‹ L'épreuve [microforme]Chapitre 33 sur 36 · PRE · texte numérisé non relu

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de lu justice, et qu’un sort plus clément aurait dû faire l’honnête époux de votre fille! Mais, hélas ! aux regrets et à la pitié que nous éprouvons pour une si malheureuse destinée, s'ajoutent peut-être des remords cuisants qui poursuivent et effraient certaines âmes injustes et...

—Qu'avez-vous, Rodolphe, vous tremblez, vous hésitez ? Il y a du mystère dans ce que vous dites et vous semblez vous interrompre pour dissimuler des choses qui vous angoissent! Ma pauvre Violette vous aurait-elle convaincu, vous aussi, avant de mourir, de l’innocence de Paul ? En face de la triste réalité, sentez-vous votre cœur s’'émouvoir à la pensée du malheur qu’éprouve votre ami d’enfance ?

—Madame, la fatalité s’est abattue sur des êtres qui nous étaient chers : Violette n’est plus, Paul, son légitime fiancé, expie misérablement dans le déshonneur un crime dont il n’est pas l’auteur et dont j’ai quelque peine à me rappeler le sou-

— Vous le croyez donc innocent, Rodolphe ?

Quei est le motif qui vous fait penser ainsi, puisque vous étiez si certain de sa culpabilité ?

—Ma raison, Madame, est la vôtre. Pour être agréable à l’âme de votre fille qui vous à demandé la pitié, vous vous suggestionnez que Paul est la victime d’une injustice ou d’une erreur judiciaire dont Violette paraissait connaître les détails. Votre fille n’a pu vous tromper. En mourant de chagrin, sans avoir réussi à réhabiliter son

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fiancé, elle vous a demandé dans son dernier soupir un peu de sympathie pour celui qui lui survivait, innocent mais malheureux, Vénérant votre noble fille jusque dans la mort, moi aussi, mad! je voue à Paul la même amitié que la sienne, les même regrets et j'affirme...... mais peut-être trop tard... qu'ilest...…. innocent, martil

—Mais alors, mon ami, il faut lui faire rendre la liberté...............

—C'est inutile, madame, nous n’y pouvons rien. Le gouvernement ne le gracierait pas sur notre simple affirmation de son innocence, et ceux qui pourraient en fournir la preuve sont trop lâches pour ecomplir ce devoir. D'ailleurs, toutes les dém ‘es que nous ferions sans résultat favorable ue rendraient pas à notre affection celle que la mort a couchée dans une froide tombe. Priez, madame, vous qui êtes une bonne chrétienne, cherchez dans vos ferventes prières la consolation que Dieu répand dans les saintes âmes. Moi, je ne puis me faire entendre du ciel : j’ai usé ma voix à blasphémer contre lui et je reste avec mes forces pour lutter contre le chagrin... les re-

— Ne vous désolez pas ainsi, Rodolphe. N’ajoutez pas à la peine irrésistible que vous cause la mort de ma fille l’aveu irraisonnable de votre indifférence en matière religieuse. Vous êtes bon, honnête, charitable, Dieu n’abandonne pas celui qui possède ces vertus...

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— Merci, madame, de la confiance que vous avez en moi, mais je sens là, dans mon cœur, dans ma conscience, une voix accusatrice qui me montre toute la noirceur de mon âme et j’éprouve un besoin presqu’impérieux de vous crier que je suis un......Scélérat......un démon !!

—Calmez-vous, Rodolphe, je vous en prie. Cet emportement vous justifie à mes yeux, car ces propos accusateurs, désespérés, que vous portez contre vous-même pour vous montrer pire que vous l’êtes, me prouvent votre sensibilité, votre bonne nature.

—Madame, je n’ai pas honte de vous avoir ouvert mon cœur qui souffre de la même peine que le vôtre, mais je vous demande pardon d’avoir étalé sans pudeur l’état langoureux de mon âme indifférente, rongée par le remords, car il faut que je le dise......je suis un criminel, je suis un maudit !.....

Madame Monteil s'était levée, effrayée et trem- [it 11 PENSE TD ENT RERO ann

Madsme, dit Rodolphe, Aves pitié de moi, je

m'oublie, je déraisonne. De grâce ne conservez pas un mauvais souvenir de ces paroles inconsidérées. Veuillez ne jamais faire allusion à ce sujet pénible...

—Que vous êtes étrange, mon ami, et mystérieux !.............,... Mais trève de tous ces propos délirants, je les oublie à l’instant, en conservant l’espoir de vous revoir bientôt.

| 130 L'ÉPREUVE fl } —Je ne saurais vous oublier, madame, vous la f 1 mère de cet ange adorable que nous ne reverrons #) . .

fl plus jamais...............

{ L Au revoir, madame.

Il sortit.

} XXX LE Plusieurs mois se sont écoulés pendant lesquels ‘ Rodolphe a continué de visiter la famille Mon- ‘à teil. Tous les jours ils allaientau cimetière prier

sur la tombe de Violette, et revenaient le soir

| muets, recueillis, rapportant les pots de fleurs 11! fanées qu’ils renouvelaient chaque jour. Au mois Ha: d'octobre et de novembre, à cette saison où la nature se dépouille de sa parure, où les feuilles sans

sève tombent sur le gazon jauni, où les oiseaux

fuient le climat qui s’annonce rigoureux, des sil-

houettes se dessinaient comme des ombres parmi

les tombeaux muets du cimetière. A cinq heures à | du soir, il faisait déjà sombre et l’on entendait An! l’écho lugubre des pas sur le sol durci, de ces masses mouvantes semblables à des fantômes,

| s’agitant au milieu des pierres froides et immo- | : biles, qui S’avançaient sinistres dans la nuit silen-

Ce

l cieuse.

| Madame Monteil, Rodolphe et Edouard s’age-

| nouillaient, priaïent et reprenaient lentement le chemin de la maison, s’éloignant à regret de la

bien-aimée qui demeurait seule dans la nuit...

La saison froide était venue, les arbres s'étaient

la ps

uels Monprier soir leurs mois [a nas sans seaux es silparmi ieures endait e ces tomes, immosilen-

étaient

chargés üe frimas, la neige, comme un voile blanc couvrant la terre, étendait un dernier linceuil sur la dernière demeure de la bien aimée ; on dut abandonner pour quelque temps les visites au cituetière..…….

On avait passé les longues et tristes soirées de cet hiver de deuil à s’entretenir des choses du passé, de l’avenir sombre qui commençait à rider les âmes éprouvées.

Puisque le sort en avait décidé ainsi, que la fatalité avait frappé sans pitié, en arrachant à l'affection de tous, la noble créature dont ils pleuraïent la mort, ils chorchaione à à calmer un peu ieur douleur, en mettant à exécution ce pour quoi Violette avait manifesté le désir en mourant.

Madame Monteil ne perdait jamais l’occasion de s’apitoyer sur le sort malheureux de Paul, Rodolphe alors devenait pensif en baissant la tête avec un petit air approbateur. Edouard observait comme ce sujet agitait ce dernier, toutes les fois qu’on en parlait.

Le temps qui guérit tout a-t-il émoussé la FRA douleur de Rodolphe, ou la monotonie d’un sujet qui l’énervait et l’importunait a-t-il attiédi son ardeur, toujours est-il qu’il avait espacé ses visites chez Madame Monteil et avait cessé tout-àfait d’y revenir...

Un jour du printemps suivant, on apprit qu'il était très malade, qu’il avait fait demander à son chevet le curé de Charlesbourg. Le saint abbé avait reçu ces mots :

} j) 1! ‘ Monsieur le Curé, | LJ . . . Lu j ‘Je suis très malade, je pourrais bien mourir ! | Je vous en prie, venez confesser et absoudre un : | | grand pécheur qui redoute la jnstice de Dieu. \ | Mon âme est rongée par les remords ! !

| RODOLPHE, j | XXXI

Le ministre de Dieu n’avait pas différé un instant à accomplir un devoir aussi pressant et sérieux. Il était accouru auprès du jeune homme qui déjà extravaguait et diminuait à vue d’œil.

Dans une chambre tenue dans une demi obscu- 4 rité, une lumière tlafarde vacille près du lit du 1 malade qui délire. Une odeur pénétrante de remèdes et d’exhalaison fiévreuse répandue dans l’atmosphère annonce un dénouement redoutable,

a quelque chose de sinistre. Cette scène anormale

de la vie teintée de deuil a l’aspect hideux d’un combat que livre sournoisement la mort à un être

qui se cramponne à la lumière, mais qui va suc- | comber dans la lutte.

Tout craque dans son existence ; le mourant | sent déjà sa vue se voiler, son esprit s’obscurcir. | Dans un dernier élan, sa conscience coupable se

réfléchit sur son passé, et d’une voix tremblante, | |

ne der M

nage a ec

ess)

remplie d’angoisse, il s’écrie : Chère Violette ! Pauvre Paul! O criminel que je suis ! ! Je meurs et le curé ne vient pas !

Lourant scureir.

able Se blante, iolette !

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—Me voici, M. Rodolphe, me voici; me reconnaissez-vous, c’est moi le curé, votre ami ?

Rodolphe avait ouvert de grands yeux, étendu ses deux bras décharnés et s'était mis à pleurer.

—Oui je vous reconnais, mon bon père, dit-il d’une voix uaffaiblie. Je mourrai donc en paix. Vous me bénirez après avoir arraché de ma conscience le fardeau qui m’écrase et qui m’entraînait en enfer. J'ai foi en la miséricorde de Dieu, et en quittant cette vie de misères, de crimes, j'emporterai dans ma tombe l’espoir d’obtenir mon pardon. Ecoutez, écoutez bien, mon père, il me tarde de vous dire lu vie maudite que j’ai menée, avec autant d’hypocrisie que de mensonges. Maintenant qu’il ne me reste plus qu’à mourir, hâtez-vous de laver ma conscience avant que je ferme mes yeux à la lumière. Paul est innocent, et le misérable qui aurait dû subir le châtiment qu’il expie pour lui, est celui-là même qui vons confesse son crime. Oui, c’est moi, mon père, qui ai assassiné Martin, dans un moment de jalousie et de désespoir. J’aimais Violette éperduement, mais je savais qu’elle me préférait Paul à qui elle était fiancée. Aveuglé par mon amour, voulant à tout prix en faire mon épouse, ma conscience n’a plus reculé devant le seul moyen pratique qui devait me la faire posséder. Mais au lieu de voir mes vœux s’accomplir, j'ai vécu une vie malheureuse, ayant sans cesse devant les yeux ma conscience chargée de crimes et de remords. J'ai tué un être dans le vain espo: d’en mieux

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atteindre un autre qne j'aimais, mais j'ai donné contre une âme trop belle, trop noble pour moi; j'ai échoué. Quel coup terrible j’ai porté là ! J’ai frappé une créature et, de ce même coup brutal, trois en sont mortes ! Dieu du ciel, ayez pitié de ni. moi!!.... Faites entrer des témoins, je veux É Hi m'accuser devant eux.

nl Le religieux se leva, marcha droit à la porte de la chambre et l’ouvrit. La famille du mourant et Edouard Monteil priaient dans la pièce voisine.

— Venez, dit-il, Rodolphe veut vous parler avant de mourir. Il ne reste pas le temps de requérir la présence d’un magistrat pour prendre une déposition ante mortem ; vous serez donc les 1 témoins de la déclaration qu’il va faire,

1! 4. Tous se levèrent étonnés d’entendre de telles paroles. Ils suivirent en silence le religieux et pénétrèrent dans la chambre du moribond...…….

—Priez pour moi après ma mort, dit-il, mes pauvres parents et mon cher Edouard, car je ne suis qu’un misérable, Je suis l’assassin, ......le meurtrier de Martin !

Tous se regardèrent avec épouvante en enteni dant ces paroles prononcées par le mourant, que | l’angoisse et la mort tortnraient.

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—Je vous autorise, mon père, à divulguer mon crime et à faire rendre la liberté à mon meilleur ami du passé, que j'ai perdu !

f Le curé avait fait Signe aux personnes présentes ln! de se retirer. Toutes étaient sorties en larmes et pi pâles de frayeur.

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Le religieux avait écouté en silence la confession du mourant. La tête inclinégen avant vers le pénitent qui témoignait de son repentir par la douleur et les larmes, il murmurait doucement une prière. Le moribond souleva sa tête et saisissant le crucifix qu’il lui présentait, il le baisa avec amour en éclatant en sanglots.

—Mon ami, dit le curé, Dieu est bon. Il est miséricordieux. Que votre repentir soit proportioané à la grandeur de votre crime et vous serez pardonné ; à tout péché miséricorde ..............,.

Vous allez mourir, Rodolphe, que la mort ne vous effraie pas. En mourant chrétiennement dans un repentir sincère, une vie plus belle, bienheureuse, vous attend, après que vous aurez racheté celle que vous avez menée dans le crime et que vous regrettez...…….

Le criminel pleurait en écoutant les saintes paroles du ministre de Dieu...

Le hoquet précurseur de la mort entrecoupait de temps en temps une prière qu’il récitait à demi-voix. Prenant le cruciflx qu’il tenait pressé sur son cœur, il le portait à ses lèvres brûlantes et le baisait avec piété. Le curé priait toujours...

Un insuant après, l’agonisant se raidit dans tout son corps, Sa figure fut agitée par des convulsions, ses yeux hagards fixèrent dans le vide, un cri rauque sortit de sa bouche entr’ouverte et finit doucement dans un souffle imperceptible, paralysée : c'était son dernier soupir.

La nouvelle de cette mort et l’aveu du crime mirent tout en émoi dans la ville de Québec, où le defunt avait de nombreuses connaissances.

L'épouvantable nouvelle faisait le sujet de toutes les conversations et plusieurs restaient incrédules devant l’invraisemblance d’une action en aussi flagrante opposition avec une vie qui leur semblait avoir été digne et honorable. Il fallut bien { se rendre à l’évidence quand le curé de Charles- |

bourg, suivant le désir de Rodolphe et l’autorisa- :(} tion qu’il lui en avait donnée, adressa au procu- 1 | reur-général une lettre qui contenait la confession du mort et le témoignage des personnes présentes

à son aveu. Il demandait l’élargissement de l’in-

j nocent qui expiait un crime qu'il n’avait pas

commis.

On s’apitoya sur le sort du malheureux qui fut rendu à la liberté après avoir porté, pendant deux années, la livrée honteuse du forçat.

Paul avait vieilli, ses cheveux avaient blanchi, ses yeux caves, enfoncés dans des orbites amaigries, son teint hâlé et son front ridé, ont donné à tous une pâle idée de la torture morale, du désespoir qu’a endurés en silence l’innocent qu’on avait jugé indigne de la société des hommes.

Avec la réhabilitation est revenue la liberté, mais, hélas ! il était trop tard, le malheureux ne retrouva jamais son bonheur perdu !

C’est au mois de mai. Tout renaît dans la nature. La prairie reverdit, les fleurs embaument l’air, les arbres rajeunissent, le bocage reprend sa gaieté.

Un soir, après que le crépuscule eût fait place à la nuit silencieuse, une omhre s’avança lentement dans le champ des trépassés. Se baissant et se relevant comme quelqu’un qui cherche une adresse, dans une grande rue déserte, elle pénétra mystérieuse dans un étroit et sombre sentier, bordé d’arbres et funèbre comme la mort.

Paul cherchait la tombe de sa bien aimée et venait s’y agenouiller, prier et baiser son tom- Dans sa fosse profonde, sa bien-aimée dort son dernier sommeil. Tout alentour est silencieux et solitaire, tout se tait pour ne pas troubler le repos des défunts. La voyageuse hirondelle sillonne sans bruit l’atmosphère funèbre, la brise passe légère en effleurant les tombes, des souffles doux comme le zéphir, remplissent l’espace sombre et caressent mollement la nature endormie, en léchant l’aubépine et les roses, des sifflements et des chants lugubres, semblant venir d’esprits habitants de l’espace et gardiens de la nuit, passent et chuchotent en pleurant. La lune est claire et sourit dans le ciel, mais la route est sombre sous les rameaux enlacés des saules, les fleurs dorment sur la tombe de la morte.

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Il n’est plus d’heure brève et les amants ne se hâtent plus! Seule, dans le sombre azur, l’âme veuve est remplie de pensées tristes et s’abîme dans un abandon déchirant! La séparation durera plus qu’un instant, cet instant durera l’éternité ! !

— Noble créature, bien-aimée Violette, dit-il, en se déchirant le sein de douleur, tu m’es ravie mais je demeure et je serai ton époux dans la mort même !........, ss cesse.

Comme deux fleurs sur une même tige, notre destin suivait le même cours, mais une vipère rampant dans l’herbe à jeté sur nous son venin en guise de rosée et a brisé nos existences. Fleur meurtrie, en te repliant su: toi-même et agonisant dans ta sève, empoisonnée, tu as succumbée en conservant ton parfum dans ta corolle bien close. Merci, ange aimée, sois bénie !

L’injustice des hommes a déjoué avec ironie les desseins de Dieu : Le premier nous rue dans la mort, et le second nous voulait pleins de vie, car nous étions purs, honnêtes et fidèles à ses lois !

O justice injuste, tu n’es qu’une grimace, qu’un mensonge : tu dis réfléter ici-bas la justice de Dieu et tu sacrifies aveuglement ses innocents sujets ! Cahot ! !

Violette, mon épouse, je te survis, hélas ! O malheur cent fois grand! Mais pourquoi donc vivre maintenant, sinon pour toujours te pleurer.

Que mes larmes servent de rosée à ces fleurs k que je jette sur ta tombe, et que les cendres qui

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restent de ton adorable corps en soient parfumées. Que ton âme bien-heureuse et bien-aimée accompagne, soutienne ma vie chancelante et malheureuse : Il n’est plus de bonheur pour moi!

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