‹ L'esclave blancChapitre 202 sur 207 · CHAPITRE LVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVI

Pauvre Éliza ! qu'on imagine, si Ton peut, l'effroi et la détresse de cette jeune fille, qui, se rendant confiante à l'appel de celui qu'elle considérait comme l'ami de son père, s'était trouvée chez lui face à face avec un Grip Curtis, dont la brutalité et la déloyauté lui étaient déjà connues par ses récents procédés de Boston, et de qui elle avait appris qu'elle était • ■-(•lave, esclave de Gilmore, à qui l'avait vendue ce même Grip Gurtis, dont elle était, à ce que prétendait Gilmore luimême, la propriété par héritage de son père à elle et du frère

de eel ignoble Grip !

— nui, ma chère, lui dil M. Gilmore en lui passant fami

lièrement la main sous le menton, et en accompagnant ce geste aimable d'une œillade de vieux réprouvé qu'il était, afin que vous soyez à môme de vous rendre un compte précis de votre situation légale, écoutez ce que dit la loi de Louisiane à ce sujet. — Ceci, ma fille, ajoutait-il en prenant sur une tablette un livre qu'il ouvrit à un certain passage, ceci est le Code noir de l'Etat de Louisiane, et voici ce qu'il dit : a La condition de l'esclave étant purement passive, il doit. — et il faut lire aussi, chère enfant : elle doit — obéissance absolue à son maître et à toute la famille de son maître, sans restriction ni examen; il ou elle leur doit aussi un respect sans bornes, et il ou elle est, en conséquence, tenu de se soumettre à tous les ordres émanant dudit maître ou de qui que ce soit des siens. » — Le Code civil, continua le savant légiste, n'est pas moins formel.

Ici il prit un autre livre plus gros et lut ce qui suit : « Par esclave on entend celui qui est en pouvoir de maître. Ce dernier peut le vendre, disposer soit de sa personne, soit de son industrie, soit de son travail ; l'esclave ne fait rien, n'acquiert rien, ne possède rien, que par et pour son maître. >> — Telle est, ma fille, la loi de Louisiane, aux termes de laquelle vous êtes mon esclave. J'espère que vous comprendrez la nécessité de vous soumettre aux conséquences de votre condition — et à mes désirs. Nous devons tous, ajouta-t-il d'un ton dévotement nasillard, nous soumettre aux décrets de la Providence et aux lois de notre pays.

Beaucoup déjeunes filles, dans la triste position d'Éliza. eussent poussé les hauts cris ou fussent tombées en syncope; if en est même que l'épouvante eût rendues folles. Éliza ne cria ni ne s'évanouit; et, conservant tout son sang-froid, se contenta de déclarer fermement qu'elle ne reconnaîtrait jamais, ni par paroles, ni par actes, la prétention de qui que ce soit à faire d'elle une esclave.

Confinée pour la nuit dans un galetas de la maison de Cilmore, elle réussit à obtenir le lendemain d'une petite fille

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