ANALYSE DE L^ESCOUFLE XIII
plus voir Guillaume. Elle pensa d'abord qu'il avait été enlevé par des hommes envoyés à sa recherche par son père; mais alors comment Teût-on laissée et comment n'avait-elle entendu aucun bruit? Elle en arriva donc à se figurer qu'il l'avait abandonnée pour se rendre seul en Normandie. Elle se pâma de douleur. Un jeune homme qui passait la fit revenir à elle, en l'éventant du pan de sa chemise ', et l'aida à monter sur son mulet. Elle se dirigea vers la cité, pleurant et priant saint Julien de lui trouver bon logis '. Elle rencontra une jeune fille qui allait chercher de l'eau à un puits et lui demanda de ^héberger pour la nuit. Celle-ci, qui avait bien deviné en Aelis une personne de haut lignage, s'excusa d'abord sur la pauvreté de sa maison ; elle finit pourtant par l'amener dans le logis misérable où elle vivait avec sa mère. On mit le mulet dans la grange, et, comme les deux femmes n'avaient ni denier ni maille, Âelis leur donna, sans compter, de l'argent pour acheter à souper (v. 5o44).
Guillaume, cependant, pourchassait toujours l'escoufle, qui, s'étant enfin aperçu que l'aumônière n'était pas un morceau de viande, se décida à la lâcher. Tout joyeux, Guillaume revint en grande hâte au pré où il avait laissé son amie, mais il ne l'y trouva plus. Vainement il regarda de tout côté. Dans son désespoir il s'arrachait les cheveux et se frappait du poing. S'imaginant qu'elle avait été enlevée par les émissaires du roi des Romains, il reprit le chemin qu'il avait parcouru avec elle, la demandant à tous ceux qu'il rencontrait sur la route (v. 52 ii).
Pendant ce temps Aelis était à Toul. Elle se fit un lit avec
I. Le pan de la chemise ser\'ait à plusieurs des usages auxquels nous employons le mouchoir. Au v. 6282 nous voyons Guillaume, qui vient de reconnaître le mulet de sa bien aimée, essuyer les yeux de ce quadrupède avec le pan de sa chemise.
^ Le patron des voyageurs. Sur la prière qu'on lui adressait en pareil cas, voy. Romania, XI, 577.