‹ L'escarmoucheChapitre 56 sur 83 · REPRESENTATION · texte numérisé non relu

REPRESENTATION

session extraordinaire de 1S93 est 1 w 5 close. . t

Nos députés, après les travaux forcenés auxquels ils se sont livrés depuis tant de semaines, vont enfin goûter chez eux un repos bien mérité.

Tous nos vœux les accompagnent. Que l’oie de Noël leur soit légère et que les effusions congratulatoires de leurs concierges, au jour de l’an, chassent de leur esprit jusqu’au dernier souvenir de l’attentat qui faillit les ravir à notre respectueuse admiration.

Celte Chambre, dont on disait tant de mal à l’avance, a su montrer, par des actes, de quoi elle était capable. Elle a formé des groupes; elle a nommé des commissions ; elle a invalidé des gens

— comme M. d’Hugues — qui furent régulièrement élus; elle en a validé d’autres — comme M. Fl’ourens

— qui n’avaient obtenu qu’un nombre de suffrages tout à fait insuffisant; elle a modifié, dans le sens le plus sage, sinon le plus large, les lois sur les associations et sur la presse; elle a augmenté, dans des proportion « notables, le total dés fonds secrets; elle a voté, d mblée, la quarantaine de millions dépensés, pe lanl la dernière période électorale, pour les besu.ns toujours sacrés de la cause républicano-opportuniste.

Elle a bien mérité de la patrie — représentée, comme il.convient. par MM. Dupuy, Raynal, Spuller et Cie.

Passerons-nous sous silence son œuvre la plus féconde? Non. Le résultat qu’elle atteignit est assez rare pour mériter d’ètre mentionné

La Chambre — cette Chambre si jeune, si incertaine. si inexpérimentée, dont certains sceptiques affectaient de douter — est arrivée à mener à bien l’entreprise la plus difficile que puisse tenter un Parlement : elle a constitué une Majorité.

Une Majorité, comprenez-vous? Une Majorité!...

Un incident, de minime importance en lui-même, a suffi à déterminer cet événement considérable, Béni soit-il !...

Aujourd’hui, au moins, nous, sommes sûrs de nous. Nous savons à qui nous avons à faire. Nous savons que la France est dirigée par des hommes qui n’hésiteront jamais — leurs intérêts étant en

N a v&nc*u aujourd'hui aux enchères publi- K» ques, à l’Hôtel des Ventes, le mobilier de feu Guy de Maupassant.

Nous ignorons si l’on a vendu, en même temps, ia collection de journaux de province dans lesquels le. soi-disant maitre découpait les faits divers qu'il avait le talent — son seul talent hélas ! — de vendre très cher aux journaux, en qualité de contes ou de nouvelles. Les directeurs des feuilles locales en question n'auraient, du reste, rien ' retiré de la vente pas même leiir style qu'accaparait, aux applaudissements de la foule, le soi-disant auteur de Boule-de-Suif.

Les chiens écrasés des départements, dont s'est repu, toute sa vie, le sous-officier caraïbe, ne rapportent à ses héritiers — il faut le dire — que 40.000 livres de rente.

Un .M. Naudin, journaliste dans le Nord, a été arrêté, un peu illégalement, parce qu'il se trouvait en compagnie de deux socialistes. v"

M. Naudin est, assure-t-on, inoffensif: 'Quant aux deux socialistes, MM. Boucher et Verecq, ce sont des hommes terribles.

Dans leur journal, a dit à la Chambre l'honorable M. Raynal, ils ont traité M. Carnot de tigre à face humaine. »

Qu'on compare M. Carnot à ■ tigre, passe encore. Il n'est peut-être question, dar .a pensée de l’auteur de la métaphore, que de la- p- .. de l'animal. Mais qu’on l'accuse d'avoir une Çace numaine, halte-là! C'en est trop, beaucoup trop !...

On n'est pas en bois, que diable !

La circulaire annuelle concernant la tolérance à accorder aux petits marchands et industriels, à l’occasion du Jour de l’An, vient d'être adressée aux commissaires de police. Elle interdit les stationnements de saltimbanques.

Ces mesures policières soni bien vexatoires. Voilà, du coup, M Ranc obligé de faire ressemeler ces fameuses chaussures trop étroites avec lesquelles, jadis, il voulut quitter Lambessa.

Il parait que chaque courrier amène, à l’adresse de Vaillant, à la Santé, des mandats et des bons de poste.

Dire que nos représentants n'ont trouvé que ce moyen pour se mettre à l'abri de nouvelles tentatives criminelles ! Nous savons bien que les écus ne leur coûtent guère. C'est égal...

M. Albert Ferry n’avait aucun lien de parenté avec Jules Ferry. Pourtant, le nom qu'il portait, conjointement avec l'homme du Tonkin, ne lui a point porté bonheur.

Il est mort.

Mardi soir, banquet offert à M. Spuller, chez Durand, par l'Association des journalistes républicains.

M. Ranc présidait — du fond d'un placard -- et blanc de peur, naturellement. En face était assis M. Alphonse Humbert, généralement noir, comme de juste. Antithèse charmante — et républicaine. — Des sires de moindre

importance entouraient ces grands seigneurs et fêtaient congrument le! haut baron de l'Instruction publique — tout" pour le peuple, rien pour lui...

Citerons-nous MM. Joseph Reinach, Peyrouton, Delcassê, Evrard, Poignon et Dépassé? Non. Ces tiers écrivains trouvent leur synthèse dans la barbe décorée de M. Canivet.

Quant à M. Henry Maret, dont la dernière chemise sale vient d'être portée à la Morgue — pas exposable, — il s'était fait excuser (par tuyaux).

M. de Mun, si joliment blackboulé aux dernières élections, a eu, l'autre jour, un- moment d'espoir. L'abbé Lemire, blessé lors de l'explosion, sembla un moment dans un état désespéré; et, dame ! son siège de député bien pensant était à prendre, s'il eut rendu son âme à Dieu. Mais l’abbé Lemire s’obstine à conserver son âme et son siège.

M. de Mun, tout déconfit, s'en va conter ses peines, sur le mode mélancolique, à un rédacteur du Figaro. Il se plaint amèrement de M. Poincarré, l'ex-mimstre de l’Instruction publique, qui lui avait promis de le patrqner et qui hésita à révoquer plusieurs instituteurs host'les. L'apôtre du socialisme chrétien avoue, en définitive, •que l'inaction lui pèse.

Nous allons lui indiquer un moyen de trouver immédiatement un emploi. Il n'a qu’à s'adresser à M. Yves Ouvert, au mieux avec les bureaux de placement auxquels il fait, dans le Siècle, une publicité sans mesure. La commission à payer à M. Yves Guyot, en plus des honoraires du directeur du bureau auquel il vous envoie, ne sont pas. croyons-nous, des plus considérables. M. Yves Guyot préfère, parait-il, se rattraper a*j;: ia quantité.

.4 de nombreux lecteurs qui nous demandent des explications sur un de nos derniers échos.

Mais non, mais non! Nous n'avons pas voulu faire d’applications personnelles. Nous n’en faisons jamais. Le docteur. — voisin des plus célèbres — dont il s'agit? Le docteur n'importe qui — excepté, bien entendu, pour un préfet de police, remplacé depuis pas mal d’années, — lui fit octroyer un emploi au bord de l’eau.

Le fils, escroc et voleur, dont nous supposions bénévolement l'existence? Une entité, un symbole : l'ordure. Peut-on mettre là-dessus un nom, — même s'il était destiné aux voisinages les plus imprévus? Impossible.

Les démarches faites au Palais-de-.lustice .- •.... Oui, oui, nous savons bien.... Et puis, apres?... Un père de famille se trouve-f-îl déshonoré parce qu'il a dit à son fils : « Va, fais des dettes, escroque et vole; ne signe que des reconnaissances des sommes que tu arriveras à extorquer; et, s'il t'arrive des ennuis, je suis là pour te protéger ? » Non. Un père de famille qui parle — et agit ainsi — n'est pas déshonoré — pas encore.

Il ‘est, en attendant la dégringolade dans la boue qu'il redoute, et qu'il sait fatale'! le misérable! honorable et honoré — voisin des plus célébrés.

Le Progrès Médical, dans son numéro du 1 : novembre 1894, insère l'étrange communication qui suit: M Auguste Voisin fera un cours lé dimanche à la Salpétrière, au mois de mai 1893.

Nous nous demandons, sans pouvoir trouver de réponse, pourquoi l’on annonce, au mois de novembre, un cours qui doit avoir lieu au mois de mai précédent. Nous n'osons pas admettre cette supposition in\ raisemblable que nous suggère un mauvais plaisant : Il s'agit d'égarer des créanciers trop confiants au sujet de la date d'échéance des billets a eux souscrits.

Il s'agit, nous le répétons, de M. Auguste Voisin, de M. Voisin père, homme honorable — à présent.

Et nous ne comprenons pas que notre excellent confrère, le Progrès Médical, ne corrige point de pareilles coquilles, su; tout lorsqu'il s'agit du professeur-légiste en question.

Les étudiants, en effet, ont’ besoin d'être prévenus. 11 leur faut un certain temps pour se préparer à laire, à leur professeur, un de cés accueils chaleureux qu ils ménagèrent à M. Auguste Voisin, il y a relativement peu de temps, à son retour d’un voyage dans le midi.

Journalisme policier. .

C'est un journal de Paris, un grand i"urnal du soir — ne le nommons pas : il protesterait, suivant sa jésuitique habitude — qui aida la justice allemande a percer la véritable identité de MM. Degouy et Delguet-Malavat. condamnés à Leipzig — et a leur laire infliger, par conséquent, les peines les plus sévères.

rëCscarmouc^

C’est le T&inps qui envoya un ■ de ses reporters demander ù'M. Elie Reclus en quel endroit se trouvait son fils. , -

C’est YEcho de Paris qui — mal informe comme toujours, et se figurant que M. Pa-ul. Reclus s'etait embarqué à Marseille — en prévint .immédiatement les autorités compétentes.

C’est le 'journal des Débals, qui dénonce la présence d'un membre de l’Université dans une réunion socialiste organisée à Brive.

Ignonimie. La presse est devenue le plus dégoûtant paiïlasson qu’on ait jamais étendu.sous les pieds boueux des muffes.

Le Journal des Débats, il est vrai, mérite des circonstances atténuantes. Nous les lui accordons .volontiers. Il subit certainement l'influence déprimante de l'inavouable crétin qui signe Jules Lemaitre, et qui vient de se voir refuser honteusement, à la Comédie-Française, une lamentable parodie.

V Agence Havas publie la note suivante :

« Le ministre de l’intérieur n’arrétera quMprès les élections sénatoriales la liste des décorations qu'il compte décerner dans la Légion d’honneur à l'occasion de ior janvier. »

Sovons sages 1...

Simple observation suggérée par la rédaction de la communication officielle'. "On commence par arrêter la liste des décorations; on arrête, ensuite, ceux qui les portent. Pourquoi ne pas intervertir l’ordre des facteurs ? Craint-on les récriminations de Monsieur Canivet?

M. Girard, chef du Laboratoire municipal, a construit un engin semblable à celui du Palais-Bourbon et l'a fait éclater dans le bois de Clamart, en un endroit où des chiens avaient été attachés. La plupart de ces malheureuses betes ont été tuées sur le coup.

Il s'agissait, a^sure-t-on, d’étudier les effets qu'aurait produits la bombe en éclatant sur le sol, au milieu des députés. Prétexte honorable — pour les députés — mais raison fallacieuse.

Voulez-vous le véritable motif? Il s'agit de détruire, complètement, en France, laracecanine, dont l’existence actuellement, n’a plus de raison d’ètre. Les chiens sont victimes, à leur tour, de la concurrence. Les fonctionnaires de la Rép. les remplacent.

Mot de la fin f extrait des grands quotidiens.)

On vient de faire vacciner, au ministère de l'Intérieur, tous les employés. Une génisse avait été amenée dans la cour. Les ronds-de-cuirs, afin qu'ils pussent continuer à noircir leurs paperasses, furent vaccinés au bras gauche. L'un d’entre eux, désolé de cette mesure qui ne lui permettait plus de compter sur les quelques jours de congé qu'il espérait, s’écria, en tendant le poing vers la "génisse :

— Mort aux vaches !

Immédiatement, ce dangereux anarchiste fut appréhendé, et conduit au Dépôt sous bonne escorte Par ce temps de stoïcisme républicain, nous ne surprendrons personne en assurant que M. Raynal, occupé à mettre en ordre les coupures des journaux qui lui reprochent ses conventions scélérates, ne fut nullement troublé dans son travail par le cri séditieux.

T%IrB'W^E LICBCI{E

Nous insérerons toutes les semaines, à celte place, les plaintes des personnes, bien nombreuses malheureusement, qui n’ont point à se louer d'un état social où tout, hélas! n'est pas pour le mieux... Si les faibles ont besoin d'être soutenus, les puissants ont besoin d'être éclairés. Nous croyons dotic rendre service aux uns et aux autres en faisant l'accueil le plus large à toutes les doléances, pourvu quelles soient légitimes — et morales.

Monsieur le directeur.

Rocher, convaincu d’avoir accepté, en échange de

services que sa situation lui permettait de leur rendre, des sommes d’argeait. de réservistes,- et de territoriaux.

Ce sous-ofticier a prétendu, pour sa défense, qu’il ignorait les conséquences de son acte et qu’il croyait qiifc.'la peine la plus forte qui lui pouvait être infligée consistait en la cassation. Il ajoutait, d’ailleurs, que plusieurs de ses camarades agissaient comme lui.

Si je viens confirmer les allégations de Rocher, je vous prie de croire, monsieur le directeur, que je ne suis inspiré par aucun sentiment hostile à l’armée. La question est autrement élevée et intéressante. C’est la révélation de tout un système de corruption organisé, sur une vaste échelle, sans doute, et dont les effets entraînent évidemment l'incrimination des soldats. Mais, à côté de cela, une grave leçon s’en dégage qui permet de juger des gens de l’époque et de l'influence désastreuse que le relâchement moral des individualités dirigeantes exerce sur la généralité des citoyens qu’ils gouvernent.

Le fait que je vais vous citer a d’autant plus d’importance qu’il se produisit à l’Etat-Major du Gouvernement Mr° de Paris, à la direction de toute l’armée — puisque son chef est généralissime en cas de guerre.

Les soldats qui se laissèrent corrompre étaient ; le premier, un sergent qui n’avait que dix mois à faire pour avoir droit â sa retraite proportionnelle, décoré de la médaille militaire, des ordres d’Annam et du Cambodge, de plusieurs médailles de sauvetage et commémoratives.

L’autre, un caporal libérable quinze jours après celui où l’on découvrit les fraudes.

Le premier a été cassé et renvoyé dans un corps d’infanterie.

Le deuxième a déserté.

Cela se passait en septembre dernier.

Voici la façon dont ils procédaient :

Chacun sait que pour obtenir un sursis d’appel ou un changement d’alïectation, il faut s’adresser, par l’intermédiaire de lagendarmerie au gouverneur militaire de Paris.

Les demandes sont transmises, après enquête par la gendarmerie, au recrutement; et, par le recrutement, à l’Etat-Major. Les diverses autorités les apostillent d’un avis favorable ou défavorable.

Messieurs les solliciteurs au courant des usages s’informaient, auprès des secrétaires chargés des sursis, de l’accueil réservé â leurs requêtes. Si le sursis était accepté, ceia marchait sans difficulté aucune; mais s’il était refusé, le rôle du scribe devenait véritablement souverain. Les Reinach au petit pied faisaient alors des offres très séduisantes â des malheureux sans le sou, obligés de vivre à Paris avec leur modeste paie, et. les premiers scrupules vaincus, ils ne rencontraient guère de résistances chez les secrétaires qui falsifiaient les décisions du gouverneur et informaient le recrutement que des sursis étaient accordés à des hommes à qui le général Saussier les avait refusés.

Plus de cent-vingt faux furent ainsi commis dans la dernière période de convocation; et je ne compte pas dans ce chiffre toutes les décisions de complaisance obtenues du capitaine de ce bureau au bénéfice de tel ou tel corrupteur, présenté comme un camarade intime désirant accomplir sa période d’exercices en qualité de scribe à l’Elat-rMajor.

Tout cela se payait, naturellement ; et les clients abondaient, amenés par des amis riches qu’avaient obligés les deux pauvres diables.

Pendant quelque temps, sans nul doute, ce commerce a été interrompu; mais il n’est pas présomptueux de supposer qu’il reprendra bientôt de plus belle.

-Que. voulez-vous? La situation matérielle du soldat, ce .perpétuel nécessiteux, l’expose à bien

des tentations — surtout lorsqu’il est obligé de vivre, comme les secrétaires d’Etat-major, en perpétuel contact avec des gens désireux de se soustraire aux obligations impôséès par la loi et qui, du matin au soir, entrebâillent devant lui leurs porte-monnaie...

Et, sous un régime où fleurit'le' tripotage et où l’impunité la plus scandaleuse récompense les prévaricateurs du Panama — pour ne citer que ceux-là — il est fort peu probable que la race des corrupteurs disparaisse.

Veuillez agréer, monsieur le directeur, l’assurance de ma parfaite considération.

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