‹ L'Espagne et Napoléon (volume 5)Chapitre 33 sur 50 · LE PROCÈS DU GÉNÉRAL DUPONT · texte numérisé non relu

LE PROCÈS DU GÉNÉRAL DUPONT

La nouvelle de la défaite de Baylen parvint à Napoléon le 2 août 1808 à Bordeaux; sans attendre les détails, il s'exclama, accolant au nom du général Dupont les épithètes de « bête, inepte et lâche »; parlant des soldats que la convention d'Andujar lui conservait, il affecta l'ironie et le dédain : « Les Anglais ne laisseront pas passer ces imbéciles; les Espagnols ne rendront pas leurs armes à ceux qui ne se sont pas battus. » Et ici, il devinait juste.

Dans sa vanité blessée, d'autant plus ulcérée qu'il se sentait secrètement responsable d'une catastrophe due en partie à ses ordres, il employa dès le premier moment une expression caractéristique qu'il répéta souvent par la suite : « J'ai une tache sur mon habit; » et sa main droite frappait furieusement son bras gauche. Par son ordre, le Moniteur du 5 septembre publie un article insultant pour nos propres troupes. Ayant demandé à Glarke le ministre de la guerre : quels tribunaux jugeraient les généraux et quelles peines « les lois infligent à un pareil délit », il prescrit la réunion d'un conseil d'enquête où s'assemblent trois généraux présidés par le ministre, à qui on n'a pu remettre à la hâte que quelques documents incomplets, et comme « pièces » des extraits des journaux anglais ou espagnols. La conclusion de cette commission sans mandat et sans éléments de contrôle, est que les faits sont " non prévus par les lois n, et qu'il serait fâcheux de donner une grande publicité à l'affaire. Le mois suivant (9 octobre), Napoléon, qui est alors à Erfurth, approuve sans bruit cette fin de non-recevoir.

Cependant, tandis que les Espagnols, violant cyniquement la

convention, gardent prisonniers les vaincus de Bavlen, ils renvoient en France les généraux. Ceux-ci débarquent bientôt à Marseille et à Toulon; d'abord Marescot, puis Dupont, enfin Chabert et Védel. Dès son arrivée, Dupont, encore au lazaret de Toulon, voit ses papiers saisis. II est écroué au fort Joubert. Le 16 octobre, on lui fait subir un premier interrogatoire sur des questions dictées par l'Empereur, questions d'une forme injurieuse et supposant comme acquises des accusations de fantaisie. Le 26 novembre il arrive à Paris, à la prison de l'Abbave, où successivement viennent le rejoindre les généraux de son corps d'armée. On réduit à des cellules infectes, comme de vulgaires malfaiteurs, des soldats tout au moins chargés de services militaires glorieux et d'un passé qui mériterait des égards.

Napoléon semble vouloir frapper l'imagination publique par une indignation qui soit un exemple pour l'armée et qui parvienne à donner le change à l'Europe, peut-être à l'histoire. En ce moment il vient d'arriver en Espagne, et si la défaite de Baylen doit être vengée, il y travaille avec son génie et son bonheur habituels : Burgos, Espinosa, Tudèle, Somo Sierra couronnés par la prise de Madrid le proclament assez haut. Voilà pour les ennemis. Pour ses propres soldats, il trouve un prétexte de donner une leçon que tout le monde entende. C'est la fameuse revue de Valladolid le 13 janvier 1809 (1) : à la parade, il apostrophe le général Legendre, qui se trouvait à Bavlen, et l'accable de reproches, d'ailleurs immérités : <i Vous êtes bien osé de paraître devant moi ! » (et c'est sur un ordre impérial que Legendre s'est rendu au quartier général) : « Votre main ne s'est pas desséchée en signant? » (et Legendre n'a jamais eu à apposer son nom à la convention d'Andujar); il lui reproche de n'avoir pas exigé « la garantie des Anglais «... qui n'étaient ni belligérants ni même en Espagne; il qualifie de Français ayant a passé sous le joug », les hommes qui ont posé leurs armes avec les honneurs de la guerre et dont les généraux espagnols ont proclamé la vaillance. En présence de ces «( inqualifiables violences », comme les caractérise 31. Thiers, de cette scène théâtrale et calomniatrice, on se souvient de l'appréciation du maréchal Wolseley : « Pendant toute sa vie il joua pour l'auditoire : pour son armée par d'émouvants ordres du jour; pour la France par des bulletins inexacts; pour le monde, présent ou à venir, par sa conduite à Sainte-Hélène et par les romans qu'il y composa. »

(1) Le gënéral TniÉnAULT (Mémoires, t. IV, chap. 6) en a donné un récit en partie exact mais agrémenté d'ornements de fantaisie.

Le siège de l'Empereur était fait; il voulait flétrir ceux que la victoire avait trahis; si quelqu'un de ses généraux n'était pas vainqueur, c est qu il était un lâche, un traître, et, pour achever le tableau, un voleur. Cette thèse fut mise en avant des la première heure. On voulut aussitôt attacher une importance capitale à la question des bagages sauvés par Dupont, pillés par les Espagnols. Jusqu à Sainte-Hélène, ce fut le thème impérial : « Dupont a perdu l'Espagne pour ses fourgons! » Et on interrogea avec ostentation les payeurs de l'armée d'Andalousie : Plauzoles et Lerembure; leurs réponses n'incriminant en rien leur ancien chef, on les passa dès lors sous silence. Les véritables témoins de Baylen, généraux et officiers revenus de Cadix, qui auraient pu donner des renseignements, ne furent pas interrogés, et on les dispersa sur-le-champ dans toutes les armées, en divers pays : Rouver en Saxe, Roize en Italie, Dabadie en Espagne, Frésia à Dijon, Cassagne à Madrid, Poinsot à 3Iilan, Cavrois à Bayonne; aucun des aides de camp ne fut mandé pour apporter un témoignage. Au commandant Baste, des marins de la garde, nulle question posée. Dupont demandait avec instance que l'on fasse comparaître avec lui les généraux rentrés d'Espagne. Nulle réponse. Savary, peu suspect, avait proposé de donner des éclaircissements; on ne lui en demanda aucun; il remit la copie de ses lettres à Dupont pendant le mois de juillet 1808; ces documents d'une importance capitale disparurent avant de figurer au procès.

Ce procès, l'Empereur le confiait à la Haute-Cour, juridiction encore non organisée; Dupont, 31arescot, Chabert, Védel, le capitaine de Villoutreys subirent des interrogatoires sommaires (février 1809); puis lorsque Cambacérès eut émis l'opinion que l'absence de preuves amènerait Tacquitteinent : « Alors je n'en veux plus! ») déclara Napoléon; il fit cesser les préparatifs commencés pour les audiences au palais du Luxembourg, et au mois d'avril, sans explication, tout rentra dans un prudent silence.

En vain Dupont, qui venait de choisir pour ses défenseurs Berryer père et Chauveau-Lagarde, réclama la remise de ses papiers saisis, en vain il écrivit directement à l'Empereur. On voulut oublier. Ces grands coupables dignes des pires châtiments,' si les reproches eussent été fondés, furent sans bruit autorisés à se rendre dans diverses maisons de santé aux faubourgs de Paris.

A Clichy d abord (août 1809), puis aux Ternes, le général Dupont se retira, sous la surveillance respectueuse des gendarmes. Il est vrai que, s'étant établi chez son beau-père, le comte Bergon, conseiller d'État, Regnaud de Saint-Jean d'Angély réprimanda vertement de cette condescendance l'officier de gendarmerie.

L'Empereur avait en 1810 demandé un nouveau rapport; il le garda en portefeuille pendant toute l'année 1811; en février 1812, il reprit brusquement l'affaire en constituant un (( Conseil d'enquête » . Ses membres le rendaient imposant : rArchi-ChancelierCambacérès présidait; Tallevrand, les ministres de la justice et de la guerre, les maréchaux Berthier^ Moncev et Bessières, Lacépède, grand chancelier de la Légion d'honneur, Laplace, chancelier du Sénat, Boulay de la Meurthe, président de section au Conseil d Etat, Muraire, premier président de la Cour de cassation, le composaient. Le palais des Tuileries était le lieu du tribunal; quatre séances (17 au 27 février) s'y tinrent à huis clos; on y donna lecture des anciens interrogatoires, de quelques pièces saisies; on y écouta surtout le rapport du procureur général Regnaud de Saint-Jean d Angély dont l'exactitude était la moindre qualité; préoccupé de bien soutenir la thèse impériale, il exagérait le nombre des voitures de l'armée française : 800 au lieu de 202, chiffre que donnent les documents espagnols eux-mêmes; il affirmait l'abandon des malades à Cordoue alors qu'une lettre du corrégidor de la ville prouvait le contraire; pour lui les divers effectifs de Dupont montaient à 20,855 présents, quand les états de situation atteignent à peine le chiffre de 15.000; il voulait que le 21 juillet le général Védel fût hors de l'atteinte des Espagnols, tandis que la route de Madrid lui était déjà coupée, etc.

On n'avait convoqué aucun témoin. Les prévenus n'eurent pas de défenseurs; on leur concéda juste le temps de lire eux-mêmes des mémoires justificatifs composés en un jour et demi sans que leurs papiers leur eussent été rendus. Une confrontation fut accordée au général Dupont avec le général Védel ; et en sortant de cette scène, Talleyrand déclara : « Il est impossible de se mieux défendre, pieds et poings liés. )> On recueillit sans plus tarder les avis : Cambacérès souhaita u d'ensevelir l'affaire dans une nuit éternelle ». 3Iuraire, homme pacifique et magistrat peu belliqueux, s'écria qu'il fallait à la guerre " vaincre ou mourir ». Boulav constata la désobéissance de Védel et repoussa l'application rétroactive d'un article du nouveau Code pénal du 12 février 1810, que Regnaud voulait faire aux vaincus du 19 juillet 1808. Bessières se déroba par quelques banalités. Moncey regretta que i< Dupont ne fût pas mort avec tout son monde » . Feltre blâma Védel, critiqua Dupont, se rangea de l'avis de l'Empereur. Berthicr émit cette pensée : « Qu on aurait dû charger en masse ». Talleyrand blâma un « acte honteux » . Chacun donna son opi-

nion sur la « peine » : privation des grades, des honneurs, des traitements, des titres; exil à vinyt heures des résidences de S. M. — On s'en remettait volontiers à cet arbitre suprême.

Le 1"^ mars, Napoléon parla : il prononça les destitutions qu'on lui proposait, puis de son initiative, il les aggrava en y ajoutant pour Dupont la prison perpétuelle. Au bout de quelques semaines, dans la nuit du 31 mars, on réveilla le général pour lui lire la décision de l'Empereur. Il remit ses insignes de la Légion d'honneur avec ce simple mot : « Ils sont couverts de mon sang. » On le transféra au fort de Joux. C'est caractériser la légèreté apportée par Napoléon en cette affaire, que de relever son aveu : qu'il avait ignoré la blessure reçue par Dupont en combattant à Baylen.

Lorsque trente ans après, les trois bâtonniers : Ghaix d'Est- Ange, Duvergier et Paillet examinèrent ce « procès » mené en dehors de toute règle juridique, ils flétrirent procédure, jugement et sentence. Dupin appelait l'arrêté du I" mars 1812 «i un acte infâme, tyrannique, arbitraire, indigne de figurer parmi les lois qu'on est tenu de. respecter et d'appliquer » .

Au bout de quatorze mois, du fort de Joux Dupont fut transféré à la citadelle de Doullens; puis, en janvier 1814, on lui permit, sous la surveillance de la police, de résider à Dreux. C'est là que Talleyrand, d accord avec l'empereur Alexandre, le fit chercher à la fin du mois de mars suivant, pour lui confier le portefeuille delà guerre dans le gouvernement provisoire. Le rusé diplomate pensait que la persécution avait rendu Dupont un homme parfaitement sûr et à jamais irréconciliable avec Napoléon. Ce sentiment ne parait pas avoir poussé le général à la vengeance. Il recueillit tout aussitôt de multiples témoignages de respect de ses anciens compagnons d'armes. Védel se montra parmi les premiers solliciteurs et ne fut pas éconduit; Berthier prononça le mot décisif, en allant saluer le camarade qu'il avait condamné : « Vous savez bien comme il était; j'ai agi contre mon gré. »

« Je connais votre gloire et vos malheurs », dit à Saint-Ouen Louis XVIII; et il ordonna la revision du procès de 1812. Arrêté par les Cent-Jours, l'examen juridique mené par le chancelier Dambray, magistrat intègre, se termina en 1816, concluant que la convention d'Andujar avait été « indispensable, honorable, avantageuse » . — Napoléon lui aussi avait implicitement rétracté ses injustices et ses injures, en rendant des commandements aux généraux qu'il avait « flétris », et en autorisant, après le retour de File d'Elbe, auprès de Dupont lui-même, des instances pour le voir reprendre son rang dans l'armée.

Celui-ci, en possession, sans autre avancement, de son grade de général de division depuis trente-cinq ans, se confina, après 1830, dans une retraite absolue. Sa veuve (il était mort le 9 mars 1840; poursuivit avec persévérance les calomniateurs de son nom; elle y eut beaucoup de mal, car Louis-Philippe se dérobait et la logique laissait entendre que disculper Dupont c'était condamner rSapoléon. La vérité toutefois faisait son chemin assez pour qu'à l'Assemblée nationale, dans un discours du 21 octobre 1848, M. Thiers pût s'écrier : « Je soutiens que c'est la bassesse qui porta le jugement qu'on rendit contre le général Dupont... .J'ai lu la procédure.!. Napoléon savait l'injustice qui avait présidé à cette affaire. »

M. Thiers, ministre et historien, avait eu entre les mains les documents authentiques. Ces pièces décisives ont inspiré le travail du colonel Titeux (1). L'abondance des preuves est le défaut des trois in-quarto qu'il a consacrés à relever « une erreur historique » ; la vulgarisation de ses conclusions en devient plus difficile; elle est cependant nécessaire pour faire crouler la légende militaire envenimée par la passion politique. On prétendait que Dupont, en son passage au ministère de la guerre, avait fait disparaître les pièces du procès, on y découvrait un aveu de sa culpabilité. Or, ce dossier est encore intact, aux Archives du ministère de la justice : dans 7 gros cartons, sous 44 numéros, il contient 1,074 pièces et 22 liasses. Il ne laisse pas de doute dans les esprits impartiaux; il justifie l'affirmation du vaincu de Bavlen : « Nous nous sommes battus avec courage, nous avons traité avec bonne foi (2). » — <( J'ai traité pour évacuer l'Andalousie comme Junot pour le Portugal. Après avoir sauvé l'honneur, j'ai sauvé les troupes (3). »

Et les gens de cœur se réjouiront de ce que cette tache, pour parler comme l'Empereur, ne souille pas, ainsi qu'il affectait si maladroitement de le croire, l'uniforme français.

(1) Ces trois volumes (1903) renferment, avec des répétitions inutiles, des dissertations probantes sur les faits incriminés; ils font justice des soi-disant Memnires du commandant Baste ; de I histoire (entièrement fausse) du souslieutenant Bugeaud à Baylen ; des dépositions contradictoires de M. de Villoutreys; des affirmations successives du général Védel ; du rapport de Regnaud de Saint-Jean d'Angély, etc. — On consultera : Lieutenant-colonel Clerc, Capitulation de Baylen (1903) ; R. de Sèze, Baylen et la politique de Napoléon (1904).

(2) Interrogatoire du 16 octobre 1808.

(3) Lettre du 21 novembre 1808.

LETTRES DE SAVARY A l'eMPEREUR (1) 1»

Sire,

L'exécution des ordres de Votre Majesté commencera ce soir à huit heures.

Un officier de gendarmerie et trois gendarmes avec un commissaire des guerres, pour chacune des dix maisons désignées, passeront la nuit à dresser l'état des hiens meubles et immeubles de chacune d'elles, assistés du contador qui y est attaché. Demain, M. Grochart, payeur de l'armée, qui est arrivé ce matin, pourra recevoir les vaisselles au Retiro, où il a reçu ordre de s'établir. Les mules rassemblées aujourd'hui sont au nombre de quarantecinq ou cinquante de la plus belle espèce; les chevaux, au nombre d'une vingtaine, me paraissent trop beaux pour ne pas être vus par M. de Nansouty (2) avant d'être envoyés dans les remontes. Les gendarmes ont encore rassemblé aujourd'hui soixante ou quatrevingts soldats espagnols de toutes nations. Un convoi de cent-cinquante est arrivé, conduit par les dragons de Lahoussaye, ce qui fait environ quinze cents hommes ramassés depuis hier. Si Votre Majesté l'ordonnait, on pourrait meubler magnifiquement le grand appartement royal du Retiro avec les meubles de luxe des maisons dont il est question.

Le comte de Castel-Franco est constitué prisonnier, mais il est au lit avec la goutte et les jambes enflées. Je lui ai donné un gendarme pour le garder décemment.

Je crois qu'il serait également convenable d'ordonner à l'intendant général de faire vendre à l'encan les vins de France ou de qualité et le linge de ces maisons, sans quoi une grande partie sera gaspillée. — Toutes les rues sont déblayées et on pave avec activité.

Madrid, le 7 décembre 1808, à 6 h. 1/2 du soir.

P.-S. — Si Votre Majesté le juge à propos, je placerai à la porte par où entrera le maréchal Lefebvre un poste de gendarmerie

(1) Je renvoie à la Revue des Questions historiques (janvier 1900), pour les trois séjours de Savary en Espagne et l'étude des documents inédits que j'y ai publiés.

(2) Le général de Nansouty, premier ccuyer de l'Empereur^ Faisait alors les fonctions de Grand Ëcuyer.

avec un officier et un poste d'infanterie, que je demanderai au général Belliard, pour arrêter toutes les mules de pillage qui doivent être au nombre de plusieurs centaines.

Sire,

Nos efforts ont obtenu quelques succès aujourd'hui. La maison d'Hijar, qui persistait dans un refus absolu de représenter son argenterie cachée, a enfin indiqué le lieu où elle était renfermée; on s'occupe de l'enlever. Chez l'Infantado on n'a trouvé que quelques caisses de vaisselle enfouie, et le raffinement le plus opiniâtre de refus de représenter aucune des richesses de cette maison. On a soustrait jusqu'aux registres de recettes et dépenses et autres documents en remontant d'aujourd'hui à l'an 1803. Demain j'emploierai des moyens vigoureux pour découvrir les auteurs de ces manœuvres et les amener à tout représenter aux agents chargés du séquestre. J'ai rassemblé quelques débris de mon ancienne police de ^ladrid, ils me serviront dans cette opération comme dans le complément de la liste imparfaite des émigrés de Madrid, que j'ai obtenue avec peine du gouverneur, à force de le talonner. Ils se trouvent en assez grand nombre et comptent parmi eux plusieurs grands d'Espagne. J'établii'ai chez eux tout le monde que j'aurai de disponible demain et j'espère en tirer beaucoup de chevaux et de mules. Je ferai saisir l'argenterie chez les plus riches, sauf à la rendre si Votre Majesté le juge convenable.

Madrid, le 8 décembre, à 7 heares du soir, SiRE,

Conformément aux ordres de Votre Majesté, MM. de Castelfranco, Saint-Simon, Santa-Gruz et Altamira le fils sont en état d'arrestation; comme je suppose que l'intention de Votre ^lajesté est de les envoyer en France, j'ai besoin d'une instruction du major général pour les mettre en chemin. J'ai l'honneur de lui observer que ces 3Iessieurs n'ont pas une piastre pour les frais du voyage et qu'il faudra que l'officier chargé de leur conduite les défraie en route.

L'opération de première saisie dans les dix grandes maisons désignées par Votre Majesté est terminée. Hier le payeur avait reçu cinq mille et quelques cents marcs d'argenterie, et environ

600,000 francs d'argfent monnayé. Il y avait encore quelque cliose à recevoir. Je ne compte pas quelques bijoux d'or, quelques perles et diamants qu'il y avait aussi. La commission, présidée par M. de Fréville, fera le reste de la besogne relative aux immeubles. J'ai transmis à M. Mathieu Favier (1) l'ordre de Votre Majesté de vendre le vin et le linge à un acquéreur pour le tout.

Le séquestre est mis dans les six maisons d'émigrés désignées sur la seconde liste qui m'a été remise par le général Belliard, mais conformément aux ordi^es de Votre IMajesté, il n'a été rien versé de leur mobilier chez le payeur. Ce serait dommage que Votre Majesté leur fit gi'àce, car il y a trois bonnes captures à faire dans les six maisons, et ce sont des ennemis aussi bien prononcés que les dix premières. On s'occupe de l'exécution des ordres de Votre l^Iajesté sur la douane et la recherche du banquier d'Angleterre à Madrid. Nous avons quelque raison de soupçonner que c'est un nommé Murphy, Irlandais de nation.

Depuis la pointedu jour les officiers de gendarmerie parcourent les couvents pour enlever les mules appartenant aux émigrés et à l'armée des insurgés. Un seul couvent en a déjà envoyé quelquesunes. Je profite de cette occasion pour faire constater ce qui appartient à ces couvents en mules et chevaux. Ce soir j'en aurai l'état. Le général Lauriston avait reçu hier quatre-vingt-dixsept mules d'une très belle espèce. J'en ai trois encore à lui donner, de sorte que son contingent est rempli. 3Iaintenant je prie Votre Majesté d'ordonner à M. d'Oudenarde d'envoyer ici un officier et vingt soldats du train, à poste fixe, pour recevoir les mules qui vont arriver. Je n'ai ici personne pour les panser et rien à leur donner à manger. J'observe à Votre Majesté qu'il est bien essentiel de faire enlever de suite les mules des couvents, car les troupes qui y sont casernées les changent ou s'en emparent, et ce sera une ressource perdue pour l'armée si cela continue encore quelques jours.

Madrid, le 11 décembre 1808, à 9 heures du matin.

Madrid, 12 décembre 1808,

^... Les moines évacuent pour la plupart leurs couvents, emportant chacun leur petit pacjuet; on ne sait pas encore si c'est par crainte de se trouver Ic^és avec des militaires ou si c'est pourpro-

(1) Ordonnateur en ch«f de la Grande Année.

APPENDICES i99

fiter de la liberté que leur donnent les décrets de Votre Majesté... Les généraux et maréchaux d'empii'e qui viennent d'arriver ont été logés dans tous les palais de grands d'Espagne; ils ont mis dehors les gendarmes préposés à la garde du mobilier et ont brisé les scellés apposés par les commissaires nommés à cet effet. Témoin les hôtels Altamira, Fernan Nu^ez, Hijar, etc.. La mission dont Votre Majesté avait bien voulu me charger ici me paraît finie. Je la supplie de vouloir bien m'autoriser à aller reprendre mon service direct près d'elle.

Madrid, le 18 décembre 1808.

SiRÈ,

Je m'empresse d'annoncer à Votre Majesté que les recherches faites chez la duchesse douairière d'Ossuna ont eu un plein succès. On vient de transporter chez le payeur environ quinze ou seize quintaux d'argenterie, et le contador (comptable) de la maison a remis une déclaration de neuf millions de réaux de revenus.

On m'annonce pour demain la certitude de découvrir un magasin d'habillements plus considérable que le dernier que j'ai remis à M. Mathieu Favier et qui a rempli quatre caissons.

Madrid, le 20 décembre 1808.

SiBË,

J'ai l'honneur d'adresser à Votre Majesté le rapport que je viens de recevoir de M. Lagorsse, capitaine de la gendarmerie d'élite, chargé de faire des recherches sur la caisse du couvent de l'Escurial, qui se trouve à Madrid (1). Il a déjà découvert cent trente ou cent quarante mille francs, tant en argent qu'en papier-monnaie, et il espère que les dispositions prises pour intimider les dépositaires lui feront découvrir le reste, s'il existe une plus forte somme. Je prie Votre Majesté de me faire dire ce qu'on doit faire de cette caisse.

On a trouvé dans la maison d'Ossuna trois caisses de quinquina

(i) Dana cette maison dite Je los Rccesos se trouvaient un religieux occupe à l'impression d'un dictionnaire arabe, un bibliothécaire et un moine chargé de la vente des bréviaires; ces trois dangereux citoyens furent gardés par une brigade de gendarmerie, avec deux factionnaires à la porte.

pesant à peu près cent livres, cela m'a paru assez précieux pour demander à Votre Majesté quel emploi il faut en faire. Le payeur m'a dit hier que l'argenterie de la maison d'Ossuna passait vingt quintaux. C'est cinq de plus que ce que j'avais annoncé par aperçu.

Archives kationales. — AF IV, 1615.

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