‹ L'Espagne depuis le règne de Philippe IIChapitre 24 sur 202 · Sismondi, t. XXVI, p · texte numérisé non relu

Sismondi, t. XXVI, p

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en défendaient les approches ^ Le baron de Pointls débarqua les flibustiers^ qui avaient une connaissance exacte du terrain. Après un combat opiniâtre, ils se rendirent maîtres des trois forts et s'avancèrent jusque sous les murs de Carthagène y garnis de plus de quatre-vingts pièces de canon. Les habitants, effrayés par la menace d'un bombardement, capitulèrent le 3 mai 1 697, à condition que la ville ne serait pas livrée au pillage, et que les vainqueurs se contenteraient de l'or, de l'argent et des pierres précieuses, qu'ils pourraient trouver dans les églises, les édifices publics et dans les maisons des particuliers. Les flibustiers, mécontents du partage, n'en pillèrent pas moins la ville avec la dernière barbarie*.

Cette longue série de désastres détermina la cour de Madrid à demander la paix. Charles II était mou* rant, et la grande question de la succession espagnole tenait l'Europe en suspens. L'intérêt de la France était de ménager le sentiment national des Espagnols. Louis XIY se montra donc aussi habile que généreux

1. Ulloa et Joi^e Juan, JYoiiciat seeretas, 2 vol. in-é». Voyez 1. 1, p. 131.

2. Relation de ce qui s'est fait à la prise de Carthagène, silnée aux Indes espagnoles, par l'escadre commandée par M. de Pointis. Bruxelles^

en restituant^ par le traité de Ryswick, toutes les provinces et toutes les villes qu'il avait conquises, depuis la paix de Nimègue. Ces restitutions comprenaient Girone, Roses, Barcelonne ; et, en Flandre, les villes de Mons, de Charleroi, d'Ath et de Courtrai (1697).

Jusqu'ici, nous n'avons fait qu'énumérer les revers que l'Espagne essuya sur les champs de bataille, pendant le règne de Charles IL Ce prince ne gouverna jamais par lui-même. Son incapacité notoire et Tacharnement des partis qui se disputaient le pouvoir ajoutèrent encore à la détresse publique.

Pendant les premières années qui suivirent la mort de Philippe IV, la cour fut divisée entre le père Nithard, confesseur et directeur de la reine régente, et don Juan d'Autriche, fils naturel du feu roi. Exilé à Consuegra, don Juan se réfugia en Aragon, où il avait des partisans, puis il se rapprocha de la capitale avec une troupe de sept cents hommes. La noblesse lui était favorable, et la voix populaire l'appelait au gouvernement. Beaucoup de personnes l'accueillirent aux cris de : Viva el rey don Juan ! et muera el mal goviernol ^ Il s'avança sans obstacle jusqu'à Torrejon, à trois lieues de Madrid. La cour était dans

1 . Extrait d'une dépêche du marquis de ViUars à Louis XIV. Madrid^ 6 mars 1669. Voyez Migaet, t. lU, p. 423-425.

la consternation; car les portes de la capitale n'étaient pas gardées, et l'on n'avait pas de troupes à lui opposer. « Si, le lendemain, comme l'écrivait à l'ambassadeur de Vienne M. de Lionne , qui connaissait le prix du temps et le succès habituel de laudace, don Juan fût entré dans Madrid, non seulement il se fût rendu maître des affaires, il eût établi ses créatures dans les conseils et chassé tous ceux qui lui étaient contraires ou suspects, mis la reine dans le couvent de las Descalzas, mais il aurait pu se faire proclamer roi, tant il avait pour lui la faveur des peuples ^ ! » Le jeune prince manqua lui-même à sa fortune. 11 se contenta de l'exil de Nithard, et accepta la vice-royauté d'Aragon, de Catalogne et de Valence, différant l'exécution de ses desseins jusqu'à la mort de Charles IL Après cet arrangement, il s'établit à Saragosse, et l'Espagne se trouva divisée entre deux cours jalouses lune de l'autre , et dépourvues également de toute influence dans les conseils de l'Europe (1669).

Lorsqu'en 1675, Charles II fut parvenu à l'âge de quatorze ans , et qu'il eut pris possession du gouvernement, don Juan se hâta d'accourir à Madrid,

1 . Lettre de M. de Lionne au chevalier de Gremonville^^du^SO avrU 1669. Vo^ez Mignet, t. Ul, p. 433.

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dans l'espoir de succéder à Tautorité de la régente. Trompé dans son attente , il revint à Saragosse, assembla ses partisans et marcha de nouveau sur Madrid, où ses amis l'attendaient en armes. Il convint avec eux que si les ordres du roi lui prescrivaient de retourner en Aragon, on les respecteraii, mais quon n'y obéirait point» Cette entreprise réussit. Sitôt qu'il -fut arrivé près de Madrid, le peuple n^anifesta ses vœux , la reine se troubla et finit par écrire à don Juan de venir aider le roi dans son gouvernement. Charles II consentit sans peine à l'éloignement de sa mère et à l'élévation de don Juan, qu'il nomma premier ministre et président de tous les conseils de l'État. Revêtu d'un pouvoir illimité, le jeune prince essaya de remédier au désordre de l'administration et à la misère des classes inférieures. Il publia des lois somptuaires, supprima le conseil des Indes, qui absorbait des sommes immenses , et modifia celui des finances , en réduisant de moitié le nombre des offices. Ces réformes incomplètes ne relevèrent point le crédit public et ne soulagèrent que faiblement le peuple. On s'aperçut bientôt que don Juan n'était qu'un ambitieux vulgaire; il perdit sa popularité, et mourut poursuivi du mépris public, en 1 679. La reine-mère, qu'il avait fait reléguer à To- II. 4

lède, revint alors à Madrid et recouvra son ancienne influence. Le faible Charles II , dominé tour à tour par son frère , par sa mère , par sa femme , par son confesseur, était entièrement incapable de prendre en mains les rênes de l'État.

Il n'était pas possible que sous un pareil gouvernement TEspagne fît un pas vers la centralisation politique , qui lui était si nécessaire et qu'elle ne pouvait atteindre. Charles II ne songea même pas à modifier la constitution qui régissait les provinces basques, pour la concilier avec celle de la Castille. En 1677, il se rendit à Saragosse, et, en présence du grand justicier et des magistrats supérieurs de T Aragon , il jura solennellement de maintenir les privilèges de ce royaume*. En 1678, les États d'Aragon, encouragés par la faiblesse de la cour de Madrid, publièrent plusieurs règlements qui prouvèrent à l'Europe étonnée combien était fragile le lien qui attachait ce royaume à la monarchie espagnole. Un de ces règlements portait que , à moins d'être marié dans lo pays, aucun Français ne pourrait s'y établir*, sous peine de confiscation de ses biens et d'amendes consi-

1 . Fiage del Rey don Carlos II al Reyno de Aragon, el ano 1677 ; por don Francisco Fabro Bremandan.

2. Voyez le Mémoire donné au marquis de los Balbases, le 2 décembre 1688. ÂrchiTes du Ministère des affaires étrangères.

dérables. Ensuite, ils promulguèrent des ordonnances si dures pour toute la nation française, qu'ils ruinèrent presque entièrement le commerce du Languedoc, du Roussillon et de la Guienne avec l'Espagne. Ces provinces, lésées dans leurs intérêts, proposèrent au gouvernement françaisd'user de représailles. Le comte de Rébenac, ambassadeur de France en Espagne, écri* vit à Louis XIY pour lui conseiller l'adoption des mesures proposées par les habitants de ces provinces. Il terminait sa dépèche par ces paroles remarquables : « Il arrivera donc , Sire , ou que le roi d'Espagne se chargera de remédier lui-même aux vexations que vos sujets souffrent dans l' Aragon , ou qu'il déclarera, comme il a déjà fait, que les privilèges de ce pays-là lui ôtent la connaissance du détail de son gouvernement intérieur; et pour lors, Sire, ce sera une affaire à démêler entre Votre Majesté et l'Aragon. Si cela est , Votre Majesté n'aura qu'à laisser agir les peuples de ses frontières, qui sauront bien trouver les moyens de réduire les Âragonais ^ »

Le même esprit d'indépendance régnait en Catalogne. Cette' province avait conservé toute sa haine contre la Castille. On regarda comme un acte de fidé-

f • Extrait d'nne dépêche dn comte de Rébenac, da 3 décembre 1688. Archives da Ministère des affaires étrangères.

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lité que la ville de BarceloDDe levât , en 1665^ l'étendard royal pour Charles 11^ quoique , d'après ses fue^ ros, elle eût le droit de ne faire cette acclamation solennelle qu'après avoir été visitée par le roi * . Bien* tôt les Catalans s'aperçurent de la faiblesse du nouveau souverain et de l'impuissance où il était de les protéger contre les armées de Louis XIY. Ils se dé* fendirent par leurs propres forces , et pendant longtemps ils repoussèrent l'invasion de leur territoire. Hais ils ne conservèrent plus aucun respect pour la cour de Madrid, et se gouvernèrent à peu près comme un peuple indépendant. Le 28 février 1689, le comte de Rébenac écrivait à Louis XIY : « Le roi d'Espagne ne conserve plus le nom de son autorité en Catalogne que parce qu'il ne la fait paraître en aucune chose ^. » Peu de jours auparavant , il avait écrit : a La Catalogne paraît entièrement révoltée; elle ne veut ni recevoir de troupes ni donner de subsides , en sorte qu'il ne manque à cette province que le nom de rebelle déclarée; car^ pour les effets, ils y sont presque tous '. » Lorsque la guerre eut recommencé avec la France ^ le vice-roi fit venir des troupes de

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