CHAPITRE \. (il
et, occupa ni les deux eôtésdu ravin, se rendirent maîtres de moi de la manière que j'ai dite.
La pauvre Cassj fut saisie en même t* * 1 1 » j >s que moi, <'t. avant mène d'avoir jmi comprendre ce «jui nous arrivait, nous avions les mains attachées et étions liés l'un à l'autre par une lourde chaîne dont les extrémités nous serraient le cou à tous deux. Le traitement était rude pour Cassy, et la pauvre fille, en sentant le froid du fer sur sa peau douce et délicate, fondit en larmes. Je ne pense pas que la chaîne fût serrée plus que de raison, mais, quand je vis les pleurs de ma femme, il me sembla que le carcan m'étranglait. Les brutales plaisanteries de nos captureurs vinrent encore augmenter mon indignation et ma douleur. Il fut. en vérité, heureux, que j'eusse les mains liées; car. si je les avais eues libres, j'aurais très-certainement trouvé la force d'en finir avec un de ces misérables. M. Gordon était de la partie; sa tête était bandée d'un mouchoir de poche ensanglanté; cependant, loin de joindre ses railleries à celles de ses compagnons, il s'employait plutôt à les empêcher de nous insulter et de nous vexer.
— Je vous dis, Stubbs, de laisser cette pauvre Cassy tranquille, entendez-vous, vaurien, canaille que vous êtes! s'écriait-il. Est-ce moi qui les ai pris, oui ou non? Est-ce moi qui ai droit à la récompense, oui ou non? Je vous dis et je vous répète qu'ils sont sous ma protection!
— Belle protection ! lit Stubbs avec un gros rire auquel prirent part ses compagnons. Ils vous ont de l'obligation, vraiment! Le diable vous emporte, vous et les bêtises que vous dites! Je dirai et ferai tout ce qu'il me plaira à la fille, entendez-vous bien? Suis-je ou non l'intendant ici?
Là-dessus, il recommença à adresser à Cassy les propos les plus obscènes.
La promesse de régaler Stubbs et ses compagnons d'un quart de whisky put seule les déterminer à nous laisser un peu tranquilles. Le mot « whisk) » produisit l'effet d'un philtre, grâce auquel les autres consentirent à demeurer un
peu en arrière et à laisser Gordon me parler. 11 lui était égal, dit-il, d'être écouté, mais il ne voulait pas qu'on l'interrompît.
Je fus surpris de cette bienveillance suinte : Gordon m'avait vendu, et, après une si basse et si irréparable trahison, je ne comprenais pas ce qu'il pouvait avoir à me dire. Comme je l'ai dit déjà, si Gordon n'était pas précisément un méchant homme, il n'avait pas pu résistera l'appât des cinq cents dollars, ni à celui des avantages qui pouvaient en être l'annexe; mais, pour tout cela, il n'avait pas oublié qu'il me devait la vie. Il vint à moi, et, non sans une hésitation et un embarras marqués, parut vouloir entrer en conversation.
— Lin furieux coup, Archy, que vous m'avez donné ! fut son entrée en matière.
— Je regrette, lui dis-je, de n'avoir pas frappé plus fort.
— Allons, allons, voyons, dit-il. laissez là cette humeur sain âge! J'ai pensé qu'il valait autant gagner les cinq cents dollars que de les laisser échapper, voilà toute la chose. .If savais parfaitement bien que vous ne pouviez vous sauver, et, unis avez beau m'en vouloir, j'ai fait pour vous, mon garçon, ce que personne n'aurait fait. Allons, voyons, changez-moi cette humeur-là, et vous saurez de quoi il retourne... Quand vous m'avez quitté, l'autre nuit, je n'ai pu dormir une minute, tant j'ai songé à votre affaire. Je me suis dit : C'est une drôle d'idée qu'a là Archy ; il est sûr d'être repris, que je l'aide ou non, et ce sera le diable à confesser pour lui et pour moi. Il sera fouetté, et moi mis à l'amende et en prison peutêtre, et, par-dessus le marché, renvoyé du pays, comme le colonel et les autres m'en ont menacé; et enfin, ce qui est à considérer, un autre obtiendra la récompense. — Je dois la vie à Archy, c'est vrai, je ne puis le nier; si donc je le sauve du fouet et qu'en même temps je mette dans ma poche les cinq cents dollars, il me semble que ce sera une bonne affaire pour tous deux.
Le lendemain, donc, je me levai de bonne heure et j'allai