CHAPITRE III
l'art archaïque Dfc LA GRÈCE ET DE l'ITALIE.
Nous pouvons donc admettre que Tart grec a commencé par rimitation des produits industriels de TOrient et que, dans la première phase de son développement, il a subi les influences orientales les plus variées. Le moment précis où Tesprit national s'est manifesté énergiquement, imprimant un cachet original aux productions artistiques, est difficile à déterminer. Il y eut, tout porte à le croire, dans ce procès de transformation, bien des transitions imperceptibles, et Tart grec ne s'est dépouillé que" lentement de ses modèles orientaux (1). On sait, il est vrai, que dès le septième siècle, les Grecs transformaient d'une manière originale certains types étrangers (2) ; il n'en est pas moins vrai que le fond asiatique est parfaitement reconnaissable pendant les septième, sixième et même une partie du cinquième siècle; c'est ainsi, par exemple, que le toupet de cheveux oriental, le krobylosy s'est conservé dans l'Attique presque jusqu'à Périclès (3). Les éléments barbares ne se
(1) Lôschcke, Arch. Zeit. 1881, p. 46-52.
(2) Comp. Furtwângler, Die Bronzefunde ans Olympia, p. 51 et suiv. et Miichhœfer, Arch, Zeit, 1881, p. 289.
(3) Thucydide 1, 6, 2 : xal ot np£j6uxepoi aiTof; tûv 6Ù8aip.<5viov otà Oô à6pootaiTov où 7:oVu; yp6voç înz\Zr\ xiTuJvdtç te Xivou; ÊjraûaavTo çopoOvte; y:,aL\ xp^itcuv TeTTîYcov Èvipaei xpc66uXov âvaBou(xevot tGv ev tîj xs^axfj Tptywv • iç, ou xa\. 'Itivcov Touç KCEoWtepouç xaTàt To Çu^Ys^^î 67:\noXuauT7) tj axEu^ xaTÉoxEv. Nous n'approuTons pas la proposition, faite dans le Rhein. Mus,, de biffer touç jîpEaCuT^pou;
52 LEPOPKK nOMKRIQlE.
désagrègent complètement que vers le milieu du rinquiénie siècle et c'est alorsque le génie hellénique trouve enfin son expression particulière et indépendante. Par conséquent, si le principe fondamental des objets d'art importés ou fabriqués par les Grecs eux-mêmes de l'époque homérique se transmet jusqu'à la période florissante de l'art grec, tous les produits de lartgrec archaïque se rattachent à notre élude, et plus un monument touche aux origines de rfipopée, plus il devient intéressant pour nous.
II ne faut pas oublier ici l'art italique et notamment l'art étrusque.
L'art plastique des Ktrusques a subi tour à tour, dans ses phases les plus anciennes, l'influence phénicienne ou
et de lire : 'Iiîpnov i;:"i 7:iii.i.
— Voy, Comm. in honore»)
Vommseni, p. 61fi et suiv,
Voy, aussi Stutlnicïka. Rri-
FfR.ftiii.- ru<[uc!,d-ivoir««ut,.t6rtui.<.uvn.. "-"S" =«<■ G^trhichl^ iler
(EMr. de VArl iJ^d Wiiiie de J. «arilia. p. SOii, IIr. ïwi,) uUgriechiiehrii Tiafht (Ab-
handl. des arcliœol. epijfr.
Seminars der Iniversitât Wien, VI, 11. p. lS-30, 34-îM.
L'ART archaïque DE LA GRECE ET DE L'ITALIE. 53
carthaginoise (1) et hellénique, et depuis la fin du sixième siècle cette dernière presque exclusivement. Mais les Étrusques étaient très conservateurs et ne s'appropriaient qu'après un long espace de temps les innovations successives de l'art grec. Comme preuve à l'appui, il suffira de citer quelques faits caractéristiques. Il est généralement reconnu que les vases noirs à ornements en relief, dits i)asi di bucrherOy très fréquents dans les tombes étrusques, sont des produits de la céramique locale. Les plus anciens d'entre eux ont une décoration ornementale ou figurée très archaïque, où domine le caractère asiatique avec quelques motifs égj^ptisants (2). Cependant on a fabriqué de ces vases jusqu'au cinquième siècle, car on en trouve dans les tombeaux étrusques à côté de vases attiques à figures noires et rouges (3). Il en est de même des ouvrages en ivoire et en os qu'on attribue avec raison aux tourneurs étrusques et dont la décoration figurée dénote un style très ancien (4) (fig. 9 a 12). Enfin les figures d'animaux sculptées sur les pierres tombales avec lesquelles les habitants de Tarquinies de la première moitié du cinquième siècle fermaient les issues des tombes importantes (5), révèlent un style asiatique fort ancien. Ces tendances conservatrices étrusques se retrouvent aussi dans le costume. Dans les plus anciens tombeaux peints de Corneto qui remontent à peu près au milieu du cinquième siècle (6), les femmes portent un costume très ancien où l'on remarque notam-
(1) Voy. la coupe à figures de Patàkes : Bull. delV Lmt, 1870, p. 6.
(2) Les masques de femmes très fréquents dans ces tombeaux se distinguent par une coiffure d'un style égyptien.
(3) BulL deir lmt, 1880 p. 248; 1881, p. 271. Comp. Ann. 1884, p. 143-145.
(4) Mon. deW lmt. VI, t. XLVI, 1-4 (Comp. Atmal. 1860, p. 472). Bull. 1882, p. 338, 1883, p. 41-42.
\h) Stackelberg et Kestner, Gràher von Corneto. t. XXVII. Micali, Storia, t. LXVIl, 7. — Semper, Der Stil, I, p. 435. — Bull. delV lmt. 1882, p. 47. \ot. d. Scav. comm. air ace. dei Lincei, 1881, p. 366.
(<)) Comp. Helbig, Ueber den Pilem der alten Italiker (Sitzungsberichte der bayer. Akad. der Wissensch. Séance de la section philosophico-philologique du 6 nov. 1880), p. 497. Note 1, et Ghirardini dans les \ot. d. scav., 1881, p. 366-67.
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ment un haut bonnet raide. Comme nous allons le démontrer plus loin , cette coiffure venue de l'Asie, s'est répandue peu à peu dans Touest. Peut-être a-t-elle été introduite en Italie par les Phéniciens, lesChalcidiens ou les Phocéens (1) ; quoi qu'il en soit, le costume de ces tombeaux, s'il concorde avec les données de l'Épopée, est à noter pour l'étude du costume homérique.
Dans certaines contrées situées sur le versant oriental des Apennins, l'industrie et la civilisation en général se sont déreloppées très lentement : c'est un fait qui tient évidemment à ce que l'influence grecque a été bien moins active ici que sur le versant ouest de ces montagnes (2). Rappelons à ce propos avec quelle opiniâtreté les Étrusques de la vallée du Pô, les Picentins et, plus au sud, les peuplades de l'Apulie conservèrent le goût barbare des parures d'ambre (3). L'art cultivé dans la vallée du Pô employait encore au cinquième siècle de très anciens motifs dont l'origine remonte au delà de la migration dorienne et qui, plus ou moins barbarisés, semblent venus ici des Balkans par la voie de terre (4). Parmi les nécropoles picentines, celle de Tolentinum (5) nous est le mieux connue. Les tombeaux découverts à ce jour datent, au moins en partie, du cinquième siècle, car dans quelques-uns on a trouvé des vases attiques à figures noires d'un dessin très lâché (6). Bien que ce soit une époque assez avancée, nous sommes en présence d'une civilisation bien arriérée. Dans
(1) Hérodote ï, 163 : Ot 51 (&(oxaU£ç auTot vavTiX(T,(jt fjiaxpfî^i npôîToi *EXXîîv.»>v £/pïjaavTo, xaî t6v te 'A8p(r^v xoà ttjv Tup<Ty)v{TjV xa\ Tyjv I6r^p{ï]v xa\ xbv TapTr.oov auToi dai ot xaTaôéÇavieç. On a trouvé à Volterra des monnaies phocéennes très anciennes : Periodico di mimism. IV, p. 208, VI, p. 55 et suiv. Comp. Deecke dans O. Millier, Etnisker I, p. 382.
(2) Helbig, Die Italiker in der Poebene, p. 119-122.
(3) Helbig, Osservazioni sopra il commercio delV ambra^ p. 15-17 (Ace. de Lincei, a CCLXXIV, 1876-77).
(4) Ann, delV InsL 1884, p. 164-165.
(5) BulL di paletnologia ital. V, p. 198. VI, p. 158-165. Not. d.scavi 1880, p. 122, 262, 373-77. Ann. delV Imt. 1881, p. 214-220.
(6) Bull, dipaletn. ital. VI. p. 164. Ann. delV InsL 1880, p. 243.
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les tombeaux de guerriers, il n'y a, en fait d'armes d'attaque, que des lances; aucune trace de casques de métal, de cuirasses ni de jambières. Les boucliers devaient être en bois ou en cuir. Un seul tombeau renfermait des garnitures de fer provenant peut-être de boucliers (1). L'armement des Picentins, même au cinquième siècle, était donc bien primitif (2). Avant l'époque caractérisée par ces tombeaux, la civilisation (3) du Picenum était semblable à celle qui a produit les nécropoles de Villanova près Bologne et d'autres vestiges analogues (1). Par quelles influences elle a passé pour entrer dans la phase suivante que distingue l'emploi d'armes et d'ustensiles de fer, c'est ce qu'on ne saurait dire avec certitude. Il y a dans la statistique monumentale de la région est de la péninsule apennine, une lacune qui ne permet pas d'y suivre aisément la marche de la civilisation. C'est ainsi que l'industrie archaïque des Tarentais est pour ainsi dire inconnue; cependant on rencontre souvent leurs monnaies dans le Picenum (5), preuve que leur commerce s'étendait jusque dans cette région. Lors-
(1) Ann. delV Inst. 1881, p. 217. Ce sont peut-être des garnitures des roues de voitures.
(2) Studniczka explique cette simplicité par ce fait que les hommes n'étaient pas enterrés en costume de guerre mais en costume de ville qui com-portait, même dans Homère, des lances (Zeitschr, fur œslerr. Gymnas. 1886, p. 196). Cette opinion est infirmée par les objets trouvés dans une tombe extraordinairement riche découverte récemment près San Ginesio (Picenum). Ce sont : un casque de bronze, un glaive de fer, une lance et un javelot à pointe de fer [Notizie degli scavi. 1886, t. I p. 39-48). L'homme enterré là avait donc tout son équipement de guerre. La richesse inaccoutumée de la sépulture fait supposer que c'était là un personnage de distinction. 11 est probable que, chez les Picentins, comme chez les GLermains (Tacite, Germania 6. Ann. II, 14) certains individus étaient mieux armés et équipés que la masse du peuple.
i3) Ann, delV Inst. 1885, p. 62-63. De cette époque date la nécropole de Monteroberto, près Jesi {\ot. di, se. 1880, t. IX, p. 343-348. BulL di paletn, ital. VU, p. 90-96).
(4) Gozzadîni, Di un sepulcreto etrusco ncoperto presso Bologna. Bol. 1854. Voy. notre chap. VI.
(5) BulL deir Inst. 18S2, p. 84, note 1.
50 I/ÊPOPÉK HOMERIQUE.
qu'on aura exploré la partie la plus ancienne de la nécropole de Tarente, peut-être verra-t-on que certaines armes et ustensiles des tombeaux de Tolentinum proviennent de Tarente ou bien ont été fabriqués par des ouvriers picentins d'après des modèles tarentais. Quoi qu'il en soit, il est possible que ces tombeaux nous fassent connaître des types grecs très anciens. Il sera donc utile d'examiner les objets qu'ils renferment chaque fois que ces objets auront quelques rapports avec les descriptions de l'Épopée.
Il en est de môme des vestiges -trouvés dans les régions hautes de l'Apennin, tels que les tombeaux d'Alfedena (Aufidena), sur le territoire des Pasligniens (1). Comme ces tombeaux ne nous sont connus que par des relations sommaires, il est difficile de déterminer exactement leur chronologie. Une seule chose est certaine, c'est qu'ils appartiennent à une époque antérieure à rétablissement de la civilisation gréco-romaine dans ces contrées. Mais, lors même qu'ils dateraient d'une époque relativement récente, du quatrième, voire du troisième siècle avant J.-C, il est probable que ces peuplades, éloignées des grandes voies de communication , ont conservé pendant plusieurs générations certains modèles qu'elles avaient reçus de bonne heure, de Tarente ou d'autres colonies grecques.
(1) \ot, di scavi, 1877, p. 115, 276-279; 1879, p. 320-325; 1882 p. 68-82; 1885, p. 344-392.