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Production », de manière à y inclure à la fois la circulation des biens réels d’une économie pure et la circulation monétaire; elle consiste à porter sur deux axes de coordonnées, en ordonnée le temps correspondant à la période de production (le point d’origine représentant le moment présent), et en abscisse, la quantité des biens produits à chaque moment du temps. La fonction des investissements prend alors schématiquement l'allure d’une oblique, formant l’hypothénuse d’un triangle rectangle dont l’aire est égale à la totalité des biens capitaux intermédiaires.
Cette figure représente à la fois : 1° le processus de la production dans le temps, depuis les facteurs de production jusqu’aux biens de consommation. Au cours de ce processus, à chaque stade technique successif, la valeur des services des facteurs de production employés dans ce stade s’incorpore au produit fabriqué. Les transformations techniques du produit s’accompagnent donc d’un accroissement de valeur, auquel correspond l'élargissement du triangle jusqu’au stade où le produit devient un bien directement consommable.
2° En même temps, cette figure peut représenter le processus de production à un moment donné, suivant une coupe transversale, ce processus étant continu, et les différents stades de la production étant alors considérés simultanément. L’ordonnée représentera dans ce cas le nombre de stades techniques, ou encore, le rang de chacun des biens intermédiaires existant à ce moment dans l’appareil productif. C’est
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une représentation « synchronisée » de la production.
Enfin, circulant en sens inverse des biens réels, la monnaie qui est échangée contre ces biens, au fur et
Facteurs Ge de production
Biens intermédiaires
iens à mesure qu’ils passent d’une entreprise à l’autre, peut figurer également dans ce diagramme, si l’on représente, au sommet du triangle, les revenus des
facteurs de la production, qui sont ensuite dépensés, par hypothèse, en biens de consommation. On a donc une représentation complète de la circulation monétaire.
Pour représenter les différents stades correspondant à un paiement en monnaie, on divisera le triangle en sections par des parallèles à l’abscisse, et on considérera ces stades sous forme de rectangles de dimensions croissantes.
Cette figure permet d'illustrer le processus de l'épargne monétaire. Si, à un moment donné, les consommateurs épargnent une partie de leur revenu, la demande globale des biens de consommation subira une diminution équivalente ; il y aura donc, au bout d’un intervalle variable, une chute des prix de consommation; les revenus des industries des stades postérieurs diminueront; la production des biens de consommation sera réduite pour s’adapter à la nouvelle demande. Il ne s’ensuit pas nécessairement, comme le prétend E. F. M. Durbin, afin de démontrer que tout accroissement d’épargne provoquera du chômage en l’absence d’un rajustement par les autorités monétaires, que ces industries subiront des pertes. (25) D’une part, toute baisse du prix de vente n’aboutit pas ipso facto à une perte nette ; d’autre part, les facteurs de production seront détournés des industries de consommation avant que ces pertes appa-
raissent, par l’apparition d’une rémunération relati-
(28) V. Purchasing Power and the Trade Depression, Londres 1933, p. 143.
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vement plus élevée dans les industries de biens-capitaux.
Cette réduction sera d’autant plus prononcée que la monnaie passera plus rapidement aux mains des entrepreneurs. Lorsque la monnaie épargnée sera ainsi investie, elle apparaîtra sur le marché des bienscapitaux et constituera alors la forme monétaire du capital libre.
La conséquence immédiate de cet accroissement de capital libre ne peut être qu’une diminution du taux de l'intérêt. Or, ce sont les variations de ce taux qui adapteront la demande des entreprises à l’offre de capital libre ; à chaque instant le volume des investissements, c’est-à-dire de l’affectation des capitaux monétaires à l’achat de ressources dans le but de produire un bien-capital, est déterminé par la comparaison entre le revenu anticipé de cet investissement et son coût de production, — donc, en fin de compte, par les prévisions relatives au prix de vente du produit comparées à leur prix de revient. Le prix de revient correspondant au capital de l’entreprise étant par définition le taux de l'intérêt, ce taux fait ainsi le départ entre investissements rentables et non rentables. Toute baisse fera apparaître sur le marché des investissements marginaux qui, jusqu'à ce moment, n'étaient pas considérés comme profitables ; donc elle entraînera une demande immédiatement accrue de capitaux monétaires, et leur offre sur le marché des biens-capitaux par les entrepreneurs; si, par exemple, le taux de l'intérêt à long terme tombe de 5
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à 4%, les entreprises seront incitées à emprunter 25 % de plus qu'auparavant, puisque les conditions de leur production qui leur permettaient auparavant de verser 5 % d'intérêt, leur permettront maintenant de verser 4 % sur ce capital accru ; il s’ensuivra aussitôt une demande de facteurs de production et de bienscapitaux dans les stades antérieurs de la production. La monnaie épargnée, qui a disparu des stades postérieurs, réappaîtra dans les stades antérieurs ; les prix des biens de production, ou du moins, de certains de ces biens, monteront en même temps que baisseront ceux des biens de consommation.
Ces mouvements relatifs des prix détermineront un mouvement de facteurs de production et de bienscapitaux des stades postérieurs vers les stades antérieurs, jusqu’au moment où leurs revenus marginaux auront été égalisés dans tous les stades. L’état d’équilibre obtenu correspondra à une diminution de la production des biens de consommation, donc, à un raccourcissement de la base du triangle, accompagné d’un accroissement de la quantité des biens intermédiaires pendant toute la durée de l'investissement, c’est-à-dire de laffectation des ressources, préalablement utilisées dans les industries de consommation, à la production de biens-capitaux, — ce qui équivaut à un allongement de la période moyenne de production des biens de consommation (3%).
(30) Mais non nécessairement un accroissement du nombre des stades correspondant à des entreprises différentes, et donc à un paiement en monnaie. Suivant une hypothèse adoptée au début de sa démonstration, Hayek
C’est en ce sens qu’il faut, nous semble-t-il, interpréter la théorie célèbre, — et tant discutée, — de K. Wicksell, selon laquelle une baisse du taux de l’intérêt provoque une hausse des prix, et vice-versa. Wicksell distingue du taux de l’intérêt monétaire (3), qui est celui qui est pratiqué effectivement sur le marché des capitaux, le taux « naturel » (ou normal, ou d'équilibre) défini comme « le taux auquel la demande de capital libre et l’offre d’épargne coïncident exactement (?). Toute baisse du taux de l’intérêt monétaire au-dessous du taux naturel doit amener une hausse des prix, et vice-versa. Mais en l’absence de toute possibilité de déterminer le niveau du taux naturel, il n’est pas davantage possible, dans chaque cas d’espèce, de savoir si les mouvements du taux constatés sur le marché ont amené celui-ci au-dessus, au-des-
imagine que ces stades sont d’égale durée, de sorte que les produits sont échangés contre de la monnaie à intervalles réguliers. Mais même sans qu’il soit nécessaire d'abandonner cette hypothèse (comme il le fait plus loin, op. cit. p. 62), on peut admettre qu’un accroissement se traduit uniquement par des modifications techniques à l’intérieur de chaque entreprise, et non par une augmentation du nombre des différentes entreprises.
(31) Il serait plus exact, sans doute, de parler d’une « structure de taux d'intérêt », correspondant aux différentes catégories de placements à plus ou moins long terme. Mais nous nous contenterons de cette approximation dans ce qui suit.
(32) Lectures in Political Economy, t. I, p. 193. Cette définition n’est pas la même que celle donnée par le même auteur dans son ouvrage antérieur, Geldzins und Güterpreise, Iéna, 1898, Edit. Anglaise, Interest and Prices, Londres 1936, p. 102, où le taux naturel est défini comme « celui qui correspondrait à une offre et une demande de capital en nature et sans l'intermédiaire de la monnaie ». V. plus loin, p. 127.
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sous, ou au niveau, du taux naturel. Maïs il est possible de constater qu’en fait la baisse du taux monétaire est le résultat d'une offre d'épargne réelle, ou au contraire, d’un accroissement de la quantité de capital monétaire indépendant de cette épargne.
Or, nous avons vu que même un accroissement de l’épargne ordinaire, si elle s’offre sur le marché des capitaux, aboutira à une hausse des prix des biens de production, après avoir préalablement provoqué une baisse du taux de l’intérêt monétaire ; l’action de ce taux sur les prix n’est donc pas directe, ni uniforme ; elle s’exerce du fait d’une circulation accrue de monnaie dans les stades antérieurs de l’appareil de production.
Hayek a perfectionné la théorie de Wicksell en indiquant que le taux de l'intérêt doit être égal, — dans un état d'équilibre, — à la différence entre les prix des produits de chaque stade de la production, c’està-dire à la différence entre les prix des biens intermédiaires et de ceux de leurs produits (#). Le prix de revient d’un produit intermédiaire est composé du
(33) Cette théorie, rapidement esquissée dans l’ouvrage de L. v. Mises sur la monnaie (édit. anglaise, The Theory of Money & Credit, p. 362) a été développée par lui avec plus de détails dans un traité d'économie politique générale, (Nationalôkonomie, Genève, 1940, p. 492). Elle est l'essence de la théorie présentée par F.-A. Hayek dans Prices & Production, chap. HI. (V. plus loin p. 151). Dans la représentation graphique que nous avons reproduite plus haut, il est impossible de faire apparaître cet accroissement de valeur représenté par l'intérêt, sans utiliser un troisième axe de coordonnées. V. sur ce point l’article précité de Hayek, Economic Journal, Juin 1934.