IFRS MAREE RN QE
L'ÉPLUCHETTE ee
Du geste qu'il guette Chez le tabellion.
Le repas fini, le garçon Présente A chacun un bol d’eau, Et Gros-Jean pressente Quelque chose de nouveau.
Cependant, le notaire Est lent à procéder Et Gros-Jean de lui demander Sur un ton de mystère :
—De cette eau, que faut-il faire?
—Se laver les doigts, répond Son hôte, le notaire.
—Abh! fit Jean, comme de raison!
Mais... ousqu’est l’savon ?
Girez d’sus
La vieille mère Deschamps
Par un grand matin de dimanche, Pour atteindre la route blanche Coupe à travers champs.
Tout à coup elle s’arrête
Inquiète ;
Quelque chose subitement,
L’embèête ;
Elle en perd la tête
Quasiment.
—Sacrée affaire, Bougonne-t-elle en colère ; C’en est une qui mord
Extra fort...
Je vois personne sur la route, Et, quoiqu'il m’en coûte,
Au clair j’vas tirer ce cas Avant de faire un aut’ pas.
Mais la puce est agile
Ou la vieille inhabile
Et le jeu s’éternise bien.
Sur le bord du chemin
La jeune Elise La fille du voisin,
42 L'ÉPLUCHETTE a
Assise A l’ombre d’un bouleau, Contemple amusée Ce combat nouveau.
La vieille qui s’est trop forcée Echappe un bruit retentissant.
Lise, d’un ton compatissant, Encourage la mégère Qui n’en peut plus :
—C'est ça, la mère, TIREZ D’SUS !
Les excuses du bedeau
Gros-Jean fut quelque temps bedeau Dans une église suburbaine.
Un certain jour sur semaine, Il le prit un peu de trop haut Avec la bonne fille De madame d’Youville Qui préparait pieusement L’autel pour le dimanche suivant.
Comme bien on le pense Le fait, à sa Révérence Messire le curé, Tout au long fut narré.
Aussitôt le saint homme Indigné fit venir son majordome; Le tance vertement Et l’envoie incontinent S’excuser au couvent.
Notre bedeau s'annonce et se présente Et d’une voix repentante Abcrde son sujet : —Ma sœur, Dit-il, tantôt j’eus le malheur De m'oublier! Il peut se faire Que je sois allé trop loin !
Moëé, quand j'suis en colère J'suis comme m'’sieu l’curé: J'suis pas ben fi !
Où le placer
—Mes frères, disait un jour Un prédicateur en chaire; St-Joseph, l'affaire est claire A droit à tout notre amour.
Où pourrions-nous le mettre, Quelle place lui donner?
Si vous voulez le permettre Nous allons donc en causer?
Serait-ce avant la Sainte Vierge?
Non ! non! me direz-vous tous.
Je suis là-dessus avec vous.
11 ne peut tenir un cierge
Contre elle. Le placerons-nous
En avant de saint-Jean-Baptiste
Qui préchait près du Jourdain,
Ou de Jean l'Evangéliste,
Disciple bien-aimé, grand saint?
Où le placerons-nous, mes frères, :
Celui qui ci-bas sur la terre
Fut le nourricier d’un Dieu?
Où le placer dans les cieux?
Quel saint lui fut comparable?
Saint Pierre? saint Paul? Non!
Saint Michel ou saint Simon?
er
Où dans la phalange admirable Qui habite tout là-haut,
Où le placer comme il faut?
Mais dites-moi quelle place
Lui donnerons-nous, alors?
Gros-Jean Deschamps enfin qu’agace Ces interrogations sort
De son banc, et s’écrie:
—M'sieu l’euré, j'vous en prie Ne cherchez donc pas autant :
Et placez-le dans mon banc!
Le premier ‘‘cavalier *’ de Simplice
Simplice enfin avait un cavalier!
Le premier soir qu’il vint veiller Il trouva la fille exultante;
La mine on ne peut plus contente.
Alors, lui, de s'informer
De ce qui pouvait la charmer
Et de si belle humeur la rendre.
Lui coulant un regard tendre Simplice s'explique ainsi :
—J'ai donc un cavalier aussi, Comme Suzon et la Nanette!
M’'man qui disait que j'tais trop bête Pour en avoir; que Ça prendrait Une espèce de folle tête
Celui qui pour me voir viendrait!
Le gars à l’avis de la mère Fit une grimace légère à Et pour elle souffla tout bas
Un mot que Simplice ne saisit pas.
Jeûne et pénitence
La mère Deschamps Disait à ses enfants La veille du carême :
—Ceusses qui n’jeûnent pas Faut qu’i s’privent quand même !
Elle demande à Nicolas Qui déteste Comme la peste L'ablution du matin, De quelle chose Il va se priver.
Sa réponse, d’arriver Ne tarde pour cause :
—Si faut s’priver tout d’bon, Eh ben! j'me prive de savon!
NOT PT PR Men A ?
Les étrennes de Gros Jean à sa “blonde ”
C'étaient deux simples cœurs que ceux de Jean et d’Eve; Très simples, ingénus, tout à leur premier rêve.
Succombèrent bientôt aux traits toujours vainqueurs Du petit Cupidon. Or, se Mourait l’année,
Leur dix-septième, quand Jean chez sa Dulcinée
Se trouva pour veiller. La douce Eve songeant
Aux fêtes de l’an neuf, et regardant son Jean
Se demandait tout bas:—S’il me fait des étrennes, Comme ji’ m’en fra ben sûr, que faut-i que je prenne? Quelque colifichet dans son cœur féminin,
Un objet pour le Cou vint la fixer soudain.
Etrangeté du sort, à l'instant identique
Jean eut l'intuition presque télépathique
Que la jeune fillette aimerait un cadeau
Pour le premier de l’an, et Jui glissa ce mot :
—J'te veux faire un présent ; quoi s’que t’aimerais, Eve? L'idée encor fixée à l’objet qu’elle rêve
Elle dit:—Donne-moé.….. quéque chose de bon
Pour le cou! Le galant lui promit quelque don.
Et la belle reçut: un morceau de savon!
Pour être heureux en ménage
Tel le sire de Framboisy,
Michel avait prit femme aussi.
En garçon prudent et sage,
Avant d’entrer en ménage
De son père il s’enquit,
Afin d’avoir de suite acquit
La recette si précieuse
De mener une vie heureuse.
Se recueillant un instant
Voici ce que dit Gros-Jean :
—M'est avis que si ta future,
Mon fils, est de douce nature,
C’est d’la laisser faire à son goût.
Mais si par contre elle est mauvaise, Dis rien non plus car pour le coup Elle en fera bien à son aise
Sans te consulter du tout !
Qu'est-ce qu'on dit à
Du haut de la chaire Le missionnaire Avait bien exhorté chacun À préparer son examen De Conscience Afin qu’au tribunal de pénitence On prit moins de temps; Cela Soulagerait d’autant Du Confesseur, la dûre tâche.
Deschamps bientôt se Tout d’un trait sa Confession :
Ca! ci! ça! Sal... Ta! til ta! tal... La! li! la! lon!... Puis crac, plus un mot plus une Parole!
Le prêtre attendant le reste du rôle Demande enfin devant ce silence subit :
—Bien, ensuite, qu'est-ce qu'on dit ?
L'enfant poli, répondit Promptement, sûr de so —On dit : Merci! mo
“Joufflu” présente, entre et lâche
n affaire :
n père!
L'ÉPLIICHETTE
Pas d'échange
En ce temps-là, chez Gros-Jean
Le cercle de la famille
Qui toujours s’en allait croissant S’augmenta d’un brin de fille:
Un poupon braillard, grimaçant.
Ce n’était qu’un pleur incessant
Sans qu’on en devinat la cause, Jour et nuit, nuit et jour.
I1 n’en fallait pas plus pour Rendre le monde tout morose.
Sur le chemin poudreux, brûlant D’été, Nicole s’en allant
Rencontre le père Lalonde
Qui reste tout au bout du rang.
—Ben, mon gars, qu’est-ce qu’on m’apprend?
Vous avez augmenté de monde
A la maison: un’ p'tite sœur?
—Malheureusement... —Quoi? —Ben, ça braille D'un continu. J’ai ben peur
Que gros d’misère elle nous baille!
—Echangez-là, fit le vieux, Probable que vous en serez mieux!
—Nenni! Je n’crois pas qu’il faille Y penser. C'est trop tard, ben clair :
Ca fait six jours qu’on s’en sert !
ns
Chien qui aboie ne mord pas
Gros-Jean, un jour, allait livrer À messire notre curé Un gros sac de pommes de terre.
Lorsqu'il arrive au presbytère, Un dogue furieux en sort Et contre Gros-Jean jappe fort.
L'air man .s du chien en impose A notre bonhomme qui n'ose Plus avancer. Il crie alors, Et le curé paraît dehors.
—N'ayez pas Peur, dit-il, le verbe Encourageant: Vous savez bien, Voyons, ce que dit le proverbe £ “S’il aboit, point ne mord, le chien?” —Pardine! fait Jean, l'air superbe, Vous, vous lconnaissez, l’proverbe, Et pis moé, j'le sais itou, Mais j'cré qu’vot’ chien l'sait pas du tout!
mm
L'ouverture du Parlement
Passant un jour par Ottawa, Michel eût la bonne aventure Dais un des balcons du Sénat D’être témoin de l'ouverture D'une nouvelle session.
Le décor était magnifique ;
La scène presque féérique,
Et, rempli d’admiration
Michel regardait bouche bée Tout l’adorable féminin Couvert de soie et de satin.
Son guide amusé de ce train, Voyant où sa vue est tombée Partout sur le décolleté
Qui règne là d'autorité,
Dit à Michel qui s’émerveille :
—T'as jamais vu chose pareille?
Michel alors de soupirer :
—Pas depuis qu'mouman m'’a sevré !
Le pari d’Isaac
Une fois, un fils d’Isaac
Passait en colportage
Chez nous. Il avait un gros sac Rempli de fil, mouchoir, cirage, Verroterie et jais
Et quantité d’autres objets;
Tout ça de la pacotile.
Le crépuscule ombrait partout.
Le juif errant était à bout,
Et, comme au-delà d’un gros mille Le séparait du bourg voisin
Et de l’auberge la plus proche,
Il marchanda l'air rusé, fin,
Sans sortir un sou de sa poche, Le couvert jusqu’au lendemain, Quand il reprendrait son chemin, Payant à même sa balle,
C'était chez Gros-Jean Deschamps.
Le soir, dans la grande salle
Où se tenaient tous les gens:
Gros-Jean, sa nombreuse famille, Ses engagés et des amis,
De bons voisins, compris
Dans un rayon d’un demi-mille,
Venus pour fumer et jaser,
Sans qu'aucun pôt s’en aviser,
Sans vouloir faire de bêtise
Les gens se rirent de la foi
Des descendants de Moïse,
S'en gaussèrent hautement, quoi !
Le juif avait beau faire,
Il ne pouvait pas satisfaire,
Parer à tous les traits lancés.
Le pauvre homme en avait assez!
Pour lors, Gros-Jean prit la parole:
—J'vous parlrai pas en parabole ; Moé, j'ai pas d'mauvais desseins, Mais vou aut’ vous avez pas d’saints!
Le juif bondit sous l’apostrophe Comme cinglé d’un coup de fouet.
I1 en devint si violet
Qu'on craignit une catastrophe.
—O tieu d’Apraham, gémit-il, Bartonne au malheureux gendil Pour c’ti-là de blasphème !
Bas d’saints? Nous en avoir même Blus que tans sa religion !
Gros-Jean reprit :—Oh! pour ça, non!
Si tu veux faire une gageure,
J'te démontre en un quart d'heure Que nous avons plus d’saints qu’vous? L’hébreux le regarde en dessous
Et son instinct de grippe-sous
Lui suggère une échappatoire,
Pour ne pas parier d'argent; Il propose donc à Gros-Jean
Devant un hostile auditoire
De nommer chacun, tour à tour,
Un saint juif, un saint catholique, Appuyant chacun leur réplique
En extirpant brusquement, court,
Un poil de leur barbe abondante,
Un poil par saint appelé;
Et la victoire concluante
Serait au moins épilé.
Le juif avec quelque ironie,
Fixa, sous un air complaisant, L’auditoire, y compris Gros-Jean,
Ayant la barbe bien fournie
Tous deux, ce serait un duel
Rare et long à toute outrance,
Et serait à coup sûr cruel.
Il y eut alors un silence,
Court, mais comme un gros plomb, pesant, Il fut rompu par Gros-Jean
Qui s’écria la voix fière :
—Eh ben! j'accepte, nom é’un chien!
Et tu n’as qu’à te tenir bien :
J’te débarbusse d’la bell’ manière.
J’vas te nettoyer le menton
Mieux que le barbier du canton!
Alors, au milieu de la salle
Les adversaires on installe, Mon Gros-Jean et son vis-à-vis.
ne
Comme à tel combat de jadis, Jean demande à son adversaire, Poli, de commencer l'affaire
Et de tirer le premier!
Le juif sans se faire prier
Se porte aussitôt à l’attaque:
—Apraham dans l’sein du seigneur!
Dit-il, et clic, un poil ! —Pétaque !
Hurle Gros-Jean sous la douleur Frottant la partie affectée.
Un éclair brille en son regard;
Et la galerie enchantée
Jubile, et cela sans fard.
Cela promet d’être très drôle.
Jean entrant alors dans son rôle, Choisit dans le menton du juif
Un gros crin et le tire: pif !
En nommant son saint: saint Ignace!
A son tour faisant la grimace
Le juif se frotte le menton;
Et l’on s’esclaffe pour de bon.
Et le combat bientôt s’engage Sérieux, violent, cruel.
Gros-Jean peu patient, enrage ;
11 le trouve long, ce duel.
Faisant appel à sa mémoire
I1 dit:—Saints Côme et Damien !
Le juif riposte au chrétien :
—Les douze abôtres étaient pien
Te ma race. C’est tans l’histoire!
Et v'lan! il arrache à Gros-Jean
Douze brins de barbe, et le sang
Vient du coup. Alors notre homme
Par la colère emporté
Se met à pester, jurer comme
Un cocher. Il va se jeter
Dans quelque excès que bien vite
Après il devra regretter.
Il en a conscience. Il invite—
C'est une inspiration—
A son aide, son saint patron.
Comme un éclair s’illumine
Son esprit; il voit la mine
Du combat changer tout à coup.
Le juif n’est plus de la fête:
Jean lui brise presque le cou | | |
En arrachant presque la tête.
Il clame sur un ton vainqueur :
—A-A-A-Ah! la ligue du Sacré-Cœur !
Cinq cents poils su’ l’roule d'honneur !
Absence d'école
Le petit “joufflu” Nicole Ayant manqué son école, Sa mère dût lui donner Un billet ainsi tourné, Pour expliquer son absence, En retournant faire acte de présence :
—AÀ mam’zelle Laggacé, Maîtresse de notre école :
Si vous plait, veyez ’scuser L'absence de mon Nicolle Mallade o li, su l’dos, D’information des boyaux !
L'ÉPLUCHETTE rm
Capisserie
Un collecteur d'abonnements Passait par chez Gros-Jean Deschamps ; Il représentait la Patrie,
Grand journal de Villemarie,
Il délivre son boniment ; Sollicite un abonnement Et croit bien sa cause gagnée.
Simplice crie à sa maman :
—M'man! on tapisse-ti, c’t’année ?
—Non ! —Non, m’sieu! pas d'abonnement!
Le veilleux
A la pendule du salon,
Les aiguilles en vieux bronze Marquent la demie après onze,
Ce pendant que cet Odilon,
Le cavalier de leur fille
Est encor là qui ne part pas;
Et Gros-Jean et sa vieille las, Rongent leur frein; le vieux sacre tout bas, Et le souhaite loin... un mille!
—Qu'est-ce qu’il fait qu'il part pas?
Bougonne aussi la bonne vieille;
Si c’est ben correcte qu'on veille Tard comme ça; qu'on en est las Tous les deux! —Et pis la Josette Devrait ben l’pousser à partir,
Moé, ça m'prendra pas goût d’tinette, Pour l'envoyer d’ici ben drette,
Si j'me décide enfin d'agir !
Jure le vieux enragé, comme
Leur dernier, leur fils Pacôme, Descendait en tapinois
L’escalier et d’un air narquois, Confiait tout bas à son père :
—Poupa par une craque en haut Dans l’plancher, j'ai vu comme il faut !...
Ben, mettez-vous pas en colère Si Dilon est encore ici...
C’est pas d’sa faut’, vieille mémère!...
Il pourra pas partir d’la nuit!
Car Josette est assis’ su’ lui!
‘Et bone voluntatis ”
Dans la campagne où demeurait Gros-Jean, Les habitants n’avaient pour temple Qu'un édifice humble, uni, par exemple, Comme leur f, mais rien de plus touchant.
L'on n’y disait d’abord que messe basse, Pas de pompe, éclat ni chant,
Car personne n'était de classe A distinguer le do du ré.
Mais bientôt la nouvelle passe Au prône du curé
Qu'en visite pastorale Monseigneur va venir. On dira ce qu’on voudra Mais ce que cela revira Les habitants, et cœtera,
Pour telle fête capitale,
On n’en a pas le plus léger soupçon:
Nettoyer proprement la place principale, Décorer chacun sa maison, Dresser devant le presbytère Un arc verdoyant En l’honneur du haut dignitaire;
Le temple du Saint-Mystère Aura nouvel air festoyant Sous son odorante parure
De rameaux, fleurs et verdure. Puis, monsieur le curé A préparé Une adresse de bienvenue.
L’institutrice est venue Ensuite suggérer E À D’avoir une messe chantée, Ne fut-ce qu’en plein chant.
La chose bien représentée Passa sur le champ.
On embaucha pour cette circonstance, Gros-Jean et son ami le maréchal-ferrant; Les deux plus belles voix de n’importe quel “rang”. On leur apprit stance par stance Alternativement
Pour aller plus rapidement.
Gros-Jean avait un appendice Nasal un peu fort;
L'autre tirait d’un orifice Buccal énorme, une voix de stentor.
L'effet était bizarre:
L'un nasillait, L’autre tonitruait.
Mais la messe commence avec un entrain rare.
Tout va bien jusqu’au Gloria.
L’officiant préluda,
Puis la maréchal entonna.
Gros-Jean et lui tenaient le même livre.
Vulcain, aux mots:-—Et bonæ...
Regarde Gros-Jean qui doit suivre,
Et comme il a donné Ce mot avec un sourire, Gros-Jean y trouve à redire ; Il y flaire une allusion A son organe et dit avec dérision Lui laissant la place seule :
—Chante tout seul, grosse gueule !
Jour férié
A Gros-Jean on reprochait Chaque fois qu’il s’approchait De la Table-Sainte
De se mettre ensuite à fêter.
Il répond sans hésiter:
—J’entends bien votre plainte, Maïs vous n’avez pas raison.
Si vous recevez la visite
D'un ami quelconque à la maison, Vous le saluez bien vite
Avec un verre de boisson.
J'suis avec vous, jvous approuve; De même alors, moi, j’trouve Que quand on reçoit l’Bon Dieu, I1 faut ben l’fêter un peu !
Jour maigre
En ce temps-là, Gros-Jean était en ville Pour vendre au marché Bonsecours, Des choses que l’on vend toujours Aux citadins qui viennent à la file Aux voitures des habitants.
Ses produits frais et tentants Furent écoulés bien vite;
Puis, par la ville, de suite, Gros-Jean partit magasiner.
Quand sonna l’heure du diner Notre homme passait à la porte D'un café dont le menu porte
Une liste de divers plats
Dont la plupart sont en gras.
Or, de Gros-Jean voici le cas :
C'était jour maigre et d’abstinence Où le gourmand fait pénitence, Mais cela s’adonnait
Que la tentation venait
Creuser la faim qui talonnait Gros-Jean. La chair est molle
Et la campagnard mollit.
Qui connaîtra ce délit ?
Il n’en dira jamais parole !
Il commande donc son repas Et le commande tout en gras.
11 le savoure avec aise
Et consomme tout lentement.
Dehors, l’air était de braise,
Le ciel un vrai flamboiment Quand il entra dans l'établissement Maître Jean, mais à sa sortie,
Il croit à quelque châtiment :
La nue est toute obscurcie,
La foudre éclate avec fracas.
Jean revient vite sur ses pas, S’adresse au commis, balbutie :
—Avez-vous jamais vu tant d’train pour un r’pas gras?
matt émane
EME St ts ME in 4
ie it D mt ah
Mots eiting catérinnt
COPA ES STRESS
Leur petit
Les vieux Deschamps, du poids des ans Chargés, cheminaient à pas lents.
Le bonhomme, tel un vieux chêne Droit et vert, paraissait à peine Plus de soixante printemps,
Mais il avait nonante ans.
Sa compagne, vive, accorte, Comme lui semblait vraiment forte.
Vous en avez vu de ces gens, Surtout parmi nos habitants :
Bon pied, bon œil, vifs, alertes ; Narguant le faix des ans, certes?
Sur le chemin large et blanc, Le couple s’en allait donc, lent, Las, sous une douleur amère, Pleurant une perte bien chère :
Celle de leur unique enfant Qui reposait maintenant
Dans la nécropole voisine, C'était pitié de voir la mine Du vieux; sa douleur s’exhalait Librement; il sanglottait!
C'était triste à fendre l’âme, Mais voici que la vieille femme
Tait sa douleur propre afin
De le consoler un brin :
—Faut avoir plus de courage,
Dit-elle; ce sera plus sage
Que de nous désoler ainsi !.…..
Il avait soixante ans, aussi !
—Soi...xante...te...ans! gémit le pauvre homme; Soi...xante ans!... Que c’est jeunel!... En somme, Je l’avais ben toujours dit :
“Qu'on pourrait pas l’él’ver, le p'tit!”
L'ÉPLUCHETTE 71 EL ne ee
Histoire de pêche
Gros-Jean qui se morfondait A tendre sa ligne
Au poisson qui point ne mordait,
Cependant, malgré tout, gardait Une attitude digne ;
Pas un murmure il hasardait Contre cette guigne,
Mais patiemment attendait.
Sur l’onde si calme et pure, Un vieux bateau
A moins d’une encâblure Dormait sur l’eau.
Il avait pour équipage
Cinq gamins du village,
Dont quatre juraient bien
Parce qu'ils ne prenaient rien !
Lors, le plus grand de la bande Qui ne jurait point, Se fâche et les réprimande :
—Si vous sacrez à ce point, Je vous l’dematide
em,
Pensez-vous prendre du poisson?
Le plus polisson Aussitôt lui réplique :
—Voyons! qu’osse qui t’pique ?
Voé-tu l’homme, là-bas? Eh bien !
Y sacre pas, pis y prends rien!
Une poignée d'amis
C'était par un temps frais d'automne, Un temps morose et monotone.
Quatre animaux, de soie habillés, S'étaient promptement faufilés
Dans l’étable où la porte baille,
Et, glissés sous un tas de Paille, Grognaient, là, leur aise, hautement, Leur entier contentement
D’avoir trouvé chaude litière.
Or, à l’heure crépusculaire, Gros-Jean revenait du marché.
Sa vente avait bien marché;
Il était joyeux le compère, Emoustillé par plus d’un petit verre Consommé depuis Montréal.
Heureusement que son cheval Connaissait fort bien la route,
Car, il n’y a point de doute
Que Gros-Jean se fut égaré
A vouloir tout seul voiturer.
S’il tient les guides point ne mène; D'un pas sûr chez lui le ramène
Le quadrupède intelligent.
Enfin, il est rendu, Gros-Jean.
L'ÉPLUCHETTE nr RE ee
Tant bien que mal, il détèle,
Puis il s'accroche, chancelle
Et s’affaisse sur de la paille
Dans un coin. Il rit, il baille,
Se trouve confortable... bien...
S'étire... Il sent qu’il lui vient Une lassitude profonde,
Et ne pourrait pour tout au monde Se relever incontinent,
Il grogne d’aise, il est content,
Se rencogne dans la litière
Saine et souple tout entière.
Mais il a dérangé ceux qui Dormaient dans la paille sous lui.
Et cette gent toujours grognarde, Lors, aigrement, lui criarde
Son plein mécontentement.
Abruti, Jean dit bêtement:
—Voy... voyons !... voyons !... pas d’chicane ! Hic!... pas d’chicane!... On n’est qu’ane...
Qu’ane p'tite poigné’ d'amis...
Ben, faut... s’accorder, que j'dis!
L'ÉPLUCHETTE er
Une question de con i:2r0
Grand émoi dans le village
Le prédicateur de passage,
Que notre dévoué curé
S’était d'Ottawa procuré,
Fit la retraite du carême.
(Le modèle de mission même; Ce bon apôtre que l'on voit Affrontant tout: le chaud, le froid, Le feu, les tempêtes et l'onde, Jusqu’aux extrémités du monde.) Notre homme avait fort voyagé Quoique cependant peu chargé Du faix des ans. La Terre Sainte Avait déjà reçu l'empreinte
De ses pas vagabonds, fiévreux.
L'on n'aurait donc pu choisir mieux Pour conduire une conférence, Que cet homme d’expérience,
Sur ce sujet intéressant,
Si consolant! si reposant !
Jérusalem! la Palestine!
Gros-Jean vouiut bien tenter mine De demeurer à la maison
Sous la spécieuse raison
Que son cheval était malade.
Rabroué dans une bourrade
De son épouse, Gros-Jean Subitement devint changeant.
Le soir dans la salle d'école Transformée en salle frivole,
Le premier et l’arrière-banc
Se pressaient serrés sur les bancs.
La conférence très bien dite,
Au goût des gens passa trop vite; Voilà ce que Gros-Jean ressentit.
Le conférencier alors dit :
—S'il en est parmi vous qui veuille M'interroger, je les accueille
Avec plaisir. Demandez-moi N'importe quoi!... n’imporie quoi!
Et je vous répondrai. (Silence.) Soudain Gros-Jean se lève et lance:
—Père, dites-moi si’ vous plait, Le r’mède que là-bas on fait
Dans c’pays-là, là... de là-ousse...
Pour guérir un ch’val qu’a la pousse ?
P'tit train va loin !
Gros-Jean avait pour sobriquet “P’tit train”. (Ce n’est pas un nom tout comme.)
Il part un jour pour un pays lointain.
—Où va donc ce jeune homme,
Et comment est-ce qu’il se nomme?
Demande un étranger. On le Jui dit.
—P'tit train va loin qu'il fit!
Le rêve de Michel
Michel va voir Sa blonde, un soir, Et lui dit:—Chère, La nuit dernière En rêve hanté Par ta beauté, Le mariage, Plein de courage Je t'ai présenté!
—Ai-je accepté?
Demande-t-elle.
—Eh oui! ma belle!
Et, là-dessus Sans tarder plus, J’ai voulu faire A ton vieux père La demande, oui bien!
En moins que rien Voilà la fièvre Qui clot ma lèvre, Et ke frisson De telle façon Si fort m’agite Qu'il w'éveille vite !
En attendant le train
Gros-Jean était à la gare;
Il était en train
De fumer un mauvais cigare En attendant le train.
Une voyageuse
Vint s’asseoir près de lui, L'odeur du tabac lui nuit
Et, d’une voix grincheuse
Elle lapostrophe ainsi :
—Faut respecter le sexe,
Et vous êtes pas un mesieu!
Cette phrase vexe
Gros-Jean pas rien qu'un peu —Eh bien! si vous êtes dame Allez vous assir plus loin!
IH fume fort, à tel point
Que son cigare est quasi flamme, Bientôt la femme ajoute :
—Vous êtes qu'un polisson!
Je vous donnerais, coûte que coûte Une bonne dose de poison
Si j'avais l'infortune
De vous avoir pour mari!
Mais ceci n’importune Point Gros-Jean qui sourit:
—Si j'étais votre homme, Répond-il, fumant épais, C’est étonnant comme
Vite j'm’empoisonnerais !
Chez le dentiste
Gros-Jean, un jour, se sentit tourmenté
Par une dent rongée en cavité,
Sensible au chaud, au froid, aussi sensible; Ce qu'il souffrait, le dire est impossible.
Le lendemain, il attèle pressé
Et, vers la ville il est bientôt lancé.
Quand il arrive il s’enquiert bien vite
D'un dentiste et, chanceux le trouve au gite. Il dit son mal. Alors, l’homme de l’art L’examine et, de suite, lui fait part
De son état où canine, molaire
Devront tomber ,mais pour les extraire
Il recommande à son client nouveau
De prendre un peu de gaz.C'est ce qu’il faut ! —Avec du gaz, ajoute le dentiste,
J'enlève ça sans douleur qui subsiste, —Mais, dit Gros-Jean, pourquoi du gaz, pourquoi ? Parce que j'suis de la campagne, moi?
Non, dounez-moi d'électricité, quoi!
Un vaillant bucheron
Le grand’père Deschamps Dans son jeune temps
A tous les ans,
Quand revenait la pâle automne Montait en chantier
Comme bûcheron premier.
L'histoire que je vous donne Avait pour foyer
La première moitié
Du siècle dernier
Des gens de toutes sortes :
Natures simples et fortes, Ainsi, dans nos grands bois S’en allaient tous à la fois En bandes hétérogènes Abattre les pins géants Dans ces régions lointaines.
Ils séjournaient jusqu’au printemps,
Jusqu’à la descente
Des billots ef du bois carré.
Une vie active, incessante, Où le danger vient figurer A tous les points de ia route!
Ce sont les neiges, les froids;
Les loups des grands bois, L'arbre abattu, qui parfois,
Dévie et dent la chute coûte Sous son terriblement lourd poids La vie à plus d’un brave.
Puis, au printemps, c’est la drave; La descente des billots
Sur de turbulentes eaux.
Pour lutter avec avantage
Contre l’onde qui fait rage,
Il faut bon pied, un coup d’œil sûr.
Quel labeur dangereux et dûr!
Ces équipes ainsi formées,
Qui, de leur acier armées Décimèrent nos forêts
Furent de races différentes, Rivales, guerroyantes,
Dont le Canadien-Français Supporta plein de courage L’agressive trinité.
Il eut souvent à lutter
S'en tirant avec avantage
Pour soutenir l'honneur du nom.
Quand on disait dans le canton :
—Ah! un tel! Ça, c’est un homme!
Ça s’bat, ça n’a peur de rien!
C'était un éloge, en somme,
Qui chatouillait fort, oui-bien !
Ô, Jean-Baptiste Canadien, Grâce à son robuste physique Vainquit en combat homérirue Ses ennemis, bûcherons,
De gais et vaillants lurc::.
L’aïeul de Jean, nommé Moïse Se trouvait en chantier Quand le vieux Jean au Juge Altier De son âme fit la remise.
Depuis quelques jours au jardin Des trépassés près l’église Reposait le “vieux” quand revint Moïse pour revoir le “père”
Son engagement clos.
Sa peine fut profonde, amère.
Il voulut revoir la figure chère
Et pour Pen détourner les mots N'eurent point d'effet. Moïse Insista pour qu’on exkhuma
Celui qu'éci-bas il aima.
Emu, longtemps il contempla Cette vieille tête grise !
Puis, au monde qui l’entourait
Il dit, fier:—“Ça, ça s’battait !”
Les deux chats
Pour rentrer la moisson, Vivement, en saison,
Jean prit garçons de ferme, Qu'il fit travailler ferme.
La récolte paya bien
Et Jean encaissa plein
Un pied de bas de laine De billets et d’argent.
Dans sa chambre, Gros-Jean Avait une cachette,
‘ Cachette très secrète
Pour celer son trésor.
Ainsi voulut le sort
Que les garçons de ferme Engagés pour ce terme, Sûrent que leur patron Avait dans la maison Somme très rondelette,
Et qu’il avait cachette Pour entasser ses sous.
Tout sens dessus dessous, Ils auraient bien pu mettre, Mais il veillait le maître, Et pour risquer le coup,
C'était risquer beaucoup;
Ce que les deux compères
Qui point ne désespèrent
Ne veulent point encor
Brusquer pour le trésor.
Mais à force de faire i Enquête en cette affaire,
Ils apprirent enfin
Où le compère fin
Cachait son bas de laine.
A l’heure où la nuit pleine Etend son voile noir
Qu'on peut à peine y voir, Où cette sombre fée
Nous livre au dieu Morphée, Voici qu’à pas de loup Viennent tenter leur coup Les deux garçons de ferme.
Leur cœur est vaillant, ferme.
Ces gens ne craignent point, Ils marchent avec soin; Celui qui vient en tête,
A la porte s'arrête
De la chambre de Jean.
Seul un rhythme pesant De poumons en cadence, Souffle dans le silence
De la paisible nuit;
C’est un rassurant bruit,
ah M la