‹ L'escole des marisChapitre 24 sur 33 · SGANARELLE, ISABELLE · texte numérisé non relu

SGANARELLE, ISABELLE

SGANARELLE

IE reuiensy et Ton va pour demain de ma part.... ISABELLE.

O Ciel !

SGANARELLE

Cest toy mignonne, où vas-tu donc si tard?

Tu disois qu'en ta chambre estant vn peu lassée, Tu t'allois renfermer lors que ie t'ay laissée ; Et tù m'auois prié mesma que mon retour, T*y souffrist en repos iusques à demain jour.

ISABELLE

Il est vray, mais....

SGANARELLE

Et quoy?

ISABELLE

Vous me voyez confuse, Et ie ne sçay comment vous en dire l'excuse.

SGANARELLE

Q.uoy donc, que pourroit-c*estre.

ISABELLE

Vn secret surprenant; C'est ma sœur qui m'oblige à sortir maintenant ;

46 LESCOLE DES MARIS,

Et qui pour vn dessein dont ie l'ay fort blasmée, M-a demandé ma chambre où ie i'ay renfermée.

SGANARELLE

Comment?

ISABELLE

L*eust-on pu croire, elle ayme cet amant, Que nous auons banny.

SGANARELLE

Valerel

ISABELLE

Eperdûment; Cestvn transport si grand,quUl n*enestpointdemesme, Et vous pouuez iuger de sa puissance extrême. Puisque seule à cette heure, elle est venue icy, Me descouurir à moy son amoureux soucy; *

Me dire absolument qu'elle perdra la vie, Si son ame n'obtient Tefifet de son enuie.

Que depuis plus d'vn an d*assez viues ardeurs. Dans vn secret commerce entretenoient leurs cœurs; Et que mesme ils s'estoient,leur âame estant nouuelle. Donné de s'espouser vne foy mutuelle.

SGANARELLE

La vilaine.

ISABELLE

Qu'ayant appris le desespoir, Où i'ay précipité celuy qu'elle ayme à voir; Elle vient me prier de souffrir que sa flame, Puisse rompre vn départ qui luy perceroit l'ame; Entretenir ce soir cet amant sous mon nom, Par la petite rué où ma chambre respond Luy peindre d'vne voix qui contrefait la mienne. Quelques doux senttmens dont l'appas le retienne ; Et mesnager enfin pour elle adroitement, Ce que pour moy l'on sçait qu'il a d'attachement.

SGANARELLE

Et tu trouues cela...

ISABELLE

Mojr i'en suis courroucée; Quoy ma sœur, ay-ie dit, estes vous insensée, Ne rougissez-vous point d'auoir pris tant d'amour. Pour ces sortes de gens qui changent chaque jour, D^oublier votre sexe, et tromper Tesperance, D'vn homme dont le Ciel vous donnoit l'alliance.

SGANARELLE

Il le mérite bien, et i*en suis fort rauy.

ISABELLE

Enfin de cent raisons mon despit s'est seruy, Pour luy bien reprocher des bassesses si grandes, Et pouuoir cette nuict reietter ses demandes, Mais elle m'a fait voir de si pressans désirs, A tant versé de pleurs, tant poussé de soupirs, Tant dit qu'au desespoir ie porterois son ame, Si ie luy refusois ce qu'exige sa flame ; Qu'à céder malgré moy, mon cœur s'est veu réduit; Et pour iustifier cette intrigue de nuict, Où me faisoit du sang relascher la tendresse, l'allois faire auec moy venir coucher Lucrèce ; Dont vous me vantez tant les vertus chaque iour. Mais vous m'auez surprise auec ce prompt retour.

SGANARELLE

Non, non,iene veux point, chez moy tout ce mistere, l'y pourrois consentir à l'égard de mon frère. Mais on peut estre veu de quelqu'vn de dehors. Et celle que ie dois honnorer de mon corps, Non seulement doit estre et pudique et bien née, 11 ne faut pas que mesme elle soit soupçonnée; Allons chasser l'infâme, et de sa passion...

ISABELLE

Ah, vous luy donneriez trop de confusion.

Et c'est auec raison qu'elle pourroit se plaindre , Du peu de retenue, où i'ay sceu me contraindre , Puisque de son dessein ie dois me départir.

Attendez que du moins ie la fasse sortir.

SGANARELLE

Et bien fais ?

ISABELLE

Mais sur tout, cachez-vous ie vous prie.

Et sans luy dire rien daignez voir sa sortie.

SGANARELLE

Oûy, pour l'amour de toy, ie retiens mes transports. Mais dés le mesme instant qu'elle sera dehors, le veux sans différer, aller trouuer mon frère, l'auray ioye à courir luy dire cette affaire.

ISABELLE, le vous coniure donc de ne me point nommer; Bon soir, car tout d'vn temps, ie vais me renfermer.

SGANARELLE

lusqu'à demain mamie. en quelle impatience, Suis-je de voir mon frère, et luy conter sa chance ; Il en tient le bon homme, auec tout son Phœbus, Et ie n'en voudrois pas tenir vingt bons escus.

ISABELLE dans la maison.

Ouy, de vos déplaisirs l'atteinte m^est sensible. Mais ce que vous voulez, ma sœur, m'est impossible ; Mon honneur qui m'est cher, y court trop de hazard ; Adieu, retirez-vous auant qu'il soit plus tard.

La voila qui ie croy, peste de belle sorte.

De peur qu'elle reuinst, fermons à clef la porte.

ISABELLE

O Ciel dans mes desseins, ne m'abandonnez pas.

SGANARELLE

Où pourra-t*elle aller! suiuons vn peu ses pas.

ISABELLE

Dans mon trouble du moins, la nuict me fauorise.

SGANARELLE

Au logis du galant, quelle est son entreprise.

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