‹ L'épilepsie (volume 2)Chapitre 12 sur 112 · Cadéac cl Meunier, Académie de médecine, 18»T · texte numérisé non relu

Cadéac cl Meunier, Académie de médecine, 18»T

La morphine, l'éther, le chloroforme sont des poisons qui par leur administration ou leur suppression produisent aussi des accès épileptiques. Il n'est pas rare aussi de voir des enfants nés de morphinomanes être des hystéro-épileptiques; j'en ai trois exemples dans mon service.

Le thé, le café, le tabac, la coca, pris ou employés avec excès, produisent aussi des accès épileptiques, et chez les personnes qui ne sont pas prédisposées ils provoquent un état d'éréthisme particulier qui se répand beaucoup dans notre société depuis qu'on a l'habitude de s'en servir aux réunions de fîve o'clueh-.

Landré Beauvais, d'après Esquirol, aurait fréquemment observé l'épilepsie à la suite d'un traitement mercuriel. On a constaté cette influence du mercure, et plusieurs auteurs ont voulu rapporter à la maladie que l'on combattait par le mercure les phénomènes épileptiques que l'on constatait. Le doute a pu être possible dans certains cas, mais il est certain que le mercure administré chez des individus non syphilitiques produit des accès convulsifs. C'est ce que nous voyons chez certains doreurs non atteints de syphilis.

Certaines préparations arsenicales, argentifères, ferrugineuses et cuivreuses, auraient d'après Delasiauve, dans des conditions données et sous l'empire de certains tempéraments, des conséquences aussi graves que le plomb et le mercure.

Elles n'ont, dit-il, jusqu'ici, sous ce rapport, que faiblement attiré l'attention, non que leur emploi soit moins général, mais sans doute parce que leur influence est moins apparente et moins prompte.

Les narcotiques, les substances végétales irritantes, comme le poivre, le piment, etc., les venins, les exhalaisons putrides, sont aussi des causes provocatrices de l'épilepsie.

La suppression rapide d'émonctoires, d'éruptions cutanées, de suppurations, d'hémorragies, provoque des accès d'épilepsie, et peut même dans certains cas engendrer l'épilepsie. Les auteurs anciens attiraient à juste titre l'attention sur ces faits, et de nos jours nous comprenons facilement que ces suppressions humorales ou sanguines surchargent le sang de l'économie de principes nuisibles, de toxines par exemple, qui, par leur présence, provoquent les accès convulsifs.

Toutes les infections, toutes les fièvres éruptives, la coqueluche, l'influenza, l'impaludisme, et surtout la syphilis, produisent des accès épilepliques. La syphilis à la première et à la deuxième période produit surtout des accès par le fait de l'infection. A la troisième période elle agit par lésion sur le tissu vasculaire, cérébral, ou osseux.

Chaque fois que la nutrition est profondément modifiée, soit par une maladie quelconque, soit par une infection, soit par une mauvaise alimentation, soit encore

par un surmenage intellectuel ou physique ou par des

veilles prolongées, vous pouvez voir se développer des accès épileptiques chez un individu prédisposé. C'est pour cela que vous devez recommander aux épileptiques de ne pas entreprendre de travaux scientifiques trop ardus et de ne pas faire d'exercices violents.

Des affections cardiaques, en provoquant soit de la congestion, soit de l'anémie cérébrale, peuvent être cause aussi d'accès épileptiques. Il en est de même des affections pulmonaires.

Nous venons de passer en revue un grand nombre des causes générales déterminantes, voyons maintenant quelques causes locales déterminantes. Je signalerai d'abord les traumatismes, surtout des traumalismes violents sur la tête. Des traumatismes peuvent sans lésion appréciable des os ou de la dure-mère provoquer des accès convulsifs, chez les personnes prédisposées. Le traumatisme dans ce cas est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Il met en évidence un état qui restait latent. Dans d'autres cas le traumatisme entraine une lésion osseuse et méningée, laquelle lésion peut être cause d'une épilepsie jacksonnienne. Mais généralement dans ce cas en enlevant la cause on fait disparaître l'effet. Mais il faut retenir ce fait qu'une épilepsie jacksonnienne peut être le prélude d'une épilepsie générale.

La scarlatine, parmi les fièvres éruptives, est la fièvre qui détermine le plus souvent des accidents comitiaux,

que les urines contiennent ou ne contiennent pas d'albumine. Quand les accidents se développent au début de l'éruption, on ne peut faire intervenir que l'infection; quand au contraire les accidents se montrent à la fin de la maladie et avec l'albuminurie, on met en cause l'albuminurie. J'ai eu cet hiver une épidémie de scarlatine dans mon service d'enfants. J'ai eu vingt-deux enfants atteintes: sur ces vingt-deux, quatre sont mortes, et ces quatre étaient toutes des idiotes turbulentes épileptiques. Elles sont mortes au milieu d'accès épileptiques. Mes autres enfants étaient des arriérées ou des imbéciles et des idiotes indemnes d'épilepsie, et aucune n'a présenté de convulsions. Ainsi chez mes malades épileptiques la scarlatine a été d'une gravité exceptionnelle, et nous pouvons dire que ces enfants ont été enlevées par un état de mal épileptique.

Des lésions du cerveau, des méninges, des artères, peuvent aussi occasionner des accès d'épilepsie. Ces lésions agissent par action réflexe, mais dans certains cas elles peuvent être la cause directe de l'accès convulsif, et leur ablation dans ce cas peut faire disparaître l'effet.

Une irritation d'un nerf périphérique, d'origine traumatique ou pathologique, une cicatrice douloureuse, peuvent être cause d'un accès convulsif. Un simple frôlement d'un nerf douloureux suffit quelquefois pour produire cet effet. Nous trouvons dans la science plu-

sieurs exemples de ce que j'avance. Un fragment d'aiguille à tricoter est resté pendant douze ans dans l'arcade sourcilière d'une malade et a provoqué pendant tout ce temps des accès épileptiques chaque fois qu'un frôlement quelconque était exercé sur celte région. Aussitôt que l'extraction fut faite, les phénomènes convulsifs disparurent. (Legrand du Saulle.)

Une sciatique d'origine traumatique devint la source d'un accès chaque fois que l'on excitait une zone épileptogène du cou et de la face.

Brown-Séquard, en coupant le sciatique à des cochons d'Inde, développe ainsi une zone épileptogène au cou et à la face, et il nous montre que les cochons d'Inde ainsi mutilés engendrent des enfants épileptiques. La section de la moitié de la moelle chez ces animaux produit les mêmes effets, c'est-à-dire la même z one épileptogène et la même propriété génératrice. Ces zones de sensibilité spéciale affectent particulièrement l'extrémité céphalique, la tempe, l'aile du nez, le lobule de l'oreille, la peau du cou, l'angle interne de l'œil, la main. Mais comme je l'ai dit plus haut, la zone épileptogène, au lieu d'être à une grande distance du nerf lésé, est souvent au niveau même de la plaie, de la cicatrice du nerf, et pour faire cesser les phénomènes épileptiques il suffit de couper le nerf, de le mettre à nu. Toutes ces épilepsies réflexes sont du plus haut intérêt à connaître; car, bien connues, la thérapeutique en découle.

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Mais à côté de cette épilepsie vulgaire par lésions médullaires, il y a Yépilepsie spinale décrite par Brown- Séquard '. Elle est caractérisée par des convulsions et des trépidations dans les membres et doit être rapprochée de la trépidation épileptoïde observée par Charcot et Vulpian, que Ton rencontre dans un certain nombre de maladies : dans les myélites transverses, dans la sclérose latérale amyotrophique, dans les compressions lentes de la moelle, dans le mal dePott(Hérard), enfin dans tous les cas où il existe une dégénérescence secondaire ou primitive des cordons latéraux. Je ne m'en occuperai pas, je vous la signale pour mémoire.

Une lésion d'un organe interne, de l'utérus, des reins, ou de l'intestin, peut par action réflexe produire aussi des accès épileptiques. Un embarras gastrique, un embarras gastro-intestinal, une diarrhée, ont été relatés par tous les auteurs comme pouvant produire des accès comitiaux. Chez les enfants, ces accidents sont fréquents. L'irritation réflexe partant du plexus abdominal peut être la seule cause de ces accès : mais malheureusement, dans bon nombre des cas, il y a une véritable intoxication de l'économie, et c'est cette autointoxication qui est la cause des troubles épileptiques.

Les éruptions dentaires chez les enfants provoquent aussi fréquemment des accidents épileptiques. Il en

1. Brown-SéquanJ, Archives de jt/iysiologie, 1868, et Journal de physiologie, IS.jS.

est de même des accès dentaires chez les grandes personnes. Mais dans tous ces cas il faut qu'il y ait une prédisposition héréditaire; car tous les enfants qui font leurs dents ou tous les individus qui ont des accès dentaires n'ont pas d'acccès épileptiques. II en est de même pour les corps étrangers de l'intestin. Tous ceux qui ont des lombrics, des ascarides ou le taenia n'ont pas fatalement des convulsions épileptiques.

Des lésions des cavités nasales et de leurs annexes peuvent produire l'épilepsie. Legrand du Saulle rapporte l'observation d'un malade devenu épileptique sous l'influence de corps étrangers dans les sinus frontaux.

Des corps étrangers dans le conduit auditif provoquent aussi des accidents épileptiques. Il n'est pas rare de voir ces phénomènes chez des enfants qui ont la mauvaise habitude de s'introduire des billes, des noyaux de cerise dans l'oreille. Chez les animaux, chez les chiens en particulier qui ont des acarus dans le conduit auditif externe, on voit assez fréquemment ces accidents convulsifs. Les lésions de l'oreille moyenne et interne peuvent aussi, indépendamment du vertig-e de Ménière, produire des accidents convulsifs. L'oblitération de la trompe d'Kustache, en modifiant la pression de l'oreille moyenne, peut provoquer aussi ces mêmes accidents. M. Boucheron1 en rapporte plusieurs exemples.

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