‹ L'escroc du grand mondeChapitre 17 sur 27 · GEORGES, M. DE FERRIÈRES · texte numérisé non relu

GEORGES, M. DE FERRIÈRES

GEORGES, entrant par le fond.

Rie voici, mon père.

M. DE FERRIÈRES, le Serrant dans ses bras. Mon fils!., c'est toi!., je te revois!.. Ah! l'enfant qu'on a tremblé de perdre nous devient plus cher encore!.. Mon Georges!., reste dans mes bras.

GEORGES

Mon père!.. Je vous cherchais.

M. EB FERRIÈRES

Tu me cherchais ?..

GEORGES

Oui, j'avais une question ù vous adresser; mais je n'ai pu vous voir ce matin, et le temps presse!.. Un mot seulement.

M. DE FERRIÈRES

Non, tu ne t'éloigneras pas si vite, Georges : je veux te parler... Asseyons-nous,

GEORGES

Pardon, mon père. Je suis attendu.

M. DE FERRIÈRES. '

Je le sais.

GEORGES

Oui, quelques anciens amis...

M. DE FERRIÈRES

Tu appelles cela des amis!..

Je déjeune avec eux.

M. r)E FERRIÈRES.

Au bois de Boulogne?.. Mais ce n'est que pour midi, et il est à peine dix heures.

GEORGES

Veuillez m'excuser... quelques affaires...

M. p.E FERRIÈRES.

Geo-rgcs... vous nie trompez.. . vous allez vous l>.'«tlrc.

Vous le savez?..

Je Tempêcherai.

C'est impossible.

GEORGES

M. DE FERfilÈKES.

GEORGES

M. DE FERRIERES.

Je suis votre père, el je commande.

CB0BGE9.

Vous connaissez ma tendresse et mon respect pour vous; je vous ai toujours regardé comme mon oracle et mon modèle ; mais j'ai étéiosuUé, et jamais vous De m'avez prescrit de souffrir patiemment un affront.

M. DE FBRRiÈRBS.

Mais de quoi s'agit-il donc?

Je venais à vous, car, daus cette affaire, le combat est la moindre des choses.

M. DE FERRlÈRES.

Quelle insulte si grave?...

GEORGES

C'est de vous qu'il s'agit, mon père.

M. DE FERRlÈRES.

De moi?

GEORGES

Et je VOUS connais trop pour n'être pas sûr que vous partagerez ma juste indignation.

M. DE FERRlÈRES.

Qu'est-il donc arrivé ?

GEORGES

Hier, D'Olban a élevé devant moi, sur votre fortune et sur les moyens rapides auxquels vous devez voire opulence, des soupçons offensans pour votre honneur.

M. DE FERRlÈRES.

L'insolent!.. Il a osé...

GEORGES

Je l'en punirai... Mais il avait des témoins; mais ces soupçons injurieux, il les a déjà répandus peut-être, et j'ai senti qu'une accusation de cette nature ne pouvait être détruite seulement par les chances d'un combat. Moi qui arrive, qui ne sais rien encore de vos affaires, je suis venu A vous; il est important que vous daigniez m'instruira en peu de mots; que vous me mettiez à même de retourner, Je front levé, vers mon insolent agresseur et vers ceux qui raccompagnaient.

Veuillez donc, mon père, me dicter la réponse qui doit le réduire au silence, et que je puisse confondre la calomnie en même temps que je vengerai mon outrage.

M. DE FERRIÈRES

Georges... vous prenez feu trop facilement.

GEORGES

Quoi... j'entendrais élever lin 'soupçon contre vous sans m'émouvoir.

M. DE FERRIÈRES

Vous êtes trop jeune pour terminer comme il convient une affaire aussi sérieuse .... Reposez-vous sur moi de ce soin.

GEORGES

Pardonnez-moi, mon père... Ces odieux soupçons s'adressaient à vous; mais l'insulte, c'est moi qui l'ai reçue... li faut que je parle, que j'obtienne satisfaction... Ma conduite dans cette circonstance doit influer sur l'opinion qu'on aura , toute ma vie» de mon caractère et de mon courage : tout dépend de cet instant , mon père, vous le savez comme moi, et vous ne me retiendrez pas.

M. DE FERRIÈRES, à part.

Que faire ?

GEORGES

Instruisez-moi donc de ce que je dois dire ; indiquez-moi une réponse claire et satisfaisante qui prévienne à jamais d'injurieuses suppositions, [et je me charge du reste.

M. DE FERRIÈRES

Mon fils , vous êtes pressant! (// lui prend la inain). Ecoutezmoi : votre mère, l'amie, la compagne de toute ma vie, sort d'ici ; elle m'a, comme vous, demandé de m'expliquera ce sujet, et...

GEORGES, écoutant avidemment.

Et?...

M. DE FERRIÈRES

Je ne lui ai point répondu, car je ne dois de comptes à per- .sonne.

GEORGES

Qu'entendsje ?mamèienesait donc pas comment cette fortune... mais cela n'est pas possible!... Vous voulez vous jouer de moi!.. Songez pourtant que cela est sérieux!.. Des leçons que je reçus de vous , mon père , il en est une surtout que je n'oublierai jamais ; c'est d'attacher plus de prix à une réputation honorable qu'à l'existence même et à tous les biens dont on peut jouir. Je brûle du désirde me distinguer, de suivre nne earrièrc brillante, de mériter l'cslime publique!... Jugez donc

de ce que je souffre!... Chaque minute est un tourment!.. Répondez-moi, mon père !... que je ne tarde pas à leur prouver que le nom que je porte a droit à leurs respects.

M. DE F^BBIÈRES.

De tels sentimeni!;vous rendent digne d'arriver à tout.

GEORGES

Ces sentiraens, je vous les dois. . . Durant notrepauvreté, que de fois ne m'avez-vous pas dit que mon courage et ma constance devaient me frayer la route pour remonter au rang d'où vous étiez tombé? Et depuis que délivré d'u«e misère affreuse, je voyais Topulence ra'ouvrir toutes les carrières, j'étais enivré de bonheur !. . . Mais un mot a troublé tout. . . mon père, rassurez-moi !

M. DE FERRiÈRES, le contemplant avec amour.

Que ne doit-on pas attendre d'un jeune homme tel que lui ?

GEORGES

Ah! je le vois, votre silence était une épreuve!... Parlez^ mon père , parlez !... car je n'ai point trompé vos espérances.

M. DE FERRIÈRES, Ù part.

Queiui dire?

GEORGES

Vous vous taisez!., vous paraissez troublé!.. Oh, monDieu^ s'il y avait quelque chose d'équivoque, ou d'injuste dans cette fortune ?

M. DE FERRIÈRES

Georges !...

GEORGES

Oh, mon père, mon père, je vous en conjure, par tout ce qu'il y a de plus cher et de plus sacré, dissipez les doutes que vous avez fait naître : expliquez le changement de votre situation.

M. DE FERRIERES.

Vous me soupçonnez ?

GEORGFS.

Moi, grand Dieu!., soupçonner mon père!... non, non!... mais peut-être ri'avez-vous pas pensé que les hommes se doivent un compte réciproque de leur conduite; que ce n'est pas assez qu'elle soit irréprochablo, il faut encore que le monde lu juge ainsi.

M. DE FERRIÈRES

Est-ce donc a vous de me donner des leçons .'

Pardon , mon père!., votre cœur doit me comprendre, et mon emportement est si juste !

M. DE FEBB1ÈSE9 , d'un ion plus doux.

Je sens tout , Georges !... oui , tout!.. Et vous êtes ù mes yeux le meilleur et le plus noble des hommes!.. Ah ! an tel fils mérite «l'être heureux!... Il mérite que le monde lui rende justice, et que son nom soit à l'abri du so|ipçon.

GEORGES

Oui , mon père , tous l'avez dit, aucun soupçon ne doit le flétrir ce nom que dos aïeux nous ont transmis sans tache. Oh, ne différez pas une explication nécessaire !.. Ils m'attendent!...

M. DE FERBIÈRES.

Non... pas encore... Georges, écoutez-moi : plus d'une heure vous reste.

GEORGES

£h bien .»

M. DE FERBIÈRES, à part.

C'est le seul moyen! [Haut), Quoique personne n'ait de comptes à me demander , vous serez satisfait , et le monde aussi.

GEORCES.

Ah! c'est un grand bonheur!... car j'ai bien souffert!...

H. DE FERRIÈRES

Une demi-heure vous suffit pour que vous puissiez rejoindre P'Olban : attendez-moi donc quelques instans ici.

Mais, vous ne tarderez pas, mon père ?

M. DEFERRIÊBES.

Toutes vos craintes seront dissipées.

GEORGES

Vous me donnerez les moyens de convaincre le monde ?

M. DE FERRIÈRES

Aucun doute ne s'élèvera plus. Demeurez; je reviens.

GEORGES

Bientôt?

H. DE FERRIÈRES

Soyez sans inquiétude.

GEORGES

Si le moment arrivait sans que je vous revisse , je partirais.

M. DE FERRIÈRES

Vous. me re verrez.

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