SCENE II
HORACE, ARNOLPHE
HORACE
IL faut que i'aille vn peu reconnoistre qui c'est. ARNOLPHE.
Eust-on iamais preueu... Qui va-Ià? s'il vous plaist.
HORACE
C'est vous, Seigneur Arnolphe?
ARNOLPHE
Oûy; mais vous...
HORACE
C'est Horace, le m'en allois chez-vous, vous prier d'vne grâce. Vous sortez bien matin.
ARNOLPHE fra*.
Quelle confusion!
Est-ce vn enchantement? est-ce vne illusion?
HORACE, l'estois, à dire vray, dans vne grande peine; Et ie bénis du Ciel la bonté souueraine,
Qui fait qu'à poinct nommé ie vous rencontre ainsi.
le viens vous auertir que tout a réussi ;
Et mesme beaucoup plus que ie n'eusse osé dire ;
Et par vn incident qui deuoit tout destniire.
le ne sçay point par où l^on a pu soupçonner
Cette assignation qu'on m'auoit sceu donner :
Mais estant sur le poinct d'atteindre à la fenestre,
l'ay, contre mon espoir, veu quelques gens paroistre,
Qui sur moy brusquement leuant chacun lé bras
M'ont h\t manquer le pied et tomber iusqu'en bas ;
Et ma cheute aux despens de quelque meurtrisseure,
De vingt coups de baston m'a sauué l'auaature.
Ces gens là, dont estoit ie pense mon ialoux.
Ont imputé ma cheute à l'effort de leurs coups.
Et comme la douleur vn assez long espace
M'a fait sans remuer demeurer sur la place,
Ils ont crû tout de bon qu'ils m'auoient assommé,
Et chacun d'eux s'en est aussi-tost allarmé.
l'entendois tout leur bruit dans le profond silence,
L'vn l'autre ils s'accusoient de cette violence,
Et sans lumière aucune, en querellant le sort,
Sont venus doucement taster si i'estois mort.
le vous laisse à penser si dans la nuit obscure,
l'ay d'vn vray trépassé sceu tenir la figure.
Ils se sont retirez auec beaucoup d'efi^oy ;
Et comme ie songeois à me retirer, moy,
De cette feinte mort la ieune Agnès esmeuô
Auec empressement est deuers moy venufi :
Car les discours qu'entr'euz ces gens auoient tenus
lusques à son oreille estoient d'abord venus.
Et pendant tout ce trouble estant moins obseruée
Du logis aysément elle s'estoit sauuée.
Mais me trouuant sans m ^1 elle a fait éclater Vn transport difficile à bien représenter.
Que vous diray-ie? enfin cette aymable personne A suiuy les conseils que $on amour luy donne *
N^a plus voulu songer à retourner chez soy, Et de tout son destin s'est commise à ma foy. Considérez vn peu par ce trait d'innocence Où l'expose d'vn fou la haute impertinence ; Et quels fascheux périls elle pourroit courir, Si i'estois maintenant homme à la moins chérir. Mais d'vn trop pur amour mon ame est embrazée ; l'aimerois mieux mourir que l'auoir abusée ; le luy vois des appas dignes d'vn autre sort, Et rien ne m'en sçauroit séparer que la mort, le preuoy là-dessus l'emportement dVn père :
Mais nous prendrons le temps d*apaiser sa colère : A des charmes si doux ie me laisse emporter.
Et dans la vie, enfin^ il se faut contenter.
Ce que ie veux de vous, sous vn secret ôdelle, C'est que ie puisse mettre en vos mains cette Belle; Que dans vostre maison, en feueur de mes feux. Vous luy donniez retraite au moins vn iour ou deux Outre qu'aux yeux du monde il faut cacher sa fuite, Et qu'on en pourra faire vne exacte poursuite. Vous sçauez qu'vne fille, aussi, de sa façon Donne auec vn jeune homme vn estrange soupçon ; Et comme c'est a vous, seur de vostre prudence. Que i'ay fait de mes feux entière confidence, C'est à vous seul aussi, comme amy généreux.
Que ie puis confier ce depost amoureux.
ARNOLlPHE.
le suis, n'en doutez point, tout à vostre seruiçe.
HORACE
Voiis voulez bien me rendre vn si charmant office ?
ARNOLPHE
Tres-volontiers, vous dis-je, et ie me sens rauir De cette occasion que i'ay de vous seruir ; le rends grâces au Ciel de ce qu'il me Tenuoye, Et n'ay iamais rien fait auec si grande ioye.
HORACE
Que ie suis redeuable à toutes vos bontez !
l'âuois de vostre part craint des difficultez : Mais TOUS estes du monde, et dans vostre sagesse Vous sçauez excuser le feu de la ieunesse.
Vn de mes gens la garde au coin de ce détour.
ÂRNOLPHE.
Mais comment ferons-nous ; car il fait vn peu iour. Si ie la prens icy, Ton me verra, peut-estre. Et sMI Ùmï que chez moy vous veniez à paroistre. Des valets causeront. Pour ioaer au plus sur, Il fiiut me ramener dans vn lieu plus obscur : Mon allée est commode, et ie l'y vais attendre.
HORACE
Ce sont précautions qu'il est fort bon de prendre. Pour moy ie ne feray que vous la mettre en main,. Et chez moy sans éclat ie retourne soudain.
ARNOLPHE
Ah fortune ! ce trait d*auanture propice.
Repare tous les maux que m'a faits ton caprice
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