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Coefficient
Urine multiplié Rapport
par par la à la
Normale. 24 heures. normale. normale.
Volume 24 1500 9S4 1,52
Acidité 0,03 2,77 1.23 2,25
Chlorures 0,18 12,93 7,28 1,61
Acide urique 0.01 0,47 0.41 1,14
Phosphates 0,08 2,83 3,28 0,86
Sulfates 0,07 2,58 6,5G 0,38
De l'étude de ces courbes se déffa^e uniformément le fait suivant.
Li'acidité urinaire augmente dans des proportions considérables à la suite du traitement par l'osséoneurone. Il ne s'agit pas là d'une simple acidification, telle
que celle qui pourrait résulter de l'absorption d'acides minéraux.
En effet, d'une part, l'osséoneurone ayant ses trois fonctions acides neutralisées, est chimiquement neutre; d'autre part, le poids d'acide phosphorique combiné aux deux molécules organiques dissociables ne dépasse pas, pour les doses ingérées, 0,12 (poids contenu dans une cuillerée et demie à café), alors que l'augmentation d'acidité constatée varie de 1 gr. 12 à 1 gr. 34. Le médicament a donc agi d'une façon purement physiologique et l'augmentation de l'acidité est due à une modification survenue dans les échanges intercellulaires.
Cette action de l'osséoneurone, si différente de celle des autres phosphates, dont les uns, les phosphates minéraux, ne paraissent avoir aucune action à cet égard, les autres, les glycérophosphates, ont une. action nettement contraire et abaissent le taux de V acidité urinaire (Portes, Citron, mêd.), pouvait être le fait saillant de la médication osséoneurique.
Il convient en outre de remarquer que, malgré l'absorption du phosphate organique, le chiffre des phosphates minéraux excrétés reste stationnaire. Les phosphates organiques administrés sous forme d'osséoneuronc sont donc restés fixés dans les tissus, dans lesquels ils s'accumulent.
Les observations cliniques faites pendant le court espace de temps qu'ont duré les expériences (un mois)
ont permis de constater que le médicament est bien supporté par les malades qui manifestent pour lui une véritable appétence. L'état général parait amélioré, on constate une augmentation de l'appétit qui, chez la malade Charr..., se traduit par une augmentation de poids de 3 kilog. 000, dans l'espace de (rois semaines.
Au point de vue spécial de son action sur le nombre des altaques, les expériences n'ayant pas été continuées pendant un temps suffisamment long-, il ne nous est pas permis de nous prononcer à cet égard.
Le nombre des attaques a été moins considérable chez les adultes pendant ce mois de traitement, que pendant les autres mois. Chez les enfants, au contraire, le nombre des attaques aurait été le même, et même un peu augmenté chez Mig... et Esn... Il faudra prolonger ce traitement et l'associer au bromure de potassium pour en avoir une idée bien exacte. C'est ce que je me propose de faire. Mais il faut retenir de ces expériences que l'acidité urinairc est augmentée, ce qui prouve l'assimilation du médicament, que l'appétit est amélioré, que l'état général est heureusement modifié, et que nous avons dans ce médicament un précieux auxiliaire pour l'amélioration de la nutrition générale.
La balnéation et l'hydrothérapie doivent être recommandées et prescrites avec méthode. C'est un moyen excellent pour obtenir la sédation et en même temps la tonification du système nerveux. De plus il favorise les
fonctions de la peau et par suite l'élimination des toxines de l'économie. Il doit être prescrit en même temps qu'une médication interne. Les bains ne doivent pas être de longue durée : dix à quinze minutes au plus et à une température de 35° au maximum. Dans les cas d'excitation maniaque les bains sont prolongés (plusieurs heures), mais je n'ai en vue en ce moment que l'hygiène du malade.
La douche doit être brisée, en éventail. Un jet plein sous la plante des pieds termine cette opération. On doit éviter de mouiller la tête. Sa durée est de quinze à vingt secondes. Si le malade est d'une impressionnabililé excessive, et s'il a peur de l'eau froide, je prescris une douche tiède et, au bout d'un certain temps, j'arrive graduellement à la température de l'air extérieur. Pour qu'une douche produise de bons effets, il faut que la réaction se fasse bien et tous nos malades ne réagissent pas de la même façon. On est donc obligé de tâter son malade avant d'établir un traitement formel. Un bain de pieds chaud après la douche ou une douche de jet plein sous la plante des pieds sont souvent utiles pour achever la réaction et décongestionner la tète.
Une habitation spacieuse bien aérée, bien exposée au soleil levant, doit être recherchée pour ces malades. Us doivent habiter un rez-de-chaussée un peu surélevé, sur cave, si possible, et ne jamais habiter une maison à plusieurs étages, caries chutes dans les escaliers sont
trop dangereuses. C'est cette raison qui a guidé les architectes de la Salpêtrière. Vous voyez que mon service d'épileptiquesne comporte aucun étage. De grandes cours et de grands jardins doivent entourer ces bâtiments. Quand les malades ont de l'espace devant eux, ils s'excitent bien moins souvent que lorsqu'ils sont réunis dans un espace restreint. Il y a d'une part moins de frottement entre chaque malade et, par conséquent, moins de causes de disputes et de contrariétés, et d'autre part la vue d'une grande étendue à parcourir les soulage et leur fait plaisir.
Tous les médecins s'accordent à dire que les travaux agricoles et horticoles sont les plus favorables pour l'amélioration et même la guérison de certains malades. 11 serait très désirable que des colonies agricoles fussent installées pour recevoir ces pauvres déshérités de la nature humaine.
La plupart de ces malheureux sont renvoyés des ateliers où ils travaillent et sont exposés ainsi à la plus grande misère. Il faudrait installer des colonies comme à Bielefeld, en Westphalie, où l'épileptique, par son travail, paierait sa nourriture et son logement. En ce moment-ci un épileplique ne peut être hospitalisé que s'il présente, en même temps que ses accès convulsifs, de la folie. Une fois son délire passé, il doit être renvoyé. Cette distinction entre les épileptiques aliénés et les épileptiques simples n'est pas juste, car un épilep-
334 LÉP1LEPS1E
tique simple peut devenir tout d'un coup aliéné et un épileplique réputé aliéné peut rester longtemps sans présenter de trouble mental. La création d'asiles ouverts, avec colonie agricole adjacente, est très désirable; on ne saurait trop engager l'Etat à fonder ces établissements. Nous avons vu que certains épileptiques sont très dangereux et même criminels. Devons-nous, une fois que ces malades sont devenus ou paraissent devenus inoflensifs sous l'influence du traitement, les mettre en liberté? La loi de 1838 ne permet pas de retenir dans un asile, comme aliéné, un individu guéri de son aliénation. Eh bien, je pense que vous devez garder toujours enfermé un individu qui a commis un crime, parce que cet individu est susceptible d'en commettre un autre sous l'influence d'un autre accès, surtout s'il est placé dans les mêmes conditions que la première fois. Nous savons en effet que, dans leur délire, ces malades ont un ou deux clichés invariables, qu'ils répètent toujours les mêmes actes et les mêmes paroles. Je conseillerai donc à un médecin d'établissement d'aliénés de refuser la sortie à ce malade et de provoquer, si sa détermination n'est pas acceptée, une consultation de médecins légistes qui feront un rapport et prendront la responsabilité de la sortie ou de l'internement. Cette consultation médico-légale vous sera toujours d'un grand secours; elle mettra votre responsabilité à couvert et elle vous débarrassera de solliciteurs très gênants. Vous
vous étonnerez peut-être, messieurs, de m'enlcndre parler ainsi, de me voir sacrifier la liberté individuelle. La loi de 1838 dit qu'on ne peut retenir enfermé un individu qui a recouvré sa raison. J'applaudis des deux mains à cet article de loi; mais quand on sait qu'un homme, qui a tué son semblable, peut commettre le même coup aussitôt que son accès le reprendra, j'estime que l'intérêt général doit passer avant l'intérêt particulier. Si j'étais sur du contraire, si j'étais sûr que cet homme n'eût jamais de rechute, je lui ouvrirais tout de suite les portes de l'établissement. Mais, encore une fois, je suis convaincu qu'il retombera. A tout considérer, messieurs, cet épileptiquc criminel que vous maintiendrez toute sa vie dans un établissement d'aliénés n'est pas très à plaindre. Si la cause de l'aliénation mentale n'était pas intervenue, il aurait été condamné aux travaux forcés ou à la peine de mort. Sa maladie lui a donc donné la vie sauve et celte vie, il la passera dans le calme, à l'abri des luttes pour l'existence et, grâce à cette vie régulière, il verra ses accès diminuer de nombre et d'intensité. Il pourra peut-être ainsi reculer de plusieurs années sa déchéance intellectuelle, qui, comme je vous l'ai montré dans le cours de ces leçons, est toujours fatale, quand les accès sont fréquents.
Nous avons passé en revue les moyens employés pour prévenir un accès et ceux qu'il faut mettre en usage quand le malade a un accès. Voyons maintenant ceux que l'on emploie quand la cause est déterminée.
Quand l'épilepsie est d'origine traumatique, quand elle est duc à un enfoncement, à une fracture du crâne, la trépanation est indiquée, et la guérison est possible. L'ancienneté de la maladie est une condition défavorable, mais ce n'est pas une contre-indication, car des cas de guérison parfaite existent dans la science. Horsley ' a même pratiqué avec succès la trépanation, l'incision de la dure-mère et l'excision d'une partie de substance cérébrale chez un sujet présentant une cicatrice ancienne de l'écorce grise. Dans les cas de pachyméningite, de tumeur cérébrale, de kyste, d'épanchement, etc., siégeant au niveau des circonvolutions, on doit employer ce moyen. Mais on doit le rejeter quand on n'a pas de signes certains de localisation cérébrale.
Quand l'épilepsie est due à des lésions des nerfs périphériques, que ces lésions siègent sur les troncs nerveux eux-mêmes ou dans les tissus qui reçoivent leurs ramifications, l'intervention chirurgicale donne quelquefois
\. Association britannique, 18SG.
d'heureux résultats. L'incision ou l'élongation des nerfs est recommandée. L'élongation des nerfs clans les cas d'épilepsie essentielle au contraire ne parait pas favorable. Pendant mon séjour à Bicêtre, je fis faire cette opération, par le chirurgien de l'hospice, sur un de mes malades. Le plexus brachial fut élongé. Dans les premiers mois qui suivirent l'opération, les accès furent moins nombreux, mais bientôt ils reprirent leur acuité et leur fréquence. Aussi je considère cette opération comme inutile et même nuisible, car celte élongation pourrait à la suite produire une dégénérescence des nerfs.
L'extirpation des ovaires et la castration doivent être bannis, car le nombre des guérisons est bien minime par rapport au nombre des opérations, et pour ma part je ne connais aucune malade opérée, guérie. On doit se demander si les cas réputés guéris ne sont pas des cas où les accès sont très éloignés les uns des autres. D'un autre côté, au point de vue de la morale, il y a lieu de se demander si nous sommes en droit de priver un malade de ses attributs sexuels. Oui, diront certains auteurs, puisque nous leur défendons le mariage, et que toute excitation génésique leur est nuisible.
L'onanisme, de même que l'excès génésique, est très défavorable à l'épileptique. Aussi devons -nous surveiller avec grand soin les jeunes gens au moment de la puberté. A cette époque de la vie, beaucoup d'enfants
338 L'ÉPI LEPSIE
voient leurs accès augmenter, leur intelligence s'arrèter dans son évolution et même rétrograder. Nous pouvons constater ce fait sur plusieurs de nos malades. Pour éviter les manœuvres de la masturbation chez l'enfant, il faut lui faire prendre l'habitude de dormir la nuit les bras par-dessus les couvertures. Il faut avoir soin aussi, avant de le coucher, de lui faire faire une promenade assez longue ou des exercices un peu fatigants. On voit alors l'enfant s'endormir profondément et rapidement et échapper ainsi à toute tentative solitaire. Delasiauve recommande ce moyen aussi bien chez les enfants que chez les adultes épileptiques masturbateurs.
Quand l'épilepsie reconnaît pour cause des vers (ténia, ascarides, etc.), la disparition de la cause entraîne le plus souvent la guérison. Quand elle est due à un empoisonnement (alcool, absinthe, plomb, etc.), on doit faire cesser cet empoisonnement, et généralement la guérison arrive, à moins qu'il n'existe des lésions, ou encore à moins que ces poisons n'aient été la cause occasionnelle de l'épilepsie, dont le malade était atteint à l'état latent jusqu'alors.
La syphilis exige un traitement spécifique mixte, suivi et prolongé, à doses fortes. Il faut d'emblée attaquer la maladie par des doses massives d'iodure de potassium et de mercure, aussi bien à la période secondaire qu'à la période tertiaire, et ajouter à cela un
traitement hydrothéra pique bien suivi. Pour éviter les troubles digestifs, il faut faire des frictions mercurielles, 5 à 10 grammes par jour, et donner des lavements d'iodure de potassium de 4 à 6 grammes. Des injections sous-cutanées de calomel à la dose de 0,10 en suspension dans de la vaseline liquide, toutes les semaines, peuvent être aussi recommandées.
Dans la syphilis héréditaire, on doit aussi donner le traitement mixte, mais surtout l'iodure de potassium. Le traitement mercuriel ne sera pas continué longtemps, tandis que le traitement ioduré le sera pendant plusieurs mois et plusieurs années.
L'épilepsie due à des néoplasmes tuberculeux ou cancéreux est au-dessus des ressources de l'art. Une trépanation ne doit pas être tentée, parce que les tubercules sont généralement multiples, et que les tumeurs cancéreuses obligeraient pour leur extirpation un délabrement considérable du tissu cérébral, qui mettrait la vie du sujet en danger de mort.
Quand l'épilepsie est partielle, bien localisée, on doit, avec un traitement général, appliquer des pointes de feu sur le crâne, au niveau du centre moteur correspondant à la convulsion du membre. Des vésicatoires autour d'un membre, au-dessus de l'aura, ont donné des succès à Blizzard '. Enfin la compression et la flexion exagérée
1. Blizzard, Clinical lecture on the treatmenl of partial Epilepsy by encerclin;/ Clisters with transfer of the aura, Lancet, 1881, t. I.
du gros orleil ont pu faire avorter une attaque quand des phénomènes prodromiques existaient de ce côté. Quand l'aura est gastrique, le fait de boire un peu de liquide ou de manger un peu de pain, ou de chocolat, suffit pour arrêter l'attaque. Nolhnagel et Schultz ont arrêté une attaque en ingurgitant du sel marin dans la bouche d'un malade. Nous-mêmes, nous avons obtenu ce même résultat chez une de nos malades. Mais, dans tous ces cas, nous ne parvenons à un heureux résultat que si la maladie est réellement d'origine réflexe ou partielle ; quand la maladie est générale ou essentielle, nous ne voyons pas d'amélioration ou de guérison aussi promptes. C'est dans cette dernière variété d'épilepsie qu'un grand nombre de médicaments ont été employés.
La quantité des médicaments employés contre l'épilcpsie est innombrable. Suivant la théorie pathogénique du moment, on a prescrit des médicaments débilitants, antispasmodiques, ou évacuants. Delasiauve, dans son excellent livre sur l'épilepsie, nous les énumère tous les uns après les autres. Je n'entreprendrai pas cette tâche, mais je vous dirai tout de suite que l'application d'une méthode à l'exclusion d'une autre ne peut remplir le but que l'on se propose. En effet l'épilepsie n'est pas une entité morbide, mais bien un syndrome, c'est-à-dire
un ensemble de symptômes qui réclament tous une médication.
Je vous ai montré que beaucoup de nos malades présentent de l'état gastrique avant et pendant leur accès, et je me suis appuyé sur ces symptômes, coïncidant avec l'hypotoxicité urinaire, pour étayer une théorie pathog'énique de l'affection. Je pense qu'il faut dans ce cas avoir recours à la méthode évacuante. Des vomitifs et des purgatifs doivent être administrés aussitôt que l'état saburral delà langue se prononce, et si, malgré la médication, l'amélioration ne se produit pas, j'engage de laver l'estomac et d'administrer du naphtol ou du bétol, 0 gr. 50 à 1 gramme, en cachets, aux repas. Je recommande en même temps l'administration de lait et de lactose, 40 grammes à GO grammes. Si l'haleine est fétide et imprégnée de l'odeur du bromure de potassium, je fais suspendre la médication bromurée momentanément, jusqu'à ce que tous ces symptômes de l'état gastrique et de bromisme disparaissent. J'essaie aussi par des douches ou des bains à faire fonctionner la peau. Dans la plupart des cas, j'ai le bonheur, par ce moyen, d'éviter ou du moins de reculer l'accès. Vous avez pu constater vous-mêmes ces heureux effets chez plusieurs de nos malades. Malheureusement, ceci n'arrive pas chez toutes, mais je suis convaincu que par cette méthode j'évite dans certains cas des états de mal vertigineux ou convulsifs.
342 LEPILEPSIE
Je donne comme vomitif l'ipéca stibié : 1 gr. oO poudre d'ipéca, 0 gr. 03 tartre slibié, en 3 paquets. Un paquet toutes les dix minutes, faire suivre d'eau tiède pour faciliter les vomissements.
Le purgatif employé est tantôt Feau d'IIunyadi ou l'eau de Sedlitz, 3 verres à dix minutes d'intervalle.
Ou encore l'huile de ricin, 30 grammes, si je veux obtenir les effets d'un laxatif doux.
Cette médication évacuante a la propriété de débarrasser l'intestin d'une partie des produits toxiques qui peuvent s'y trouver et donne en quelque sorte un coup de fouet qui réveille la vitalité et l'activité de défenses de l'intestin. Ce moyen thérapeutique doit être employé de bonne heure dès le début de l'état gastrique. A. cette seule condition il peut empêcher une série d'accès de se produire. Quand une série d'accès est commencée, les purgatifs sont encore utiles. Nous avons vu, dans plusieurs cas, la série prendre rapidement fin sous leur influence.
Enfin, quand, malgré ces moyens, les accès et les verliges persistent avec l'état gastrique, j'emploie les lavages d'estomac avec deux ou trois litres et même plus d'eau de Vichy tiède jusqu'à ce que le liquide revienne propre. Le lavage est employé dans certains cas deux fois par jour. Chez les nommées Sol..., Cel..., Lep..., et Nu..., ce moyen a produit d'heureux effets; la série d'accès et le trouble mental ont été diminués en durée et en intensité.
Indépendamment de ces moyens, je donne, si les selles ne sont pas copieuses et si la température reste élevée, des lavements froids avec 0,50 de bétol ou de benzo-naphtol, que je renouvelle deux ou trois fois dans les vingt-quatre heures et, dans les états de mal, j'associe ces moyens avec les diurétiques et les bains froids.
Tous ces moyens d'action sur le tube digestif : vomitifs, purgatifs, antiseptiques, naphtol ou bétol, lavages de l'estomac, etc., ont la propriété d'empêcher l'intoxication de s'accroître ; mais ils ne font pas éliminer à proprement parler. Les deux grandes voies d'élimination sont l'émonctoire urinaire et la peau. Nous agirons sur ces émonctoires par l'emploi de diurétiques et par l'hydrothérapie, les frictions et les injections de. sérum artificiel.
Parmi les diurétiques il faut placer la scille et la digitale, mais ces médicaments ne peuvent être prolongés dans leur administration. Ils méritent une grande attention de la part du médecin. Je préfère la médication lactée et l'administration de la lactose à la dose de 50 à 100 grammes. Je l'emploie journellement et je trouve que, lorsque les voies digestives sont embarrassées, ce traitement est des plus efficaces.
Aussitôt que les symptômes gastriques et que l'odeur bromurée de l'haleine ont disparu, je reprends la médication bromurée que j'associe le plus souvent avec l'hydrothérapie.
L'hydrothérapie est un des agents les plus utiles dans la thérapeutique cumitiale. En même temps qu'elle agit sur l'état général comme tonique et sédatif, elle excite localement les fonctions de la peau. La douche est une arme à deux tranchants, tantôt elle excite, tantôt elle déprime, suivant la façon dont elle est administrée et suivant sa durée et sa température. Une douche brisée de vingt secondes est ce qu'il y a de préférable. On brise plus ou moins le jet suivant la réaction des sujets. Jamais je ne touche à la tête, j'ai toujours soin de recommander d'éviter de mouiller le crâne et je termine ordinairement la douche par un jet plein sous la plante des pieds ou je fais donner un bain de pieds chaud si la réaction ne se fait pas. Il y a des sujets chez lesquels l'eau froide produit un saisissement considérable sans réaction et provoque une frayeur extraordinaire ou un état de malaise des plus accusés. Dans ces cas j'ai recours à la douche tiède, et graduellement j'arrive à une douche à la température ordinaire au bout d'une semaine ou deux. Pour arriver à ce résultat j'emploie encore la douche écossaise. On doit faire aimer les douches aux épileptiques et aux neurasthéniques, et leur faire éprouver du bien-être après chaque douche. Un médecin doit s'inspirer de ces préceptes et ne pas s'entêter dans sa théorie en présence de faits physiologiques en opposition avec ceux qu'il veut provoquer. Les douches doivent être brisées ou en éventail. On devra éviter
avec le plus grand soin de projeter un jet d'eau sur un point hystérogène ou épileptogène, car un jet brusque lancé sur un de ces points, provoque presque immédiatement une attaque. Ces faits se renouvellent fréquemment si vous n'avez pas soin de donner des ordres précis aux doucheurs; ceux-ci ont pour habitude de diriger le jet sur le point douloureux. Leur croyance est que la douche doit faire disparaître cette douleur.
Après la douche on doit employer des frictions sèches avec le peignoir ou un gant de crin si la réaction est difficile à se produire, et on engagera le malade une fois habillé à faire une promenade de plusieurs minutes. Ce traitement régulièrement suivi pendant des mois produit d'excellents effets chez certains malades. Vous pouvez en voir dans le service qui se complaisent à chanter les louanges de l'hydrothérapie.
Les bains prolongés tièdes doivent être recommandés chez les malades atteints de manie. Je les emploie chez tous les malades excités avant ou après les accès convulsifs. Je fais faire un bain à 32 ou 34° et je plonge mon malade dans ce bain. Je l'y laisse deux heures ou trois et même plus, suivant la réaction qu'il accuse pendant tout le temps du bain. J'ai soin aussi de mettre sur sa tète et son front une compresse mouillée froide que je fais renouveler toutes les cinq minutes. Je fais manger le malade dans le bain quand l'excitation est excessive . Il n'est pas rare de voir cette excitation disparaître
au bout de quelques jours et même quelquefois au bout de quelques heures. Ce moyeu est excellent dans la manie épileptique et je ne saurais trop le recommander.
Les bains froids, ou plutôt dégourdis, de 22 à 2i° doivent être employés dans l'état de mal épileptique. On obtient d'excellents résultats. On agit ici comme dans les cas de fièvres infectieuses. Aussitôt que la température dépasse 39°, o, j'ordonne ces bains à 22 ou 24°, et on retire le malade après le premier frisson.
La température baisse généralement d'un demi-degré à un degré. On enveloppe le malade dans une couverture de laine et on le laisse dans son lit ainsi enveloppé. Quand la réaction est de bon aloi, le malade transpire et la température ne remonte pas. Mais quand la peau reste sèche, la température revient bientôt à 39°, o, i(J° et aussitôt on remet la malade dans le bain froid. Vous avez vu ce moyen employé tout dernièrement pour la malade G... Presque toutes les heures elle était remise dans son bain. Je fais transporter dans ce cas la baignoire auprès du lit et aussitôt que la température s'élève, on baigne la malade. Il faut pour cela avoir un personnel tout dévoué et expérimenté, car ces malades présentent des accès convulsifs dans le bain et une inadvertance du baigneur pourrait entraîner leur mort.
Le drap mouillé, les lotions avec de l'eau alcoolisée sur tout le corps en stimulant la peau et en activant ses fonctions éliminatrices, sont aussi des moyens que
l'on doit employer aussitôt qu'à la suite d'accès en série on voit la température dépasser 38°, 5 et monter à 39°.
J'ai employé, dans plusieurs cas d'état de mal et dans les accès en série où la température montait rapidement, des injections sous-cutanées de sérum artificiel.
Voici la formule de ces sérums :
Sérum d'Hayem.
Chlorure de sodium
pur S gr.
Sulfate de soude crist.
pur 10 —
Eau dist. stérilisée... 1000 —
Sérum de Choron.
Acide phénique neigeux. I gr.
Chlorure de sodium... 2 —
Sulfate de soude 8 —
Phosphate de soude... 1 —
Eau dist. stérilisée 100 -
Au début de mes expériences j'employais indistinctement tantôt l'un, tantôt l'autre, à doses proportionnelles bien entendu, mais je me suis aperçu que le sérum de Chéron était douloureux. Cela tient sans doute à sa densité plus grande. De plus ce sérum contient de l'acide phénique, par conséquent un élément étranger au sang-, et pour ces deux raisons je l'ai abandonné, surtout voulant faire des injections intra-veineuses. Je n'emploie donc plus maintenant que le sérum artificiel d'Hayem et c'est ce dernier que j'ai toujours injecté dans les veines. Je l'injecte tiède à la température de 32 à 34°.
Toutes les fois que je fis ces injections hypodermiques je constatai de bons effets. La tension vasculaire qui était abaissée se relevait aussitôt et les symptômes d'empoisonnement s'amendaient. Ces injections, tout en
diluant le sang-, doivent favoriser l'élimination des toxines. J'ai injecté de 40 à 60 grammes de sérum chaque fois et j'ai renouvelé cette injection deux à trois fois par jour dans le tissu cellulaire de la région abdominale ou de la région fessière, puis je massais Légèrement cette région pour faciliter la résorption du liquide. Je pense qu'il faut entreprendre ce traitement de bonne heure, aussitôt que la température arrive à 39°. Si on attend trop longtemps l'intoxication fait des progrès et nous ne pouvons plus contre-balancer l'effet désastreux des toxines. Sur les neuf cas où j'ai employé ce moyen j'ai eu une seule mort par hémorragie méningée.
Voici une observation reproduite dans les Archives de Neurologie, n° 102, d'une malade atteinte d'état de mal, et chez laquelle j'ai obtenu guérison.
Curv..., vingt-trois ans. Épilepsic. — Antécédents héréditaires : père bien portant, mère hystérique, migraineuse, aurait eu la fièvre typhoïde en 1870.
Grossesse bonne mais accompagnée de chagrins; accouchement à terme, normal.
Antécédents personnels : a parlé et marché de bonne heure. Convulsions pendant la dentition jusqu'à cinq ans; elle avait des petits vertiges. A huit ans elle fit une chute dans une cave. Depuis ce moment elle eut de nombreux vertiges et des fugues inconscientes. A partir de dix ans, elle présente des accès épileptiques fréquents, souvent suivis de grand et de petit mal intellectuel. Son intelligence a baissé beaucoup : elle a perdu la mémoire. Le 3 août 1893 elle entre dans une
série d'accès, dans un véritable état de mal avec une température élevée, 40°. Hébétude, état saburral des voies digestives très prononcé; on la purge et on supprime le bromure. Le 7 août, nouvelle purgation.
Le 1J. août, lavage de l'estomac; abaissement de la température. Le 13 et le 14 août, injection interstitielle de 24 et 80 grammes de sérum artificiel. La tension artérielle restant basse, le pouls étant faible et les bruits du cœur un peu sourds, on lui fait prendre de la caféine. Le 17 août les accès ont disparu, l'intelligence revient progressivement, la température est normale. En janvier 1894 elle prend 4 grammes de bromure par jour depuis longtemps. La malade présente :
1 accès convulsif. le 16 janvier.
i vertige le 18 —
1 accès le 19 —
1 accès le 20 —
5 accès le 21 janvier.
10 accès, 3 vertiges, le 23 —
S accès le 24 —
29 accès le 2o —
On la purge le 24 janvier et on supprime le bromure de potassium. Le 25, vers une heure de l'après-midi, elle entre en état de mal. Nous lui faisons prendre un lavement glycérine et un bain prolongé à la température de 3i°.
A neuf heures du soir la malade est dans un état des plus graves. La terminaison fatale semble imminente. La température sous les aisselles dépasse 40°, 5; les lèvres et les extrémités sont cyanosêes, le teint verdàtre, la peau reste agglutinée quand on la pince, le pouls est à peine sensible, la respiration très difficile. L'abrutissement est complet. On ne peut obtenir aucune réponse. La malade n'émet pas même un son inintelligible. Les yeux vagues roulent constamment dans leur orbite; la langue est sèche et rôtie, les lèvres fuligineuses, les dents sont serrées, c'est à peine si l'on parvient à faire boire un peu. Nous ordonnons la prescription suivante :
1° Lotions sur tout le corps à dix heures du soir, à une heure et à quatre heures du matin avec :
Kau 3 litres.
Sublime 1 p. 1000 1/4 de litre.
Alcool 1/2 litre.
Frictions sèches après ces lotions.
2° Lavements froids avec 0,50 de bétol, à onze heures et demie du soir et à cinq heures du matin.
3° Pendant toute la nuit faire boire le plus possible de la préparation suivante :
Eau 500 grammes.
Lactose 100 —
Acide lactique 15 —
4° Le malin, six heures, un bain à 32°.
Pendant le bain la malade a uriné abondamment et évacué des matières fécales en grande quantité. Durant la nuit ces évacuations et ces mictions sont répétées très abondantes. La température, qui était montée progressivement à 38°, 5, puis à 39° et lO", est descendue à 37°. Le 26 janvier la malade est encore un peu ahurie et cependant elle articule quelques mots qui sont des réponses sensées et comprend lorsqu'on la prie de montrer la langue; mais elle répète ensuite constamment ce mouvement. La peau a repris l'aspect normal, les extrémités ne sont pas cyanosées. La langue encore un peu chargée est humide et ne peut être comparée à ce qu'elle était la veille.
Du 27 au 34 janvier la malade n'a pas d'accès, mais l'état saburral de la langue persiste encore. Dans la nuit du 31 janvier an 1er février, Gurv... a un accès et sa température monte à 38°.
Pendant les deux premiers jours de février elle a cinquante et un accès. La température moule à 39', puis à 40°, 1. Le
même traitement est institué après un bain prolongé de trois heures et plusieurs lotions; la température descend a 38°, i, mais à cinq heures du soir elle remonte à 39°, 2; on lui injecte alors 15 grammes de sérum artificiel concentré (formule de Chéron). Dans la nuit elle a encore six accès. Le 3 et le 4 février, la température est encore à 39°, mais les accès n'ont pas reparu.
Le 5, après un grand bain frais à 32° prolongé, la température tombe à 37°. Un lavement détermine une grande évacuation de matières fécales.
Le G et le 7 février l'amélioration se maintient et, à partir de cette date et jusqu'à ce jour, 23 février, la malade est tout à fait revenue à elle-même et vaque à ses occupations.
Dans ces derniers temps, au lieu d'injecter du sérum artificiel clans le tissu cellulaire, j'ai injecté ce liquide directement dans les veines à la dose de 300 à 400 grammes dans deux cas désespérés, alors que la température était à i0°">. et à il0 et que la evanose et ['aspect cholériforme du sujet existaient. Mes malades sont mortes quand même, mais j'ai obtenu, aussitôt l'injection faite, une légère amélioration et une prolongation de la vie de plusieurs heures. Je suis convaincu que si l'injection avait été faite plus tôt, je n'aurais pas eu à déplorer ces deux morts surtout dans le cas de Kat... où il n'existait pas de lésions encéphaliques anciennes. Je compte tenter ce moyen quand de nou> veaux cas se présenteront.
Observation. — Idiotie profonde avec microcéphalie, non éducable. — Épilepsie et contracture des membres,
sauf à gauche, où il y a atrophie. — Mort en état de mal. — Sclérose atrophique disséminée des circonvolutions surtout frontales et à la face interne. — Sclérose de la troisième occipitale.
La nommée Lequ..., âgée de cinq ans, entre le lli octobre 1894 dans le service de M. Jules Voisin, à la Salpêtrière.
Antécédents héréditaires. — Mère bien portante. Jamais d'attaques de nerfs, une sœur de la mère est épileptique; père et mère bien portants.
Père. Cocher de factage, doit boire par profession ; n'a jamais été malade; père et mère bien portants.
Une seconde enfant, qui a aujourd'hui quatre ans (février 1806), est très maladive, sans présenter de symptômes nerveux ou de crises épileptiques.
Grossesse bonne. — La mère était impressionnable pendant sa grossesse. Pas de coup. Pas de chute. Pas de syphilis.
Accouchement prolongé, vingt-huit heures. L'enfant était violette. Le lendemain de sa naissance, convulsions. A cinq mois, convulsion qui a duré cinq heures et, depuis cette époque, a des convulsions presque tous les jours.
16 octobre. Etat actuel. — Contracture spasmodique des quatre membres avec exagération des réflexes.
Pas de mouvements athétosiques.
Ne parle pas, ne mange pas seule; pousse quelques cris. Gâtisme.
Grince des dents-par moments.
Voûte palatine ogivale; dentition bonne, oreille normale. Tète très petite, en pointe, microcéphale, oreilles grandes, détachées du crâne.
18 octobre. — A eu deux convulsions épileptiques depuis son entrée.
12 novembre. — La petite malade reste constamment penchée en avant, sur la chaise. Les quatre membres rétractés, l'avant-bras sur le bras, mais les mains sont flexi-
bles, surtout la droite. Elle met toute la main droite dans la bouche. Ne sait pas prendre les objets et les porter à la bouche. La vue des aliments ne lui produit aucune satisfaction. On la fait manger, elle mange bien. Ne s'engoue pas, digère bien.
Le côté gauche est plus petit que le côté droit et plus contracture. Les membres inférieurs sont recouverts de poils et ces derniers sont en plus grand nombre à gauche. L'atrophie des membres inférieurs est plus marquée que celle des membres supérieurs. La peau est plus épaisse qu'à l'état normal. La petite malade a tous les jours des attaques épileptiques. Elle en eut une devant nous. Tout d'un coup elle étend les bras en avant et redresse un peu ses pieds, surtout le droit. Le visage se congestionne, la respiration s'arrête, la malade devient violette, puis, au bout de trente secondes à peu près, fait une grande inspiration. Ses bras se détendent, la couleur violette du visage disparait et la malade se met à grincer des dents et à faire quelques mouvements de déglutition. La pâleur du visage alors devient extrême et la malade reste immobile une minute ou deux à peu près, puis fait ses mouvements de balancement du corps en avant, sans jeter aucun cri, mais de temps en temps se met à grincer des dents et à faire le mouvement de rumination. Elle ne gâta pas pendant son attaque.
2.~> février. — Les crises épileptiques sont très nombreuses (15 à 20 par jour), provoquées par n'importe quel bruit ou mouvement (une porte qu'on ferme, par exemple).
Maigreur excessive, surtout aux membres inférieurs : ils sont immobiles, et la malade crie quand on veut les remuer. On ne constate pas de réflexe rotulien et les jambes restent toujours contracturées. Les bras sont attachés (sans cette précaution elle est constamment à se gratter la tête et à mettre les mains dans sa bouche, ce qui augmente encore sa salivation très abondante déjà).
J. Voisin. 23
Depuis son entrée le nombre des crises quotidiennes a augmenté, l'état général n'a pas de modification.
Mensuration du crâne :
Diamètres : antéro-postér. , 14; maxim., 1-i; Lu-auriculaire, 10; maxim. transvers., 11 1/2.
Courbes : antéro-post., 25; horizontale totale ou circonférence, 42; frontale (bi-auricul. antér.), -1-1.
26 mai. — Depuis quinze jours paraît être dans un état défectueux. Elle ne mange presque pas : on peut à peine lui desserrer les dents, pour passer une cuillère. On est obligé de lui donner son bromure en lavements.
Le 26, elle a quatorze attaques le jour (tempérât., 38\4j, dix-huit la nuit.
Le 27, temp. le matin, 38°,6. Les attaques augmentent: on institue le traitement balnéaire :
, . . . . , . ^ avant, 39°,6. A 3 h. i 2 soir, bain > . ' „ ' ( après, 38°,b.
A 6 h. soir, 39°.
.... . . ( avant, 3
A 11 h. soir, bain ] . 000\, ( après, 38°,.3.
Le nombre des attaques a été de cent quarante-neuf le jour, de cent deux la nuit.
Le 28, la malade ne prend presque rien comme nourriture, état à peu près stationnaire :
Attaques : cent quarante-huit le jour, cinquante-deux I nuit.
La température augmente un peu. On continue les hv
T , , . ( avant, 40°.
Le soir a six heures, bain ] ono
( après, 39 .
..... . . ( avant, 39".o.
A 11 h. du soir, nouveau bain •
i ii
Le 29, à six heures matin, 39°. Le nombre des attaques augmente considérablement. Nous voyons la malade à dix
heures et demie ; depuis le matin à cinq heures, elle a déjà eu cinquanle attaques.
L'aspect de la malade est mauvais; teint plombé, visage (paupières et lèvres surtout) cyanose, langue sèche et très sale.
Les attaques se succèdent sans intervalle. Eu dehors même des attaques, la malade présente des secousses rythmées, localisées à un membre, main ou jambe. Elle a devant nous cinq ou six attaques, dont une seule est complète.
Certaines atlaques sont dissociées, les autres incomplètes.
La malade commence par avoir une légère agitation des membres : puis la figure se contracte un peu; la bouche s'ouvre, les paupières battent pendant que les yeux tremblent. Ces mouvements de la face sont constants dans toutes les attaques; les membres n'ont souvent les secousses que d'un seul côté; d'autres fois ce sont les membres supérieurs seuls qui prennent part à l'attaque.
La respiration, aussi bien que la circulation, est gênée, rapide, irrégulière.
Avant l'injection, depuis le matin, 147 accès.
A trois heures du soir, injection de 400 ce. de sérum : pendant la durée de l'injection, 4 accès. A la suite de l'injection, o accès espacés pendant le reste de l'après-midi. Puis cessation complète des accès et chute de la température.
Après l'injection, l'enfant a ouvert les yeux, fait quelques mouvements, poussé quelques cris; elle est sortie de la torpeur considérable où elle était plongée.
Le 30, nuit bonne; pas d'accès, pas de température. 11 y a une amélioration visible de l'état général; mais l'alimentation se fait très mal (quelques gorgées de lait seulement) et la faiblesse est très grande. Le seul progrès réel consiste dans ce fait que la malade est plus éveillée que les jours précédents, qu'elle réagit mieux aux excitations extérieures, qu'elle remue mieux spontanément.
356 L'ÉPI LEPSIE
Toute la journée du 30, bonne : pasd'accès.
Le ■> 1 . La nuit précédente a été bonne. Le matin, même état que la veille; mais la nutrition se fait très mal, et la réparation est tout à fait insuffisante; la faiblesse reste extrême.
A dix heures du matin, sonde œsophagienne (un verre de lait) ; mais, dans la journée, on n'a pu réussir à lui faire avaler du lait; la faiblesse progressant, la malade s'éteint dans la nuit.
Autopsie. — Le cœur, les poumons et l'appareil digestif, de même que les reins, ne présentent aucune particularité morbide.
A l'ouverture de la eavité crânienne on trouve la duremère adbérente par places à l'os, et épaissie en certains points : il s'écoule une certaine quantité de liquide, et les méninges présentent un léger degré de congestion.
Le cerveau se décortique bien ; le poids de l'encéphale total est de 650 grammes ; l'hémisphère droit pèse 2o2 grammes et le gauche 290.
Examiné sur sa face externe, l'hémisphère gauche présente une atrophie d'un certain nombre de circonvolutions, qui s'enfoncent au-dessous des circonvolutions voisines normales, et sont complètement sclérosées, dures au toucher; quelques-unes n'existent plus que sous forme d'une sorte de cordon irrégulier; les points atteints se répartissent ainsi :
Hém. g., face ext. : la cire, frontale inf. et toute la cire, prérolandique jusqu'au sillon interhémisphérique, une partie (la part, inf.) de la cire, frontale sup. ; — face int. : — toute la cire, comprise entre la scissure parié to-occipi taie et le pôle frontal, c'est-à-dire la circonvolution frontale supérieure, celle du corps calleux, le lobule quadrilatère et le lobule paracentral. En outre, la circonvolution occipitale inférieure h l'extrémité du pôle postérieur est atteinte tout entière.
A droite, sur la face interne, les lésions sont moins prononcées et atteignent surtout la circonvolution du corps calleux réduite à un même tractus dur et irrégulier. Sur la face externe elles sont très marquées. La circonvolution frontale antérieure et surtout les circonvolutions pré- et postrolandiques sont considérablement atrophiées. Au lobe occipital un point de sclérose s'observe au niveau de la circonvolution occipitale moyenne.
Le bulbe et le cervelet ne présentent aucune particularité.
Observation. — Idiote avec épilepsie.
La nommée Lescl..., Marguerite, âgée de neuf ans, entrée le 4 février 1895 dans le service de M. Jules Voisin, à la Salpètrière.
Antécédents héréditaires. — Père, garçon de salle, boit un peu; grand'mère morte à cinquante-quatre ans de dysenterie; grand-père mort à quatre- vingt-deux ans.
Mère, bien portante; pas d'attaques de nerfs; grandsparents morts vieux.
Cette petite fille est la quatrième. Deux sont vivants, trois garçons sont morts de méningite.
Les autres enfants n'ont pas d'attaques.
Grossesse : chute au cinquième mois ; grosse perte ; accouchement à terme.
Antécédents personnels. — Lnfantbien portante en naissant; mise en nourrice, élevée au biberon; a des attaques depuis onze mois, est tombée dans le feu; a des attaques en série, surtout la nuit, plusieurs fois par mois; a été en classe; sait très peu de chose ; s'endort après ses attaques ; gâte.
Vers le commencement de mai. on a remarqué que l'enfant était moins gaie, qu'elle perdait l'appétit et maigrissait, sans que l'examen ait rien révélé du côté de quelque organe.
Du 1er au 15 mai, 1 à 3 accès par semaine; à partir du 15 mai, les accès augmentent de fréquence oscillant entre
10 et 25 par jour et surtout par nuit; la température n'augmente pas, mais l'état général se modifie profondément; la malade maigrit et ne mange pas. Rien aux poumons ni ailleurs. Pas d'albumine dans l'urine. Devant la persistance des attaques dont le nombre augmente (sans que la température dépasse 38) une injection de sérum artificiel intraveineuse est faite le 2 juin à une heure de l'après-midi (on injecte 450 grammes).
Avant l'injection, depuis le matin, 23 accès. Pendant l'injection, pas d'accès; l'injection est bien supportée.
Après l'injection, rien de particulier : pas d'accès, mais la malade, qui depuis les jours précédents s'alimentait mal et était dans un état de faiblesse extrême, retombe dans la torpeur et meurt à cinq heures du soir sans avoir présenté aucun phénomène spécial.
L'autopsie n'a pu être faite.
Observation. — Débilité mentale avec épilepsie. Mort en état de mal.
La nommée Rat... Léonie, âgée de vingt-trois ans et demi, entrée le 5 mai 1893 dans le service de M. Jules Voisin, à la Salpêtrière.
Antéeédents héréditaires. — Mère. N'a jamais eu d'attaques; à soixante-quatre ans, tremblement de la main droite; rien dans la famille.
Père. Nerveux sans attaques. Boit de temps en temps; buvait plus de vin au moment de la conception de l'enfant que depuis. Rien dans la famille.
Antécédents personnels. — Grossesse de cette enfant bonne. Accouchement à terme et normal, nourrie au sein, première dent à un an, a marché à un an, a parlé à un an et demi; à un an, le jour de son baptême, a eu une convulsion, puis rien jusqu'à sept ans ; à sept ans, frayeur, perte de connaissance de quarante heures, un peu de bave à la bouche.
A huit ans les crises reprennent, puis elles sont devenues de plus en plus fréquentes. Enfant instruite, savait lire, écrire jusqu'à douze ou treize ans; puis l'intelligence abaissé; la mémoire surtout a baissé depuis deux ans.
C'est la douzième enfant. Il en reste 3 seulement.
Le 1er, mort à seize mois de convulsions ; 2e, vivant, bien portant; 3e, couvreur, vivant, épileptique. Les attaques auraient cessé depuis son mariage (?); 4°, 5°, Ge, 7°, 8P, 9°, 10°, 11°, morts en bas âge (convulsions); Je 1:2e est notre malade.
Pendant les trois ans que cette malade a passé dans le service elle n'offrait rien de bien particulier.
A noter 4 ou 5 attaques par mois avec 8 ou 10 vertiges. Après ses attaques la malade présentait une période d'excitation qui durait pendant quatre ou cinq jours. Elle criait et ses cris se rapprocbaient d'un aboiement de cbien, elle frappait aussi les personnes qui l'approcbaient. Elle fut placée dans le quartier cellulaire et on lui donna comme traitement du bromure additionne depilocarpine (0 cuillerées à bouche par jour).
Une amélioration très grande advint, si bien que la malade put désormais se livrer à quelques travaux, et surtout aux diverses occupations du ménage.
Le 27 juin l $1)6. — La malade, qui depuis quelque temps paraissait étourdie, troublée, eut deux attaques pendant le jour et, dans la nuit du ±1 au 28, elle en eut onze.
28 juin, 13 attaques jusqu'à onze heures du matin; à sept heures on lui avait donné un lavement à la glycérine, à neuf heures on lui donnait un bain froid ; la température qui, avant le bain, était de 39°, 4, n'était plus après que de 38°; à onze heures, lavement au bélol; puis, à trois heures de l'aprèsmidi, lavement purgatif. Les attaques ont cessé pour ne reprendre qu'à huit heures du soir. Pendant toute celte période d'accalmie la malade est restée dans le coma le plus profond.
La température qui, à six heures du soir, était de 38°, 3, monte de nouveau, les attaques recommencent : 1G attaques à partir de dix heures du soir.
A deux heures du matin, 39°,9 : un bain froid ramène la température à 39°.
A cinq heures du matin, 3i)°,9; nouveau bain froid. Température après, 39°.
29 juin. — La température monte encore; à huit heures, 40°; jusqu'à midi, 31 attaques; à onze heures, injection de 400 grammes de sérum artificiel; à une heure et demie, nouveau bain froid; la température, qui était de 41°, 2 avant, s'est abaissée à 40°.
L'aspect de la malade est absolument caractéristique, la face est cyanosée, couverte de sueur, le teint terreux, les yeux sont congestionnés, insensibles à la lumière, la cornée est insensible aussi, les globes oculaires roulent dans leur orbite, le corps tout entier est recouvert d'une sueur visqueuse, les extrémités sont cyanosées, le ventre rétracté, la peau n'est plus élastique, on la plie et elle reste telle. Toujours le profond coma de la veille. La muqueuse buccale présente un état saburral intense, la langue est sèche, les dents fuligineuses, les lèvres violettes et tremblotantes.
La déglutition est impossible. La respiration accélérée nous fait entendre un râle trachéal interne.
Description des attaques. — Un accès survient-il, le râle s'arrête, puis silence de trente ou qnarante secondes, la malade [unisse un cri guttural, son regard devient fixe, une légère grimace déligure le visage accompagnée d'aucune convulsion du côté des membres. Cetétat dure une vingtaine de secondes, puis le râle réapparaît ainsi que le nystagmu-.
Au bout d'une ou deux minutes le grand accès commence : la malade jette un cri, le regard devient fixe, la tète se porte à gauche et les deux yeux se convulsent du même côté, la bouche est déviée à gauche, les membres supérieur et inférieur
•du même côté sont contractures; apparaissent alors les contractions cloniques, c'est seulement à ce moment que les membres du côté droit se contractent, la tête alors se tourne à droite, tous les muscles de la face se contractent, les paupières battent et les quatre membres sont agités de raideurs tétaniques et cloniques accompagnées de secoussesdu corps.
Remarquons que les yeux restent pendant tout ce temps convulsés à gauche.
Les mouvements cloniques s'espacent enfin, puis arrive une inspiration bruyante accompagnée ou suivie d'une expectoration écumeuse.
La malade entre dans le stertor et le ronflement résolutif clôt l'accès. A ce moment notons : une dilatation énorme des pupilles, la réapparition du pouls, qui était devenu imperceptible, la pâleur terreuse du visage, qui était bleuâtre pendant l'accès, enfin la reprise du râle trachéal et du coma.
Autopsie faite trente heures après la mort. Le cadavre est bleuâtre. En ouvrant le crâne, on trouve la dure-mère congestionnée et, une fois incisée, de la sérosité sanguinolente s'écoule et on aperçoit le cerveau très congestionné. Les vaisseauxsontgorgésdesang. La pie-mèreestadhérente par places, surtout au niveau des rolandiques et des sphéoo-temporales, avec la substance grise qui est entraînée avec les méninges au moment de la décor tication. La substance cérébrale incisée est molle et congestionnée et légèrement en putréfaction.
La glande pituitaire est volumineuse. La moelle est très congestionnée et molle, ramollie comme le cerveau parla putréfaction.
Poumons congestionnés, un peu de pneumonie hypostalique aux deux bases, mais surtout à la base gauche.
Je fais cette injection intra-veineuse au pli du coude. Je savonne et lave cette région avec de l'eau bouillie,
362 L'ÉPI LEPSIE
puis de l'eau boriquée et de la liqueur Van Swietcn. Je prends enfin toutes les précautions antiseptiques voulues, puis je dispose une bande comme pour faire la saignée et, quand les veines sont saillantes, je pique la veine avec l'aiguille adaptée au tube correspondant avec le flacon contenant le sérum artificiel, préalablement stérilisé en le portant à 125° dans une étuve. Le liquide une fois refroidi et à la température de 32° à 34° j'entre l'aiguille dans la veine, je détacbe ma bande et je laisse couler le liquide, qui est cbassé par la pression atmosphérique. Après l'injection je recouvre la piqûre de collodion, d'ouate hydrophile et d'une bande. Pendant la dernière injection que je fis, les accès convulsifs persistèrent, tandis que dans l'autre ils furent suspendus et ce n'est que quatre heures après l'injection que la mort arriva dans le coma le plus profond. Les battements du pouls, qui étaient très faibles, devinrent plus forts sous son influence, et je suis convaincu que si la vie a été prolongée de quatre heures cela tient à cette injection, car le pouls était filiforme et la malade présentai! avec son aspect cyanose terreux, le râle trachéal de l'agonie au moment de l'injection.
Les exutoires que l'on employait autrefois dans le but d'évacuer les humeurs peccantes sont abandonnés. Leur action est celle des révulsifs el ces derniers leur ont été généralemenl substitués. C'est ainsi que l'on a appliqué des vésicatoires à la nuque ou sur la tète et au bras
sans localisation élective. Ces révulsifs ainsi appliqués ne paraissent pas donner d'améliorations, tandis qu'appliqués au niveau des auras ils ont donné d'excellents résultais à Recamier1, à Bravais, à Blizzard*, à Hirl a, à l'itrcs et à Crozcs*. Il en est de même des pointes de feu appliquées sur le crâne au niveau des centres moteurs, sièges présumés de la cause convulsive.
A la consultation externe, vous voyez plusieurs malades atteints d'épilepsie partielle venir toutes les semaines subir ce traitement, avec apparence de sucres. Je fais appliquer une vingtaine de pointes de feu sur le cuir chevelu en ayant soin de séparer les cheveux. Ce traitement est parfaitement supporté. Il n'est pas douloureux et le fait de ne pas couper les cheveux au niveau de la région motrice, entraine la conviction du patient, surtout chez la femme.
Les incisions du cuir chevelu pratiquées par Peraire et Anglade ont pour but de décongestionner le cerveau et agissent de la même manière que les pointes de feu. Elles sont moins bien tolérées que ces dernières et nous ne pouvons pas les renouveler souvent. Aussi je ne les conseille pas. J'emploie quelquefois des ventouses scari-
1. Recamier, Èpilepsie guérie pur les vésicaloires. Gaz. des hop., décembre 1843.
"2. Blizzard, Clinical lectures on diseuses of Ihe nervous System, 1 s s 2 .
3. llirt. Veber das Auf'treten von Transfert Erscheinungen Wàhrend der parliellen Epilepsie (Neurol. Centralbl.), 1,sn4.
4. Crozes, Des effets des vésicaloires appliqués au-dessus du sièoe de l'aura dans l'cpilepsie jaeksonnienne, Th., Bordeaux, 1880
fiées à la nuque ou aux apophyses mastoïdes dans les cas d'état de mal.
Les frictions stibiées sur la nuque ou la tète, employées autrefois, agissaient comme révulsifs et comme exuloires. On ne les emploie plus en ce moment.
Les saignées générales et locales ont été opposées de tout temps à l'épilepsie, mais je dirai, comme Delasiauve, bien que leur utilité soit, en certains cas, généralement reconnue (comme dans l'état de mal), on ne voit point que cette ressource, d'ordinaire si puissante contre tant d'autres affections, ait procuré dans celle-ci un grand nombre de succès définitifs. Les observations de guérison complète rapportées par les auteurs sont très rares et d'un autre côté ne présentent pas une suffisante authenticité. La saignée a été pratiquée sur la Aeine médiane des bras, à la jugulaire et sur les veines du pied. La phlébotomie de la pédieuse a été même en honneur pendant un certain temps. Les sangsues appliquées à l'anus et aux cuisses ont été préconisées surtout chez les hémorroïdaires et chez les personnes qui avaient des accès convulsifs sous l'influence de rétention de règles. Dans ces derniers cas, la médication déplétive peut avoir des succès, et peut être préconisée, mais je ne conseillerai jamais de faire plusieurs fois par jour des saignées à un individu pléthorique. Dans les cas d'état de mal, une saignée de 2 à 300 grammes me parait indiquée et je conseillerai, immédiatement
après, une injection de même quantité de sérum artificiel.
M. Lépine ' a employé l'ergotine dans des cas d'épilepsie congcstive et a vu les accidents s'atténuer sous l'influence de cette médication associée au bromure de potassium. Yeats - avait conseillé aussi l'ergot de seigle.
J'ai donné de la teinture alcoolique d'ergot de seigle chez deux malades à l'exclusion de tout autre médicament, et j'ai constaté dans les deux premiers mois que l'agitation consécutive aux accès était moins prononcée. Les accès étaient aussi nombreux. Puis cette agitation a reparu au bout de plusieurs mois. Ce qui me prouve une fois de plus que chaque fois qu'un traitement est changé, une modification quelconque se produit dans les symptômes, mais malheureusement celte amélioration n'est jamais de longue durée.
Les antispasmodiques et les calmants sont les médicaments qui ont tenu et tiennent encore la plus grande place dans la thérapeutique. Nous citerons le camphre, les fleurs de tilleul et d'oranger, et le gallium, qui entre dans la composition du remède administré à l'asile de
1. Sur un cas d'Êpilepsie avec congestion cérébrale insolite consécutive à l'attaque. Revue de méd., 1883.