‹ L'escroc du grand mondeChapitre 4 sur 27 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

st.-surin, marie, emeline, m ad. de ferrieres,

GEORGES, M. DE FERRIERES, DUBOURG, domestiques dans le fond.

K\T de Mathilde de Sabran. (Entrée d'Arved dans Malrina. Gymnase.)

MAD. DE FEBRli^RES , GEORGES

Enfin voilà de retour ;

me '

Ah , pour moi quelle ivresse!

Enfin Toilà de retour I

me

Fêtons tous ce beau jonr.

EMELINE, DtJBOIJBG, DOMESTIQUES.

Enfin le voilà de retour !

Four eux touà quelle ivresse ! etc.

MARIE

Enfin le voilà de retour!

Pour eux tous quelle ivresse !

Hélas ! il faut, à son retour,

Lui cacher mon amour!

feNSEMBLE.

SAINT-SURIN

Enfin le voilà de retour !

Pour eux tous quelle ivresse!

Mais Emeline, à son retour,

Lui rendra son amour !

CEOfiGES , se jetant dans les bras de son père.

Mon père, enfin je vous rcvoi!

Dans mes bras je vous presse !

M. DE FERBIÈRES.

Quel bonhear d'être auprès de toi !

MABIB , à part.

Pas un regard pour moi !

TOUS

vnil:

me

ïnfin voilà de retour ; etc.

^ ^ GEO&GES

C'est Émeline !. . oui , c'est bien elle ! Mon regard partout la cherchait ; Mais je la retrouve plus belle Que mon anipur ne la rèvâit 1 A vous quitter, ma bonne mère, Avec douleur je m'étais résigne ; Mais, loin de vous, sur la rive étangère, De votre image encor j'étais accompagné 1

TOUS

le Enfin voilà de retour , etc.

me

Les domestiques sortent.

GEOBGBS.

Que je suis heureux!.. Mais comme tout est beau ici!... Allons, ne riez pas de ma naïve admiration : moi, je n'ai rien vu.

BVBOITRG.

£t Tos voyages ?

GEORGES

Oh, ma vie a été bien simple!., quand on n'a pas d'ar^ gent... J'étais parti à pied de notre village avec ce que ma bonne mère m'avait donné, et que je désirais faire durer longtemps.

MAD. DE FERRIÈBES. "^ ;

Pauvre eofûQt!... quatre louis!

SAINT -SrRIN.

Mais quand je vous ai vu à Dieppe, dans la saison des bains, vous étiez chez un parent fort riche.

DUBOTJRG. ^

N'en avei-vous pas hérité? Votre père nous avait dit que c'était le commencement de sa fortune.

M. DE FERRiÈRES, ertibarraxsç.

Sans doute... Mais ce parent...

GEORGES

Il avait un 61s naturel , et je ne fus que Je^rçié^om d'un fidéi-commis : ù sa morl, je remis tout ;^i $on ^oiEant. MAD. DE Tis,hi\ktSêt'OX-^ élànnc7neni.

GEORGES

Alors un capitaine de vaisseau anglais me prit en amitié, et je m'embarquai sur son bâtiment , qui faisait voile vers l'Aii^rique.

DUBOtRG.

Nous y voilà!... Mais, en véiilé, depuis le temps qu'on

va chercher de la fortiuie en Amérique, il ne doit plus y en avoir.

CEOBGES.

Mon ami m'avait fait obtenir un emploi très-brillant dans l'Inde.

MABIE.

Dans l'Inde!... On ne vous aurait plus revu.

GEORGES

Peut-être... Aussi je venais embrasser encore une fois ma famille, avant d'entreprendre ce voyage; mais, en débarquant à Bordeaux, il y a huit jours, j'ai appris le changement de votre situation , mon père : jugez de ma joie!.. Plus d'absence, plus de voyages !... Ah , chère Emeline , c'est surtout à cause de vous, que je maudissais le sort, et que je le bénis maintenant!.. Gloire, fortune , amour , tout peut être mon partage!.. Je puis tout désirer, tout espérer de la vie.

MAD. DE FE&RIÈCIES

Mon cher enfant!..

DBBOCRG.

Voyez pourtant ce que c'est que l'argent !.. Et puis , que les philosophes nous vantent le mépris des richesses!..

SAINT-SURiN.

Oh! nous avons encore des professeurs de philosophie ; irfais il n'y a plus de philosophes.

Quel plaisir de retrouver heureux tous ceux qu'on aimel... Vous avez l'air satisfait, M. Dubourg ?

DrBOVRG.

Oui , pardieu î tout me réussit. On a déjà pensé à moi pour la députation : voyez-vous , Georges, un industriel aujourd'hui^ c'est comme un marquis autrefois : il arrive à tout. Si je deviens millionnaire, on me doit au moins la pairie... Voilà les bienfaits de l'égalité

M. DE FERBIÈRES, à part.

Sotte vanité!

GEOtlGES.

Et vous, Saint-Surin, vous êtes, j'espère, plus raisonnable que vous ne l'étiez à Dieppe? Vous ne jouez plus autant?

DDBOL'RG.

Oh! nous faisons de temps ce temps la petite partie... C'est mon seul plaisir à moi , ma seule récréation.

SAiNï-sraiN.

Noos lâcherons, mon cher Georges, de contribuer ù vos plaisirs; vous allez retrouver ici d'anciens amis que vous aver connus à Dieppe : Dalville, D'.Armincourf, D'Olban... .

GEORGE»

Ah!.. D'Olban...

SAlNT-SURIN.

Oui, toujours un peu envieux, un peu taquin, mais un asseï; bon diable au fond. . . Ils m'attendent en ce moment , et je vais les rejoindre. Je demanderai à ces dames la permission de les revoir dans la journée, car je loge dans cette maison; un peu plus haut, par exemple... A Paris, la bourse et le logement jouent à la bascule; quand les fonds baissent^ le logement s'élève. Vous permettez, Mesdames, que je ne vous dise pas adieu?

MAD. DE FEBRIÈBES.

Est-ce que nous ne dînons pas tous ensemble pour célébrer l'arrivée de Georges? M. Dubourg, M. de Saint-Surin, je compte sur vous.

M. DE FERRIÈRES

Vous avez raison : voilà qui est très-bien imaginé.

DUBOCRG.

Eh bien , j'accepte; je cours expédier mes affaires , et je reviens.

SAlNT-SURlN.

Dans une heure, je suis ici.

Dubourg et Saint-Surin sortent par le fond. ÉMEURE.

' Moi, je vais donner un instant à ma toilette,

M. DE FERRIÈRES

Il faut que j'aille me dégager près de l'ambassadeur d'Angleterre.

MAD. DE FERRIÈRES

Je devrai encore au retour de mon fils le bonheur de posséder plus souvent mon mari : j'ai plus d'une fois regretté la pauvre chaumière où du moins nous étions toujours ensemble.

M. DE FERRIERES.

Ma position m'oblige à voir le monde , et vous refusez d'y paraître.

MAD. DE FERRIÈRES

Oh ! ne prenez pas mes regrets pour des reproches.

M. DE FERRIÈRES

Je sais, ma chère amie, combien vous êtes bonne! Je sors pour vous revoir plutôt : vous ne serez pas fâchée de causer ajvec Gçorges,

Il sort par le Ibnd.

mâd. de ferrières.

Je vais lui montrer rapparteinent que je lui dcsline. Vieos, mon fils!..

Mad. du Ferrières, Emeline et Georges sortent par une porte à droite.

SCEi\E V.

MARIE, seule.

Comme ils sont heureux!.. Ah, c'est pour moi seul quMI n'y aura jamais de bonheur!... Il l'aime!... Je ne le croyais pas... Elle qui , élevée dans une pension de Paris , destinée à la fortune , ne pouvait être à lui, n'aurait pas voulu de lui quand il était pauvre... Il l'aime!... Et moi, qui fus la compagne de son enfance, qui partageai tous ses jeux, qui n'ai qu'une pensée... à peine s'il m'a vue!.. Et quand il m'a regar-, dée, quelle froideur!

Air du Klephte. (Par Labarre.)

Hélas 1 j'ai vu fuir l'espérance Qui m'enivrait à son retour 1 Est-ce un regard d'indifférence Qui devrait payer tant d'amour î

II est épris d'une autre femme; Pour elle il revient en ces lieux.

Et, quand l'amour veille en mon âme, J'en cherchais en vain dans ses yeux!..

Hélas! j'ai vu fuir , etc.

Tout est fini!.. Ah, du moins, cachons bien mon secret.

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