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LA PUERTA DE VISAGRA, À TOLÈDE (page D41).

culus laspaniensis. Un poëte latin, Gratius Faliscus, contemporain et ami d'Ovide. parle dans son Cynegetcon du cultrum toledanum, ou couteau tolédan.

que les chasseurs portaient à leur ceinture :

.… toletano præcingunt ilia cultro.

est probable que la fabrication des épées dut se continuer à Tolède à l'époque des rois

anis, ; ce a est Fins da qu’ ‘lle y 1 NA au AO siècle, sous ‘ Ben ee comme le dit Conde dans son PP fe la ARE de pr d

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n'était pas autrefois centralisée dans un établissement : unique, comme elle l’est aujourd'hui : les espaderos travaillaient chez eux, seuls ou avec un certain nombre d’apprentis ; comme la plupart des corps de métiers des villes d'Espagne, ils étaient réunis en gremio, ou corporation.

Plusieurs rois de, Castille accordèrent au gremio de espaderos de Tolède certains priviléges, tels que l’exemption de divers impôts et droits qu'entraînait la vente des épées, l'achat du fer,

de l’acier et d’autres matières premières. Ces priviléges furent même étendus à certains métiers qui se rattachaient à la fabrication des lames, comme les acicaladores (fourbisseurs), vaineros (gainiers), etc. Le fer et les lames d’Espagne étaient renommés en France au moyen âge : nos anciens inventaires font mention du fer d'Espaigne, et Froissart parle d'une petite courte darde espaïgnole à ung large fer. L'usage de l'épée, « seule mère de toutes armes, » comme disait au seizième siècle notre escrimeur Sainct-Didier, était général en Espagne à cette époque.

Medina raconte que François l*, se rendant à Madrid, aperçut des jeunes gens encore imberbes qui portaient l'épée au côté, et qu'il s'écria : « O bienheureuse Espagne, qui enfantes et élèves des hommes tout armés ! »

Les lames de Tolède étaient très-estimées en Angleterre, comme le montrent plusieurs passages de Johnson, de Butler et de Shakspeare : c'était l'arme qu'Othello gardait dans sa chambre, comme un trésor, et l'ami fidèle qu’un soldat rêvait de posséder: « Toledo's trusty, disait Mercutio, of which a soldier dreams. » M n’est pas besoin de dire que les espadas toledanas n'étaient pas moins estimées en Espagne ; l’auteur de la Vida de Lazarillo de Tormes, qui écrivait vers 1525. l'usait païler ainsi l'écuyer de Tolède que servait son héros : «Oh ! si tu Savais, garçon, quelle pièce j'ai là ! Il n’y a pas d'or au monde pour lequel je la donnerais : dans aucune de celles qu'Antonio à faites, il n’est arrivé à obtenir un acier comme celui-ci. »

L'acier employé par les espaderos de Tolède provenait d’une mine de fer située à une lieue de Mondragon, dans les Provinces Basques ; témoin ces vers d’un poëte espagnol :

Vencedora espada, De Mondragon tus acercs, Y en Toledo templada.

« Épée victorieuse, — Ton acier est de Mondragon, — Et tu fus trempée à Tolède, »

Un employé de la dîime de Tolède au siècle dernier, Palomares, à qui l’on doit le tableau, plusieurs fois reproduit depuis, des marques on plbyéds par les principaux espaderos de cette ville, à laissé en outre quelques détails sur les procédés employés par eux. Suivant lui, c’est à lort que l’on à cru qu'ils possédaient des secrets particuliers pour la trempe de leurs armes : ils se bornaient à employer l'eau du Tage ainsi que le sable blanc et fin que le fleuve roule dans son lit, Ce sable servait à ces habiles artisans pour l'opération qu'ils appelaient refrescar la calda (refroidir la chaude) : quand le métal était rouge et commençait à jeter des étincelles, on le découvrait un instant, et on l’arrosait avec le sable. La lame formée, on procédait à la trempe de la manière suivante : une partie creuse de soixante centimètres d’étendue était ménagée au milieu du foyer, et on y plaçait la lame de manière que quatre cinquièmes seulement de sa longueur fussent exposés au feu, la soie etle talon restant en dehors. La lame arrivée au rougecerise, on la plongeait la pointe en bas dans un réservoir de bois plein d’eau du Tage, et une fois refroidie, on la redressait s’il en était besoin. On mettait ensuite au feu la partie de la lame qui N'y avait pas été exposée, et dès qu'elle commencait à rougir, on la prenait par la soie avec des

tenailles, et on l'enduisait de suif de mouton jusqu’à ce qu’elle fût refroidie, opération qui achevait de donner la trempe. va | #

Le plus ancien espadero tolédan que nous connaissions est Juan surnommé ël Moro parce qu'il était de Grenade, où il travaillait, vers la fin du quinzième siècle, pour le roi Boabdil : on l'appelait aussi Julian de! Bey parce que, s'étant fait chrétien, il eut, dit-on, pour parrain le roi Ferdinand le Catholique. Il avait pour pomçon le perrillo ou petit chien, marque si fameuse autrefois, et dont Cervantès parle dans son Don Quichotte. Viennent ensuite parmi les espaderos les plus estimés, Joannes de la Horta et Tômas de Ayala, Sahagun et ses descendants, Dionisio Cor- rientes, Miguel Cantero, qui travaillait pour Philippe IT, et gravait sur ses lames : Opus laudat artificem ; Tomas Gaya, dont le nom se voit sur une magnifique épée du Musée d'artillerie : Hortuño de Aguirre, Menchaca, Sebastian Hernandez, qui ajoutait à son nom z0/edano, comme le montre une des plus belles épées de l’Armeria de Madrid ; et bien d’autres encore, qu'il serait trop long de nommer. Plusieurs espaderos de Tolède travaillèrent aussi dans d'autres villes d'Espagne, telles que Cordoue, Cuenca, Calatayud, Madrid, Badajoz, Séville, Valladolid, Valence, Bilbao, Toloseta, etc. La fabrication des épées v était encore florissante au milieu du dix-septième siècle : celles en usage à cette époque étaient appelées espadas de gollla, parce qu’elles accompagnaient la gollle, cet accessoire du costume espagnol ; la lame était d’une longueur démesurée, et l'usage en était général, si nous en croyons le récit que fait madame d'Aulnoy d'une visite qu'elle reçut du fils d'un g/calde : « Son manteau étoit de drap noir, et comme c’étoit un Guap (brave, fanfaron), il l’avoit entortillé autour de son bras, parce que cela est plus galant, avec un broquel à la main : c’est une espèce de bouclier fort léger et qui a au milieu une pointe d’acier : ils le portent quand ils vont la nuit en bonne ou en mauvaise fortune : il tenoit de l’autre main une épée plus longue que demi-pique. et le fer qu'il y avoit de garde auroit pu suffire à faire une petite cuirasse : comme ces épées sont si longues qu'on ne pourroit les tirer du fourreau, à moins que l’on ne fût aussi grand qu’un géant, ce fourreau s'ouvre en appuyant le doigt sur un petit ressort. Il avoit aussi un poignard dont la lame étoit étroite ; 1l étoit attaché à sa ceinture contre son dos. » Et plus loin, parlant des laquais : «Ils portent de grandes épées avec des baudriers et un manteau par-dessus... On ne voit pas un menuisier, un sellier, ou quelque autre homme de boutique, qui ne soit habillé de velours et de satin, comme le roy, ayant la grande épée, le poienar( et la guitare attachée dans sa boutique. » L'introduction du costume français vers la fin du dix-septième siècle fit cesser l’usage de ces grandes épées, et porta un coup fatal à l’industie qui faisait la gloire de Tolède : un voyageur qui se trouvait en Espagne en 1667 affirme qu'entre autres objets, la Normandie et la Bretagne y envoyaient alors de la quincaille et des lames d'épée, «par où J'ai appris, ajoute-t-il, que c’estoit un abus de croire qu’aujourd’huy les bonnes viennent d'Espagne. Depuis qu'on n'en travaille plus à Tolède, on ne se sert ici que des étrangères, hors quelques-unes qui viennent de la Biscaye, mais qui sont fort chères. »

La Fübrica de armas est située sur la rive droite du Tage, à deux kilomètres environ de Tolède : c'est un grand bâtiment très-simple, de forme rectangulaire, qui fut terminé en 1780, comme nous lapprit une inscription placée au-dessus de la porte. Charles HE, qui fit tant d'efforts pour encourager les manufactures espagnoles, résolut. de relever l’ancienne industrie des espaderos, et fit construire cette fabrique. La vieille réputation des espaderos de Tolède était bien tombée, puisque le roi fut obligé de faire venir de Valence, pour diriger les travaux, un forgeur d'épées nommé Luis Calisto, qui passait pour très-habile. L'établissement, destiné aujourd'hui à la fabrication des armes blanches de l’armée, dépend du corps d'artillerie : il est ouvert aux étrangers, et nous pûmes visiter en détail tous les ateliers, ce qui nous permit de constater que les anciens procédés sont aujourd'hui abandonnés, tant pour la forge que pour la trempe : ainsi, le ler qu’on emploie vient en partie d'Allemagne ; pour le reste, on se sert de vieux fers de mulets :

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