‹ L'escarmoucheChapitre 29 sur 83 · M. JULES GUESDE · texte numérisé non relu

M. JULES GUESDE

tain es gens affectent .de n'accorder qu une confiance relative aux hommes

nouveaux appelés à la direction affaires publiques par la démocratie triomphante. Ils ne semblent pas croire que ces favorisés du grand suffrage doivent se

montrer supérieurs, intellectuellement, il n’est

point question de moralité, bien entendu aux

représentants des -anciennes couches parlemen-

Le suffrage universel, il faut bien l’avouer n’a pas donné jusqu’ici tous les résultats qu'on en pouvait attendre. Mais peut-être cela tient-il simplement, à ce que les électeurs, peu habiles encore à manier le bulletin de vote, celte arme dont chaque jour démontre l’efficacité, disposaient de leurs voix en faveur de candidats choisis au petit bonheur — pour une phrase à panache hurlée à la tribune ou devant le zinc d'un comptoir pour six mois de prison décrochés à propos, pour n importe quoi. — 'Il leur était difficile, d’ailleurs juSqu’A maintenant, de procéder, d’une autre façonles pépinières d’hommes d’Etat manquaient absolument, et les séminaires de législateurs n’existaient pas. Aujourd hui. les conditions changent. Un parti s’est formé — exclusivement politique, remarquez-le

— organisé et hiérarchisé, dans les rangs d-uquel la démocratie avisée pourra trouver des mandataires et découvrir enfin des représentants dignes d’elle. Ce parti a son programme et sa méthode d’action

— nous le vîmes à Carmaux et, plus récemment

dans le Nord. Ailleurs, si vous voulez. — Il a aussi ses chefs — dont la fonction, semble-t-il, consiste à lourmr une garde d'honneur au grand-prêtre • M. Jules Guesde. b ‘ '

Ce pontife vient de s’installer au Palais-Bourbon Quelques-uns de ses lévites l’ont accompagné D’autres s’apprêtent à les suivre, escortés eux-mêmes d’un groupe compact de partisans. Et. s'il est permis de juger une armée d’après les hommes qui la commandent, nous pouvons être assurés que, grâce à l’imminente entrée en scène de ces messieurs. — car le discours de M. Jaurès n’était qu’un avant-propos., — le Parlement pourra voir encore de beaux jours.

Vous connaissez M. Jules Guesde?

Physiquement : un homme entre deux ou trois âges, aspergeoïde et couleur muraille, dont le système pileux, au premier abord, déconcerte (a est long, noir, et ça se dévide en larmoyant] L’impression est attristante; involontairement, on cherche une bobine. Je n’oserais conseiller à M. Guesde de modifier la coupe de sa barbe - mais peut-être ferait-il bien de la teindre en blanc’ ainsi que le lui suggérait, dernièrement, un journaliste interprète de la pensée générale. Ça éclaircirait la physionomie, qu assombrit une expression d’ironie un peu cruelle, soigneusement dissimulée Pourtant, à califourchon sur un nez que jalousent les chiens de chasse, le binocle pétille d'intelligence ; et le front donne à réfléchir.

Moralement : M. Jules Guesde se prénomme Jules. Et nous apprîmes naguère, par le Figaro qu il se contente, pour ses ablutions, d’une cuvette grande comme une tasse. Prénom monosyllabique — à la chiite d’un alexandrin. — Goût simple.

Intellectuellement : c’est un cerveau — presque un crâne. 1

Comme journaliste, M. Guesde a fait .ses preuves Il possède une manière à lui de noircir les deux colonnes indispensables. Son système consiste à reproduire^— n'allez nas lire démarqu . Ce pi ’ '

de leur dignité, il va droit devant soi, ne s’inquiétant de rien, filant sa théorie jusqu’au bout. Dans toutes les pages qu’il a publiées, la doctrine seule apparaît; l’homme n'existe pas... Et le style? C'est

Comme orateur. M. Guesde jouit d'une réputation méritée. Ce n’est pas tout à fait un tribun, mais ce n’est déjà plus un rhéteur. Il serait difficile à classer, sans la découverte du phonographe. Sa caractéristique, c est le soin qu'il prend de ne lâcher aucun mot qui ne parte du cœur — de Karl Marx. — C est un dialecticien serré qui se laisse rarement dévoyer. Une seule fois, il se vit emporté par une fougue bien en dehors de son caractère. On suspectait sa sincérité.

— Douter de nous ! s'écria-t-il. Nous qui, en 71. s fait fusiller jusqu'au dernier ' 1 dé ' '

l'errez comme vous qu’avant d’ai

Ce jour-là. je crois, il 1 se soit :

Bottin du Marxis

pation sociale de Narbonne, il traitait les députes d'arracheurs Je dents; et que

es bornes. Qu’on

neltrai

tait iusiller jusqu’au demie difficilement qu'on puisse s'en vanter. Je ne dis point que c’est inavouable de cadavres.

pour une collectivité

M. Guesde est un homme heureux J'entends par là qu’il a de la chance. O11 s'en aperçoit à la façon dont il peut composer l’état-major qui évolue sous ses ordres. Désire-t-il un homme qui n’ait point de patrie, afin de pouvoir les adopter toutes — successivement? — 11 trouve .M. Pablo Lafargue. — Un disciple à l’air cavalier? M. Duc-Quercv enfile ses bottes à la Plista. — Un paravent? M. Ferroul lui présente ses oreilles.

Ces aides-de-camp 11e sont pas MM. Deville et Baudin m’en voudraici

les seuls, -tient si je les

oubliais. Dieu m en garde!

Que penser de M. Deville? Tout ce qu'on veut. Que dire de M. Baudin? Rien du tout.

Il en est d'autres encore. Tam pis. J'aime mieux faire des jaloux.

feuille barométrique est la seule qui. vu ses dimensions, puisse convenablement envelopper le corset avec lequel, en le portant sous le bras, cette marquise xvme siècle (style Millerand) traverse l'existence.

Et M. Ferroul ! Croyez-vous qu'il n'a point passé par bien des phases avant d’ancrer en lui les < s que nous

Allez donc le lui dire, et vou serez reçu ! -U vous rappellei

à l’inauguration du monument de Barbés, en 86,. que les' citoyens ont aujourd’hui à leur disposition une arme plus précieuse que le fusil du vieux révolutionnaire : le bulletin -de vote, il fut, en S2. directeur du Tocsin. Un journal an.u çhist.e. imprimé sur papier «rouge, s’il vous plaît, et qui combattait avec acharnement le suffrage universel. Il vous apprendra encore qu'en 83. à la télé de l'Aman ci-

vergogne : est pour

expérimenter, sur lui-même, la valeur de sa métaphore, qu'il consentit à accepter un davier que des électeurs ingrats, et guéris par lui, peut-être, viennent de lui retirer des mains.

M. Guesde, je l’ai dit. pas plus que ses lieutenants, n’arriva de prime saut à la vérité absolue. Dans la première Egalité-, en 79, il avouait avec aisance l'inanité du suflrage universel; mais quand, plus tard, il eut reconnu que le bulletin de vote pouvait donner des résultats — matériels — il le défendit à outrance. Et lorsque, il v a quelques mois à peine, au Congrès de Marseille, le citoyen Thivrier — une blouse bien sympathique, mais un peu naïve — déclara qu’on "ne pouvait rien faire à la Chambre et fit mine de donner sa démission, on vit M. Guesde se précipiter sur le malencontreux blousard et le receinturonner, avec énergie, de l’écharpe à-demi dénouée.

Il ne faudrait pas en conclure que M. Guesde n’est qu’un sectaire, l’esprit étroit et dominateur qu’on s'est plu à représenter. C’est, au contraire. )mmé à vues larges — Al

départ | qui coin

■ procédé, qui parait avoir

ssieurs ont pour principale occupation de se livrer, d’un bout à l’autre du territoire, à une propagande qu’on ne voit pas tout à fait d’un bon œil. en haut et en bas de l’échelle sociale,

Cette propagande doit coûter cher. Et des indiscrets, bien des fois, ont demandé qui payait. M. Guesde aurait pu répondre. S’il ne l'a point fait, c’est, uniquement, pour ne pas chagriner Déroulède...

Griefs plus sérieux : les bourgeois ont reproché aux missionnaires guesdistes de porter le troubledans l'esprit des prolétaires, en leur présentant comme réalisables des conceptions absolument chimériques; et les irrespectueux d’avant-garde les ont accusés — en leur faisant un crime de' leurs tendances dogmatiques et autoritaires — de n'avoir que des visées personnelles. Ils les ont représentés comme des Gaudissarts placiers en bonnets de nuit pour revendications sociales, et qui ne demandent qu'à coiffer, de casques à mèches à leurs initiales l’idée révolutionnaire.

C’est bien mal les connaître. Les Guesdistes sont, avant tout, des convaincus. La preuve que leurs convictions sont sincères, c'est qu’ils ont mis longtemps à les acquérir. M. Guesde lui-mème n’a pas échappé aux doutes nombreux qui viennent assaillir l’homme le plus fort, et diverses influences ont contribué, en fournissant à ses idées le balancier nécessaire, à le doter de cette belle intelligence que nous admirons aujourd’hui.

pas M. Duc-Quercv qui se vantait, t. d’avoir, depuis deux ou trois ans, considérablement modifié le cerveau de son chef de file ? Or, M. Duc-Quercv n’est pas homme à se vanter d’une chose qu'il n’aurait point faite. Nous n'avons qu’à le remercier de son intervention — et à ne pas lui en vouloir d’éperonner ses bottes lorsqu il s en va, escomptant la gratitude collectiviste du professeur las de sa toge, assurer l’élection de centre-gauchers comme M. Jaurès. — Nous aurions aussi mauvaise grâce à le taxer de bourgeoisisme . sous prétexte qu’il autorise Mme Duc- Quercv à n acheter jamais qu'un journal : le Temps. Ce serait vouloir ignorer, de parti-pris, que celte

un homme à vues larges — Allemand, internationaliste et Français en même temps — qui ne se : point de ses principes, certainement, mais i comprend qu'il est souvent utile de 11e pas faire cuve de fanatisme pour imposer ses théories. Je citerai deux exemples.

Pendant l’aventure boulangisle, M. Guesde sut rester neutre, <>u à peu près, i! débinait en soui dine les articles de Rochefort, mais il allait à l’ Intransigeant demander des passes de chemin de fer.

Lorsqu'il quitta le Cri du Peuple, après la nxorl de ce journal, trois quotidiens (ù Radical, dis-moi. t’en souviens-tu?) lui offrirent chez eux une placide correcteur, à raison de dix francs par jour. M. Guesde aurait pu. s'il avait voulu, empocher trente francs tous les soirs. Mais, comme il avait crié à tue-tète contre les intermédiaires qui accaparent la meilleure partie du salaire de l’ouvrier, il résolut de profiter de la circonstance pour leur donner une bonne leçon. Il confia chacun des emplois qu’on lui avait ollerts à un pauvre diable auquel il alloua cinq francs par jour. Et. avant de se coucher, en glissant dans sa tirelire les quinze francs que lui rapportait le travail de ses obligés, il pouvait se flatter d’avoir montré aux intermédiaires cités plus haut toute la hideur de leur exploitation — en leur faisant voir qu’un • collectiviste, lorsqu'il donne de l’ouvrage à ses t se contenter, quand il le faut, d’un i cinquante pour cent.

Je viens de citer le Cri du Peuple. Des gens mal intentionnés ont prétendu que M. Guesde et ses amis avaient déterminé la chûte de cette feuille révolutionnaire. Ils ont parlé de la morgue pédantesque de ses- rédacteurs marxistes, imbibés de dogmatisme eL claquemurés dans leur pontificat théorique; ils ont parlé de leurs amours-propres

ridicules et de leurs jalousies hiérarchiques

Rien de plus faux. M. Guesde lui-même vous dira la vérité. Il vous apprendra que le Cri du Peuple a sombré parce qu'il avait pour directeur... une

M. Guesde, lui. est un homme. C’est même un peu plus : c’est un rude lapin. Comme théoricien, il est seul et unique en son genre. Gomme homme d’action, l’on ne sait pas encore. J’incline à croire,

rêlscarmoticÇ^

cependant, que M. Guesde a reconnu qu’il est quelque chose de plus triste que de monter le Calvaire: c'est de le redescendre; et que, moins sûr de lui-même que de sa doctrine, il tournera toute sa vie autour du mont fatal — pour ramasser des pissenlits.

L’idéal de M. Guesde, c’est la « transformation des luttes économiques en luttes politiques. » Il rèveaussi — cache-toi, manteau troué! — d’établir la « dictature prolétarienne. » Ce n’est pas très neuf, mais c’est peut-être sérieux. Pour arriver à ses fins, M. Guesde possède une méthode. Elle est. dit-il, infaillible.

Aussi, admet-il difficilement qu’on vienne se placer en travers de sa route et mettre les pieds dans son plat — à barbes. — Les révolutionnaires avancés, à ce point de vue, ne lui sont guère plus sympathiques que les bourgeois. S'il leur arrive malheur, tant mieux; et si Lorion est au bagne..... tiens! j’allais dire pourquoi

M. Jules Guesde n’est pas pressé. Il sait comment sc fera la révolution sociale, et quand elle se fera. (Il est un peu le Nostrodamus du socialisme.) C’est une simple opération d’arithmétique. Il s'agit seulement d’attendre que Faberol, multiplié par Chauvin, donne vingt-deux Jaurès et que Walter, multipliépar Lamendin, donne trente-trois Thivrier. Et, pour passer le temps, M. Jules Guesde continue tranquillement à diriger la propagande chez les prolétaires, leur prêchant le calme, l’emploi des moyens légaux, la conquête progressive des pouvoirs publics — et les énervant assez, par l’exaspérant exposé de ses théories décevantes, pour qu’ils se trouvent poussés, un beau matin, absolument affolés, aux extrémités les plus graves.

Alors, quand un fait brutal vient éclabousser, ainsi qu'une grosse tache noire, les phrases doctrinaires des marxistes, quand un malheureux, écrasé par l’impuissance des prédications politiciennes et trop longtemps leurré par les pontiles du socialisme à système, se décide à faire seul, et sauvagement, de la propagande pour ses haines — vous croyez que, ce jour-là, M. Guesde va s’émouvoir? Qu’il va prendre ça au sérieux?... - Allons donc! Comme si ses théories n'étaient pas certaines, son Evangile indiscutable — comme s’il n’avait pas dans sa poche, avec des cornes aux bonnes pages, le Capital de Karl Marx!...

Non, M. Jules Guesde ne s’émeut point. Il sourit dédaigneusement — pour la forme — des impatiences de ces déséquilibrés qui ne savent même pas attendre que le collectivisme, qui s’occupe sans relâche de leur bonheur, leur ait donné le bienêtre.

Non. M. Jules Guesde ne prend pas ça au sérieux. M. Jules Guesde ne le pourrait point, d’ailleurs — car M. Jules Guesde est un homme d’Etat. — Il sourit, simplement, et se remet au travail — à ce travail fécond qui doit assurer, à l’humanité nouvelle, le plus magnifique avenir. — Il hiérarchise les mérites futurs; il établit d’avance des tableaux comparatifs de la valeur des œuvres; il détermine la place exacte que devra occuper, au soleil ou à l’ombre, chaque membre de la société marxiste; il trace le plan de la caserne où il devra vivre, de la cellule où il devra dormir

Car M. Jules Guesde sait que tout doit être prêt pour le grand jour où triompheront ses doctrines — jour heureux, jour béni, jour unique, où l’homme pourra jouir — enfin ! — de la Liberté — au bout d’une chaîne — et de l’Egalité — sous la cloche du Dogme.

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ECHOS

e cabinet Dupuy [vient de s'écrouler. U est tombé sans peur — et meme sans ordre du jour. — C'est ungrand malheur.

Ce cabinet — comme tous les ministères républicains, d’ailleurs — représentait la Révolution française. C’est un peu des grands. principes qui s'en va Si ça continue. .t Enfin !

Il nous répugne d’épiloguer sur ce désastre... Nous voulons constater, seulement, que l’honorable M. Dupuy sut rester lui-même jusqu'au bout, et ne se laissa point entamer. Cette tour — d’Auvergne — résista héroïquement.

Harcelé par un ennemi supérieur en nombre et guidé par un Latin pur sang, enfermé dans des travaux d’approche contre lesquels l’ancienne méthode du dilemme circonvallateur devait rester impuissante, le petit-fils dé Vercingétorix se vit réduit a imiter son ancêtre et à jeter noblement ses armes au César qui l’avait vaincu.

Et lorsque le valeureux Arvcrne, criblé de traits, sentant toute résistance impossible, osa s’écrier, malgré l’évidence et les aveux dé ses collègues :

— Le ministère est au complet !

Chacun comprit qu'il venait de lancer, à la face de l’adversaire qui le raillait du haut de la tribune, l’arme dont il avait su se servir, pendant de longs mois, avec un si remarquable courage : le mensonge.

Un monsieur qui signe : « Un lecteur assidu de l'Escarmouche » nous écrit pour nous déclarer qu’on ne s’aperçoit jamais aussi bien de la pauvreté misérable du régime actuel, que lors des crises ministérielles.

« Par exemple, nous dit-il, M. Carnot, pour avoir des indications nécessaires pour la formation d’un cabinet destiné à gouverner la France, est réduit à s’adresser à des hommes comme MM. Casimir Périer et Challemel- Lacour. Or, toute la carrière de M. Casimir (à quelque point de vue qu'on se place) — je ne veux point parler d’un discours prud’hommesque qui déshonora les murs de Paris — peut se représenter par un chiffre : Zéro. Quant à M. Challemel-Lacour, deux épisodes, seulement, ont laissé leur trace dans son existence : Jadis, il pénétra, un jour de Vendredi-Saint, dans l’église Notre- Dame, avec son chapeau sur la tête ; et, naguère, il sortit dignement de la salle de l’Opéra, où l’on recevait les officiers russes, parce qu’on avait négligé de lui fournir la cloison que nécessitent ses incontinences. Croyez-vous sérieusement, monsieur le directeur, que ces deux hommes possèdent toutes les qualités nécessaires pour déterminer la forme de ce gouvernement que réclame la France — comme le dit si bien M. Fernand Xau, qui s’y connaît ?... »

Nous ne répondrons point à des questions aussi indiscrètes. Du reste, chacun, pour donner la mesure de ses capacités, est libre de choisir son heure. M. Challemel- Lacour est jeune encore — et M. Casimir Périer ne sera pas toujours vieux...

La lettre donne ensuite des appréciations sur le caractère d’hommes publics qui peuvent se voir, d’un moment à l’autre, appelés à diriger nos destinées :

« Qui choisir ? On peut piquer au hasard dans la marmite... Rouvier, l’homme qui préluda à ses travaux sur le Canal de Panama par une étude de la Cour des Fontaines, au Palais-Royal... Ilaynal (David) le roi de pique du jeu du Chemin de Fer... Brisson, l’oncle de son austère neveu... Bourgeois, radical parce que son nom s'écrit avec une majuscule... Loubet, descente de lit de Mme Carnot... »

Notre correspondant nous semble sévère. Nous croyons fermement que, lorsqu’on ne peut porter que de pareils jugements, on doit les garder pour soi. Le fameux : « Pensons-y toujours, n'en parlons jamais, » devrait, ce nous semble, s’appliquer aux ministres qui se succèdent au pouvoir. La République ne pourrait qu'y gagner.

Une dernière question nous est- posée directement. Nous nous refusons ù y répondre. Le public, nous n'en doutons point, nous approuvera. Voici cette question :

« Croyez-vous, monsieur, qu’à une époque où la misère augmente dans d'effroyables proportions, où les affaires n’existent plus, où la banqueroute nous guette ; à une époque où il faudrait — pourtant ! — se décider à agir, à agir vite et intelligemment ; croyez-vous que ce ne soit pas un déplorable et honteux spectacle, que ce duel de l'autre jour entre le réactionnarisme obtus de M. Dupuy et le collectivisme autoritaire et casernier de M. Jaurès ?,.. Croyez-vous que ce soit gai d'être condamnés — car Jnous ne sommes pas au bout, allez ! — à voir notre malheureux pays écartelé, sans pitié, par la bêtise — tiré à hue par des pions lâches et grotesques, et, à dia, par des arlequins trempés dans l’huile?... »

Sans commentaires, n’est-ce pas ?

Les Sociétés de gymnastique de la Seine se plaignent, par l’organe du président de leur association, M. UnTel, de se voir supprimer les allocations que leur attribuait le conseil municipal. Ce conseil, en effet, a négligé, dlabord, de verser aux susdites Sociétés les sommes votées en 1893; et, ensuite, d’inscrire quoi que ce fût à leur intention au budget de 1894.

Nous ne comprenons guère, quant à nous, que le conseil municipal s’embourgeoise de parei'.le façon. D'abord, le défilé de ces Sociétés — composées invariablement, sur dix membres, de quatre officiers, trois clairons, deux porte-drapeaux et d'un affreux drôle culotté de coutil sale et ceinturonné d’écarlate — devait certainement flatter ses instincts démocratiques. Puis, '.'enseignement du coup de pied bas et du coup de poing de masse, aux frais des finances de la Ville de Paris, était un encouragement discret à l'attaque nocturne ; et c'est encore là, peut-être, le meilleur moyen de débarrasser la capitale de ces gens grincheux qui voudraient qu’on balayât les rues, de temps en temps, et qui n’admettent pas qu’il suffise d’arriver de province ou de Cavenne, avec des ongles en deuil, pour siéger à l'Hôtelde-Ville.

A la maison du Peuple, un punch était offert, l'autre )our, aux élus socialistes du 20 août et du 3 septembre. La salle était ornée de drapeaux et d'herbages. MM. Fournière, Jaurès, Millerand, Ernest Roche, etc. prirent la parole.

Quand ils eurent fini, un anarchiste, M. Brunet, demanda qu’il lui fût permis de dire quelques mots. Cette autorisation lui fut refusée grossièrement.

— C’est dommage, dit M. Brunet. Pour une fois que je me trouve en face de tant de députés socialistes, j’aurais bien voulu savoir jusqu’où va leur socialisme.

Là-dessus, les commissaires furent priés par le président de faire leur devoir. Ils le firent. En un instant, M. Brunet fut roué de coups et jeté dehors dans un état lamentable.

Sa demande n'avait pourtant, à notre avis, rien d’excessif.

Il serait même urgent qu’on y répondit.

Nous la reprendrons donc, pour notre compte; et si la réponse n'arrive point, — nous la fournirons

Un peu de politique étrangère.

Mme Adam déclare que « ceux qui doutent de la justice des lois présidant aux destins des peuples'-ont, à cette heure, un moyen facile de se convaincre. »

Là-desssus, celte Eve du paradis diplomatique assure que l’Allemagne est dans une situation désespérée, que l’Italie tire la langue et que François-Joseph crache son dernier poumon.

« L’Allemagne, dit-elle, s’armera sans cesse, sans trêve, jusqu'à épuisement de ses ressources. »

La France, heureusement, n’est point dans une pareille situation. Ou du moins, l’excellente Mme Adam qui discute longtemps avec elle-même — monologue que M. Grisier, pour le mettre à la scene, n’aurait qu'à transformer en dialogue entre Gras-de-Côtelette et La Môme Saindoux — ne prend point la peine de nous le faire connaître.

« La revanche, dit-elle, nous l’avons : Elle est dans la souffrance de ceux qui nous tiennent en souffrance. » Cette pensée réconfortante adoucira, nous l’espérons, les derniers moments des quatre-vingt-dix mille malheureux que tue en France, annuellement, le système de la paix armée.

M. Bjornsterne Bjornson devient assommant. Sous prétexte que le Théâtre-Libre joua, dernièrement, une pièce de lui, ce Norvégien obsède la presse des réclamations les plus inattendues. On lui a changé ceci, cela-, un jour, sa mise en scène ; le lendemain, son dénouement. A l’entendre, on a transformé sa Faillite en une simple Liquidation judiciaire.

En admettant que ce soit vrai, qu’est-ce que ça peut bien nous faire?

On nous donne une pièce pour une pièce norvégienne. Nous nous y amusons ou nous nous y ennuyons ; c'est notre affaire. Mais nous nous moquons pas mal qu'on découvre, le lendemain, que l.’œuvre est en similinorvégien. Le trouver mauvais serait aussi bête que d’aller se plaindre, par exemple, de ne plus trouver que des japonaiseries authentiques dans les bazars à treize et d'être obligé, pour contempler de l’imitation, d'aller jusqu’au musée Guimet ou chez M. de Concourt.

On nous objectera, il est vrai, que certaines gens tiennent avant tout à se faire une idée exacte de la littérature et des mœurs norvégiennes. Ces gens-là n’ont pas besoin, pour ça, d’aller au théâtre. Ils n’ont qu'à lire M. Hugues Le Roux — ou à faire venir leurs domestiques de Christiania. — Il y a encore les cartes de géographie, qui donnent d'utiles. renseignements : on

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