X PRÉFACE
nous campe un Saül émmoraliste entiché de David, alors qu'aux charmes éphébiques de ce mignon harpiste, le souverain préférait sans conteste la vigueur du guerrier Jonathan « dont l'amour dépassait l'amour des femmes ».
En passe de devenir classique, puisque le professeur Lalou lui consacre tout un chapitre de son Histoire de la Littérature contemporaine, Marcel Proust, minutieux analyste du « Vice de Tibère », immortalise dans Sodome et Gomorrhe, sous de transparents pseudonymes, le diplomate Norpoix, le peintre Elstir, l'écrivain Bergotte et Charlus surtout (peut-être cousin de ce lord Chelsea qu'exaltait la folie érotique d'un danseur étranger, interné comme Nyinsky) l'inoubliable M. de Charlus, Corydon aristocratique de gracieux Alexis roturiers.
Il serait injuste de ne pas mentionner l'entourage du prétendant don J't'aime, ces Petits Messieurs pourvus par Francis de Miomandre d'un air de famille, « imberbes, enfantins, ravissants, les joues couvertes d'une couche de poudre», le gosse Aristide qui rôde autour des lycées, comme le poëte, blême, un peu piqué, mélancolique en outre, qu'un jeune livreur de chez Potin, gavé jusqu'à l'écœurement de vers idéalistes, abandonne un beau matin en lui emportant ‘ses bijoux. Enfin, un chef-d'œuvre : personne, ni même Francis Carco qui l'a buriné avec une nonchalante audace, ne fera mieux que Jésus la Caille, lope louche et lâche.
Fatalement, ce touche-à-tout mégalomane de Zola (quelquesuns de ses intimes le savent et la Revue de Psychologie appliquée a signalé ce projet), devait consacrer un tome des Rougon- Macquart à l'inversion sexuelle. Comment n'aurait-il pas, juché sur des théories de Claude Bernard mal comprises, prétendu étreindre cette question délicate après avoir embrassé tous les sujets, depuis l'Hérédité jusqu’au rôle social des Grands Magasins de Nouveautés, en passant par la guerre de 1870 ? On les devine, on les voit, ces pages de visionnaire naturaliste, massives et floues, bâclées avec une hâte lourde. Le temps lui manqua. Tant mieux.