‹ L'épilepsieChapitre 9 sur 74 · Lasègue, Eludes médicales, Paris · texte numérisé non relu

Lasègue, Eludes médicales, Paris

DEFINITIONS ET CAUSES

des grincements de dents la nuit, un peu de bave à la bouche parfois et quelquefois des incontinences de matières fécales et urinaires, symptômes indéniables d’épilepsie.

Dans un autre cas, le père était dès son jeune âge épileptique, mais depuis au moins douze ans qu’il prenait du bromure de potassium il n’avait plus d’accès. Les accès étaient remplacés par des vertiges auxquels on n’attachait aucune importance. En questionnant sa femme avec soin, elle nous a appris aussi que son mari faisait quelquefois pipi au lit, qu’il avait des secousses et présentait des ronflements; ce qui nous prouve que l’accès convulsif était nocturne. Le bromure avait donc modifié les accès : les accidents convulsifs avaient disparu et à ceux-ci s’étaient substitués des vertiges. Pendant le sommeil, les accès se produisent généralement à deux périodes de la nuit : ou le soir quelques instants après le coucher, ou le matin vers quatre ou cinq heures au réveil. Dans les deux cas la cause étiologique paraît différente : pour l’un c’est la congestion et pour l’autre de 1 anémie. Au début de la nuit, la congestion pourrait ctre mise en cause, mais ce sont plus souvent des hallucinations hypnagogiques qui sont cause de celte manifestation épileptique, ou bien un rêve. Mais si le rêve est en cause, c’est généralement dans le milieu de la nuit qu il se présente. Tel est le cas d’une de mes malades qui vient à la consultation externe.

Observation. — Hallucinations visuelles à l’état de rêve d’origine hystérique. — Persistance de crises même après les accès épileptiques. — Crises hystériques, accès épileptiques : crises mixtes et distinctes. — Monoplégie brachiale guérie par suggestion.

La nommée llob... Virginie, âgée de quarante-cinq ans, profession de concierge, vint le 3 novembre 1895 à la Salpêtrière.

Antécédents héréditaires. — Mère morte à soixante-cinq ans. Père vit, bien portant, soixante-dix ans.

Antécédents personnels. — N’a jamais été malade. A été réglée à treize ans et toujours régulièrement. Mariée à vingttrois ans. Une lillc au bout de dix mois.

11 v a deux ans, à la suite d’une contrariété avec sa famille (question d’intérêts), elle a été prise de crises nerveuses, la nuit. Elle jette des cris, se mord la langue, mouille son lit et reste sans connaissance pendant quarante-cinq minutes. Quand elle revient à elle, se trouve bien, pas fatiguée, mais trouve son bras gauche paralysé. La jambe n’a rien. La langue est coupée depuis trois mois. Un jour ou deux avant ses crises, ressent une douleur au sinciput et éprouve des étourdissements, mais n’est jamais tombée le jour. Elle fait tout de même son travail.

Ces douleurs de tête et ces étourdissements arrivent toujours quelques jours avant les règles et les crises coïncident avec les règles. Tous les mois régulièrement depuis deux ans cet état se produit. La paralysie dure toujours deux ou trois jours, mais elle va en augmentant de durée. Elle dure maintenant huit jours et la paralysie se produit toujours après la crise hystéro-épileptique. Jamais avant. En même temps que la paralysie, la malade éprouve toujours une douleur vive dans tout le bras depuis l’épaule jusque vers le poignet. Le bout des doigts est indemne et la malade peut s’aider de la main. Mais il lui est impossible de se servir du bras et de le sou-

DÉFINITIONS ET CAUSES

lever. On est obligé de l'habiller, et elle jette des cris quand on lui soulève le bras. Son membre supérieur reste pendant le long du corps et la malade souffre de tout son bras. Elle voit qu’elle sera paralysée à cause de la douleur qu’elle ressent.

Avant ses crises et même pendant ses crises la malade rêve tout haut et ne se rappelle pas le lendemain ce qu’elle a rêvé. Elle rêve, lui a-t-on dit, que son mari ou ses parents la battent, lui donnent des coups.

A souvent des envies de dormir dans la journée et se laisse aller au sommeil, mais jamais elle n’eut de crise de sommeil irrésistible. Jamais elle ne s’est perdue dans les rues. Jamais de fugues.

Dans l'intervalle des règles a quelquefois des vertiges, mais sans perte de connaissance; elle est obligée de s’asseoir.

État actuel. — Se présente à la consultation avec le bras pendant le long du corps et impossibilité absolue de le soulever, la main en supination forcée. Remue bien les doigts, et le poignet, mais impossibilité de faire des mouvements dans l’épaule et le coude. La malade accuse une douleur dans tout le bras depuis l’épaule jusqu’au poignet, et la sensibilité tactile cependant est moins accusée de ce côté que de l’autre et sur le bras que sur la main.

Strangulations fréquentes.

Crises de larmes et de pleurs fréquentes.

Insensibilité pharyngienne. Muqueuse conjonctivale insensible.

Ouïe bonne.

Vue intacte. Reconnaît toutes les couleurs.

Odorat bon.

Le mari trouve que sa mémoire a beaucoup diminué depuis deux mois. Elle prend du bromure depuis cette époque.

5 novembre 1895. — Endormie par la fixation d’un objet brillant.

On lui dit qu’elle ne souffrira plus du bras et qu’elle pourra s’en servir. Sommeil peu prononcé, 2e degré de Bernheim. Ne peut soulever ses paupières. A son réveil se trouve bien. Se sert de son bras. Très émotionnée et satisfaite.

7 novembre. — S’est habillée presque seule. Se sert de son bras. Est très contente, mais souffre encore un peu et a encore de la gêne dans ses mouvements.

Me raconte aujourd’hui son histoire. Je lui prescris : qu’elle ne rêvera plus, qu’elle ne souffrira plus et qu’elle n’aura plus de crises pendant ses règles, que ses règles seront modérées, qu’elle se guérira bien (elle les attend aujourd’hui et demain). Cette nuit elle a rêvé tout haut et son mari lui a dit qu’elle allait encore être malade.

Prendra des douches quand ses règles seront passées.

Teinture valériane XV gouttes matin et soir dans une infusion de tilleul et douche.

/ 1 novembre. — A eu ses règles le 7 novembre au soir, a eu encore un peu mal à la tête, mais n’a pas eu de crise convulsive. N’a pas rêvé, n’a pas parlé la nuit. Aujourd’hui se trouve très bien. Remue parfaitement son bras et est très contente. Travaille.

Les règles sont finies depuis ce matin.

Suggestions : Ne souffrira plus de son bras.

N’aura plus de crises pendant ses règles qui resteront très régulières.

Ne rêvera plus comme autrefois.

Sera guérie.

.28 novembre 1 895. — Le 23 novembre a eu des étourdissements qui ont disparu à la suite d’une médication prise chez le pharmacien.

5 décembre. — A eu un accès dans la nuit du 30 novembre à 2 heures du matin. S’est mordu la langue. Écume. Avant l’attaque la malade jetterait un cri prolongé. Après l'attaque, elle ferait des mouvements étendus des membres supérieurs

DÉFINITIONS ET CAUSES

et de la tête (hystéro-épilepsie). Pas de paralysie ni de douleur dans le bras après cette attaque.

Les règles ne doivent venir que le 7 décembre.

i 0 avril J S 96. — Cette malade est allée à la campagne le 9 janvier. A la fin de ce mois, règles accompagnées de crises à cette époque elle ne se sert plus de son bras et ne peut lever le coude ni l’épaule, la main toujours très libre. Ne peut s'habiller. Elle aurait eu dans le courant de février six accès consécutifs dans douze heures, rien dans l’intervalle des règles et aux nouvelles règles du mois de mars; — quatre attaques au mois d’avril. Le 2 avril le premier jour de ses règles, elle a eu quatre attaques dans la journée, mais cette fois à 7 heures du matin au lieu de la nuit. Est tombée sans s’en apercevoir. Elle n’a crié qu’à la seconde crise. Se mord beaucoup. Le 2 avril : accès épileptique franc.

État actuel. — Bras : mouvement d’élévation impossible au-dessus de la ligne horizontale par le sommet de l’épaule.

Impossibilité de porter le bras en arrière plus loin qu’un plan passant par Taxe du corps.

Mouvements de flexion de l’avant-bras sur le bras impossibles; accuse point douloureux à la pression; mais quand son attention est détournée, elle ne le sent presque plus; sensibilité à la douleur égale des deux côtes; au froid est plus accusée, surtout dans tout le bras; au niveau de l'avant-bras la sensibilité réapparaît égale.

Traitement. — Teinture de valériane; lotions; suggestions : ne rêvera plus, ne souffrira plus, se portera bien, se servira de son bras.

30 avril i 896. — N’a pas eu d’attaques ni d’accès depuis sa dernière visite; n’a plus de douleur. Se sert de son bras. S’habille toute seule ; doit avoir ses règles un de ces jours.

Suggestions : ne rêvera plus; ne souffrira plus; se portera bien; ses règles seront normales, et elle n’aura pas de crises.

15 mai. — A eu scs règles sans avoir de crises. Va très bien. On n’a pas revu la malade depuis cette époque.

Les accès du matin sont généralement plus nombreux. Pour les expliquer, on peut invoquer l’anémie, d’autant plus que nous savons que pendant le sommeil il y a anémie du cerveau. Celte cause est très possible, mais je crois que la théorie de Bouchard1, c’est-à-dire celle de l’infection, est la vraie. Pendant la nuit, le sang' se charge de toxines, et ce sont ces toxines convulsivantes qui produisent les convulsions.

Ces toxines peuvent agir aussi d’une manière réflexe sur les voies motrices, elles peuvent faire contracter les vaisseaux et amener par ce fait l’anémie cérébrale.

Hippocrate pensait surtout que le printemps et l’aulomne étaient des périodes d’élection pour le mal caduc. Je crois plutôt que les excès de froid ou de chaleur sont des causes plus puissantes d’épilepsie. Elles agissent par leur action sur la tension artérielle et par la dépression nerveuse qu’elles engendrent. Dans notre service, c’est surtout quand la température est à ses deux extrêmes que nous voyons fréquemment les accès en série et les états de mal.

Les émotions morales vives et surtout la frayeur entrent, de l’aveu de tous les médecins, pour une large part dans la production tics accès épileptiques. L’action

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