‹ L'envers de la gloire;Chapitre 13 sur 31 · HUGHES, JORIS · texte numérisé non relu

HUGHES, JORIS

JORIS

Eh bien?

HUGHES, *se prenant .la tête dans les mains.

Oh!

JORIS

Elle est belle ainsi t

HUGHES, avec désespoir.

Oui, mais elle fui moins l'autre...

JORIS

C'était l'impossible!

HUGHES- La robe m'est restée distincte... Je n'ai plus vu que la robe, la robe des années heureuses...

JORIS

La robe de l'une et la chair de l'autre.

HUGHES

Oui, sa peau, ses seins... tout cela qui m'est apparu instantanément comme des péchés, comme m es péchés... Je me suis senti sacrilège... Qu'allez-vous penser de moi, Joris ?

JORIS

Déjà je vous avais mis en garde...

HUGHES

Oui! mais c'est fini... Je romprai... j'ai honte... Cette Jane me fait horreur... Geneviève! Geneviève!

Il tombe dans un fauteuil. — Crise de larmes.

JORIS) apitoyé, s'approchant du fauteuil.

La morte elle-même vous pardonnerait, puisque ce ne fut que par amour d'elle...

HUGHES

Oh! oui ! Et c'est un peu sa faute... Je ne la voyais plus... Au commencement, jo la revoyais sans cesse. Elle me revenait en rêve, vivante, presque présente. J'ai tout fait pour entretenir son souvenir, pour me rapprocher d'elle... J'ai prié, j'ai couru les églises, j'ai demandé à Dieu de mou* rir, puisque la Foi. promet qu'on se retrouve... J'ai essayé aussi de m'en rapprocher plus vite, tout de suite... Oui, Joris, la douleur m'égara... J'ai cru ce que je voulais croire... De la magie, du spiritisme.. Je l'ai invoquée.. Je me suis imaginé communiquer avec son esprit, voir ses mains dans l'obscurité, entendre les bruits frappeurs, sa voix, la voir elle-même, la toucher, l'étreindre... J'ai fréquenté des spirites... Mille folies de mon désespoir... Je ne la voyais plus... Alors cette Jane

s'est trouvée sur mon chemin, avec le miracle effrayant de sa ressemblance... Mais c'est un jeu pire encore que les autres. Je m'en rends compte maintenant... C'est fini... je vais guérir...

JORIS

J'en serai bien heureux, car cette liaison vous compromettait trop, vraiment.

HUGHES- Comment? On le sait, alors?

JORIS

Tout le monde... Vous êtes la fable de la ville... Ce veuf! Ce veuf inconsolable!... On s'indigne et on se moque... Votre grand deuil est tombé dans le ridicule et votre douleur dans les risées. Voilà ce que je ne pouvais pas supporter pour vous.

HUGHES

Oh î oui. . c'est pire que tout... Ma femme morte, il faut qu'on la respecte. Elle est sacrée. C'est pire que ïout.

JORIS

Enfin!... Vous voyez clair maintenant.

HUGHES

Je suis coupable ! Je suis indigne ! Je suis le prêtre qui a trahi soncultç... Oui, Joris, je suis le défroqué de la douleur.

JORIS

Vous êtes sauvé, au contraire.

HUGHES» tout à coup pensif, suivant une réflexion.

Mais elle, que vais-je lui inventer? Il faut qu'elle parte... ailleurs, loin, pour toujours... Je ne veux plus lavoir. Elle me fait horreur î... Voulez-vous l'y décider, Joris ?

JORIS

[ Ce sera difficile. Elle se cramponnera.

HUGHES- Pourquoi ?

JORIS, après une hésitation.

Vous êtes riche...

HUGHES

Ah ! c'est affreux, cela !

JORIS

Et puis, elle aura d'autres motifs de ne pas quitter la ville.

HUGHES

Comment, d'autres motifs ?

JORIS

Parlons plus bas... Elle pourrait nous entendre..

(se rapprochant do Hughes et se décidant.) VOUS voulez, c'est vous qui voulez que je parle : tant pis, je le fais, parce que la minute est suprême, et que cela vous délivre. Elle a plus d'une liaison ici.

BUGHES- Ah ! d'autres amants !

JORIS

Oui.

HUGHES

Plusieurs f

JOKIS.

Beaucoup.

HUGHES

Mais alors, c'est plus mal encore, ce que j'ai fait. J'ai davantage avili mon amour... Et je suis plus indigne, de toute son indignité. Pourquoi ne m'avertissiez-vous pas, Joris?

JORIS

J'ai cru que vous l'aimiez, malgré ce que vous disiez...

HUGHES

Et la morte?... Gomment, vous qui êtes mon ami, vous comprenez si peu mon âme. (Avec amertume.) Elle est cependant bien facile à comprend re. , . Mais ce que vous me révélez maintenant, vous en êtes sûr?

JORIS

Plus que personne. C'est une femme vicieuse»

méchante. Je sais des détails...

HUGHES> lui prenant les mains, très ému.

Merci , Joris.. Je me suis ressaisi... Je vais rompre tout de suite... Ah ! des amants 1 (Réfléchissant.) Cela m'importe peu, après tout, puisque je ne l'aimais pas... C'est pour une autre raison que je ne pourrai plus la voir.. . Car elle a fait pire que me tromper.

JORIS

Que voulez- vous dire ?

Elle a trompé mon rêve. (Il éclate en sanglots, tomte d ans les bras de son ami, joint les mains et gémit.) par* don, Geneviève!... Pardon!... Pardon!...

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