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L'Espagne et l'Angleterre en 1588. Campagne de l'Armada, documents nouveaux

DE toutes les jouissances réservées à l'archéologue et au bibliophile, il n'en est pas de plus douce que celle qui consiste à révéler à eux-mêmes les peuples et les nations , en faisant revivre leur passé qu'ils s'affligeaient de voir pour toujours endormi dans la tombe.

De tous les peuples et de toutes les nations, le peuple espagnol, la nation du Cid , a particulièrement excité chez moi le désir de cette jouissance, et je ne suis jamais plus heureux que lorsque je puis découvrir dans la masse des manuscrits que je compulse incessamment des actes intéressant sa gloire.

En bouquinant un jour à Dieppe, je trouvai une

plaquette petit in-12 de dix-sept pages dont le titre rigoureusement copié se trouve ci»après.

Je consultai plusieurs histoires d'Espagne et d'Angleterre sans trouver aucune mention du fait consigné dans ce petit volume. Je m'étonnai de cette absence de documents, et mon esprit investigateur voulut aller plus loin. Je n'étais pas non plus fâché de savoir & quelle occasion les Anglais avaient essuyé une si bonne défaite. Je voulais savoir, je sais.

Le roi d'Espagne, Philippe II, avait fait équiper dans le port de Lisbonne une flotte formidable, surnommée l'Invincible Armada; cette expédition avait pour but de restaurer en Angleterre la foi catholique et de venger la mort de Marie Stuart, reine d'Ecosse. Ce crime énorme ordonné par une femme avait soulevé d'indignation toute la catholicité. On savait en effet que les protestants anglais en étaient les instigateurs, car ils se persuadaient que, si la reine d'Ecosse montait une fois sur le trône, elle rétablirait bientôt la religion catholique dans ses États, et n'épargnerait rien pour détruire l'hérésie. Les manœuvres des partisans du protestantisme et la séduisante beauté de Marie Stuart suffirent dans l'esprit de la superbe Elisabeth pour décider la mort de sa cousine et rivale, qu'elle détestait surtout comme catholique. Cette Elisabeth se servit pour faire condamner la veuve de François II, roi de France, des moyens les plus inf&mes, qui n'ont pu néanmoins enlever à sa malheureuse victime la sympathie de la postérité.

Plusieurs autres motifs avaient encore Inspiré l'armement de V Invincible Armada : elle était destinée à tirer raison des déprédations qu'un corsaire anglais, Francis Drake, avait commises sur des sujets du royaume d'Espagne, et à punir Elisabeth de l'appui qu'elle prêtait aux Pays-Bas révoltés. Philippe II voulait aussi faire valoir les droits qu'à plusieurs reprises Marie, prisonnière, lui avait légués sur l'Ecosse et l'Angleterre; de plus il avait à se venger du dédain qu'Elisabeth avait fait de sa main; car, par ce refus, il perdait l'Angleterre qu'il croyait tenir à jamais du vivant de sa femme, Marie Tudor, morte en 1558.

La cause de Philippe II était juste et sainte; il avait toute la catholicité pour lui. Il voulut, avant la campagne , demander au pape des prières pour le succès de son entreprise. Tout se faisait en silence , mais les espions de l'Angleterre n'eurent ni pudeur ni retenue; ils se firent ouvrir les portes de la chambre papale, et en prirent eux-mêmes les clefs dans la poche du Saint-Père ; alors fut connu le but d'un si grand armement.

Don Alvar Baza, marquis de Santa-Croce, devait commander la flotte ; mais, au moment où il se disposait à mettre à la voile, Philippe H lui adressa un mot amer sur sa lenteur; le vieux et illustre marquis en fut suffoqué et, quelques heures après, il mourut des suites d'une attaque d'apoplexie foudroyante ; alors le roi nomma pour le remplacer le duc de Médina Sidonia, issu d'une des plus grandes

maisons. d'Espagne* qui prit le commandement de l'armée à la place du marquis, et Alcarède fut fait vice-amiral.

Après ces malheureux retards, le duc, ayant mis à la voile au mois de juillet, essuya en sortant du port de Lisbonne une furieuse tempête qui dispersa les vaisseaux, submergea quelques-uns des plus petits, et força cette flotte, qui était partie pleine d'espérance et de joie, à se mettre h l'abri à la Corogne.

L'Armada étant réparée se mit en route : elle était composée de cent trente vaisseaux dont près de cent étaient des galions d'une grandeur beaucoup plus considérable qu'aucun de ceux dont on se fût jamais servi en Europe. Elle avait à bord dix-neuf mille deux cent quatre-vingt-quinze soldats et était montée par huit mille quatre cent cinquante-six matelots. On y comptait deux mille quatre-vingthuit galériens et deux mille six cent trente gros canons de cuivre. Ses approvisionnements devaient durer six mois. A la suite venaient vingt caravelles ou petits navires, et dix salves, à six rames chacune, chargées de l'apothicairerie.

La flotte n'éprouva pas d'autre accident et ne tarda pas à doubler le cap Finistère (28 juillet) ; ce fut alors qu'eut lieu (4 août) cette rencontre qui est l'objet de la lettre dont nous avons parlé précédemment.

Voici cette lettre que nous avons copiée mot pour mot:

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