‹ L'épilepsieChapitre 13 sur 74 · Tissot, loco cit · texte numérisé non relu

Tissot, loco cit

J. Voisin.

tout -chez celles qui out des pertes abondantes, ou des peines et des chagrins, le signal d’attaques convulsives. Mais ce cas est rare. J’ai surtout remarqué ce fait chez des personnes dont les enfants présentent de l’épilepsie; et cette remarque vient confirmer ce que j’ai dit plus haut : la dégénérescence a une marche accélérée.

Je dois faire observer aussi que les femmes qui ont présenté ces accès convulsifs au moment de la ménopause ont presque toutes présenté dans leur jeunesse et leur âge adulte des vertiges ou des lipothymies dont on avait méconnu la nature.

Peut-être ces accès diurnes ont-ils remplacé seulement à ce moment des accès nocturnes méconnus également, car il ne faut pas oublier que l’épilepsie tardive d’emblée, quand elle n’est pas d’origine syphilitique ou alcoolique, est excessivement rare. Plusieurs malades qui avaient été considérés comme épileptiques tardifs et qui m’étaient présentés comme tels, n’étaient en réalité que des malades ayant eu dans leur jeune âge le petit mal. Il ne faudra donc admettre comme épileptiques tardifs que des malades dont l’examen des antécédents aura été fait avec tout le soin désirable. Tout dernièrement encore je vous ai montré un homme de quarantehuit ans qui, d’après les renseignements de son médecin et de son entourage, n’avait des vertiges et du trouble mental que depuis quelques mois, et qui était considéré

DÉFINITIONS ET CAUSES

comme étant atteint d’épilepsie depuis cette époque. Or, en recherchant avec soin ses antécédents, j’ai trouvé que cet homme dans sa jeunesse avait eu aussi des vertiges, lesquels vertiges s’étaient renouvelés à des intervalles très éloignés; qu’enfin il avait eu à quatre ou cinq reprises différentes des évacuations nocturnes qu’on ne pouvait expliquer et du délire de temps en temps la nuit. Ces manifestations nocturnes n’étaient autres que des accidents épileptiques.

La grossessse a une influence très variable sur l’épilepsie. Tantôt elle augmente les attaques et tantôt les suspend. Les nommées Th..., Po..., et Sou..., de mon service, ne se portent jamais mieux que lorsqu’elles sont enceintes. Chez elles les accès convulsifs réapparaissent après quelques jours d’allaitement. Cette absence d’accès pendant la grossesse a fait dire à certains auteurs que l’enfant emportait le mal, et ce préjugé est assez répandu dans une certaine classe de la société et est cause que beaucoup de parents veulent marier leur fille pour la délivrer de l’épilepsie.

Le médecin doit combattre ce préjugé pour une double raison : la maladie ne disparaît pas par le fait de la grossesse, et de plus les enfants qui naissent de ces mariages sont épileptiques, vésaniques ou idiots.

La nature du sexe du produit de la gestation a-t-il une influence sur l’existence ou l’absence des accès comme certains auteurs l’ont déclaré? Je ne le crois pas. D’ail-

leurs, pour répondre catégoriquement à cette question, il faudrait corroborer un grand nombre d’observations bien prises, bien circonstanciées, et celles-ci nous font défaut.

L’accouchement provoque quelquefois des accès épileptiques. 11 peut produire aussi des attaques hystériques, et ces phénomènes convulsifs peuvent être confondus l’un avec l’autre. Le plus souvent ces accès convulsifs sont considérés comme étant des phénomènes éclamptiques. L’éclampsie est surtout diagnostiquée si les femmes ont de l’albuminurie. Ce dernier diagnostic est quelquefois erroné, car beaucoup de femmes épileptiques ont de l’albumine dans leurs urines, comme je l’ai démontré par mes recherches avec mon interne M. le Dr Pé ron La marche de la température seule nous fera porter un diagnostic certain. C’est ce que nous verrons dans un chapitre plus loin.

Nulle circonstance ne crée chez la femme une susceptibilité plus grande pour le développement du mal comitial que la puerpéralité et la lactation. Celte dernière, surtout quand elle est prolongée et quand elle produit de la débilité de l’économie, engendre des accès comitiaux fréquents et le médecin est forcé souvent de suspendre l’allaitement. Vous voyez de ces cas en assez grand nombre à notre consultation externe. Aussitôt

I. De l’albuminurie post-paroxystique, par .Iule? Voisin et Pérou. Archives de neurologie.

DÉFINITIONS ET CAUSES

que l’allaitement est supprimé, les accès convulsifs diminuent de nombre et d’intensité, à la condition que la nouvelle accouchée répare ses forces par une bonne alimentation.

Une foule de causes pathologiques peuvent provoquer l’épilepsie. Nous allons les passer rapidement en revue. En première ligne signalons toutes les intoxications et toutes les infections. Ces causes agissent toutes de la même façon. Elles apportent une modification profonde à la nutrition, et c’est cette modification de l’économie qui est le facteur de l’épilepsie.

Parmi les produits toxiques l’alcool et l’absinthe sont les générateurs les plus répandus de l’épilepsie. Les essences contenues dans les alcools seraient surtout incriminées, et d’après les derniers travaux de M. Joffroy1, plus un alcool a d’essence volatile, plus il est dangereux. L’alcool pur, c’est-à-dire l’alcool rectifié, débarrassé d’essences volatiles, ne serait presque pas toxique; il faudrait une plus grande quantité d'alcool pour produire des effets d’intoxication.

Aussi il serait très désirable que l’État prît le monopole de l’alcool pour la rectification de l’alcool. Les eaux-de-vie qui sont répandues dans le commerce sont presque toutes des eaux-de-vie non rectifiées de riz, de pommes de terre, de grains, de betteraves, etc., conte-

1. Joffroy et Servaux, Détermination de ta toxicité des alcools, Congrès des Médecins aliénistes et neurologistes de France, Bordeaux, 1S95.

nant des essences volatiles excessivement dangereuses, et c’est pour ces raisons que nous voyons dans la société depuis un quart de siècle une si grande quantité d’alcooliques et d’épileptiques. Ces eaux-de-vie ont remplacé les eaux-de-vie devin depuis que le phylloxéra a détruit une partie de nos vignes. Les eaux-de-vie de vin étaient moins nuisibles. De même le vin d'autrefois, c’est-à-dire le vin naturel, était moins nuisible que les vins que nous voyons maintenant dans le commerce, faits avec de la couleur, de l’eau et des eaux-de-vie non rectifiées.

La liqueur d’absinthe agirait surtout, d’après MM. Cadéac et Meunier1, par les essences d’anis et de badiane, qu’elle contient, et non par l’essence d’absinthe comme on le croyait naguère. En effet la quantité d’essence d’absinthe, employée pour un litre d’alcool, donnée aux animaux ne produit aucun effet toxique convulsivant. Il faut donc tenir compte dans tous ces cas de la nature de l’essence volatile qui accompagne l’alcool, et surtout de la nature du terrain sur lequel on expérimente.

Le plomb est un poison convulsivant qui détériore profondément l’économie, qui donne lieu souvent à des accès épileptiques et qui de plus a un retentissement profond sur la progéniture. Les enfants nés de saturniens sont souvent épileptiques et idiots.

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