‹ L'esbroufe; comédie en trois actesChapitre 10 sur 47 · M""' M A U T II !■; K É G M 1 K R · texte numérisé non relu

M""' M A U T II !■; K É G M 1 K R

(Phoiogrïipliie XaJar).

IIERMANX

Je pense, petite Anna, que dans quelques mois je vous aiderai souvent à faire le lit, mais jamais à retirer le pont.

ANNA, avec conviction.

Oli ! jamais ! {Ils s'embrassent.) Qu'avezvous là ? dans la poche de votre veste ? Estce pour moi ?

IIERMANX

Je n'y songeais plus ! Voyez ce que j'ai trouvé tantôt chez le libraire.

ANNA

Un roman français !

IIERMANN

De M. Daniel Jobelin.

ANNA

L'ami de M. Belgrand ! Le pensionnaire que j'attends ce soir! {Elle tourne cl retourne le volume.) Sous bande, comme les livres des écrivains célèbres, avec un point

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d'exclamation après le nom de l'auteur... Hermann, j'ai envie de laisser traîner ce volume sur la table, avec la bande et le point d'exclamation : ça flattera M. Jobelin.

IIERMANN

Je pense, petite Anna, que ça le flatterait ivantage si vous décbir vous coupiez les feuillets.

davantage si vous décbiriez la bande et si

ANNA, lui rendant le livre.

Faites comme vous l'entendrez... Je vais voir s'il ne manque rien.

IIERMANN

Vous avez entendu l'bistoire de la répétition, que Niklaus Vogel racontait tout â l'heure? M"'^ Alinari est jalouse de M. Ricbter et l'accuse de faire la cour à votre petite Lili Blumentbal,

ANNA

J'espère qu'il n'en est rien, Hermann; cela ferait tant de chagrin à Hans !

IIKRMANN

Et Dieu sait ce qui pourrait arriver ! Car M'"® Alinari ne parle que d'empoisonner les gens ou de les poignarder pour de bon, comme dans les tragédies qu'elle joue.

ANNA, se blottissant contre Hoi-mann.

Oh!

IIERMANN, souriant.

Ne vous effrayez tout de même pas.

Je ne m'effraie pas, Ilcrmann : je ne prends pas cela au sérieux... Toutes ces étrangetés ne font que me divertir... et me griser.

IIERMANN

Oui, petite?

Elle fait signe que oui ; elle sourit mystcrieusemcnt. ANNA, reprenant.

Il est certain que depuis deux mois...

depuis que les gens de théâtre sont parmi nous... notre vie n'est plus la même... nous ne respirons phis le même air... l'aspect

des choses est changé... Et comme la seule chose à quoi je prenne garde est notre amour, c'est notre amour cjui me paraît embelli et transfiguré... Avez-vous entendu l'histoire de l'enfant qui s'était déshabillé au bord de la rivière, et à qui la reine faisait donner des vêtements de prince, et qu'elle emmenait dans son carrosse? Il me semble que notre amour était ainsi, naguère, un petit garçon bien modeste, bien bourgeois, et que maintenant il est habillé comme un page de théâtre, comme un prince de poésie.

HERMANX

Chère, chère Anna...

Long baiser, long silence.

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