‹ L'escarmoucheChapitre 9 sur 83 · RENTRÉE · texte numérisé non relu

RENTRÉE

n f in. les voilà donc réunis sous la coupole du Palais-Bourbon, les nouveaux légisateurs dont nous a dotés le suffrage universel.

Les vœux du pays tout entier les ac-

compagnent.

A la vérité, il pleuvait à seaux, mardi. Mais ne pleuvait-il pas, le jour où Henri là’ effectua son entrée dans sa bonne ville de Paris? Celle pluie qui devait, assurait le roi Vert-Galant, éteindre les mèches des mousquets qu’on aurait dirigés contre lui. n'a pas éteint l’enthousiasme des Parisiens qui inondaient les abords du Palais Législatif.

Grâce aux mesures spéciales prises par M. Lépine, on n’a eu à déplorer que l'écrasement d’un pauvre diable, lequel cherchait, au reste, à arracher les artichauts célèbres que nous a légués Madier- Montjeau.

A l’intérieur, tout s’est passé le mieux du monde. Anciens et nouveaux élus s’embrassaient avec effusion et fraternisaient à la buvette sous l’œil tutélaire et bénévole de Minerve. M’ont-ils pas tous besoin les uns des autres, et ne faut-il pas procéder à l’opération de la validation mutuelle?

Un mot seulement à nos représentants :

Certes, c’est avec les meilleures intentions que vous arrivez tous. Ne vous laissez pas détourner de la voie que vous avez choisie. Constituez eniin cette majorité qui nous donnera le ministère homogène après lequel soupire le pays.

Un mot encore : Il s'agit de faire de la bonne besogne et de réaliser enfin les réformes tant atten-

dues.

Un dernier mot : députés, le peuple a les yeux sur vous. A l’œuvre, à l’œuvre! Les commissions vous ouvrent leur sein; la tribune vous tend les bras !...

Vous êtes les dépositaires de la confiance nationale.

Ne l’oubliez jamais !

ECHOS

i-: gouvernement, jusqu’ici, s'obstine à refuser de recevoir les envoyés deBehanzin. Il en donne cette raison : qu'il n'esi point absolument sûr que ces envoyés représentent le roi du Dahomey.

Les interprètes qui acccompagnent la

mission noire, très alarmés, ont imploré l'assistance de personnes compétentes en estimation de bois d'ebène diplomatique et capables de certifier l'idenUité des princes dahoméens. Ils ont recherché, d'abord, l'estimable père Dorgère. Mais le capucin, par ces temps de dépression barométrique, à disparu sous son capuchon.

En désespoir de cause, ils se sont adressés au sieur Jean Bayol, décoré (et redécorable). Ce sieur n'a point encore daigné venir voir les ambassadeurs noirs, ni donner son avis ; mais il a envoyé sa canne à l'hôtel Terminus — selon, disent les journaux, la coutume dahoméenne. — A ce propos, nous rappelons à nos lecteurs qu'il existait autrefois une coutume française, relative à la canne. On se servait de cet insirument pour bâtonner les drôles. Nous regrettons qu'aucun des parents des malheureux morts au Dahomey n'ait songé à s'en souvenir.

Pour en revenir au gouvernement — on s’embrouille tellement, là-dedans ! — nous sommes sincèrement convaincus que ses prétentions ont quelque chose d’exagéré.

Est-on jamais bien certain qu'une personnalité, si honorable soit-elle, représente exactement quelque chose ?

L’empereur d'Autriche — pour faire une supposition sans doute exagérée, mais nécessaire — l'empereur d'Autriche, auprès duquel nous allons envoyer M. Lozé, ne serait-il pas quelque peu fondé à prétendre que ledit

M. Lozé ne possède aucune des qualités nécessaires pour représenter la France ?

M. Carnot représente-t-il la troisième République ?

M. Guérin représente-t-il la Justice?

Questions oiseuses, sans doute, mais qui prêtent à la controverse. ....

Arrêtons-nous là. M. Dupuv — ipse — qui, depuis qu'il est au pouvoir, aspire à se représenter lui-même, sans pouvoir y réussir, serait forcé de nous donner raison.

Ces jours derniers, dans les courses de steep.le-chase, plusieurs accidents se sont produits. Des chevaux ont eu les jambes brisées, quelques-uns les reins rompus quant aux jockeys, l'un s'est tué, et d'autres n’ont manqué la mort que de la largeur d’une ganse. Nous ne sommes point, en principe, ennemis de ces catastrophes aussi nécessaires qu’inattendues. La Société organisatrice de ces courses sait ce qu'elle a à faire. Elle a pour but « l’amélioration de la race chevaline » — et comme la mort des chevaux lui parait indispensable à leur amélioration, elle aurait tort de se gêner.

Pour les jockeys, les désagréments qui peuvent leur survenirnous touchent davantage, malgré tout. LaSociété ci-dessus dcs'gnée devrait au moins prévenir le public qu'elle poursuit, en même temps que le perfectionnement de la race chevaline, celui de la race humaine. Il est vrai qu'elle pourrait déclarer qu’un jockey est toujours, moralement au moins, beaucoup plus près du cheval que de l'homme. Et, pourvu qu'elle consentit à classer dans la catégorie des jockeys, les parieurs, bookmakers, poutmakers et sportme’n, nous n'aurions vraiment rien à lui répondre.

Sous ce titre à sensation : « Un complot gouvernemental », un de nos confrères donnait l’autre jour le texte d'un document émanant du procureur de Douai et que son auteur ne destinait nullement à la publicité.

Dans cette pièce, le procureur Chenest mettait simplement son chef hiérarchique au courant des procédés les plus sommaires à employer pour avoir raison des syndicats ouvriers.

Nous ne comprenons point que la publication de ce rapport ait pu soulever la réprobation. Que prouve-t-il. en somme ? Que le gouvernement est décidé à faire preuve de raideur? 11 nous en avait, loyalement, prévenus.

Et cette raideur — l 'Escarmouche en était convaincue dès le premier jour — est le seul moyen pour le pouvoir d'inspirer au pays la confiance nécessaire.

La copulation, en masse, est pénétrée de cette vérité. Et la’ preuve, c'est que, pour cette dernière semaine seulement, l'excédent des retraits sur les dépôts, dans les Caisses d'épargne, ne s'élève qu'à la somme de 070.000 francs. C'est une simple affaire djhabitude — pour les employés. — Espérons que les circonstances leur permettront de se mettre rapidement au courant d'une besogne à laquelle ils étaient jusqu'ici, peu accoutumés. C'est à peine, en effet, si depuis le mois de janvier, les Caisses d'épargne ont remboursé200 millions de plus qu'elles n'ont reçu.

Il faut être juste.

Si les livrets se retirent, les bons du Trésor s avancent — en masse compacte. — Nous serons en mesure, un de ces jours, d'en faire l'addition.

On rira

jaune.

On ‘a banqueté, l'autre jour, à Carmaux. Le citoyen Jules Guesde, dont la poire, nécessairement, devait apparaître entre deux fromages, déclara que Carmaux, en élisant Jaurès, a donné « le signal de la révolution

Le bulletin de vote, a-t-il dit. a fait cette œuvre ! » Il n'en fait pas d'autres.

En revenant d’embrasser M. Lépine, nos édiles se sont aperçus avec stupeur que le déficit du budget de la Ville n'avait pas diminué. Il était toujours de 6.733. QgÔ francs. '

Les conseillers membres de la commission du budget ont proposé, pour rétablir l'équilibre, une augmentation sur les taxes d'inhumation.

L'état indescriptible de saleté dans lequel ces messieurs laissent croupir Paris, et qui nous promet le choléra pour nos étrennes,leur donne la certitude absolue

de combler ainsi, avant peu, le déficit que causa leur dégoûtante incurie.

Jaloux des lauriers austères de M. Brisson (l’oncle), M. Lockroy vient de prononcer un discours-programme au Salon des Familles.

République, ralliés, progrès, réformes, alliance francorusse, tout y a passé.

Ovations et applaudissements, bien entendu.

Il ne manquait, que le pétard du cocher Moore.

Il nous semble que M. Lockroy s'il ne veut point se voir accusé de noire ingratitude, ne devrait pas, au début d’une saison rigoureuse, laisser ce malheureux sans ouvrage.

Question ne linge, peut-être? Mais Victor-Hugo a dû laisser des gilets blancs.

Il est question de condamner le Père-Peinard.

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Il est question de gracier M. Baîhaut.

Mot de la fin (un peu long : mais extrait des grands quotidiens''.

On racontait devant le Petit-Sucrier le récent suicide d'un vieux professeur de mathématiques et de sa femme.

Avec l'esprit infernal qu’on lui connaît, celui-ci riposta :

— Un professeur de mathématiques? Comment diable a-t-il fait son compte pour mourir de faim ?... 11 avait des tables tout ouvertes : la Table des Looarythmes, ou — s'il avait des goûts plus simples — la table de pytua- GORE. C’était un homme très entier, je l’admets ; mais il a eu tort de faire disparaître sa moitié. Enfin, il est sous la n r.

Inutile de dire si cette spirituelle sortie a eu du succès dans les salons de la baronne de V L'excellente

Mme Adam, qui se trouve si bien, d’habitude, a failli se trouver mal.

T‘RJEV\KE LICBCRE

Nous insérerons toutes les semaines, à celte place, les plaintes des personnes, bien nombreuses malheureusement, qui n'ont point à se louer d'un état social où tout, hélas! n'est pas pour le mieux... Si les faibles ont besoin d'être soutenus, les puissants ont besoin d'être éc'airés. Nous croyons donc rendre service aux uns et aux autres en faisant l'accueil le plus large à toutes les doléances, pourvu quelles soient légitimes — et morales.

Monsieur le directeur,

P^tsSSIomme on s'est occupé beaucoup, cette semaine, de la chirurgie et des chirur— giens. je profitede l'hospitalité qu’offrent si généreusement vos colonnes pour appeler l'attention publique sur l’impolitesse du docteur Péan et sur sa morgue.

Si les chirurgiens se bornaient à n user des procédés tranchants qui leur sont habituels que dans les amphithéâtres où ils opèrent, le public pourrait encore v mettre du sien — et passer condamnation. — Mais si ces messieurs apportent dans les relations de la vie quotidienne — a la ville si j’ose dire — des façons d’agir aussi dénuées d urba nité, on se voit forcé de s'insurger et de regretter amèrement que la chirurgie, qui permet à un homme de tailler et rogner à son gré, 11e lui apprenne pas, dans une mesure même restreinte, l’art d arrondir les angles. , .

Monsieur, je suis cul-de-jatte. Cet ennui m est arrivé par- suite d’une erreur commise par le chi rurgien ci-dessus nommé.

Voici comment : , ,

M’étant foulé les deux poignets en faisant de la comptabilité, je fus admis à l’hôpital Saint-Louis. En même temps que moi. on apportait un monsieur qui avait les deux jambes écrasées, et qu on devait opérer dans les 24 heures. On nous donna des lits

placés il coté l’un de l’autre

Le lendemain je me réveillai avec un violent mal de tête et une sensation douloureuse d engomdia-

FêCscaijmoucf)^

sement aux extrémités inférieures. Je regarde mes jambes, eli bien, monsieur, je n'en avais plus!

Etonné, j'appelle un interne et je lui dis : Regardez-donc !

— Ben oui, mon vieux, me répond-il, on vous a coupé les jambes! Ça a été vite fait, hein?

— Oui... Seulement, je la trouve mauvaise, et si c’est une plaisanterie, je voudrais bien qu’elle finisse. Vous autres, carabins, vous êtes très drôles, vous vous amusez à faire des farces, des facéties, I mais celle-là, vous savez, vous l’qvez poussée trop loin. En voilà assez!

— Mais, pas du tout! Pourquoi voulez-vous qu’on vous fasse une blague? Regardez votre pancarte, tenez: Double section des cuisses à hauteur de l'articulation illiaco-fémorale. On a profité de votre sommeil pour vous endormir avec du chloroforme. Ça a été tout seul. Et, comme vous étiez tout prêt.

quand le docteur est passé aie donc! aie

donc et voilà!

— Mais, monsieur, ça n’est pas moi! Moi j’ai

les poignets foulés, et je n’ai rien aux jambes,

absolument rien je n’ai même jamais eu de cors

aux pieds! Mais j'y songe, la pancarte, — c’était

pour mon voisin l’homme aux jambes coupées — et c’est lui qui doit avoir la mienne!

— Ah! par exemple, reprend l'interne en s’esclaiFant, elle est bien bonne! .Je comprends pourquoi l’autre idiot ne voulait rien savoir pour qu’on J ni bande les poignets ! C’est cet imbécile d’infirmier qui s’est trompé! Mais elle est bien bonne!

Puis il appelle plusieurs de ses collègues qui passaient et leur raconte l’histoire; ce lut une explosion de joie! ce fut du délire! Quand je vis que ces gens-là prenaient la chose du bon côté, je n’ai pas voulu faire montre d’un mauvais caractère, et, sans trop me faire prier, j'ai fini par déclarer que c’était vraiment assez comique.

Du reste, je dois l’avouer, ces messieurs ont été très gentils. La cicatrisation terminée, ils m'ont offert en manière d'excuse (le docteur Péan, je le reconnais, amis son obole), ils m'ont offert, dis-je, une boite sur mesure, en palissandre frisé, avec des roulettes garnies de pneumatiques increvables (voir aux annonces). Puis, au lieu du vulgaire fer à repasser dont se servent mes collègues pour' sortir, ils m’ont lait faire des gants en bois, ce qui est beaucoup mieux porté.

— Ici, monsieur, je mets carrément les pieds dans le plat, et je déclare, sans phrases, que Ni. le docteur Péan est un muiFe! Et cette expression, que je n'emploie jamais, est justifiée: Le dimanche qui suivit ma sortie de l’hôpital, je mis mes plus beaux vêtements. (Ce détail a son importance), j’avais mis mon haute-forme, une cravate blanche sur une chemise immaculée, et les jambes de mon pantalon faisaient un nœud irréprochable sur le devant de ma sébille, vernie à neuf.

En un mot, des pieds jusqu'à la tète, j’avais l’aspect d’imparfait gentleman. Je partis pour aller rendre une visite de remerciement au docteur Péan, qui m’avait autorisé à me présenter chez lui.

(Excusez mon indignation, monsieur, mais ma dignité d'homme indépendant se révolte en lisant ce qui suit) :

En arrivant à l’hôtel du célèbre chirurgien, comme je retirais mes gants pour monter l'escalier, un très bel escalier presque en marbre et garni de tapis à barres de cuivre, la concierge, une affreuse mégère sortit, furieuse, de sa logej et me montrant une plaque que je n’avais pas remarquée en entrant,, cachée qu’elle était par la porte, me hurla :

— Ah ça, vous ne voyez donc pas clair? Vous ne savez pas que c’est pour vous comme pour tout le monde, les ordres de M. le docteur!

Et je lus, monsieur, pendant que se révoltait mon amour propre :

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