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nation sur ceux des échevins dont il a été question pendant l'enquête ?”’
Coinme on n'était pas désireux outre mesure, à l’hôtel-de-ville, de donner beaucoup de publicité au rapport, on décida d’en faire imprimer un nombre restreint de copies pour les membres du conseil. Le rapport officiel du juge Cannon, envoyé de Québec au greffier de la cité, fut donc confié à l’imprimeur, avec instruction de n’en pas dévoiler le contenu aux journalistes.
Mais c’était un document trop important pour que les journaux ne tentassent pas de se le procurer.
On pouvait corrômpre quelque typographe de l'atelier ou il s’imprinsit ou bien l’obtenir de Québec, où il y en avait des copies.
Quel moyen mystérieux fut pris, on le saura jamais,— car les journalistes se font un point d’honneur de ne pas trahir ceux qui leur donnent des renseignements,—mais une chose certaine, c’est qu’à huit heures du soir, un vendredi, le journal de Martin était en possession du texte du rapport, apporté par Lachapelle.
La nouvelle, chuchotée de bouche en bouche, fut bientôt connue de toute la rédaction. Lachapelle fut accablé de félicitations, qu’il supporta bravement et sans dire où il avait pris le rapport.
Comme c’était une primeur d’un intérêt extraordinaire, on prit, pour s’en assurer la possession exclusive, des mesures aussi extraordinaires. Défense fut faite aux pressiers de laisser sortir aucune copie du journal, avant le matin. (On imprimait a-
lors le journal du samedi dans la nuit du vendredi.) Pour plus de sûreté, un détective fut posté dans la chambre des presses; il avait l’ordre de ne pas fermer l’œil de la nuit et de se faire tuer plutôt que de laisser enlever un seul numéro du journal contenant le précieux rapport. I] promit d’être fidèle à cet ordre, et il le fut en effet.
Mais on avait compté sans le journal rival. Le city editor de cette feuille télégraphia à son correspondant de Québec, qui passa une partie de la : À nuit à empêcher de dormir les paisibles québécois n: dont il espérait pouvoir obtenir une copie du rap- l port. C’est en vain qu’il les tint en alerte jusqu’au } matin, il ne put se procurer le fameux rapport. 5 Quand la nouvelle de son échec définitive fut ap- Fi portée à Montréal par le télégraphe, on résolut de recourir aux grands moyens. Des émissaires furent envoyés au journal qui avait le rapport, avec ordre de se le procurer coûte que coûte. Là aussi, échec complet.
Que faire ?
Un journaliste ami du city editor en peine résolut le problème. 11 avait besoin lui-même d’un numéro du journal contenant. le raqport, car il était Correspondant d’un journal de Québec et il voulait en envoyer un résumé à son journal, pour l’édification des québécois qui s’occupaient d’affaires municipales. Il alla tout bonnement se placer à la porte du journal et il attendit la sortie des typographes, qui avaient travaillé toute la nuit.
Ils avaient droit d’avoir un numéro du journal; et quand ils parurent, vers six heures du ma-
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tin, chacun avec son journal dans sa poche, il aborda l’un d'eux, qu’il connaissait, et se fit donner le journal.
La gazette rivale s’imprimait dans la matinée du samedi. Les reporters venaient à peine d’arriver et de se mettre au travail, quand le city editor sortit tout à coup du bureau du gérant de la rédaction et leur cria: ‘pas une ligne de copie de plus. Nous avons le rapport du juge Cannon et nous allons le faire composer.”
En même temps que lui sortait du bureau du gérant de la rédaction le journaliste qui venait d’apporter le rapport. 1i avait l'air satisfait d’un
qui vient de faire une bonne affaire.