‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 32 sur 132 · PASSION DE ZOE POUR MICHEL VS · texte numérisé non relu

PASSION DE ZOE POUR MICHEL VS

donl on pouvait déjà, dans ces milieux si favorables à l'intrigue, prédire la haute forl une naissante.

Michel, en particulier, avail été élevé par le basileus aux fonctions

demeurées pour nous forl obscures d' e archôn du panthé i I

quelque office «lu service intime de l'empereur certainement. Ce bellâtre de si mince origine avail été pour la première fois présenté par son frère à Romain, alors que ce dernier se trouvail auprès de la basilissa dans le Gynécée impérial. Le basileus, au dire de Psellos, après avoir posé diverses questions au jouvenceau, le congédia de suite, en lui intimant toutefois l'ordre île ne pins quitter le Palais. Quant à la basilissa, elle reçu! véritablement à ce moment le coup de foudre. De cet instant, la vieille impératrice se sentit enflammée pour le bel adolescent d'une passion aussi mystérieuse qu'insensée, passion « démoniaque », s'écrie Skvlitzès. (le fol amour ne lit que grandir aussi rapidement que démesurément. Bientôt Zoé fut incapable de s ntenir. Elle qui, jusque-là,

n'avait pu souffrir le louche el subtil eunuque Joannès, maintenant à tout instant, sous n'importe quel prétexte, le mandait auprès d'elle dans l'unique but de l'entretenir constamment de son jeune frère. Elle l'encourageait à venir la trouver chaque fois qu'il en avait le désir ou le loisir, et chacune de ces conversations la ramenait infailliblement au bel adolescent. L'eunuque rusé qui connaissait bien la basilissa, eut tôt fait de deviner ce qu'elle avait dans le cœur. En véritable courtisan dénué de scrupules, décidé' à user de tous les moyens pour parvenir, il ne rougit pas d'exhorter son jeune frère à courir au-devant de la fortune qui lui tendait les bras. Celui-ci, forl novice et fort craintif au début, fort ému surtout de ce qu'il prenait simplement pour de la faveur, obéissait docilement aux appels de la vieille princesse, conservant son maintien modeste et quelque peu effarouché qui le faisait paraître, dit Psellos, encore plus désirable sous sa charmante rougeur. Quant à la basilissa Zoé, elle encourageait tendrement son amant en herbe, lui souriant doucement, rassurant sa timidité, s'efforçanl de le rassurer par les preuves d'amour les plus éclatantes.

Michel ainsi promptement encouragé, osa bientôt davantage. Admi-

1 "Apx<ov toû navDIou. Cédrénus, 504, 22, el note de la p. 876.

LES PORPHYROGÉNÈTES ZOE ET THEODORA

rablement stylé par son frère aîné qui, lui, marchait droit à son but, et bien que naturellement fort mal disposé pour cette maîtresse si âgée, il sut bientôt mimer à merveille son amour, jouant parfaitement la comédie de la passion, troublant sans cesse et profondément les sens de Zoé par ses baisers et ses savantes caresses. Qu'on ne m'accuse pas d'exagérer; je traduis presque littéralement le curieux récit contemporain de Psellos. De suite, Michel, docile aux avis de son aîné, avait compris au plus secret de son être, à quels sommets inouïs cette aventure pourrait le mener, peut-être bien jusqu'au trône! Dissimulant avec une perfide habileté l'aversion naturelle que lui inspirait cette basilis-a quinquagénaire, il sut accomplir et accepter avec une hypocrisie parfaite, tout ce que ses fonctions de favori pouvaient offrir d'écœurant.

Au Palais et à la ville, dans la foule des gens de cour, comme dans les carrefours urbains, on ne fut pas long à deviner cette impériale intrigue. Les premiers jours ce n'avaient été que de simples soupçons, mais bientôt la passion insensée de L'impératrice s'étala à tous les yeux avec une si audacieuse impudeur que le scandale devint public. Psellos affirme qu'on surprenait à tout instant les deux amoureux dans l'intimité la plus complète, couchés côte à côte sur le même lit de repos. Michel, honteux d'être ainsi découvert, rougissait très fort, mais la basilissa, loin de paraître gênée, ne s'en serrait que plus étroitement contre son jeune amant, l'embrassant avec passion devant tous, souhaitant à haute voix de jouir toujours de cette félicité. Elle comblait Michel de dons de toutes sortes, l'ornant de bijoux, de pierres précieuses, l'habillant de vêtements tissés d'or et de soie comme s'il s'agissait d'une poupée. En secret elle l'obligeait en riant à prendre place sur le trône à ses côtés, n'hésitant pas à placer le sceptre dans ses mains. Une loi-, elle alla jusqu'à le ceindre du diadème. « Alors, se pressant contre lui, raconte l'austère Psellos, elle lui prodiguait les noms les plus doux, l'appelant « trésor et grâce de ses yeux, fleur de beauté, consolation de son âme » !

Psellos, prolixe de détails, raconte longuement encore comment le grand eunuque du Gynécée impérial, gouverneur tout-puissant du domaine des femmes au Palais Sacré, personnage des plus considérables et en même temps, parait-il, digne de tous les respects pour l'attachement

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