M., IV
comptait Caius et Crementius qui eurent le mérite du martyre sans en éprouver les extrêmes souffrances, et « en goûtèrent légèrement la saveur ^ » ; la vierge Encratis, qui lutta d'une âme intrépide, violenta çirgOj et affronta d'horribles supplices ^. Après avoir eu les membres déchirés, les seins coupés, être demeurée longtemps malade à la suite de ces mutilations ^, [Encratis évita la mort. Après la persécution, elle continua de résider à Sarragosse et on montrait encore, au tenips de Prudence, une partie de son foie arraché par le bourreau avec des ongles de fer'''.
Une des plus illustres martyres de cette persécution fut une jeune fdle de Mérida, nommée Eulalie. Prudence lui a consacré l'hymne troisième du Péri Stephanôn -K C'était une enfant de douze ans très sérieuse pour son âge, point frivole ni coquette. La vue et le récit des supplices infligés aux chrétiens l'irrita au dernier point ; elle voulut prendre part à ces souffrances. Son dessein paraissait si conforme à son caractère que ses parents s'alarmèrent et l'emmenèrent à la campagne afin de la distraire de ses pensées. Mais l'enfant trompa la surveillance, ouvrit pendant la nuit la porte de la maison, franchit la haie qui bordait le jardin, et seule, à travers les broussailles, parmi les ténèbres, s'achemina vers la ville. Dès le matin elle entra dans le tribunal et se déclara chrétienne. Le magistrat surpris, contrarié de cet esclandre, tenta de l'apaiser, lui proposa de jeter quelques grains de sel du bout des doigts. Elle ne répondit pas, mais s'approcha du magistrat et lui