‹ L'Espagne depuis le règne de Philippe IIChapitre 91 sur 202 · Environ denx cent cinquante mille ducats · texte numérisé non relu

Environ denx cent cinquante mille ducats

L'inégale répartition de toutes ces charges les rendait plus insupportables encore. Campanella observa le premier qu'elles pesaient entièrement sur les classes laborieuses ; que les nobles s'en débarrassaient aux dépens des bourgeois, les bourgeois aux dépens des artisans et des manufacturiers. Il proposa l'établissement d'un impôt équitable, moins onéreux pour les pauvres et mieux réparti. Son système n'était autre que celui de nos contributions directes et indirectes. Il voulait que l'on taxât l'huile, le vin, la viande, mais en les frappant d'un impôt léger, comme objets nécessaires à la consommation du pauvre; il demandait que l'on imposât fortement les objets de luxe tels que les cartes à jouer, le tabac, les lieux d'amusements publics. Il proposait d'établir l'impôt principalement sur la valeur des propriétés foncières, laissant au luxe et aux besoins factices des riches le soin d'en défrayer le reste. Ces conseils ne furent pas suivis. Les nobles auraient cru déroger en supportant leur part des charges publiques. Ils aimaient mieux en rejeter le poids sur les artisans qu'ils méprisaient.

Par une heureuse coïncidence, on venait de trouver l'art de mélanger le bronze et le mercure. Cette

innovation augmenta le produit des mines de TÂmérique vers la fin du xvi* siècle. Pendant les vingttrois premières années du règne de Philippe II, la mine d'argent de Potosi n'avait rapporté qu'un quint de neuf millions huit cent mille piastres * . A partir de Fan 1579, ces produits augmentèrent rapidement. En 1 579, le quint fut de 1 ,091 ,025 piastres ^; en 1 580, de 1 ,1 89,323 • ; en 1 585, de 1 ,526,455 * ; en 1 592, de 1 ,578,823 * ; en 1 593, de 1 ,589,662 •. C'était à la trésorerie provinciale de Potosi que l'on percevait cet argent. On le dirigeait de là sur Cadix. Mais la détresse financière était si grande que tant de trésors ne faisaient que traverser la Castille. Les intérêts de la dette publique absorbaient la meilleure partie des revenus. De trente-cinq millions de seudiy qui passèrent, dit-on, par la barre de San-Lucar en 1 595, il ne restait pas l'année suivante un seul réal dans toute la Castille ''.

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