‹ L'escole des marisChapitre 28 sur 33 · ARISTE, SGANARELLE · texte numérisé non relu

ARISTE, SGANARELLE

OVi frappe! ah, ah, que voùlez-yous mon frère? Venez beau directeur, suranné Damoizeau, On veut vous foire voir quelque chose de beau.

ARISTE

Comment !

SGANARELLE

le vous apporte vne bonne nouuelle.

ARISTE

Qjioy!

SGANARELLE

Vostre Leonor où, ie vous prie est-elle?

ARISTE

Pourquoy cette demande, elle est comme ie croy, Au Bal chez son amie.

SGANARELLE

Eh, ouy, ouy, suiuez-moy, Vous verrez à quel Bal, la donzelle est allée;

ARISTE

Qjae voulez-vous conter.

SGANARELLE

Vous Tauez bien stylée ; Il n'est pas bon de vîure en seuere censeur, On gagne les esprits par beaucoup de douceur ; Et les soins deffians, les verroux, et les grilles. Ne font pas la vertu des femmes, ny des filles, Nous les portons au mal par tant d'austérité, Et leur sexe demande vn peu de liberté.

Vrayment elle en a pris tout son soû la rusée, Et la vertu chez elle est fort humanisée.

Où veut donc aboutir vn pareil entretien t

SGANARELLE

Allez mon frère aisné cela vous sied fort bien, Et ie ne voudrois pas pour vingt bonnes pistolles, Que vous n'eussiez ce fruict de vos maximes folles. On voit ce qu'en deux sœurs nos leçons ont produit, L'vne fuit ce galant, et l'autre le poursuit.

ARISTE

Si vous ne me rendez cette énigme plus claire. ..

SGANARELLE

L'énigme est que son Bal est chez Monsieur Valere. Que de nuict ie l'ay veuâ y conduire ses pas, Et qu'à l'heure présente elle est entre ses bras.

ARISTE

Qui!

SGANARELLE

Leonor.

ARISTE

Cessons de railler, ie vous prie.

SGANARELLE

le raille, il est fort bon auec sa raillerie ;

Pauure esprit, ie vous dis, et vous redis encor, Que Valere chez luy tient vostre Leonor, Et qu'ils s'estoieot promis vne foy mutuelle, Auant qu'il eust songé de poursuiure Isabelle.

ARISTE

Ce discours d'apparence est si fort dépourueu...

U ne le croira pas encor en fayant veu :

l'enragé, par ma foy, l'âge ne sert de guère Quand on n'a pas cela.

ARISTE

Quoy vous voulez mon frère...

SGANARELLE

Mon Dieu ie ne veux rien, suiuez-moy seulement, Vostre esprit tout à l'heure aura contentement, Vous verrez si i'impose, et si leur fby donnée, N'auoit pas ioint leurs cœurs depuis plus d'vne année.

ARISTE

L'apparence qu'ainsi sans m'en faire auertir, A cet engagement elle eust pu consentir, Moy qui dans toute chose ay depuis son enfonce. Monstre tousiours pour elle entière complaisance, Et qui cent fois ay ùât des protestations.

De ne iamais gesner ses inclinations.

SGANARELLE

Enfin vos propres yeux iugeront de TaflEaire, l'ay fait venir desia Commissaire et Notaire, Nous auons interests que l'hymen prétendu Repare sur le champ l'honneur qu'elle a perdu ; Car ie ne pense pas que vous soyez si lâche.

De vouloir l'épouser euecque cette tâche ; Si vous n'auez encor quelques raisonnemens Pour vous mettre au dessus de tous les bernemens.

ARISTE

Moy ie n'auray lamais cette foiblesse extrême, De Youlotr posséder m cœur malgré luy-mesme ; Mais ie ne sçaurois croire enfin...

SGANARELLE

Que de discours, Allons ce procez>Ià continûroit tousiours.

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