SGANARELLE, ERGASTE, VALERE
SGANARELLE
NE perdons point de temps, c*est icy, qui va-là? Bon ie rêue, hola, dis-je, ho la, quelquVn hola; le ne m*estonne pas, après cette lumière, S'il y venoit tantost de si douce manière; Mais ie veux me haster, et de son fol espoir... Peste soit du gros bœuf, qui pour me faire choir. Se vient deuant mes pas planter comme vne perche.
VALERE
Monsieur, i'ay du regret...
SGANARELLE
Ah ! c*est vous qiie ie cherche.
VALERE
Moy, Monsieur?
SGANARELLE
Vous Valere, est-il pas vostre nom ?
VALERE
Ouy?
SGANARELLE
le viens vous parler, si vous le trouuez bon.
VALERE
Puis-je cstre assez heureux, pour vous rendre seruice.
SGANARELLE
Non, maisie pretens-moy, vous rendrevn bon office, Et c'est ce qui chez vous, prend droit de m*amener.
VALERE
Chez-moy, Monsieur ?
SGANARELLE
Chez vous, faut-iî, tant s'estonner!
VALERE
l'en ay bien du sujet, et mon ame rauie, De l'honneur...
SGANArRELLE.
Laissons-là cet honneur, ie vous prie.
VALERE
Voulez-vous pas entrer ?
SGANARELLE
Il n'en est pas besoin.
VALERE
Monsieur, de grâce.
SGANARELLE
Non, ie n'iray pas plus loin.
VALERE
Tant que vous serez-Ia, ie ne puis vous entendre.
SGANARELLE
Moy ie n'en veux bouger.
VALERE
Eh bien, il faut se rendre , .
Viste^ puique Monsieur^ à cela se résout, Donnez vn siège icy.
SGANARELLE
le veux parler debout..
VALERE
Vous souffrir de la sorte?
SGANARELLE
Ah^ contrainte e£Proyable !
VALERE Cette inciuilhé seroit trop condamnable.
SGANARELLE
C'en est vne que rien ne sçauroit égaler, De n*oayr pas les gens qui veulent nous parler.
VALERE
le vous obéis, donc.
SGANARELLE
Vous ne sçauriez mieux faire ; Tant de cérémonie est fort peu nécessaire :
Voulez -vous m'escouter.
VALERE
Sans doute, et de grand cœur.
SGANARELLE
Sçauez-vous, dites-moy, que ie suis le tuteur, D'vne fille assez jeune, et passablement belle. Qui loge en ce cartier, et qu'on nomme Isabelle?
VALERE
Ouy.
Si vous le sçauez, ie ne vous Papprens pas.
Mais sçauez-vous aussi, luy trouuant des appas, Qu'autrement qu'en tuteur sa personne me touche. Et qu'elle "Okt destinée à Thonneur de ma couche.
VALERE
Non.
SGANARELLE
Te vouç l'apprens donc, et qu'il est à propos. Que vos feux, s'il vous plaist, la laissent en repos,
VALERE
Qui moy, Monsieur ?
SGANARELLE
Ouy vous, mettons bas toute feinte.
VALERE
Qui vous a dit, que i'ay pour elle Tame atteinte?
SGANARELLE
Des gens a qui l'on peut donner quelque crédit.
VALERE
Mais encor?
SGANARELLE
EUe-mesme
VALERE
Elle?
SGANARELLE
Elle, est-ce assez dit; Comme vne fille honneste, et qui m'aymed*enfance, Elle vient de m'en faire entière confidence; Et de plus m'a chargé de vous donner auis, Que depuis que par vous, tous ses pas sont suiuis; Son cœur qu'auec excès vostre poursuitte outrage, N'a que trop de vos yeux entendu le langage ; Que vos secrets désirs, luy sont assez connus, Et que c'est vous donner des soucis superflus; De vouloir dauantage expliquer vne fiame, Qui choque l'amitié que me garde son ame.
VALERE
C'est elle, dites-vous, qui de sa part vous fait...
SGANARELLE
Ouy, vous venir donner cet auis franc, et net, Et qu'ayant veû l'ardeur dont vostre ame est blessée. Elle vous eust plutost fait sçauoir sa pensée; Si son cœur avoit eu dans son émotion, A qui pouuoir donner cette commission; Mais qu'enfin les douleurs d'vne contrainte extrême, L'ont réduite à vouloir se seruir de moy-mesme ;
Pour vous rendre auerty, comme ie vous ay dit, QjLi*à tout autre que moy son cœur est interdit; Que vous auez assez joué de la prunelle, Et que si vous auez tant soit peu de ceruelle , Vous prendrez d'autres soins, adieu jusqu'au reuoîr, Voilà ce que j'auois à vous faire sçauoir.
VALERE
Ergaste, que dis-tu, dVne telle auanturer
SGANARELLE
Le voila bien surpris.
ERGASTE
à part.
Selon ma coniecture, le tiens qu'elle n'a rien de desplaisant pour vous, Qu'vn mistere assez fin, est caché là dessous. Et qu'enfin cet auis n'est pas dVne personne, Qui veuille voir cesser l'amour qu*elle vous donne.
SGANARELLE. à part.
Il en tient comme il faut.
VALERE
Tu crois misterieux...
ERGASTE
Ouy... mais il nous obserue, ostons-nous de ses yeux.
SGANARELLE
Que sa confusion paroist sur son visage, Il ne s'attèndoit pas, sans doute à ce message; Appelions Isabelle, elle monstre le fruit, Que l'éducation dans vne ame produit, La vertu fait ses soins , et son cœur s'y consomme, lusques à s'offencer des seuls regards d'vn homme.
îg*eSiS*fô«£^SiJ&^!3iiS*^2«S^3i^