II
Condé, de Cambrai, d'Aire, de Saint-Omer, d'Ypres et de Maubeuge \
Lorsque les Français évacuèrent la Sicile, ils ne firent rien pour soustraire au courroux des Espagnols les malheureux habitants de Messine, qui s'étaient soumis à Louis XIY* La cour de Madrid se montra d'autant plus avide de vengeance qu'elle avait été plus incapable de défendre cette province. Le marquis de Las Navas reçut Tordre de punir tous ceux qui avaient pris part à la révolte. A peine arrivé à Messine, il fit arrêter les deux sénateurs, Vincenzo Zuffo et don Diego, qui furent destitués et remplacés par des Espagnols. Puis, il publia un règlement par lequel le roi changeait la forme du gouvernement de cette ville. Elle perdit le droit de disposer de ses revenus; le sénat fut cassé; les fonctions, remplies jusqu'alors par les sénateurs , furent confiées à six êlti5, dont deux devaient être Espagnols. Mais on défendit à ces nouveaux magistrats de paraître en public avec les insignes de leur dignité, et précédés, comme autrefois, de tambours et de trompettes. On
I. Mignet, t. IV, p. 661-666. Depuis sa réunion avec la France, la Franche-Comté rétablit ses manufactures et devint une province riche et florissante. Sous la domination espagnole la population avait eonstamment diminué. Apendice d la Educaeion popular, t. V. Intro« ducUon,p. CLXXXV.
lear eûleva la juridiction que leurs prédécesseurs avaient exercée sur le territoire voisin. On les contraignit enfin de s'assembler dans le palais du vice* roi y toutes les fois qu'ils voulaient délibérer sur les affaires publiques. Le Stratico fut remplacé par un gouverneur espagnol que le roi pouvait révoquer à volonté.
Le marquis de Las Navas fit enlever les origi« naux des privilèges de Messine, que l'on conservait dans le palais de la ville. Il fit saisir jusqu'aux copies de ces privilèges, qui se trouvaient entre les mains des habitants^ et le bourreau les brûla sur la place publique. Une ordonnance enjoignit à tous les Messinois de livrer leurs armes, sous peine de dix années de prison et de cinq mille écus d'amende. On les força de bâtir eux-mêmes la citadelle qui devait les surveiller et les contenir. La grande cloche de rhôtel-de-ville, qui les avait si souvent appelés aux armes, fut enlevée par ordre du marquis de Las Navas et brisée devant lui en mille morceaux. Il fit fondre toutes les cloches de l'église cathédrale pour en faire une statue du roi d'Espagne , qui devait s'élever au milieu de la place publique.
Mais ce ne fut pas encore là le terme de ses vengeances. Vincenzo Zuffo eut la tête tranchée. Tous
ceux qui s'élaient déclarés contre TEspagne^ et que Ton parvint à saisir, moururent sur l'échafaud. Leurs biens furent confisqués, leurs maisons rasées. Plus de sept mille Messinois s'étaient embarqués pour la France. D'autres avaient trouvé un asile à Rome. Le marquis de Liche, ambassadeur d'Espagne auprès du saint-siége, leur conseilla de bonne foi de retourner dans leur ville natale et de profiter de l'amnistie que l'on venait de publier. La plupart se fièrent à cette promesse solennelle de pardon : mais, dès le lendemain de leur arrivée, le marquis de Las Navas les fit arrêter et pendre, sans aucune forme de jugement. Lorsque le nouveau vice-roi, don Vincent de Gonzague, fit son entrée dans Messine, il trouva cette ville, naguère si florissante, presque ruinée. On y comptait soixante mille habitants avant cette fatale révolte; il n'en restait plus que onze mille. Les autres avaient péri dans les supplices ou s'étaient établis dans les pays étrangers * *
A l'époque où fut signée la paix de Nimègue, la France était arrivée au comble de la puissance, et l'Espagne au dernier degré d'abaissement.
On vit alors une chose étrange : l'Europe entière
] . Voyez la Relation du voyage d'Espagne fait en 1679, p. 126-128. Paris, 1692.
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avait désarmé et Louis XIY ne désarmait pas. Il voulait forcer les puissances étrangères à reconnaître les décisions de ses parlements et faire en pleine paix de nouilles conquêtes. Dans ce but , il institua les chambres de réunion , qui devaient interpréter les traités de Westphalie , d'Aix-la-Chapelle et de Nimègue, et réunir à son royaume les dépendances des places et des provinces qui lui avaient été cédées. L'Espagne fut sommée de lui livrer le comté d'Alost , le vieux bourg de Gand et plusieurs villes de Flandre, auxquelles il prétendait n'avoir pas renoncé par le dernier traité. La cour de Madrid répondit qu'il n'avait aucun titre à la possession des villes réclamées par ses ambassadeurs, et qu'il ne l«s occupait pas même au moment où il avait signé la paix de Nimègue. Aussitôt Louis XIY fit investir Courtrai par le maréchal d'Humières. Cette ville , qui ne s'attendait pas à une attaque , fut obligée de se rendre après une résistance de peu de jours. Dixmude ouvrit ses portes à la première sommation (1683). Louis XIV offrit de rendre ces deux forteresses, à condition que l'Espagne lui céderait en retour la ville de Luxembourg ou Pampelune et Fontarabie. A ces propositions injustes l'Espagne ne put opposer qu'une déclaration de guerre. Mais, en prenant les
armes, elle n*avait pas consulté ses anciens alliés, et elle n'avait pas fait les préparatifs nécessaires pour repousser la force par la force et résister à une injuste agression. Louis XIV s'en trouT»plus à Taise pour faire de nouvelles conquêtes. Aussitôt qu'il eut appris la déclaration de guerre de la cour de Madrid, il fit avancer ses armées dans le Luxembourg y la Catalogne et la Navarre. Ces trois provinces étaient également dépourvues de soldats. Elles furent dévastées, livrées au pillage , et au malheur d'être dépouillés en pleine paix, les Espagnols joignirent l'humiliation d'être battus ^ Pendant l'hiver, les marquis de Boufflers et de Montai portèrent le ravage dans toutes les parties du Brabant. Ils mettaient à contribution les villes ouvertes et brû-* laient celles qui refusaient de se rendre. Au mois de mars 1 684, le maréchal d'Humières investit Oudenarde et lança sur cette malheureuse ville un si grand nombre de bombes et de boulets ronges qu'elle fut presque entièrement détruite. La fortes resse de Luxembourg fut livrée par le prince de Chimay , après que l'artillerie française eut battu les murs en brèche , et Yauban se hâta de rendre formidables les fortifications de cette place que