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née de ce qui se passait autour d'elle et demanda avec intérêt qui avait blessé son mari. Les souvenirs étaient confus ou plutôt absents elle se rappelait seulement qu’elle s'était mise en colère. Ces exacerbations se réproduisaient périodiquement et s’accompagnaient invariablement des mêmes phénomènes.
Îl y avait environ quatre ans que ces symptômes avaient paru lorsque Morel fut consulté. Il apprit que cette jeune dame, mère d'un petit garçon tuberculeux avait pendant un an vécu dans une perpétuelle alternative d’espoir et de découragement au sujet de la santé de son fils. Les émotions qu’elle avait éprouvées, avaient été si vives,si multipliées qu’elle perdit le sommeil et devint d'une impressionnabihité excessive.
Morel exigea son internement dans l'asile de Saint-Yon. Quelques jours après son entrée le besoin de revoir son mari et son enfant la poussèrent à demander sa sortie: ce qui lui fut refusé. Elle répondit par une violente explosion de colère. Elle se précipita sur les personnes qui l’entouraient, cria, vociféra, se roula par terre, enfonça ses ongles dans le sol, donna la représentation du délire le plus furieux qui se puisse voir. À cette crise succéda une abondante effusion de larmes bientôt remplacée par des accès de gaieté délirante. On constata la perte de ses souvenirs à propos de toutes les menaces qu’elle avait proférées dans sa fureur.
Trois semaines après son entrée à l’asile elle tombait dans de véritables crises épileptiques. Couchée par terre elle avait à la bouche une écume sanguinolente. Son visage était congestionné, sa respiration stertoreuse. Les accès se répétaient coup sur coup avec la même violence suivie de prostration et de stupeur. Au bout de huit jours elle était complètement remise. [Il ne lui restait aucun souvenir de ce qui
s'était passé, mais un Calme plus grand semblait inaugurer cet état nouveau,
OgservaTioN ÎT. — LecranD pu SAuLLE (résumée) (1). Antécédents héréditaires. — Père paralytique général. Antécédents personnels. — R..., ägé de 9 ans, porte grand souci à
(1) Tr. de Médecine légale, p. 809.
sa mère à cause de sa méchanceté sans bornes et de ses mauvais instincts. Le récit des actes commis par cet enfant, ses fugues inconscientes surtout, font porter le diagnostic d’épilepsie larvée. 11 ans après, Legrand du Saulle vit entrer dans son cabinet un sergent de chasseurs à pied qui venait le consulter. C'était le malade qu'il avait vu à l’âge de 9 ans. Il venait d'être réformé au corps parce qu'il tombait depuis quatre ou cinq mois dans des accès convulsifs épileptiques.
OBservarioN IL. — Lecrann pu SAuLLE (résumée) (4).
Antécédents héréditaires. — Père atteint de manie furieuse. Interné dans un asile parce qu'il avait failli étouffer dans une de ses crises son plus jeune enfant et sa femme.
Antécédents personnels. — Phil. V.., âgé de 20 ans. Bonne santé. Il est interné parce qu’en mai 1867 il a assassiné à cinq heures du matin un paisible père de famille qu'il n'avait jamais vu auparavant. La veille du crime Phihib, V.... avait travaillé comme de coutume, il s’était levé le matin du crime très exalté, s’était habillé avec bruit, avait injurié sa mère, puis il s'était emparé du couteau de cuisine et avait tué la première personne qui s'était présentée à lui. [l n’a gardé aucun souvenir de son acte lorsqu'il a repris l’usage de sa conscience.
Placé dans un service d’aliénés il paraît doux, raisonnable, très honnête et s'étonne fort d’être interné. La mère du jeune homme interrogée affirme qu’il est sobre et travailleur. Parfois, pourtant il est original bizarre, irascible et fait volontiers « des coups de tête ». Par exemple, il disparait pendant vingt-quatre heures, et de la meilleure foi du monde, il ne peut dire ni où il est allé, ni ce qu'il a fait, ni où il a couché, ni ce qu’il a mangé.
À son retour il se remet à travailler comme si rien ne s’était passé d’anormal.
Traité par le bromure de potassium ces coups de tête ne se représentent plus : quitte l’asile très amélioré.
(1) Eod. loco.
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Osservarion IV.— LeGranD pu SAULLE (1).
K..., âgé de 40 ans. Journalier, d'une sobriété exemplaire, marié, père de deux enfants, il aime son foyer. Il déclare « qu'il a des lubies ». « Je suis tranquille quelque part, jy gagne honnêtement ma vie,lorsque à souper, dans mon lit, au milieu de mon travail je suis pris du besoin de marcher. Je quitte tout, femme, enfants, outils, argent et j'enfile le premier chemin venu. Pendant tout le temps que cela me tient je ne puis pas me raisonner ». Îl connaît son odyssée parce qu'on la lui a racontée, parce qu'il s’est trouvé en Savoie, en Suisse, sans comprendre pourquoi ; il est resté trente-un mois éloigné de chez lui. Excellent ouvrier, il trouvait de l'ouvrage et il se mettait en demeuré d’amasser un pécule pour pouvoir prendre le chemin de fer, afin de rentrer chez lui. Avant qu'il ne possédàt une somme suffisante pour son voyage il était repris par ces accidents et repartait sans motif, employant le fruit de ses économies. Depuis qu'il est à Bicêtre soumis au traitement bromuré, il n’a jamais été repris par ses lubies étranges.
OBservATION V. — LarARGuE et BuLarp (2).
D..., 50 ans, assassine sa femme à Bordeaux, le 27 janvier 1875, en lui portant cinq coups de couteau. Interrogé par le médecin légiste, il ne peut donner aucun détail sur les circonstances qui ont accompagné ou provoqué le crime. D’un caractère brutal, grossier, quinteux, il vivait pourtant en bonne intelligence avec sa femme dont il déplore d’ailleurs sincèrement la mort. Il ne croit pas avoir commis le crime qu’on lui reproche : si toutelois il en est l’auteur il n’en est, dit-il, nullement responsable. L’amnésie semble complète, l’état mental du sujet au moment du crime ne laisse pas de doute sur sa responsabilité.
Voici d’ailleurs ses antécédents personnels (les antécédents héréditaires sont inconnus). Jeune, il a eu de l’incontinence d'urine. En 1859 il raconte que partageant le lit avec un ouvrier jardinier son ami (d’après
(1) T. de méd. légale, p. 809.
(2) Bordeaux médical, 1875.
O0 —— le récit de ce dernier), il se serait levé furieux au milieu de la nuit et aurait essayé de le frapper. Puis il s'était recouché de nouveau, s'était endormi tranquillement, sans pouvoir se rappeler le lendemain ses actes nocturnes. |
En 1861, à l’hôpital St-André de Bordeaux, il est resté toute une nuit en proie à une grande fureur. On l'avait empêché à grand’peine de
: frapper les sœurs et les infirmières qui le veillaient. I n'avait connais-
sance de ces actions que d'après le récit qu’on lui en avait fait.
En 1873 au‘cours d’une promenade faite en famille il est subitement pris d’un besoin de marcher en cercle. M fait cinq ou six fois le tour de la place Sainte-Catherine au grand étonnement de ses enfants. Il reprit ensuite tranquillement le chemin que suivait sa famille.
Dans l'intervalle de ses accès et après son crime, D... jouissait de toutes ses facultés et travaillait avec ardeur.
OgservaTioN VI. — Bournevizze et Brico (1).
Jeune homme, 26 ans. Antécédents excellents. Tempérament très irritable. Il perd connaissance après avoir poussé un cri violent, puis se met à courir devant lui en ligne droite avec une rapidité incroyable, ne se détournant ni à droite ni à gauche à moins que l’obstacle rencontré ne soit insurmontable. Arrivé au pied d’un escalier il monte avec une rapidité extraordinaire. Il court pendant vingt, trente secondes. Il reste tout à Coup immobile, peu à peu la connaissance lui revient, son visage qui avait pâli se colore. Il ne se rappelle de rien si ce n’est de la sensation d’une bouffée de chaleur qui lui montait des pieds à la tête.
Osservarion VII. — Cuarcor (2).
Un livreur, employé d’une grande maison parisienne d'objets d'arts, tout à coup au milieu de ses occupations perd conscience, quitte son travail et erre à l'aventure. [l va trouver Charcot auquel il va conter ses pérégrinations. En dehors de ces promenades involontaires il possède
(1) BourNEvILLE et BRICON, Archives de neurologie, 1839, p. 284. (2) CHarcor, Leçons du mardi, 1888-89, p. 124, XIV: leçon.
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toutes ses facultés. Voici son odyssée : En 1885, il a trois accès, le premier dure 12 heures, le second quarante-deux, le troisième cinquantetrois. Dans tous le malade se retrouvait loin de sa demeure, loin de son travail. Le traitement bromuré fait cesser ses troubles intellectuels.
Il cesse le traitement. En janvier 1889 il a un nouvel accès qui dure huit jours. |
Il était sept heures du soir, le malade avait fait sa dernière livraison, : sa journée était finie. Il n’avait plus qu’à regagner sa voiture et la maison de commerce. En vain le cocher attendit notre malade. Il disparut huit jours, du 18 janvier au 26 du même mois. Il ignorait ce qu'il avait fait depuis le moment où il avait fini sa dernière livraison. Il s’est réveillé sous l'arche d’un pont d’une ville inconnue au son d’une musique militaire. [l ignore ce qui l'a amené dans ce pays inconnu. Ses vêtements sont propres, ses souliers ne sont point usés par la marche. Il avait pris le chemin de fer avec un billet pour Brest, il était descendu dans cette ville. Pendant les huit jours qu’il a passés dans cette ville il a vécu raisonnablement comme tout le monde. Il a été au restaurant, il a réglé ses notes, n’a dépensé de son argent que le strict nécessaire. Il n’a point attiré par ses excentricités les regards des passants et l’intervention de la police. Dès qu'il s’est aperçu de sa fougue inexpliquée, il rentre à Paris ignorant absolument la cause de son voyage, ce qu’il avait fait pendant son séjour à Brest.
Charcot le soumet à nouveau au traitement bromuré.
OgservaTioN VIIT. — (personnelle).
Recueillie dans le service de M. le professeur Jorrroy.
Antécédents héréditaires. — Père buveur d’absinthe. Mère nerveuse.
Antécédents personnels. — André B...., peintre en bâtiments, âgé de 37 ans. Depuis l’âge de quinze ans il boit de l’absinthe. [l en prend jusqu'à douze fois par jour. Pas de maladies graves dans son passé pathologique. Les premières attaques de vertige remontent à l’âge de dix-huit ans. Pendant quinze ans elles n’ont pas reparu.'A l’âge de 33 ans, elles se manifestent de nouveau. Avant chaque vertige le malade a une sensation de boule qui remonte du bas-ventre jusqu’à la région précor-
diale. Quelquefors il tousse, mâchonne, mais n’a jamais eu de convulsions. Rarement il se mord la langue et urine dans ses pantalons pendant l’accès. Ses yeux papillotent, Il a quelquefois des mouvements automatiques du bras droit. Après cette aura apparaissent les actes inconscients, parfois très complexes. Parfois il se lève de son lit, se dirige vers la porte qu'il cherche à ouvrir. Interpellé sur son acte par le gardien qui lui demande ce qu'il veut faire, il répond qu'il ne sait pas. Invité à se recoucher, il le fait sans difficulté, comme confus d’avoir été dérangé dans sa tentative. Il à l'air surpris, hébété. Ces actes-là ressemb.ent un peu au somnambulisme, surtout à cause de leur apparition pendant la nuit. Pendant la journée 11 se manifeste sous d’autres formes. Au milieu d’une partie de cartes, 1l devient tout à coup pâle et immobile. Son regard est fixe et vague. Il perd conscience. Puis il reprend connaissance, il continue sa partie sans se douter de son absence passagère. Ses troubles psychiques ont parfois une plus grande durée et se manifestent par des actes bizarres.
Il y a quelque temps il se trouvait debout devant une table, lorsque tout à coup 1l relève ses manches, enlève ses habits et dit au garcon : « Voulez-vous lutter avec moi ». Sa proposition n'ayant pas de succès, il se promène un instant, puis s'approche à nouveau de l’infirmier et lui dit dans la même tenue : « Eh bien sommes-nous prêts ». Puis tout à coup il s’arrête, s'éloigne abasourdi, ignorant ce qu’il vient de faire.
On l’a vu parfois se déshabiller, tenter de se jeter par la fenêtre, chercher des objets imaginaires. Ces accès durent de quelques minutes à un quart d'heure, il a une amnésie complète. Au réveil sa respiration est gênée, difficile. Peu à peu elle devient plus large. Le retour à la raison est assez rapide. L'intelligence est intacte.
Sous l'influence du bromure on a constaté une légère amélioration. Le malade n'a pas de vertiges aussi fréquents.
OBservarion IX. — (personnelle).
Recueillie dans le service de M. le professeur Jorrroy.
Brich.., âgé de 57 ans.
Antécédents héréditaires. — Père mort dans un asile d’aliénés. Al-
coolique. Mère bien portante. Deux sœurs dont l’une décédée dans un asile d’aliénés.
Antécédents personnels. — À l’âge de 31 ans attaque de choléra. Depuis il a toujours été hypochondriaque. Il a fait de grands excès vénériens, n’a jamais eu la syphilis. Son caractère est difficile, sombre, il rend malheureux tout son entourage, fait des scènes violentes à sa femme et à ses enfants.
Il y a quatre ans, son premier vertige, l’a pris au milieu de ses occupations. Îl travaillait à sa comptabilité. Tout à coup il pose sa plume, se redresse sur sa chaise, devient pâle et promène des yeux hagards autour de lui. Il se met à mâchonner, à se sucer, à se mordiller la langue. Cela dure quelques minutes. Puis sa face semble se congestionner, il devient rouge, et se lève de son siège. [l allume une bougie, en plein jour, et se met à chercher dans les tiroirs, dans les meubles de la pièce où il se trouve des objets fictifs.
D'autres fois il retire son pantalon en plein magasin devant tout le monde.
L'accès dure un quart d'heure au maximum. Il urine parfois dans son pantalon. Au début ses vertiges le prenaient une, deux fois par semaine, le plus souvent avant ses repas.
En octobre 1895, ils deviennent quotidiens, leur durée est plusgrande. Il rentre à l’asile. On observait quelque temps après de véritables attaques convulsives.
Entre ces accès le malade est en possession de toutes ses facultés. Il est instruit, bon comptable. Son caractère est un peu difficile surtout à l'approche de ses accès. Il devient alors très triste, il a comme une aura psychique.
OBservarion X. — (personnelle).
Recueillie dans fe service de M. le professeur JorFrox.
Pel..., tailleur, âgé de 19 ans.
Antécédents héréditaires. — Père éthylique (?). Mère hystérique.
Onele maternel interné à Ville-Evrard.
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Antécédents personnels. — Signes de dégénérescence très nets : asy-2 métrie crânienne, voûte palatine extrêmement ogivale. Oreille droite très écartée. Léger strabisme divergent et supérieur de l’œil gauche.
A l’âge de six ans, il a son premier vertige. La pàleur subite de la face et la perte de la connaissance en sont les seuls symptômes. Jusqu’à douze ans, il présente les mêmes accidents, accompagnés d’incontinence d'urine.
Depuis cette époque, dans ses accès il a quelques secousses convulsives dans les membres supérieurs. A l’âge de 15 ans ces accès deviennent plus fréquents : il en a jusqu'à quatre dans la même semaine.
Parfois il se lève tout à coup, devient pâle et se met à marcher sans savoir où il va. [l y a quelques mois il se trouvait en chemin de fer lorsque son attaque le prend. Il était sur l’impériale allant dans une direction donnée. Le train était en marche. Tout à coup il se lève, vent descendre sans savoir pourquoi. [l tombe, on le relève et reprend sa course interrompue.
Dernièrement il rentrait chez lui par le chemin qu’il suit habituellement. À un moment donné il se retourne et se dirige dans le sens opposé. Au bout d’un certain temps il revient à lui et se trouve loin de son domicile. Il reconnaît son erreur mais ne se rappelle plus des rues qu'il a traversées. [l ne s'explique point sa présence en ces lieux.
Ce malade chez lequel on n’avait pas observé de grandes attaques avant son entrée à l'asile (janvier 96) tombait en avril dans des accès convulsifs.
Dans l’intervalle des accès il jouit d’une faible intelligence. 1] a aussi des absences pouvant durer une dizaine de minutes. Souvent quand il marche, il s’arrête immobile, pâle, les yeux hagards. S'il parle, il interrompt sa conversation et la reprend ensuite où il Pavait laissée.
Le bromure semble avoir sur la fréquence des accès, une heureuse influence.
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À. L'épilepsie larvée peut se manifester : : SPORE 5 À : 1° Par des troubles moteurs non convulsifs; 2 ' ee 2% Par des troubles exclusivement sensitifs ; ; EE PE Fa 3 Par des troubles exclusivement sensoriels ; | sY 4° Par des troubles exclusivement psychiques.
B. Les motifs pour lesquels on doit rattacher ces états morbides au mal comitial nous paraissent être les sui- As ÉONE COM O AN | | ti
1° On les observe avec des caractères identiques chez des individus manifestement épileptiques ;
2% Leur transformation tardive en accès convulsifs est | fréquente ; | | ete FRE
3° La convulsion apparue, ds la précèdent ou alternent À “ avec elle comme manifestation de la névrose ;
40 Le bromure de potassium, médicament spécifique de lépilepsie, a parfois sur eux une heureuse influence ;
5° Leurs caractères spéciaux ne permettent de les ratta- | cher à aucune autre affection. Nr EME MR ‘a