‹ L'Espagne et Napoléon (volume 4)Chapitre 22 sur 51 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Ce qu'il y a de remarquable dans toute cette affaire, c'est le choix que la Cour a fait parmi le Conseil de Castille des membres les plus pauvres pour être juges dans ce procès.

La Cour espérait les gagner : tous se sont couverts de gloire On assure que les Conseillers ont été à la Cour pour se présenter en corps à Leurs M. M. Cath., qu'ils en ont reçu les reproches les plus grands. Les juges n'ont répondu que par une respectueuse inclination. Ce qui prouve que la nation espagnole a envisagé ce procès généralement comme inique, c'est le respect qu'elle témoigne aux juges et à tous ceux qui ont montré quelque énergie. Le Cardinal de Bourbon, archevêque de Tolède a préféré de donner sa démission plutôt que d'abandonner l'archidiacre Escoiquitz (le Roi n'a pas voulu accepter sa démission).

Le chapitre de Tolède ayant appris que d'Argumoza (frère du

secrétaire de légation à Florence et du capitaine de vaisseau), avocat pensionné de ce chapitre, avait refusé de défendre le chanoine Escoiquitz devant la commission, lui a retiré sa confiance et son traitement.

Don Eugenio Caballero, Conseiller de Castille, est mort deux jours après son éloquent rapport, de chagrin et de désespoir des suites de ce procès. — C'était un grand magistrat.

Des couvents se sont disputés pour rendre les devoirs à ce juge intègre; quand on a parlé de prix : les moines ont répondu que puisque c'était pour ce grand Conseiller de Castille mort pour défendre la bonne cause, ils exigeaient la condition que ce fut aux frais du couvent, et avec toute la magnificence possible. Tout le monde s'est empressé d'assister à cette cérémonie et de rendre à la mémoire de ce Magistrat la justice qu'il a su lui-même si bien départir. Don Eug. Caballero est mort pauvre.

Le plaidoyer de Joven de Salas, avocat du Duc de l'Infantado est, dit-on, superbe : la Duchesse a voulu Ivxi faire un présent magnifique. Cet avocat a répondu : j'ai rendu justice à l'innocence, je refuse tout, je suis récompensé pav l'estime publique. D'après le décret royal, le Duc de l'Infantado avait demandé pour l'exil ses terres en Biscaye distantes de plus de 60 lieues de Madrid. Cela lui a été refusé. Le Duc a aloi's demandé d'aller à Grenade, on lui a ordonné de se rendre à Ecija, nom d'une petite ville près de Se ville.

Espagne, vol. 673, fol. 168.

INSTRUCTIONS A l'aGENT SECRET BLONDEL A. M. Blondel.

6 février 1808.

Sa Majesté m'a autorisé. M'., à vous envoyer à Barcelone. Votre mission n'a aucun caractère ostensible; c'est pour une affaire particulière que vous paraîtrez vous rendre dans cette ville : vous y résiderez tant que le Gouvernement français le jugera nécessaire et pendant votre séjour vous correspondrez régulièrement avec moi

Dans un moment ou différents corps de troupes françaises sont en Espagne, et où des événements dignes de remarque se sont passés à Madrid, la situation du pays et l'opinion publique méritent d'être particulièrement observées, surtout dans les parties de l'Espagne qui sont voisines de nos frontières et qui se trouvent sur le passage des troupes que S. M. pourrait encore avoir à faire passer en Portugal ou en Espagne. Barcelone est devenue sous ce rapport un point important d'observation.

Vous chercherez, à connaître quelles sont les dispositions des habitants envers les Français, quelle est leur opinion sur la situation de l'Espagne, sur son gouvernement actuel, et quels sont leurs sentiments pour l'Emperenr. Vous examinerez, sous tous ces rapports les dispositions des officiers civils et militaires. Etant sans caractère public, vous aurez plus de facilités pour faire vos remarques, pour recevoir des aveux, des confidences, pour vous former des liaisons qui vous permettent de pénétrer dans les intentions des personnes que vous aurez le plus d'intérêt à connaître. Vous me transmettrez des renseignements e.xacts sur la situation du port, sur le nombre et l'état des bâtiments qui s'y trouvent, sur les événements de mer, sur tous les mouvements maritimes qu'il vous sera possible de connaître; particulièrement sur les croisières des Anglais et sur toutes les nouvelles qu'on recevrait de leurs opérations dans la Méditerranée. Mandez-moi quel est le nombre des troupes espagnoles qui sont en Catalogne, quelle est la situation des places, la nature et la quantité des munitions, les ressources que pourrait y trouver un corps d'armée, soit dans son passage, soit pour s'y arrêter; l'état des routes, le degré de facilité des communications, enfin tout ce qui peut faire connaître le pays sous le rapport du sol, des ressources, des habitants.

Barcelone est une des villes d'Espagne qui ont avec la capitale et les autres villes principales du Royaume le plus de relations. Cette position vous permet d'agrandir le cercle de vos observations et vous pourrez, m'adresser celles que vous aurez occasion de faire sur la situation des autres parties de l'Espagne.

Observer et me faire part de vos remarques, voilà toute votre mission. Vous n'avez aucune démarche à faire près des autorités du pays : l'un des premiers moyens de rendre votre voyage utile est de n'en pas laisser pénétrer l'objet.

Je désire des renseignements nombreux; mais je les désire surtout exacts et je compte assez sur votre bon esprit pour être persuadé que vous ne vous en tiendrez pas aux bruits publics, à des rapports, à des conjectures, mais que vous ne vous attacherez

qu'à bien voir. La plus sûre preuve de zèle et d'être constamment exact et impartial. C'est la première qualité que j'attends de vous, et, c'est parce qu'elle est nécessaire et qu'il s'agit d'une mission de confiance que vous avez été désigné

Espagne, vol. 673, fol. 134.

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