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L'équitation puérile et honnête

Les gens appelés à monter à cheval donnent dès le plus bas âge des preuves de leurs dispositions.

Le mot dada devance sur eurslèvres le motpapa,et leurs

nourrices ont à réprimer les élans qui les portent à bondir de leurs bras à la vue d'un cavalier.

En général j ces premiers symptômes sont favorablement accueillis par les parents, heureux de constater chez leurs rejetons ces preuves de précoce énergie.

Ils ne prévoient pas encore le montant des frais auxquels les entraîneront les goûts manifestés par leur progéniture, et se réjouissent sans arrière-pensée de Tcntrain qu'elle manifeste.

Dès que les cavaliers de Tavenir marchent seuls, tout devient bon à leurs premières tentatives d'équitation : les cannes des grands parents, les chaises de la salle à manger, les balais de l'office. En présence d'une vocation aussi nettement accusée, quel est le devoir de tout papa qui se respecte? Il doit successivement procurer à son héritier les moyens progressifs d'exercer ses aptitudes naissantes.

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C'est d'abord le cheval à bascule.

Cet animal, généralement d'un bai cerise particulièrement éclatant, se recommande par la régularité de ses al- - lures.

De plus, il est inversable ; ce

qui fait que son emploi se

trouve tout naturellement indiqué pour les tout petits dont les os n'ont pas

encore atteint le degré de consistance désirable pour supporter impunément

les chutes.

Le cheval mécanique vient ensuite.

Monté sur trois roues, dont Ja plus petite pivote sur elle-même, il a son mouvement propre, va, vient, recule ; il peut tourner, et tourne souvent trop court.

Il culbute alors, et d'ordinaire assez durement pour que la pureté de dessin primitive des jeunes nez qu'il endommage en soit gravement altérée.

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Bientôtj les instruments inertes ne suffisent plus à Tapprenti cavalier. *

Il lui faut des émotions plus fortes, que les mouvements imprévus et variés de l'animal vivant peuvent seuls lui procurer.

11 grimpe alors sur tout ce qui possède quatre pattesj le chien d'arrêt de son

père, le mouton de sa sœur^

la chèvre du

jardinier^ tous animaux insuffisamment dressés.

C'est le moment où le père de famille doit faire emplette d'un quadrupède spécialement destiné à subir les expériences d'équitatiôn tentées par

monsieur son fils.

>~ i-l L'animal choisi doit être éminemment patient^ d'une douceur Sy évangélique^ et d'une indifterence absolue aux fausses manœuvres de la bride, comme aux punitions imméritées.

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11 est doux et résigné : son intelligence, très-éveillée, lui permet de connaître vite son maître, et la bonté de son cœur fait qu'il supporte de lui, sans jamais riposter, les plus violentes injustices.

Si l'àne^ au moral, est foncièrement doux, ses mouvements sont généralement brusques. Son trot est dur^ cahotant; son galop manque de souplesse, et ses arrêts sont subits et souvent imprévus.

Ces défauts dans les allures sont autant de qualités pour le rôle enseignant qu'il est appelé à remplir. L'enfant, pour supporter ces secousses réitérées, ces saccades perpétuelles, prend bien vite un liant et une souplesse qu'une monture plus coulante ne lui donnerait pas aussi sûrement.

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Une fois en possession de Tàne, le père de famille devra procurer à sa progéniture une propriété close, d'une étendue suffisante pour que tous deux y puissent prendre leurs ébats en pleine liberté, et cependant assez circonscrite pour qu'au cas d'une séparation imprévue, le cavalier désarçonné conserve au moins l'espoir de rentrer en possession de sa monture.

L'emploi des étriers lui sera sévèrement prohibé :

(]'cst le meilleur moyen pour que sa jambe prenne naturellement une bonne position.

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On a de plus la certitude qu'en cas de chute il ne sera pas traîné.

Il doit dès le début s'exercer à monter et à descendre sans le secours de personne ; apprendre à seller et brider lui-même^ et, sa promenade finie, à dégarnir et bouchonner^ toutes choses indispensables à savoir pour devenir un homme de cheval complet.

Quand il sera parvenu à diriger sûrement son âne, à rester dessus malgré toutes les tentatives que celui-ci pourra faire pour se débarrasser de lui, le jeune cavalier méritera de voir remplacer ce premier quadrupède par un animal plus agile et plus rapide.

Le père devra alors taire racquisition d'un poney. Opération délicate qui mérite attention , et pour laquelle les lumières de plusieurs générations de connaisseurs ne seront pas inutiles.

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Ce premier cheval devra être un animal entre deux âges, pas trop jeune, afin d'éviter les gaietés exagérées ; pas trop vieux, afin de conserver dans la sûreté de ses jambes une sérieuse confiance.

Cet animal, capable de faire à la fois la joie des enfants et la tranquillité des parents, est assez rare pour que son emplette ne se fasse pas sans difficulté, et il est sage de Tessayer au préalable; — le Jardin d'acclimatafion est indiqué pour les expériences préliminaires.

On a le nombre et la variété : depuis le poney Shetland jusqu'au petit cheval fabriqué aux environs de Tarbes.

En les essayant successivement, on arrive à passer en revue tous les éléments qui constituent la cavalerie enfantine.

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L .11 1 1\ ec au domicile paternel de son premier poney constitue pour Tentant une date inoubliable. La famille réunie témoigne au nouveau venu les marques de son admiration, le caresse, le flatte, et lui prodigue les morceaux de sucre.

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Dans certaines familles privilégiées, le nombre des poneys est égal au nombre des entants que Dieu leur envoie. Chacun d'eux a le sien, et l'heureux père n'a plus qu'à modérer l'ardeur du petit escadron dont il dirige les fougueuses manœuvres. — 11 n'arrive pas toujours à empêcher qu'un peu de désordre détruise l'alignement de sa jeune troupe, mais les difficultés de son commandement ne sont pas à comparer avec celles jque doit surmonter le papa riche en enfants, mais pauvre en poneys. — Les premiers voudraient être tous en même temps sur le second; et si infatigables que soient en général ces microscopiques spécimens de l'espèce chevaline, il est cependant nécessaire de leur réserver quelques heures de repos. Pour arriver à les leur garantir, surtout à la canjpagne, où les enfants jouissent d'une liberté presque complète, il faut que les parents exercent une surveillance de tous les instants, ou qu'ils mettent dans leur poche la clef de l'écurie. Cette précaution radicale peut seule empêcher leur progéniture de s'emparer du pauvre poney, aussitôt qu'ils auront le dos tourné. — S ils veulent en outre que tous leurs héritiers jouissent à peu près également de la monture qu'ils ont acquise pour eux, ils feront sagement d'élaborer un règlement aussi précis que détaillé, fixant rigoureusement le temps réservé à chacun, et encore faudra-t-il qu'ils veillent en personne à son exécution; peut-être éviteront-ils ainsi d'interminables discussions, des réclamations incessantes que la sagesse d'un Salomon et l'inébranlable fermeté d un Caton trancheraient difticilement.

L'expérience amène la prudence, et il n'est pas mauvais que les débutants aient une pointe de témérité; — elle s'émousse vite, et il ne reste bientôt aux plus imprudents que la décision indispensable à tout cavalier qui se trouve dans une position difficile.

Cette témérité, particulière aux commençants, fait le désespoir des vieux serviteurs que les parents chargent de présider aux expéditions de leur progéniture.

Leur perplexité est souvent terrible; tenant en laisse le plus petit ou la plus petite, ils ne peuvent arrêter que de la voix et du geste les écarts des plus grands, qui leur échappent souvent et courent chercher à travers champs les aventures.

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Dire que ces velléités d'indépendance ne sont pas sou vent punies aussitôt que tentées, ce serait altérer sciemment la vérité. En général, le "premier obstacle marque la première chute, généralement inoffensive, faite en pleine herbe, et dans des terrains mous, n'entraînant ni fracture ni contusions sérieuses.

Le résultat le plus grave de ces premières culbutes ne dépasse pas le rhume de cerveau, dans le cas d'ailleurs exceptionnel où l'obstacle choisi pour ses débuts par le futur steeple-chaser est un ruisseau, et qu'un hasard malencontreux l'a fait tomber précisément au milieu de la microscopique rivière. Les médicaments à prescrire sont peu compliqués. Infusions sudorifiques et jujube.

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nombre d'accidents, sans plus de gravité que le suffisent pour donner à l'apprenti cavalier la

É'jjJI mesure de ses propres forces et des aptitudes de sa monly-$''\^\^ ture. Les parents peuvent alors permettre des sorties soli- ^^'; Y^My taires, au moins dans l'intérieur du parc. "H4!iV'''W^! Cet exercice sera d'autant plus efficace que le pays sera 3> •jC%^^û plus accidenté, et que l'enfant aura plus d'occasions natu- .-ce /'ï%>V//:^#^'>>"'î-?é^Mi'^-^''^' relies d'exercer son discernement.

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Toutefois^ les pères, oncles, frères aînés, grands cousins, tuteurs et subrogés, qui auront assumé la responsabilité de diriger les premières études équestres de tout jeunes gens, agiront sagement en ne donnant à leurs enfants, neveux ou pupilles, Tautorisation de sortir seuls qu après s'être assurés de visu qu'ils sont en état de surmonter facilement les difficultés courantes d'une promenade un peu prolongée dans les régions voisines. — Ils feront bien de diriger les excursions préalables qu'ils feront avec eux vers des parages fertiles en accidents de terrain naturels, descentes rapides, montées abruptes, passages à gué, routes bordant les lignes de chemin de fer, etc., etc. Quand ils auront vu de quelle façon se comportent dans ces circonstances spéciales bêtes et cavaliers, qu'ils auront jugé le degré d'entente existant entre eux, ils pourront alors décider en connaissance de cause ce qu'ils peuvent autoriser et ce qu'ils doivent rigoureusement interdire.

Au surplus, la promenade faite sans surveillant ne doit jamais être la règle générale, mais seulement l'exception, une récompense qu'il faut mériter par quelque action d'éclat ou une sagesse prolongée.

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En fait d'é^uitation,, comme en bien d'autres choses, la sécurité des enfants résulte de la prévoyance des parents. On ne doit donc permettre les sorties solitaires que si Ton est absolument sur de la sagesse du cheval. C'est le seul moyen d'éviter les rentrées distinctes de la monture et du cavalier. Comme c'est en général le quadrupède qui arrive le premier ^ la famille du bipède retardataire passe dans des transes mortelles le temps qui s'écoule jusqu'à son retour

En pareille occurrence, tous les membres présents de la famille se transportent à Fen trée principale et surveillent la grande route, se demandant les uns aux autres s'ils ne voient rien venir. A Tordinaire, le coupable rejoint le domicile paternel par quelque porte moins en évidence. — A tout âge, le cavalier démonté rivalise d'humilité avec la plus modeste des violettes.

Quand enfin on Ta découvert et quon a constaté que les avaries qu'il a subies sont de peu d'importance, on lui tait raconter l'accident. — A proprement parler, il n'y en a pas eu, et la plupart du temps le poney a simplement profité du moment où son jeune propriétaire avait mis pied à terre sous un prétexte ou sous un autre pour prendre la poudre d'escampette. — Une lois en liberté, il a suivi directement le plus court, et il a bien vite pris une avance que le ci-devant cavalier, devenu simple piéton, n'a pas même essayé de rattraper. — Malheureusement, pendant le temps qui sépare l'arrivée du cheval du retour de l'enfant, l'imagination des mères va son train. Elles se représentent des malheurs irréparables, et souvent, quand la victime de l'accident ne songe même plus à la culbute qu'il a faite, la maman en est encore tout ébranlée.

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Ce qu'il y a de douloureux dans ces cas de brusque séparation n'est pas en général le mal que ressent le jeune cavalier en se trouvant en contact avec le sol; le choc n est ordinairement pas bien brutal; mais ce qui est difficile, fatigant, et souvent humiliant, c'est la poursuite subséquente. Quand le poney, momentanément rendu à la liberté, prend au grand galop le chemin de l'écurie, tout espoir de le rattraper se trouve définitivement perdu. Mais il n'en est pas toujours ainsi. Le plus souvent il ne paraît pas vouloir se sauver; il part au tout petit trot, et s'arrête à la première touffe d'herbe dont l'aspect lui paraît tentant. 11 vous laisse même approcher, et ce n'est qu'au moment où, vous croyant sûr de le saisir, vous étendez la main, que par un mouvement savant il se dérobe à votre étreinte, et reprend sa course du même air tranquille. Avec cette façon de procéder, la poursuite peut devenir interminable. Elle constitue un jeu pour le cheval échappé, et, pour peu que son poursuivant s'impatiente et précipite les tentatives maladroites, il n'y a pas de raison pour qu'elle finisse. — Bientôt l'enfant se met à rager, fonce brusquement sur sa monture, qui le laisse approcher de moins en moins près; il se met en nage, et il peut alors arriver qu'une chute insignifiante se complique d'un refroidissement plus ou moins grave.

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Une cause de chute au moins aussi fréquente que celles occasionnées par les mouvements de gaieté des poneys, est l'habitude qu'ils ont de se gonfler au moment où on les selle : ils tendent le ventre, et, malgré les efforts les plus vigoureux, on ne peut arriver à donner aux sangles un cran de plus. Au bout d'un certain temps de marche, ils se dégonflent, et la selle ne tient plus sur leur dos que par un miracle d'équilibre. C'est le moment que celui qui les monte doit prestement saisir pour les ressangler d'un mouvement rapide en relevant la jambe, et en tirant vivement sur les contre-sanglons. Cette manœuvre constitue le seul moyen d'éviter la surprise désagréable qu'on éprouve en se trouvant tout à coup assis par terre, ou couché sur le dos, au premier tournant un peu court.

Si la promenade se prolonge, il est sage de renouveler plusieurs fois cette mesure de prudence, car c'est chose surprenante que la rapidité avec laquelle se modifie le tour de taille d'un poney.

Pendant cette première période d'équitation en pleine campagne^ où les parents n ont d'autre but que de donner à leurs enfants un peu d'assiette et beaucoup de confiance^ un excellent exercice consiste à les habituer aux obstacles^ obstacles proportionnés^ bien entendu^ à la taille des cavaliers et surtout à celle de leurs montures.

Pour établir Thippodrome indispensable à cet exercice, il suffit d'avoir une allée droite, fermée sur les côtés par une charmille, et d'y faire installer par le jardinier une ou deux haies de genêts. C'est souple, et cela plie au moindre choc; mais, précisément à raison du peu de résistance de ce genre d'obstacle, on peut lui donner des dimensions élevées, qui déterminent le cheval à sauter franchement et permettent au cavalier de prendre au sérieux l'acte d'énergie qu'il vient d'accomplir.

Comme, en réalité, ces haies pourraient être traversées au galop sans que le cheval culbutât, il n'y a aucun danger pour personne, et ce n'est à proprement parler qu'un exercice de courage, mais très-efficace, puisque l'illusion est complète pour l'e.Kécutant, qui acquiert, grâce à cette inotfensive fantasia, l'habitude du saut et le liant nécessaire pour affronter plus tard des obstacles plus résistants.

En fait, quoique l'obstacle soit à peu près imaginaire, le cheval saute réellement, et il n'est pas rare

que, pour ses débuts, le jeune cavalier soit jeté par terre, ou tout au moins considérablement déplacé. Mais il s'y fait bien vite, et l'important est d'éviter aux débutants le véritable panache, dont les suites peuvent toujours être graves, et dont le premier résultat certain est de décourager les commençants, en leur révélant trop tôt les inconvénients de lart dont on désire leur inculquer le goût.

Quand on voit que l'enfant a pris pleine confiance et qu'il ne marque plus aucune hésitation en abordant ces haies, cju'on a constaté de plus que le cheval les saute de bonne volonté, on peut substituer une barre à l'une d'elles.

Bien que cette barre, toujours pour éviter le fâcheux panache, ne doive pas être fixée aux montants qui la supportent, elle otîre au choc plus de résistance, et, si le cheval la touche une ou deux fois des genoux, il ne tardera pas à faire un effort plus vigoureux pour éviter le retour de tapes qui lui auront fait mal.

On la haussera petit à petit, et bientôt le gamin ou la gamine sera tout étonné d'avoir passé facilement un obstacle haut de soi.xante-dix ou quatrevingts centimètres, dont l'aspect l'aurait, quelques mois auparavant, rempli d'une respectueuse terreur, et que, sous aucun prétexte, il n'aurait consenti à aborder.

Si Tobstacle donne de la souplesse à l'enfant, la route seule lui procure l'endurance qui fait le véritable cavalier. Seulement, comme la plupart des choses utiles, la route en elle-même est peu amusante et ne le devient que par le but qu'on poursuit en la faisant.

C'est aux parents de rendre ce but alléchant : visites aux environs chez les voisins qui ont des enfants

aimables, ou, mieux encore, parties organisées sur un point quelconque du territoire, avec la perspective d'un bon goûter en plein air en nombreuse compagnie. Voici le programme à suivre en pareille circonstance : Rendezvous général dans un site particulièrement pittoresque et ombragé. Départ aux heures matinales, de façon à profiter de la fraîcheur pour la première partie du trajet. Repas cordial et animé pendant les heures pesantes du miheu du jour : jeux variés pour les enfants, causerie, et au besoin sieste en plein air pour les parents, afin de reculer le plus possible le moment du retour, de façon à rentrer seulement pour le repas du soir.

En renouvelant fréquemment ces expéditions, le père de famille aura bientôt mis à la fois sa cavalerie et son personnel en état de faire des étapes de plus en plus sérieuses. C'est malheureusement au moment où les enfants sont sur le point de devenir des cavaliers et des amazones accomplis qu'il faut renoncer à cet enseignement par la pratique, de beaucoup le plus agréable. Ils ont grandi, et il est temps qu'ils se consacrent aux études sérieuses. Pour les jeunes filles, ce sont les cours, le piano, le solfège; pour les garçons, c'est le collège avec toutes ses conséquences. Séjour à Paris et travail forcé aux heures consacrées à la promenade au Bois. A cette heure | critique, beaucoup d'enfants abandonnent radicalement l'équitation et n'y retournent que beaucoup plus tard. t^J

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Ceux dont les parents estiment quelle constitue la meilleure des gymnastiques s'arrangent de telle sorte qu'elle ne soit pas tout à fait abandonnée; mais, de toute façon, et quelque bonne volonté qu'y puissent mettre les papas, rheure de l'équitation libre est définitivement passée. Plus de promenades à travers champs, plus de longues chevauchées au milieu des plaines et des vallées! Au lieu des grands horizons, plus rien que les quatre murs du manège! Plus de cheval attitré aux allures duquel on est fait, dont on connaît les habitudes, les manies, et dont on prévoit toutes les lubies. — A sa place, un animal quelconque, abruti, à moins qu'il ne soit exaspéré, par les milliers de mains plus ou moins inhabiles ou brutales qui l'ont successivement conduit, l'inévitable cheval des commençants ! ! ! Que vous ayez déjà monté ou que vous en soyez réellement à vos débuts, votre première séance de manège se passera toujours sur le dos de cet animal invraisemblable, innomable dans toutes les langues connues, et spécialement destiné à renseigner l'ècuyer chargé du cours sur les aptitudes de l'élève qu'il voit pour la première fois. Cette première séance constitue en effet un examen préalable, auquel aucune protestation ne saurait vous soustraire. Les maîtres de manège ont vu tant de gens qui affirmaient savoir monter, et qui, mis à l'épreuve, laissaient voir une ignorance absolue, qu'ils sont devenus quelque peu incrédules, et que, comme saint Thomas, ils demandent à voir avant de croire. Ils écoutent, par politesse, tout ce qu'il vous plaît de leur raconter, mais concluent toujours de la même façon : « "Veuillez essayer le cheval! » Or, on n'essaye pas ledit cheval, c'est au contraire lui qui vous essaye.

Une fois embrigadé dans une reprise, vous devenez un simple numéro qui se comporte plus ou moins régulièrement. Si tout marche à peu près convenablement, si vous tenez vos rênes selon la formule qui vous a été indiquée, si votre jambe est suffisamment descendue, et si vous avez le corps rejeté en arrière, Técuyer, qui ne sait pas même votre nom, ne vous fera pas une seule observation pendant la durée de la leçon. Mais si vous ne gardez pas vos distances, si votre cheval, plus allant que le précédent, lui pousse la croupe du nez, si celui-ci, moins insensible que ses congénères, remue seulement la queue, les objurgations pleuvront sur vous dru comme grêle. Votre position sera sévèrement critiquée. — Voyons, numéro 3, pourquoi restez-vous en arrière et vous cramponnez- vous comme un naufragé? Effacez les épaules! descendez la jambe! Mais descendez-la donc! ! Est-ce que vous avez une crampe'.' De la souplesse, que diable! de la souplesse!!!!

Le supplice du manège dure autant que les étudeS classiques. Pendant des années et des années, on tourne pendant une heure par semaine, au pas, au trot, puis au galop, tout le long des murs du même quadrilatère; exercice qui provoquerait infailliblement un malaise assez analogue au mal de mer, si le professeur d'équitation n'avait pas, toutes les dix minutes, l'attention d'ordonner à haute et intelligible voix : « Au point C, messieurs, changez de main ! » Ce qui équivaut à dire, en langage vulgaire : Arrivés au point C, vous traverserez le manège, et vous continuerez à tourner dans le sens contraire de celui dans lequel vous avez précédemment tourné. Comme on n"a jamais expliqué au plus grand nombre des élèves présents ce que veut dire « Changez de main! « la plupart ne font rien de ce qu'il faudrait pour obtenir le résultat demandé. Il est d'ailleurs bien inutile qu'ils se préoccupent du sens d'un commandement quelconque, puiscjuc les chevaux les connaissent tous et les exécutent d'eux-mêmes.

Pour les jeunes gens qui ont déjà monté en plein air de vrais chevaux^ le manège à l'intérieur est cependant beaucoup moins pénible que le manège pratiqué à l'extérieur. La promenade hebdomadaire et collective à laquelle les collégiens ont l'habitude de se livrer le jeudi, constitue pour eux une terrible corvée; et j'en connais qui, pour éviter cette exhibition périodique, n'ont jamais hésité à commettre, le mercredi, un méfait quelconque dans le seul but d'être consignés le lendemain. Si les tout jeunes, chez lesquels l'amour-propre n'est pas encore très-développé, ne songent qu'au plaisir d'être en plein air, les grands sont profondément humiliés de se voir conduits en troupe, obligés de suivre un itinéraire déterminé' à l'avance et de circuler processionnellcment au milieu des cavaliers indépendants Ils s'imaginent, bien à tort, qu'ils sont l'objet de l'attention générale.

Ils souffrent d'être vus dans un uniforme sur le prestige duquel ils ne se font aucune illusion, et, comme ils se rendent également compte du peu de valeur de leurs montures, ils craignent qu aucune des tares, résultats des longs services des vieux restes de bons chevaux chargés de les transporter, n'échappe à l'examen du public; ils rougissent à l'idée d'être reconnus en si modeste équipage par les anciens camarades récemment libérés du collège et déjà possesseurs de chevaux de prix. Toutes ces terreurs sont chimériques. Les habitués du Bois connaissent dès[ longtemps le spectacle d'un pensionnat en promenade, et Texamen qu'ils en font au passage est absolument sommaire. Quant aux camarades nouvellement émancipés, ils sont trop préoccupés de l'effet qu'ils peuvent produire pour se rendre très-exactement compte de Feffet produit par autrui.

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La leçon particulière est certainement la plus agréable façon^ comme la plus profitable, de pratiquer le manège. En faisant le cours général, les écuyers expliquent certainement avec autant de soin les principes de l'équitation, et cependant leur enseignement est cent fois moins efficace. Il y a entre les deux manières de procéder la même différence qu'entre la classe commune du lycée et ce qu'on appelle la répétition particulière. En cours public, les leçons s'adressent à tous les élèves, et c'est à chacun d'eux à savoir en profiter; mais comment bénéficier d'une leçon qu'on n'écoute pas? C'est malheureusement ce qui arrive le plus souvent; par contre, on est bien forcé d'entendre ce qui vous est directement adressé et de comprendre une question à laquelle on est sûr d'avoir à répondre

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Dans un téte-à-tête d'une heure, le professeur est bien forcé de constater le défaut de position qui nuit à l'assiette de son élève, et de donner une autre .forme à ses observations en voyant que sa première rédaction n'a pas été comprise. Dans ces conditions, les progrès ne se font pas longtemps attendre, si l'apprenti cavalier est conformé physiquement et moralement de façon à pouvoir en faire. Son professeur s'intéresse alors à lui 'et lui fait monter tous les chevaux de l'établissement. 11 varie les exercices, lui apprend les changements de pied, l'habitue aux obstacles, et, pour finir, le met aux prises avec le sauteur. Quand il est en état de résister aux facéties de ce dernier, il mérite d'être compté au nombre des cavaliers solides.

La leçon particulière est incontestablement le mode d'enseignement qui donne les résultats les plus rapides. Aussi est-ce le plus généralement adopté pour les jeunes filles, dont la mise en selle demande toujours plus de précautions que celle d'un garçon. Si celui-ci n'apprend la solidité qu'à ses dépens, c'est-à-dire après une série de chutes inoffensives, il n'y a que demi-mal. 11 n'en est cas de même pour une femme. Avec elle, quand on veut éviter l'accident, le mieux est de prévenir toute chute. Et c'est pour cela qu'il est sage de la confier pour ses débuts aux mains les plus prudentes et les plus expérimentées.

11 kiut qu'une femme soit gracieuse à cheval, ou qu'elle n'y monte pas. La haute école, qui, en équitation, équivaut à la danse, est une étude de première nécessité, car ce n'est qu'en sachant donner à sa monture des mouvements harmonieux et cadencés qu'elle pourra faire ressortir sa propre souplesse.

Un homme peut monter médiocrement à cheval. Il peut arguer, pour sa défense, qu'il pratique tant bien que mal un exercice utile et pour ainsi dire obligatoire par le temps de service militaire qui court. Une femme ne peut pas invoquer la même excuse. Si elle monte, elle doit bien monter.

C'est au cours de haute école qu'ont lieu les premiers exercices de saut 3 les obstacles n'y sont pas d'une grande férocité, leur élévation au-dessus du niveau du sol n'est pas exorbitante , et leur fixité cède au moindre choc. On a soin en outre de ne faire participer à cette reprise spéciale que des chevaux d'un dressage achevé. Somme toute, la plupart des dangers du steeple-chase ont été soigneusement éliminés.

C'est cependant une excellente préparation aux promenades faites à la campagne, à la chasse, où l'on peut avoir à traverser une rigole ou faire enjamber un tronc d'arbre.

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A cheval, tout ce qui a pour but de donner aux mouvements une plus grande précision est d'une incontestable uti lité. A ce point de vue, le jeu des bagues mérite d'être conservé, bien que dans l'équitation courante les occasions dans lesquelles les jeunes personnes puissent tirer parti de l'adresse qu'elles y ont acquise, soient excessivement rares. On peut, à la vérité, en dire autant de tous les exercices qui constituent le carrousel militaire. On lance peu de javelots à la tète de l'ennemi, et nos valeureux officiers ne ramassent qu'exceptionnellement à la pointe de l'épée les têtes ^éparpillées sur les cliamps de bataille.

Pour les garçonSj la solidité est plus essentielle que la gràce^ et ils agissent selon la raison en saisissant toutes les occasions de consolider leur assiette. Un bon complément à leurs études du manège^ c'est la fréquentation de la piste d'obstacles établie par les soins de Tédilité autour du tir aux pigeons. En s'y rendant de bonne heure^ ils pourront s'habituer dans la solitude aux difficultés du saut^ et si leurs chevaux manifestent quelque répugnance pour ce salutaire exercice^ le public, à ces heures matinales, ne sera pas témoin de luttes dans lesquelles le dernier mot ne reste pas toujours aux cavaliers. Or, chacun sait qu'une chute ignorée est à moitié oubliée.

Les travaux préliminaires exécutes au tir aux pigeons pourront éviter aux cavaliers qui sy seront consciencieusement livrés des humiliations plus graves lorsqu'ils débuteront dans la noble carrière de vénerie En chasse, Il est rare de ne pas avoir un public, et souvent un public féminin au moment où Ion a des difficultés avec sa monture. 11 taut être en mesure de réprimer ses velléités d'indépendance sans risquer de compromettre son équilibre, et Ton n'est sûr de sa solidité qu'autant qu'on l'a sérieusement éprouvée. Rien n'est plus lamentable que la situation d'un veneur équipe de pied en cap, courant inutilement à la suite d'un cheval bien décide à ne pas se laisser rejoindre.

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Le plus dur de la chasse à courre est à coup sûr la retraite quand l'animal a eu la fantaisie de se faire prendre à une forte distance du point d'attaque. Quand, aux nombreux kilomètres consacrés à la poursuite, il faut ajouter un nombre de lieues respectable avant de regagner son domicile, le plaisir qu'on s'est procuré paraît chèrement acheté. C'est, en etfet, un dur métier que celui qui consiste à faire de la route sur un cheval éreinté qu'il faut actionner de la jambe par un tambourinage perpétuel, trop heureux quand des signes évidents de fatigue ne vous forcent pas à mettre pied à terre et à traîner votre cheval par la figure.

Le rallye-paper est maintenant suffisamment entré dans nos mœurs pour qu'il soit devenu le complément indispensable de toute éducation équestre, masculine ou féminine.

Les jeunes filles y trouvent l'occasion d y montrer tout ce que leur caractère comporte d'audace.

Quant aux jeunes hommes, ils peuvent y faire preuve d une somme de galanterie fort estimable en se laissant battre par le plus grand nombre d'amazones possible

Pour donner le dernier vernis à leur éducation de cavaliers, les jeunes gens désireux de prendre tous leurs grades es sciences hippiques feront bien d'aller suivre quelques chasses à Pau ou en Angleterre.

Ils feront ainsi plus ample connaissance avec les véritables obstacles inconnus dans nos provinces centrales. Ils acquerront, grâce à ce sport, une décision, une hardiesse, une maestria que vingt ans de promenade au Bois ne leur procureraient pas et que la plus longue pratique des chasses circonvoisines serait incapable de leur donner.

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Ils seront, gmcc à cette énergique préparation, en mesure de briguer les suffrages de la toule et de cueillir les lauriers qu'on récolte a la Croix de Berny et autres lieux de réunions privées. Ils seront à la fois capables d'aborder des obstacles d'aspect redoutable et de conserver la notion du train indispensable pour se conduire correctement dans ces épreuves publiques. Ils seront, en un mot, passés maîtres et n'auront plus qu'à se maintenir dans un état d'entraînement suttisant pour garder la place qu'ils auront conquise dans le monde des gens de cheval.

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S'ils appartiennent à l'armée^ ils trouveront facilement l'emploi de leur habitude del'obstacle, soit qu'ils aillent au concours hippique courir la Coiife ou le Prix des Dames avec leurs chevaux d'armes, soit qu'ils prennent part aux nombreux steeple-chases militaires. Qu'ils optent pour l'un ou l'autre emploi de leurs aptitudes spéciales^ ils peuvent être sûrs que leurs notes et leur carrière n'auront pas à en souffrir, maintenant qu'on s'est enfin aperçu qu'il était utile à un officier de cavalerie de monter correctement et carrément à cheval.

Par\enu,s a ce poinl, les jeunes gens se mettent volontiers à sortir seuls. Le rôle des parents se trouve ainsi tout naturellement limité. Leur fonction d'accompagnateurs n'a plus de raisons d'être, et les seules corvées qu'il leur reste à accomplir sont les promenades dans lesquelles ils ménagent à leurs tilles des tète-à-téte en plein air avec leurs tiancés. Ils accomplissent généralement de bon cœur ce dernier sacrifice, en pensant qu'ils sont sur le point d'atteindre au résultat définitif.

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