‹ L'escroc du grand mondeChapitre 6 sur 27 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

GEORGES, MARIE, EMELINE, entrant par la porte de droite.

ÉMELiNE , arrêtant Marie.

Pas du tout, Marie, vous resterez. Après une si longue ab" sence, on a tant de choses à raconter , que nous ne serons pas trop de deux... Asseyons-nous donc, et causons.

MARIE

Vous le voulez?

ÉMELINE.

Je l'exige.

GEORGES

^tmoi, je vous en prie. [Ils s'asseyent; Georges est entre elUs deux.) Que j'ai souvent désiré un pareil moment!... Près de vous; près de Marie qui sera notre sœur !.. (// prend la main de chacune d'elles.) Et d'abord, dites-moi, Emeline, avez-vousbien pensé à moi ?

ÉMELINE.

Quand vous êtes parti, j'étais encore à la pension; tous les mois votre maman me faisait sortir, comme elle a eu la bonté de le faire depuis quatre ans que je suis orpheline et confiée à ses soins ; alors, Marie et moi, nous parlions de vous sans cesse. Elle me racontait tout ce qu'elle vous avait entendu dire, tout

ce qu'elle vous avait vu faire depuis votre enfance; et j'avoue. Monsieur Georges, que moi je n'osais pas lui répéter ce que vous m'aviez dit en partant, et cependant je ne l'avais pas oublié I

GEORGES

Ah ! vous vous en êtes souvenue ?

ÉMELIKB.

Émeiine, me disiez-vous, je vous aime; vous êtes l'objet de mon premier, de mon unique amour ; si je fais fortune, je reviendrai demander votre main ; sans cet espoir, la vie me serait odieuse.

Marie ajetiré sa main que tenait Georges , et se recule doucement.

GEORGES

Vous ne m'aviez rien répondu.

ÉMELiNE, souriant.

Et pourtant j'attendais.

Georges lui baise la main.

MARIE, à part. Oh ! mon Dieu!..

GEORGES

Chère Émeiine!.-. Quand vous avez su que mon père avait retrouvé la fortune?..

ÉMELINE.

J'ai demandé à venir habiter chez votre mère, on me l'accorda ; et j'altendais l'époque où Monsieur le navigateur voudrait bien penser à nous.

GEORGES , se tournant vers Marie.

Mais VOUS, qui passiez toutes vos journées chez ma mère, diles-raoi, Marie, ce fui un grand jour de joie que celui où mou père redevint riche ? Je ne sais rieu ; quelques lignes que j'ai trouvées ii Bordeaux m'ont appris que sa situation était changée, voilà tout!. Je n'ai pas même eu le temps de causer avec ma mère; parlez-moi donc de son bonheur, contez-moi toutes qui s'est passé... Je brûle de tout savoir. MARIE, à part.

Que lui dire ? {Haut). Cette fortune ne vint pas subitement, et ce n'est pas à uioi que votre père a vu élever et qu'il traite encore comme vous me traitez vous-même, Monsieur Georges, un peu en enfant, qu'il aurait confié ses affaires d'intérêt. Tout ce que je sais, c'est qu'un jour, plus triste et plus méconteujC que jamais de son sort, votre père partit pour Paris; trois jour» s'écoulèrent, et votre mère , qui n'était pas habituée à son absence , et qui avait vu son désespoir, ne pouvait cacher son trauble et son inquiétude ; je les partageais !... PJonsicur de

Ferrières revint enfin plus joyeux que je ne l'aTais jamais vu ; îl avait, nous dit-il, retrouvé d'anciensanais qui l'avaient retenu et l'engageaient à retourner les voir. Il fit ainsi plusieurs voyages, toujours plus satisfait à son retour; puis on parla de quitter la pauvre maison pour venir habiter Paris, et j'obtins de mon père qu'il y prendrait aussi un appartement. Alors, je fus bien heureuse, car je pensai à votre bonheur !.. Voilà tout ce que je sais.

Bonne Marie!... Pourquoi donc y a-t-il sur votre figure un nuage de tristesse ? Nous parviendrons, j'espère à le dissiper. Emelioe, bientôt nous parlerons de mariage ; que rien désormais ne puisse plus nous séparer... avec vous, toujours.

JÉUELIKE.

Toujours le monde et ses amusemens!,.. Comme ils TODt vous plaire à vous qui ne les connaissez pas.

GEORGES

La retraite près de vous aurait plus de charmes encore.

ÉMELINE.

Oh ! il ne faut pas être comme Marie qui ne veut jamais venir au bal et au spectacle!... Votre père avait parlé d'une loge à l'Opéra pour l'hiver ; croiriez-vons qu'elle l'en a détourné ?

GEORGE?

Nous la prendrons, Émeline et nous y conduirons Marie.

MARIE

Le bonheur ne m'apparait pas à moi comme à Émeline tout brillant de parures, de fêtes, de bals, de musique et de spectacles : à mes yeux, il a une physionomie toute difiërente.

GEORGES

Et comment le voyez-vous donc»'

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