‹ L'épilepsie (volume 2)Chapitre 71 sur 112 · Germain Sée, Courrier médical, 186S · texte numérisé non relu

Germain Sée, Courrier médical, 186S

sifs par exemple. Mais en même temps ils nous montrent pourquoi la guérison n'est pas définitive. En effet, les convulsions, les vertiges et le trouble mental sont les conséquences d'une cause initiale, l'irritation du système nerveux; mais qui produit cette irritation, quel est l'élément invisible producteur de ces convulsions ? J'ai essayé de vous démontrer qu'il y a, répandue dans l'économie, une toxine convulsivante, laquelle, en s'accumulant, grâce, à la prédisposition individuelle et à la défectuosité du système nerveux de chaque malade, produit ces effets terribles que vous connaissez. La cellule nerveuse imprégnée de bromure de potassium ne réagit plus sous une faible excitation ou réagit mollement en donnant lieu à des vertiges ou à des accès incomplets. Mais vienne la saturation ou l'absence du médicament modérateur, vous voyez aussitôt les convulsions prendre le dessus et le cortège des accès en série et de l'état de mal. Il faudrait prévenir la production de cette toxine, qu'elle soit due à de l'auto-intoxication ou à de l'hétéro-intoxication, pour empêcher le syndrome comitial. Mais nous ne sommes pas encore parvenu à ce résultat : notre but, dans le traitement de l'épilepsie, est d'éviter autant que possible, par une bonne hygiène, le développement de cette toxine et de favoriser son rejet ou son élimination par les moyens que je vous ai déjà énumérés (purgatifs, lavages de l'estomac, hydrothérapie, injection de sérum, etc.).

Il est certain que le bromure de potassium, diminue l'excitabilité du système nerveux et par conséquent sa prédisposition à réagir d'une manière convulsivante. Le bromure de potassium doit être donné à doses assez fortes, 4 à 6 grammes par jour pour un adulte : si cette dose ne suffit pas, on donne 8 à 10 grammes. M. Féré est même allé jusqu'à la dose de 20 grammes. Mais dans ces cas on a à craindre le bromisme avec accident de stupeur. Chez les enfants on prescrit 1 gramme à 2 grammes suivant l'âge; on peut aller jusqu'à 4 grammes chez les enfants de sept à huit ans. Sous l'influence de celte médication les accès convulsifs sont reculés et quelquefois même supprimés. A leur place il n'est pas rare de voir apparaître des vertiges ou des accès incomplets.

Ce médicament doit être prescrit au commencement des deux principaux repas; de cette manière on évite des maux d'estomac. On aura soin de se servir de bromure de potassium pur exempt d'iodure et surtout de chlorure.

Le bromure de potassium doit être prescrit à doses constantes ou à doses graduelles alternantes. Cette dernière méthode est celle qu'employait Charcot. Il donnait 4 grammes la première semaine, 5 grammes la seconde, 6 grammes la troisième et 1 grammes la quatrième semaine, puis diminuait d'une cuillerée chaque semaine pour arriver à 4 grammes, et il recommençait à donner

1 gramme de plus chaque semaine et ainsi de suite. La dose est donc progressivement croissante pendant quatre semaines, puis progressivement décroissante pendant le même temps, et jamais la médication n'est interrompue.

MM. A. Voisin et Legrand du Saulle ont beaucoup insisté sur l'administration constante du bromure de potassium. Ce médicament, disent-ils, est aussi indispensable à l'économie qu'un aliment. Si on le supprime, les accès* deviennent plus forts et le malade est enlevé par un état de mal. Le patient, dit Legrand du Saulle, « paie son arriéré ».

Certains malades supportent admirablement cette médication, mais les épileptiques généraux par exemple, que nous voyons dans nos hospices, ceux que je considère comme étant épileptiques infectieux, ne peuvent supporter longtemps cette médication sans présenter des symptômes de bromisme caractérisés par des vertiges presque continuels, de l'embarras gastrique, une haleine fétide, de l'acnée et un état de stupeur ou d'excitation. On doit dans ces cas supprimer la médication bromurée et purger le malade. On lui donnera en outre des bains et des douches. Sous l'influence de cette médication on verra la langue se nettoyer, l'haleine devenir meilleure et des vertiges remplacer les attaques convulsives.

Celles-ci se renouvellent cinq à six fois, mais les vertiges disparaissent ainsi que la torpeur pour faire place

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à l'intelligence. Je n'ai jamais vu, dans ces cas, la suppression du bromure de potassium produire un état de mal et la mort. Quand le malade est tout à fait bien, quand son intelligence est revenue et quand son haleine n'est plus fétide et ne sent plus le bromure, nous reprenons le traitement bromure comme auparavant pour le suspendre de nouveau si les mêmes symptômes de bromisme et d'empoisonnement chronique se renouvellent. Nous avions une malade qui, sous l'inlluence de cette saturation bromique, présentait, indépendamment de l'état gastrique, des vertiges et de la folie furieuse avec hallucinations terrifiantes. Nous supprimions le bromure à ce moment, aussitôt un ou deux accès convulsifs se produisaient et l'excitation disparaissait ainsi que les vertiges et l'état gastrique. Nous avons pu constater quatre ou cinq fois de suite ces mêmes phénomènes chez la même malade à cinq ou six mois d'intervalle. Nous l'avons constaté aussi chez un homme à trois ou quatre reprises différentes et déplus nous avons vu se produire, en même temps que l'amélioration de l'intelligence, des manifestations hystériformes qui disparurent très promptement. Ainsi donc le bromure de potassium transforme les accès convulsifs en vertiges, en accès incomplets, en attaques hystériformes et quelquefois en excitation cérébrale. On doit s'estimer très heureux quand les vertiges viennent remplacer les accès sans autre manifestation, car la vie dans la société

devient alors possible pour ces malades. Si toutefois ces vertiges sont rares, vous pouvez voir aussi les accès diurnes devenir nocturnes sous l'influence du traitement bromure. C'est là une véritable amélioration que Ton peut considérer comme une guérison. Cependant on peut regarder comme guéri un individu qui, ayant auparavant des accès presque quotidiens, reste plusieurs années sans présenter aucune manifestation comitiale.

Les malades qui guérissent ou qui ont une grande amélioration sous l'influence du traitement bromure sont ceux qui ne présentent pas cet étal saburral sur lequel j'ai attiré votre attention. Chez eux l'effet sédatif du médicament se maintient.

Quand on a constaté une suspension d'attaques depuis un an ou deux doit-on supprimer tout traitement bromure? Je ne le pense pas et, à l'exemple de Legrand du Saulle, je supprime seulement un jour sur trois; rarement huit jours consécutifs sur un mois. J'examine, dans ce cas, l'état réflexe de la muqueuse du pharynx. Si la nausée se produit au bout de quatre ou cinq jours de suspension de traitement, je ne dépasse jamais trois jours. La prompte réapparition du réflexe pharyngien prouve que le patient élimine avec facilité son bromure; et cette élimination facile du médicament est toujours d'un pronostic favorable. Rappelez-vous en effet ce que vous avez vu chez nos malades atteintes de mal épileptique vertigineux ou convulsif. Quelquefois, quinze jours

après la cessation du médicament, vous constatez l'haleine bromurée.

Au lieu de donner le bromure de potassium à doses quotidiennes et fractionnées, les Anglais donnent quelquefois le bromure de potassium à doses massives tous les trois ou quatre jours, au moment du repas et à la dose de vingt à vingt-cinq grammes. Celle méthode favorise le développemet du bromisme. Je préfère l'administration quotidienne du médicament.

On peut reprocher au bromure d'entretenir l'état gastrique. M. Féré, pour obvier a cet inconvénient, a préconisé l'usage simultané de naphtol et il en a obtenu de bons résultais. J'emploie ce même système et, dans certains cas, je m'en félicite; mais quand l'état gastrique persiste malgré le naphtol, je supprime le bromure et je continue le naphtol seul jusqu'à ce que la langue soit devenue belle, et je vois aussi une amélioration dans le nombre des accès l. Ceci me prouve que le malade était salure et que le médicament ne produisait plus d'effet.

Quand on a reconnu sur un sujet une manifestation épileplique, soit psychique, soit douloureuse, soit convulsive, on doit prescrire du bromure de potassium et surveiller avec soin le nombre des accès. J'ai l'habitude, quand un malade enlre dans le service, de le laisser quinze jours ou un mois en observation. Je prends note

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