectile extrêmement meurtrier.
— Je vais te réciter, dit-il en ricanant, mon « calorifère » :
Il commença :
Mon poêle ne me chauffe pas, Mon foyer ne me chaufîe guère.
Je suis dans un grand embarras Pour me chauffer : qu'alors y faire ?
— Grâce! gémissait Sarcey.
Aury, le maréchal-ferrant, S'établit (c'est ce qu'il préfère) Dans la cale d'un brick très grand Et, dans cette cale, Aury ferre.
Sarcey joignait les mains :
— Grâce! Grâce!
Dieu! qu'en Afrique on voit de méchants carnassiers Qui, hurlant chaque nuit, empestent l'atmosphère. Et l'on peut affirmer qu'à l'abri des palmiers, De l'Atlas à Tanger, le chacal au Riff erre.
Il y avait, de la sorte, vingt huit couplets. Au vingtdeuxième, Sarcey se leva. La rougeur de l'indignation et de la honte empourprait son visage. Il renonçait à la lutte ; il s'avouait vaincu ; il partit sans saluer l'indigne architecte. Et, le lendemain, il lui signifiait sur une feuille de papier timbré (c'était le seul papier qui convînt en la circonstance) les réflexions que lui suggéraient de si coupables débordements.
Copie de la requête déposée aujourd'hui 28 avril 187 A, au parquet du procureur de la République.
Je, soussigné, l'Intimé, huissier, demeurant à Paris, à la requête du sieur Sarcey, homme de lettres, ou soi-disant tel,
prie M. le procureur de la République;
Attendu que le sieur Garnier, architecte, a depuis longues années donné des signes non équivoques de démence, qui ont redoublé, en ces derniers temps, d'une façon inquiétante, ainsi qu'il résulte d'un grand nombre d'observations, dont le requérant se contente d'indiquer ici les principales, se réservant d'en ajouter une foule d'autres à l'audience :
Première observation : Il est avéré que le sieur Garnier est affligé d'un débit rapide et incohérent, qui, se joignant chez lui à une absence complète d'idées, est une des marques les plus caractéristiques de la démence ;
Seconde observation : Il est constant que ledit sieur Garnier, qui est chargé par l'État de grands travaux, perd son temps à de ridicules fadaises qui compromettent sa réputation ; il a donné, sur une de nos scènes les plus infimes, une espèce de turpitude rassise, qu'il a qualifiée lui-même de /"o/ze-vaudeville, et il a déclaré à plusieurs reprises qu'il en était plus fler que d'avoir bâti l'Opéra. Cette parole, qui serait le comble du bon sens, si elle exprimait l'opinion que tous les gens de goût se font de l'Opéra, n'est, dans la bouche dudit sieur Garnier, qu'un indice du déplorable trouble de son esprit;
Troisième observation : Les amis dudit sieur Garnier reçoivent sans cesse, à propos de tout et à propos de rien, une foule de lettres biscornues qui témoignent, par la bizarrerie des pensées ei des rimes, d'un profond dérangement de ses facultés mentales ;
Quatrième observation : Ledit sieur Garnier achète tous
les jours des bottes de journaux, risquant ainsi de ruiner sa famille par des dépenses injustifiables, et ce qui ajoute à Fextravagance de cet acte quotidien de folie, il ne cesse de déblatérer contre les journalistes tout en lisant leurs articles ; il demande qu'on supprime la presse qu'il prend à tâche de subventionner. Cet illogisme est un irrécusable signe de la démence, ou tout au moins de la monomanie ;
Cinquième ohstrvation : Ledit sieur Garnier fait encore profession, après quatorze ans de ménage, d'aimer sa femme; il l'embrasse devant le monde et ne trouve rien d'étonnant à cette conduite excentrique;
Sixième observation : Ledit sieur Garnier est notoirement maniaque ; il fait du feu en plein mois de juillet ; il ne peut rester en place. Etc., etc.
J'abrège la citation, ne voulant point accabler la mémoire d'un grand homme. Sarcey, après s'être soulagé, franchit de nouveau le seuil du boulevard Saint- Germain. Leur duel s'acheva, comme il était convenable, par un dîner. Après quoi on s'en alla écouter, bras dessus, bras dessous, le plus récent vaudeville de Cluny.
Ne pensez pas, je vous prie, que la muse de Charles Garnier fût incapable d'un effort plus sérieux. Quand il voulait composer de jolis vers, il y réussissait à merveille. Un de ses meilleurs morceaux fut la Critique et le Tailleur^ malicieux apologue qu'il dédia aux gens méprisables qui se permettaient, sans aucune compétence particulière, de dauber sur l'Opéra. Il les remit
à leur place, avec sa verte franchise. Il les comparait au bossu, au pied-bot, au manchot qui s'assemblent pour juger de la coupe d'un habit.
Débitant quelques sornettes Ils regardent un moment Au travers de leurs lunettes La coupe du vêtement.
Lors le bossu s'imagine De revêtir le gilet, Mais ça lui serre l'échiné Et forme un gros bourrelet.
C'est trop étroit par derrière, C'est trop large par devant :
« Si c'est là votre manière, Je l'emploierai peu souvent ».
A son tour, le boiteux s'approche, enfile le pantalon et déclare gravement qu'une des deux jambes est 'trop" courte. Le manchot s'empare d'une paire de ciseaux et retranche sans façon ce qui le gêne. Le tailleur, un moment désarçonné, se ressaisit bien vite et part d'un éclat de rire.
La morale de l'histoire Est que nos juges quinteux Sont toujours, et c'est notoire, Bossus, manchots ou boiteux.
Et qu'il faut, seule tactique, Quand on a fait un poupon, Se moquer de la critique Comme de Colin-Tampon.
Ainsi, Charles Garnier, grâce à la poésie, redevint
philosophe. Il Tétait un peu moins qu'il ne voulait bien le dire.
Qu'ajouterai-je?... Les pages succèdent aux pages. Toute une vie est enfermée dans ces feuillets, dans ces albums, dans ces bouts de lettres qu'une main hâtive et toujours un peu fiévreuse a couverts de pattes de mouche. Mme Garnier leur sourit, comme à d'anciens amis retrouvés, comme à l'image d'un bonheur évanoui. Mais voici qu'au milieu d'une liasse de journaux, je recueille quelques vers dont l'accent profond me touche. On sait combien les deux époux adoraient leur fils — ce cher Nino — qu'un mal cruel menaçait et qui devait, trop tôt hélas, succomber. Nino présent, la maison était joyeuse. Lorsque Nino la quittait pour quelque voyage, elle s'emplissait de deuil. Et c'est dans une de ces heures de découragement que le père affligé écrivit ce sonnet tout frémissant d'inquiétude et d'amour :