‹ L'Érysipèle et des œdèmes de la peauChapitre 21 sur 35 · OR · texte numérisé non relu

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se produire, persister, et envahir la peau qui s'indure. Rigler, en publiant des cas d'œdème chronique de tout un membre, survenus consécutivement à la suppuration et à l'atrophie fibreuse des ganglions inguinaux, a depuis longtemps signalé et établi cette variété étiologique d'æœdème admise ensuite par Virchow comme un œædème lymphatique. Les observations VIII, XII, et surtout les deux suivantes montrent des exemples de cette forme d'œdème cutané et sous-cutané. Le plus souvent on n’observe dans ce cas, outre la dilatation des lymphatiques prolongée jusque dans le derme et l'infiltration de lymphe, que l’induration fibreuse des ganglions signalée par Rigler. L'observation suivante est un exemple de cet æœdème lymphatique simple.

OgservarTion XVIII — Œdème lymphatique du scroltum et de la peau de la verge. — Transformation fibreuse des ganglions inguinaux consécutive à des chancres. (Observation recueillie dans le service de M. Lailler par M. Baréty).

Bazin (Édouard), charretier;, âgé de 32 ans, entre le 10 juillet 1872 à l'hôpital Saint-Louis, salle Saint-Louis, dans le service de M. Lailler. En mai 187 il eut 2 chancres à la base du gland. Ces chancres s’ac- * compagnèrent d'un œdème considérable de la verge, empêchant dès le début la mise à nu du gland, et d’une tuméfaction douloureuse des ganglions inguinaux.

Depuis lors, des ulcérations que l’on a rapportées à des plaques muqueuses se sont produites aux bourses, au pourtour de l’anus et sur la lèvre inférieure. Depuis lors pas d’autres accidents.

L’œdème a persisté et le malade entre à Saint-Louis dans l’état suivant. Les bourses et la peau de la verge sont le siége d’un œdème chronique offrant le caractère éléphantiasique. Le gland peut être cependant mis à nu bien qu'avec peine; les testicules, que l’on peut sentir dans les bourses, à travers la peau épaissie et dure, sontintacts.

Le gonflement consiste en un œdème dur, indolent, qui cède à peine à une pression prolongée du doigt. Cet œdème occupe principalement la peau du scrotum et de la verge, qui est rose et lisse. Les ganglions inguinaux sont indurés et plongés au milieu d’un tissu empâté. Ils offrent le volume d’un gros haricot, et sont de consistance fibreuse et indolents.

Cet œdème chronique n’est nullement amélioré par l’hydrothérapie. Le malade sort non amélioré le 10 septembre 1872. Il n’est point survenu d'accidents syphilitiques.

I existe aussi quelquefois dans cette forme d'œdème, outre l'induration fibreuse des ganglions, une forme singulière de lymphangite chronique caractérisée par une induration indolente formant autour du vaisseau une plaque allongée, dure et parfois noueuse. C’est cette forme de lymphangite qui, on le verra bientôt, se produit ordinairement quand la pression devient tout à fait exagérée dans les lymphatiques.

OBsERvATION XIX. (Personnelle.) — Tuméfaction inflammatoire chronique des ganglions de l'aine, lymphangite tabulaire chronique. — Œdème chronique.

Duport (Cléophas), garçon limonadier, âgé de 23 ans, entre dans la salle Saint-Louis (hôpital Saint-Louis), le 3 janvier 1872. Son père est mort il y a quelques aunées d’une affection pulmonaire ; sa mère d'une tumeur maligne (cancer) qui, après avoir débuté par l’un des orteils et nécessité son ablation, s'était reproduite peu après dans la masse ganglionnaire de l’aine à gauche.

Cet homme, à l’âge de 15 ans, eut une fièvre typhoïde; comme accidents vénériens il n’accuse qu’une chaude-pisse qui guérit en 15 jours et ne fut pas accompagnée de gonflement notable des ganglions de l’aine. Il avoue être un buveur. Au mois de mai dernier, sans aucune cause appréciable; pas même les fatigues du siége, auquel il n'avait que peu participé, il vit survenir à la partie supérieure du triangle de Scarpa une tuméfaction ganglionnaire peu douloureuse pendant le repos, mais qui empêchait le redressement complet du membre, par la raideur qu’elle déterminait au pli de l’aine. À ce moment il n'existait aucune tuméfaction de la jambe, ni plaie d'aucune sorte. Le malade était alors dans son pays, on lui posa des sangsues, des cataplasmes et des emplâtres résolutifs ; malgré ce traitement, au bout d’un mois, la poussée congestive aboutit à la suppuration de deux glandes qui s’ouvrirent et se cicatrisèrent en six semaines environ. Il sortit de ces ulcérations, dit le malade, un liquide blanc comme du lait. On voit encore aujourd'hui les cicatrices, qui sont du reste peu apparentes.

De retour à Paris, il consulta M. Ricord, qui annonça d’autres abcès prochains dans le pli de l’aine et ordonna des badigeonnages avec la teinture d’iode et des bains salés ; les abcès ne se produisirent pas, mais la partie inférieure de la jambe commença à enfler. Après un assez long séjour à la campagne, il revint consulter M. Ricord. Il avait essayé de reprendre son travail : la tuméfaction du membre infé-

rieur avait augmenté, elle était extrême ; M. Ricord lui conseilla d’entrer à l'hôpital, il s’y présenta le 3 janvier dans l’état suivant :

la masse ganglionnaire tuméfiée est, bridée et coupée en deux par le ligament de Fallope;, au-dessus, de. ce ligament, le groupe des. glandes longitudinales est, fondu en un cordon dur, subjacent à la peau, qui est épaisse et rouge ; au-dessous du ligament, le triangle de Scarpa est rempli par une énorme masse ganglionnaire grosse comme deux œufs environ, molle, non fluctuante, mais comme élastique ; à la surface de cette tuméfaction principale se détachent des bosselures qui paraissent formées par de petites adénites, satellites de la principale. Le palper abdominal permet de constater la présence de masses ganglionnaires dans la fosse iliaque gauche et de masses ganglionnaires moins prononcées dans la fosse droite. Les téguments qui recouvrent les ganglions de l’aine n'’offrent rien de spécial, rien qui puisse être considéré comme le point de départ de cette adénite chronique. Il n'y a rien non plus à noter au pied.

Dans l’aine droite il y a un développement moyen des ganglions de la région, mais-rien de caractéristique.

La cuisse, la jambe, la région malléolaire du côté gauche sont le siége d’un œdème très-marqué, maïs disparaissant. partiellement, dit le malade, lorsqu'il garde le repos. Au-dessus des malléoles on trouve une bande rouge sombre, qui paraît due à la constriction habituelle qu'il exerce pour pouvoir mettre ses souliers. La peau de la jambe est non-seulement épaissie, elle présente encore un notable degré de pachydermie ; sur les deux jambes des varicosités cutanées, surtout à gauche.

La masse ganglionnaire inguinale et l’œdème de la jambe sont réunis le long de la face interne de la cuisse par une large bande indurée présentant une largeur de trois travers de doigt et se perdant en bas dans l’œdème. Cette traînée, tout à fait analogue à une lymphangite tabulaire profonde, reproduit d’ailleurs ce type en l’exagérant : on a la sensation d’une règle plate, un peu épaisse, enveloppée dans une étoffe. Il u’y a pas de rougeur, ni de desquamation au niveau de cette lésion qui suit rigoureusement la direction des lymphatiques qui se jettent dans les ganglions du triangle de Scarpa.

Les ganglions latéraux du cou sont peut-être un peu développés. On ne trouve rien au cœur, rien à l’auscultation de la poitrine, si ce n’est un peu de rudesse au sommet gauche. Le malade est un buveur, il n'a cependant pas de trémulation des doigts. La peau de l’avant-bras est fine et douce.

4 janvier. Au lit, l’œdème diminue, mais l’épaississement de la peau persiste. Dès que le malade marche, la jambe enfle.

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