‹ L'épluchette; contes joyeux des champsChapitre 1 sur 6 · RÉGIS ROY · texte numérisé non relu

RÉGIS ROY

(Droits de reproduction réservés Éditeur ;

GÉRARD MALCHELOSSE MONTREAL

Pour égayer leur vie active et rude,

Nos "habitants" trouvent quelques moments

A consacrer aux divertissements,

Par-ci, par-là. Jeux simples, d'habitude,

Mais d'un entrain franc et de bon aloi.

Citons-en un, celui de "l'épluchette",

Où, dépouillant de sa longue jaquette

L'épi nouveau, l'on cherche avec émoi

Pour le maïs de teinte rubescente.

Il faut parfois, assez longtemps chercher.

A ce jeu donc, triant sans relâcher,

Les épis vont en pile grossissante.

Depuis longtemps j'ai souvent entendu

Des contes gais venus de la campagne;

Mais chez les uns trop de sel accompagne

L'esprit rural; chez d'autres, c'est rendu

Avec des mots qui sentent trop la terre.

Il fallait donc, pour vous, ami lecteur,

Accomplissant un amusant labeur,

A notre tour, une épluchette faire.

Nous ignorons si nous avons atteint

Notre seul but, mais si notre humble plume

En composant l'épluchette en volume

A pu vous plaire, eh bien! c'est son destin!

Toujours le même

Nous avons un nouveau curé.

Désirant connaître son monde

Il partit pour faire une ronde,

Par notre bedeau voituré.

Ce dernier, le long de la route

Le renseignait sur tous les gens.

Arrivés chez Gros-Jean Deschamps

Le bon prêtre connaissait toute

L'histoire de ces gens-là :

" C'était du bon monde, mais l'homme,

" Ça jurait et ça buvait comme

A Le sable qui boit l'eau!. . . Voilà!. . .

" La femme était bien travaillante,

" Mais de façon et d'esprit bornés.

" Et les enfants échelonnés. . .

" On en comptait près de trente,

"Mal élevés, des polissons;

"Le fruit de deux unions."

Quelque temps avant l'arrivée

Des hôtes qu'on n'attendaient pas,

La marmaille s'était livrée

A ses habituels ébats.

En voyant les hommes d'église,

Point n'est besoin qu'on le dise

Le tapage cessa presto

Parmi la bruyante jeunesse,

Pour annoncer aussitôt

Monsieur le curé nouveau.

Déférente alors, s'empresse

La digne épouse de Gros-Jean,

Auprès de notre Révérend.

Il s'informe de la famille,

D'elle et de Gros-Jean son époux;

De la marmaille qui fourmille,

Et lesquels sont, entre eux tous,

Du premier lit et du deuxième.

— Excusez, qu'elle répondit,

On n'a pas eu d'deuxième lit,

M'sieu l'curé; ça toujours 'té l'même !

Pour le mariage de Michel

Michel abandonnant la campagne tranquille, Vînt trouver un emploi dans une grande ville. Il fut bientôt séduit par tous les points charmants Et pourtant variés de ses amusements.

Souvent il demandait permission d'absence Que donnait le patron au cœur plein d'indulgence Envers le campagnard si loin de ses parents. Michel en profitait, mais les cas apparents Et trop souvent refaits pour motiver l'absence, A la fin, du patron lassent la patience. Il se dit que Michel cherche trop à sortir Et que ce temps passé rien qu'à se divertir Ne l'avancera point; sans compter qu'il dépense Son salaire et son temps. Voilà donc ce qu'il pense Quand le jeune homme encor veut avoir un congé Pour le surlendemain. — "Michel, as-tu songé, Dit le maître obligeant, que je ne puis permettre Que tu sortes autant? Je ne voudrais pas être Pour toi trop rigoureux, mais tu comprends qu'ici L'ouvrage doit se faire et que chômer ainsi Nous fait tort à chacun; il faut que cela cesse! Mais, dis-moi, voyons! est-ce de quoi qui presse? Est-ce bien important? absolument?. . . — Ben, v'ià! Dit Michel, j'me marie et... j'voudrais ben êtr' là.

l'épluchetïe

Pas tous à la fois

Gros-Jean pressé vînt en ville à cheval Pour vaquer à des affaires Qui lui causaient bien des misères.

Après s'être donné du mal

Il eut gain de cause, Et, pour célébrer ce succès, Fallait bien prendre "quéque chose".

Mais... il en prit à l'excès Et quand sonna l'heure De retourner à sa demeure, Il ne put monter son coursier Malgré plusieurs tentatives.

Pour avoir de l'aplomb, que moins lourd soit son pied, Bacchus reçoit ses récidives.

Gros-Jean moins ferme que jamais

N'en peut mais, Perdant patience, il s'écrie :

— Aidez-moi, sainte Marie !

Il essaie encor Mais n'est pas plus fort.

De fait sa jambe est moins raide.

Alors, à son aide, Il appelle son patron :

— Bon saint Jean, aidez-moi don' !

l'épltjchette

Il veut sauter en selle,

Trébuche et chancelle ; Il n'en peut guère, il n'en peut plus! — Secourez-moi, mon Jésus !

Par un dernier effort, hop ! il pique une tête

Pardessus la bête.

Il se relève un peu meurtri

Et remarque, marri :

— Saint-Jean, Jésus et Marie, Pas tous à la fois, j'vous en prie!

Jlu fond du puits

Gros-Jean Deschamps, le père de Simplice,

Certain matin, s'était au petit jour

Levé sans bruit, puis, de la basse-cour

Aux bâtiments, comme une ombre il se glisse

Pour accomplir son "train" de tous les jours.

Et, cela fait, il erre à l'aventure,

Examinant champs, prés et leur verdure,

Sans remarquer que Phébus en son cours

S'est avancé. Tout à coup, il y pense;

Il en devient inquiet, excité,

Car, trop longtemps dehors il est resté.

Ah! quel émoi doit créer son absence!

A la maison on a dû le chercher

Beaucoup, partout, hors à la bonne place !

Alors il part, vivement se retrace,

Puis c'est bientôt... une course au clocher.

Pendant ce temps sa famille éplorée

Le cherche en vain. Michel, l'un des enfants,

Robuste gars qui compte dix-neuf ans,

Visite à neuf telle place explorée

Déjà vingt fois. Il passe près du puits;

Il y regarde, assis sur la margelle,

Mais l'onde en bas paraît froide et cruelle

Et ne dit rien. Il est perplexe, puis,

Subitement, il saisit la brimballe Et la descend dans le puits jusqu'au fond: — Si t'es là, p'pa, dit-il, attrape don' Et quiens toi ben, que je te hâle!

*P/ace aux dames

C'était la leçon de grammaire.

L'institutrice proposa

Une correction à faire

Dans la phrase qu'elle exposa.

— Le cheval et la vache osa

Sortir de l'étable ouverte !"

D'abord, personne ne dit mot,

Mais voilà que bientôt

Une fraîche voix, vive, alerte,

(Celle de Nicole Deschamps)

Chanta comme un grillon des champs

Du bout de l'un des bancs d'arrière :

— La dame passe la première !

La visite de Monseigneur

Quand monseigneur l'évêque une deuxième fois Fit sa visite pastorale A la paroisse des Grands-Bois, Gros-Jean venait d'être le choix Pour la charge magistrale.

De maire de l'endroit. A ce titre il devait Lire à l'évêque une adresse, Mais comme lire il ne savait Qu'en ânonnant, pour celer sa détresse Il enrôla son Michel, beau lecteur, Dont le débit, tel un vapeur, Qui devant rien ne recule, Vogue tout droit pardessus point, virgule, Deux-points, point d'exclamation Et tous les points de ponctuation.

L'évêque, ce prince de l'Eglise, Est-il besoin qu'on le dise?

Fut affable, charmant.

Causant de l'affaire, Michel, la mine fière, Avouait ingénument Son aise, son contentement D'avoir fait la connaissance De Sa Grandeur.

— Il n'est pas fier, monseigneur, Disait-il, avec complaisance, Et quand j'aurai la chance D'aller en ville faire un tour, J'irai, ben sûr, lui dir' bonjour '

La défunte vache de Gros- Jean

Gros-Jean croise en chemin

Monsieur le médecin Qui, la semaine précédente

A perdu sa tante.

Jean veut sympathiser, Commisérer, Et voici comment il s'en tire :

— M'sieu l'docteur, j'voudrais vous dire Mes sentiments de regrets Au sujet du décès De vot' défunt' tante qu'est morte!

C'est ben dûr, j'ie sais, G'te croix que l'Bon Dieu nous apporte, Mais quoi! faut l'accepter !

C'est comme moi c't'été :

J'ai perdu. . . — Hein! pas que je sache?. . . — Eh, oui! not' vieille vache !

Jl telle enseigne

Un étranger arrête chez Gros-Jean Et demande à voir le maître.

Fanfan se penche à la fenêtre Et dit: — Il est au bout du champ Là-bas, il travaille Dans la soute aux gorets.

Vous le reconnaîtrez sans frais; C'est lui qui porte un chapeau d'paille!

T^ien des anges

Simplice, une fois, à l'église

Emmena le jeune Moïse

Son petit frère de quatre ans,

Pour soulager maman Deschamps ;

Moïse faisait du tapage,

Car à quatre ans on est peu sage.

On ne l'est pas même des fois

Quand des ans nous sentons le poids.

Simplice à Moïse dut faire

L'ordre bien strict de se taire

En pénétrant dans le lieu saint,

Lui confiant dans ce dessein

Qu'il verrait tout à l'heure un ange.

A ces mots Moïse s'arrange

Pour être bon petit garçon.

Simplice entreprend oraison,

Récite litanie et prière.

Ce pendant que son petit frère

Commence à se lasser enfin

Et tarde bien d'en voir la fin,

Mais Simplice songe alors à faire

Le chemin sacré du Calvaire

Et l'enfant de grogner tout bas :

— Ousqu'il est l'ange? J'en vois pas!

J'veux l'voir moé ! — Voyons, Moïse!

On va faire l'tour de l'église, Dit Simplice, et tu le verras Après. L'enfant traîne le pas A demi satisfait derrière Sa sœur tout à sa prière.

Finalement il n'en peut plus, Les anges ne sont pas venus.

Très haut à sa sœur qu'il dérange, Il lance : — Ousqu'il est l'ange, dis?

Elle fait: — Chut!... cesse ces cris!

— Ben, j'en vois pas un yâbe d'ange!

Un tonique merveilleux

Un monsieur de la ville, Valétudinaire, débile, Chez Gros-Jean vînt chercher, confiant, Un air plus vivifiant.

Le pauvre, il ne valait guère !

Sur son incessante prière, Son médecin compatissant Lui fit un tonique Merveilleux, magique, D'un caractère puissant A réveiller un trépassant.

C'était une poudre D'un effet prompt comme la foudre.

Il fallait en jeter Une cuillérée à thé Sur les aliments à frire.

En remettant A l'épouse de Gros-Jean Le tonique, il dut lui dire Aussi le mode d'emploi. Le lendemain matin, quoi !

(Dans la campagne tranquille On dort tellement mieux qu'en ville) A table il parut tard.

Il y jette un regard :

Rien ! tandis qu'une faim canine Le traverse de part en part.

Il gagne la cuisine D'où vient un crépitement long, Indiquant que dans un poêlon Rissole quelque chose.

Madame est là toute rose, Le teint empourpré sous l'ardeur Du poêle. Elle a mauvaise humeur ; Elle bougonne de colère.

Le nouveau pensionnaire Dit: — Eh bien! ce déjeûner, Quand allez-vous me le donner?

La faim, une faim nouvelle Me talonne et se fait cruelle!

— Mon cher monsieur, ah! oui bien!

Je n'y comprends plus rien!

Dit la femme d'ire embrasée; Je vous préparais, là !

D'ia saucisse, mais v'ià Qu'a veut pas cuire, ail est emmorphosée ! D'puis qu'jai mis vot' poudr', don'!

A fait qu'danser l'rigaudon!

T)u tac au tac

Depuis plusieurs jours l'atmosphère embrasée

Brûlait tout dans les champs. La campagne rasée

Par un soleil ardent, présentait un aspect

Désolant, et, pour peu que cet état suspect

Fit mine de durer, c'était la ruine sûre

Pour beaucoup de ces gens dont la vie était dûre

Déjà, suffisamment. Dans cette intensité

De brasier suffoquant, l'air même était hanté

Par un cri régulier, perçant et monotone,

Poussé par le grillon, à qui seul ce feu donne

Aise et contentement. Sur le chemin du roi,

Cahotant, défoncé, qui s'allonge tout droit

Et qui passe devant la blanche maisonnette

De notre ami Gros-Jean, une vieille charrette

S'en allait lentement; le cheval était las,

Rien ne pressait d'ailleurs, et même de ce pas

On arriverait bien. Sur la simple banquette

L'homme qui conduisait d'une main fort distraite

Se sentait alourdir et tentait vainement

De réagir. Soudain, sur un caillou heurtant —

Tel un écueil obscur que le pilote ignore —

La voiture arrêta, d'un choc brusque et sonore;

Le voyageur surpris faillit rouler en bas

Et se casser la tête ou pour le moins un bras.

Il en est étourdi mais se remet bien vite.

Il grimpe sur son siège et le fouet qu'il agite

Au-dessus du cheval l'arrache à sa torpeur.

Les claquements suivis aussitôt lui font peur;

Il veut fuir mais la main sûre et ferme du maître

Le maintient. C'est alors que l'homme voit paraître

Au bout de l'horizon où le firmament bleu

S'abaisse vers la terre, un gros point noir où le feu

Projette des éclats: un orage est en route

Et s'en vient à grands pas. Sa facture sans doute

Sera forte à l'excès et pour s'en préserver

Il faut avoir recours au toît qu'on peut trouver,

Sous un arbre, un hangar, remise ou remisette;

Plus heureux qui rencontre une humble maisonnette.

Notre voyageur donc, du regard examine

La contrée adjacente et bientôt détermine

A guère plus d'un mille, au coin d'un frais bosquet

La maison de Gros-Jean; c'est tout blanc et coquet.

Ho donc! fouette, cocher! augmente ton allure

Pour trouver un abri, pour toi, pour ta voiture

Et ton cheval, avant que l'écluse du ciel

Ne déverse sur vous son jet torrentiel!

Gros-Jean était chez lui. L'étranger, va sans dire,

Fut reçu, n'est-ce pas, avec un franc sourire

Et des mots gracieux? Car nos bons campagnards

Sont très hospitaliers, déférants, pleins d'égards.

Jean prêta la main et, bientôt sous la remise

La grossière voiture en sûreté fut mise;

Le cheval épuisé, devant un râtelier

Bien plein, à l'étable avait été convié.

Une minute après arrivait la tempête, Mais avec un couvert au-dessus de sa tête, Le voyageur pouvait narguer tout ce fracas, En rire, s'en moquer, en faire peu de cas! Ah! combien différent s'il n'eût eu cet asile? Narguer les éléments eût été moins facile! L'étranger dit son nom: Jean-Baptiste MAUGRAS. Il était voyageur et faisait dans les draps; Mais dans le moment jouissant de vacance, Maugras était venu renouer connaissance Avec un vieil ami dans ce coin du pays. Dans une promenade il manqua d'être pris Par l'orage. Voilà! Jean parla de sa terre; Qu'avait-il autre à dire? et l'on but de la bière Blonde comme succin, vidant mainte santé A la dame céans, Gros-Jean, sa parenté, A l'hôte aussi. Dehors, pendant ce temps, l'orage Cessait, puis aussitôt reprenait avec rage. Sur ce, l'habitant dit: — Vous ne pouvez partir " Par un semblable temps. Faites-nous le plaisir "De rester cette nuit." On tomba d'accord vite; Maugras ayant encor pour rentrer à son gîte Long trajet à franchir. De propos à propos S'écoula la veillée et, l'heure du repos Ayant enfin sonné au cartel en vieux cuivre, A son hôte, Gros-Jean fit signe de le suivre. Dans la chambre assignée à Maugras se trouvait Un berceau dans lequel un jeune enfant rêvait. " Vous m'excuserez bien s'il ne m'est pas possible." Dit Jean, "de faire mieux, mais Nicole est paisible

Et dort toute la nuit!" — Je m'arrangerai bien.

Et qu'il s'éveille ou non, sûr, je n'entendrai rien",

Dit Maugras, "j'ai sommeil!" Alors, Jean se retire

Et Maugras se dévêt, baille, baille, s'étire,

Se glisse entre les draps et de suite s'endort.

Puis, règne en la maison un silence de mort!

Les heures au cartel dans la nuit noire égrènent

Leurs suaves chansons. Les ténèbres se traînent

Moins denses au matin, au petit matin, quand

Maugras ouvre les yeux, se met sur son séant.

Puis saute à bas du lit. Nicole comme un ange

Repose à poings fermés; nul bruit ne le dérange.

L'étranger, sous le lit passe et repasse la main

Sans succès. Dans un meuble alors, il cherche en vain!

Silencieusement, pressé, partout il fouille

Pour l'objet convoité, mais il revient bredouille

De cette enquête; il voit le châssis clôt par Jean

A cause de la pluie; il s'y rend en glissant

Sur la pointe des pieds; c'est le salut, la vie!

Le châssis dans son cadre est gonflé par la pluie

Et ne veut pas s'ouvrir! Maugras désespéré

Va sortir, mais le chien qui garde est libéré

De sa chaîne d'acier et dehors se promène;

Il a des crocs aigus; la cour est son domaine,

Et malheur à l'intrus, malheur à l'étranger

Qui là s'introduirait, il serait tôt mangé!

Maugras se retient donc, mais en lui-même, enrage!

Il souffre affreusement; il en veut à l'orage

Qui l'a conduit ici. Tout bas il jure, il maudit

Son sort et n'en peut plus. De douleur il verdit.

Sur un pied il s'agite et sur l'autre, trépigne,

Se voue à tous les saints, se désole, s'indigne. . .

Il jalouse Nicole en son petit berceau,

Qui dort inconscient. Maugras en son cerveau

Tout à coup sent germer une nouvelle idée

Qui sauve. Sa conduite est bientôt décidée.

Il saisit le bambin avec précaution

Et le met dans son lit, puis sur le paillasson

L'orage choit. Maugras, maintenant, pourrait rire

Tant sa condition est meilleure! Le pire,

Maugras y songe aussi, c'est que le cher petit

Soit blâmé pour un fait que jamais il ne fit.

Bast! pas de vains regrets, car enfin à cet âge

Nicole a dû souvent se trouver tout en nage

La matin au réveil! Voulant se recoucher,

Vers l'enfant Maugras passe. Au moment d'y toucher

Il demeure interdit! Une prompte revanche

Lui vient de l'innocent aux yeux bleus de pervenche5

Nicole à l'occasion pose comme Maugras,

\u commis voyageur: Il a fait dans les draps ! !

Le couteau

Un habitant nommé Deschamps

Revenant de ses champs,

Echappe son couteau de poche

Sur la route. "Les enfants,

Se dit-il, me suivent de proche

Et de le ramasser

Ne manqueront guère."

Mais les enfants (sœur et frère)

Sur la route vont passer

Sans se douter de la perte du père.

Celui-ci les apostrophe

En les voyant " — Mon couteau?

— Quoi, vof couteau?...

— Mais Christophe !

Mon couteau, qu'j'ai perdu tantôt En revenant, sur la route!...

— Il est encore là, sans doute, Répond le gars; on savait-i' Qu'vous l'aviez perdu ?

— Cristi !

Reprend alors le père

Se mettant en colère :

—On cherche quand même, on cherche comme il faut. . . On s'dit !— "PTêf ben que l'père a perdu son couteau!

Deuxième hyménée

Gros-Jean une seconde fois,

Dans l'hymen avait fait son choix.

Voulant savoir si la dernière

Lui plaisait plus que la première,

On l'interrogea dans ce sens.

Gros-Jean leur dit : — Bonnes gens,

Voici ce que du cas je pense :

La première avait la science

D'ia maison beaucoup plus, je crois,

Mais elle avait les pieds plus froids !

Jumeaux

Madame Deschamps est la mère De deux jumeaux dont elle est fière ;

L'un s'appelle Toinon

Et l'autre Poléon !

Leur ressemblance est telle, Deux gouttes du même lait, Que chacun se demandait :

" Comment les reconnaît-elle?"

Elle répondit sur ce ton :

— J'mets mon doigts dans la bouche à Toinon,

S'il me mord, j'dis: c'est Poléon!

Trois ou quatre

Comment, m'sieu l'curé,

Disait Gros-Jean, mais crime!

Mon petit gars, je cré,

ITsait son catéchi'me ! . . .

Pourquoi qu'vous l'renvoyez?

L'homme saint dit: — Voyez!

Votre petit bonhomme

Dit qu'il y a quatre dieux!

— Eh ben? — Mais mon cher homme

Vous connaissez bien mieux!

— M'sieu l'curé y en a quatre!

— Trois! — J'vas point en rabattre!

Monsieur le curé reprit :

— Trois: Père, Fils et Saint-Esprit!

Jean derechef s'entête :

— Mais ains' soit-il, quoi qu'vous en faites?

Les rayons X

La pauvre Simplice,

Un jour en service

Chez un vieux docteur,

Eut bien le malheur

De se porter malade.

Dans le bureau

D'Esculape, aussitôt

Simplice se ballade.

Celui-ci promptement

Lui montre instrument,

Merveilleuse machine

Avec laquelle il examine

Parfois ses clients,

Et voit tout en dedans

Comme à travers un verre.

Il va pour s'en servir

Mais Simplice de rougir,

Disant alors : — J'espère

Qu'vous m'escuserez

Docteur, car vous saurez

Qu'j'savais pas que c'te machine

Avec quoi qu'on examine,

Vous permettrait de voir tout;

J'aurais fait une reprise

A mes bas d'iaine grise,

Car, au fond ils ont un grand trou!

Un petit coup

Gros-Jean aime beaucoup

A prendre un petit coup,

De sorte que son haleine

Ne sent pas la marjolaine,

Et pour qui s'en aperçoit

Point ne méjuge s'il croit

Que l'ami Gros-Jean soit

Amant du jus de la treille

Et de la dive bouteille.

Gros-Jean la trogne vermeille

Pour satisfaire au temps Pascal

S'approche du saint tribunal.

A peine a-t-il ouvert la bouche

Que le saint confesseur

Oppressé par l'odeur,

Vite le nez se bouche

Et murmure plein de dégoût:

— Ah! vous prenez un petit coup?

— Mais oui, j'vous r'fuse pas du toutl

Une frayeur à Gros Jean

La tendre moitié de Deschamps Avait une langue irascible.

Qui rendait la vie impossible A Gros-Jean ainsi qu'aux enfants.

Ceux-ci pour n'être pas en reste Le lui rendait fort bien, du reste, Par des traits de toute façon A bouleverser la maison.

A chicaner à tour de rôle,

Personne ne trouvait ça drôle ;

Les enfants braillaient tout le temps

Que criait la mère Deschamps,

Et lui, Gros-Jean, partait en "brosse"

Dès qu'elle commençait la noce.

Or un jour, ou plutôt, un soir,

Madame Deschamps alla voir

L'un de ses voisins, un brave homme,

Et lui narra toute la somme

De son trouble, de ses chagrins.

Veut qu'il avise aux moyens

Pour une cure radicale,

Prompte, efficace, originale.

Comme il est plein d'expédients

Il trouve sans perdre de temps

Un tour à jouer au Silène

Qu'il explique tout d'une haleine.

La commère accepte le plan

Qu'elle trouve mirobolant.

Vite, à sa maison elle file

Se sentant l'âme plus tranquille.

Pour le retour de maître Jean Qui ne peut tarder à présent, Le voisin posté sur la route Par où viendra Gros-Jean, écoute Et guette bien patiemment Pour se montrer au bon moment.

Il s'est fait une affreuse tête:

Deux cornes lui font une crête; Ses traits sont crûment barbouillés; Ses membres, de rouge, habillés.

Il a l'air méphistophélique, Un air à donner la panique Au cœur même le mieux trempé.

Au poing un trident bien campé.

Il attend, mais Gros-Jean s'attarde.

La lune à la clarté blafarde Jette partout un ton discret Et va protéger son secret.

Enfin Gros-Jean au loin s'annonce ; Sa voix trahit plus d'une "ponce", Car il chante avec une ardeur, Une chanson à boire en chœur!

Au voisin voici qu'il arrive.

Ce méphisto crie : — "Oh! qui vive?"

Gros-Jean s'arrête brusquement

Et mâchonne: — Com... hic!... comment?

— Si tu ne laisses l'eau-de-vie,

Jean, t'es fini pour l'autre vie!

— Qu'es-tu ? — Je suis Pdiable ! As-tu peur ?

— Non! (hic!) j'ai marié ta sœur!

^Pas encore la douzaine

Chez le photographe en ville

Gros-Jean, un jour de marché,

S'en vient pour s'aboucher

Afin de faire tirer sa famille.

— Combien que c'est pour les enfants?

Demande le Gros-Jean Deschamps.

— Trois piastres pour la douzaine!

— Vraiment, m'sieu, ça m'fait ben d'ia peine;

Foudra qu'j'attende encore un bout:

Parc' qu'on a qu'onze enfants en tout !

Jlxx restaurant à la mode

Un jour, maître Gros-Jean Deschamps,

Dut laisser ses prés, ses champs Et se rendre à la ville

Pour une affaire de famille A régler pardevant

Son notaire.

Le tabellion recevant Un fort honoraire,

De belle humeur se sent ;

Il invite maître Gros-Jean

A dîner à tel restaurant Très fashionable.

Les voilà donc bientôt à table.

Rustaud prenait de tous les mets Car, il n'avait jamais Trouvé chère aussi bonne.

Le service l'impressionne Et le gêne un peu, surtout Le garçon qui se tient debout

Derrière sa chaise.

Jean pour cacher son malaise Imite en tout son vis-à-vis Afin de suivre l'étiquette; Du regard prenant avis

Du geste qu'il guette Chez le tabellion.

Le repas fini, le garçon Présente

A chacun un bol d'eau,

Et Gros-Jean pressente

Quelque chose de nouveau.

Cependant, le notaire

Est lent à procéder Et Gros-Jean de lui demander

Sur un ton de mystère :

— De cette eau, que faut-il faire?

— Se laver les doigts, répond

Son hôte, le notaire.

— Ah! fit Jean, comme de raison!

Mais... ousqu'est l'savon ?

^irez d'sus

La vieille mère Deschamps Par un grand matin de dimanche, Pour atteindre la route blanche Coupe à travers champs.

Tout à coup elle s'arrête

Inquiète ; Quelque chose subitement,

L'embête ; Elle en perd la tête

Quasiment.

— Sacrée affaire, Bougonne-t-elle en colère ; C'en est une qui mord

Extra fort. . .

Je vois personne sur la route, Et, quoiqu'il m'en coûte, Au clair j'vas tirer ce cas Avant de faire un aut' pas.

Mais la puce est agile Ou la vieille inhabile Et le jeu s'éternise bien.

Sur le bord du chemin

La jeune Elise La fille du voisin,

Assise

A l'ombre d'un bouleau,

Contemple amusée

Ce combat nouveau.

La vieille qui s'est trop forcée

Echappe un bruit retentissant.

Lise, d'un ton compatissant,

Encourage la mégère

Qui n'en peut plus :

— C'est ça, la mère,

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