‹ L'escole des femmesChapitre 30 sur 49 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

ARNOLPHE

1E ne puis faire mieux que d'en faire ma femme: Ainsi que ie voudray, ie tourneray cette ame : Comme vn morceau de cire entre mes mains elle est, Et ie luy puis donner la forme qui me plaist. Il s'en est peu fallu que, durant mon absence, On ne m'ait attrappé par son trop d'innocence ; Mais il vaut beaucoup mieux, à dire vérité, Que la femme qu'on a péché de ce costé.

De ces sortes d'erreurs le remède est facile : Toute personne simple aux leçons est docile : Et si du bon chemin on l'a fait écarter, Deux mots incontinent Vy peuuent rejetter.

Mais vne femme habile est bien vne autre beste : Nostre sort ne dépend que de sa seule teste : De ce qu'elle s'y met, rien ne la fait gauchir. Et nos enseignemens ne font là que blanchir.

Son bel esprit luy sert à railler nos maximes, A se faire souuent des vertus de ses crimes; Et trouuer, pour venir à ses coupables fins.

Des détours à duper l'adresse des plus fins.

Pour se parer du coup en vain on se fatigue; Vne femme d'esprit est vn diable en intrigue ; Et dés que son caprice a prononcé tout bas L'arrest de nostre honneur, il faut passer le pas. Beaucoupd'honnestesgensenpourroientbienquedire.

Enfin mon estourdy n'aura pas lieu d'en rire.

Par son trop de caquet il a ce qu'il luy faut.

Voilà de nos François Pordinaire défaut.

Dans la possession d'vne bonne fortune,

Le secret est toujours ce qui les importune;

Et la vanité sotte a pour eux tant d'appas.

Qu'ils se pendroient plutost que de ne causer pas.

O que les femmes sont du diable bien tentées.

Lors qu'elles vont choisir ces testes éuentées;

Et que... Mais le voici : cachons-nous toujours bien,

Et découurons vn peu quel chagrin est le sien.

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